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13 juin 2015

Grands et petits séismes dans le monde du foot mondial et genevois : ce que le sport est devenu...



Cinq jours après avoir été réélu à la tête de la Coupole mondiale du foot professionnel, la FIFA, Sepp Blatter a annoncé sa démission d'une présidence qu'il occupait depuis 17 ans. Sous son règne, la FIFA était devenue une puissance financière (10 milliards de dollars de profits) et politique (l'attribution à un Etat de l'organisation d'une Coupe du monde de foot est, pour cet Etat, un enjeu politique). Et un panier de crabes, dont quelques uns ont fini ces jours dans le panier de la justice américaine (la justice suisse enquêtant aussi sur le panier et ses moeurs), laquelle commençait dangereusement à se rapprocher de Blatter. D'où, sans doute, sa démission, au-delà du prétexte du manque d'unanimité à l'élire. A part ça, à Genève, le drame qui couvait a éclot : le FC Servette a été relégué administrativement en Première ligue de foot faute d'avoir pu fournir les garanties financières nécessaires pour rester en «challenge league». Si on ne hurle pas de désespoir après ce double coup du sort injuste, on risque le peleton d'exécution pour haute trahison ?  Et si on voit en Blatter et Quennec (le président du FC Servette, donc) des symboles de la réalité du foot professionnel, on est des antisportifs primaires ? Eh bien soit, on assume : on est des antisportifs primaires. Secondaires, tertiaires et quaternaires, même. Vu ce que le sport est devenu, en tout cas..
Le football ? la "première religion du monde". Et on est athées...

Dans une tribune publiée par "Le Temps" d'hier, le "consultant" congolais J.J. Arthur Malu-Malu écrit du football que "c'est sans doute la première religion du monde". Et que "qui contrôle le football mondial "contrôle" donc les milliard d'adeptes de cette religion". Et les profits financiers (et politiques) retirés de l'exploitation de cette foi religieuse, à qui, en athées que nous sommes à son égard aussi, on s'autorisera à appliquer pleinement la vieille image marxienne de la religion comme "opium du peuple", comme "soupir de la créature opprimée"... Cette religion mondiale est pourtant assez récente, et son mondialisme n'est finalement que le produit du colonialisme.

Le foot, en effet, n'est pas né avec la FIFA -il s'en faut d'au moins un millénaire, et n'a pas eu besoin de coupes du monde pour essaimer un peu partout. Les Mayas et les Aztèques jouaient au "tlachtli" (et sacrifiaient les perdants aux dieux), les Chinois jouaient sous les Han à un truc intermédiaire entre le foot et le basket, les Romains au "harpastum", intermédiaire entre le foot et le rugby, les Français et les Anglais du Moyen-âge à la "soule", dans des parties souvent sanglantes, les Florentins de la Renaissance au "calcio", qui tenait à la fois du foot, de la boxe et du rugby, et que le fascisme ressuscita. Mais la ballopied telle qu'on la connaît et la célèbre aujourd'hui est une invention de la bourgeoisie anglaise, de ses "public schools" et de patrons soucieux d'organiser et d'encadrer le temps "libre" des ouvriers -tant qu'ils tapent dans un ballon, ils ne font pas de syndicalisme... Le brasseur John Henry Davies créée le Manchester United, le patron de chantier naval Arnold F. Mills créée Thames Ironworks, les chefs d'entreprises embauchent les meilleurs joueurs dans des emplois de complaisance et financent, non loin de leurs usines, des stades, où le jeu, dont la Football Association définit progressivement les règles, peut devenir spectacle populaire. Il ne reste plus ensuite qu'à exporter le jeu et ses règles dans l'empire colonial britannique et en Amérique du sud, et à faire en sorte qu'il supplante comme sport de masse les sports "indigènes" des pays d'Europe continentale. En 1904, enfin, est créée la FIFA, Fédération internationale de football association... Devenue un siècle plus tard la gigantesque pompe à fric secouée depuis quelques jours par un scandale planétaire.

Cette mutation d'une association sportive d'amateurs en mafia où le sport le plus pratiqué semble ne pas être le football mais l'achat de votes et les pots de vin, Sepp Blatter, son président désormais démissionnaire, en a été l'un des artisans. On ne pleurera donc pas sur son sort de dirigeant, peut-être pas lui-même corrompu, mais volontairement sourd et aveugle à la corruption généralisée dans la coupole mondiale du sport-pognon, qu'il dirigeait en autocrate . Et on ne pleurera pas non plus sur l'image que le scandale actuel donne du foot professionnel : elle est sans doute, encore, trop éloignée de la réalité pour lui être fidèle -il n'y a ainsi guère de raisons de croire que la coupole continentale européenne, l'UEFA, soit plus "clean" que la coupole mondiale, la FIFA, et que Michel Platini (à ses heures, voyageur de commerce pour le Mondial du Qatar) soit l'Ange Blanc des combats de catch contre le Bourreau de Béthune. Mais peu (ou pas grand chose) importe : que ce soit la justice américaine qui sonne la charge est peut-être une aubaine pour ceux qui, parce que c'est la justice américaine, s'empresseront d'emboucher les trompettes d'une théorie du complot afin d'innocenter par avance la FIFA en général, ses corrompus en particulier et Sepp Blatter personnellement, mais elle a au moins, arrière-pensées ou pas, une efficacité qu'on souhaiterait à bien d'autres "justices" dans les cas de corruption...

Il y a un peu plus de deux mois, les chambres fédérales suisses (c'est-à-dire leurs majorités de droite, PLR, PDC et UDC) se sont prononcées, contre l'avis de la gauche,  pour le maintien des privilèges fiscaux accordés par la Suisse à la FIFA avec cet argument, aujourd'hui assez égayant, que la présence en Suisse de grandes associations sportives internationales, en tout particulièrement de la FIFA donnaient de notre pays une image et une réputation internationales d'une telle positivité que prétendre leur faire payer des impôts relèverait de la plus noire ingratitude.
La sagacité des parlementaires de droite nous éblouira toujours.

19 mars 2015

Coupe du Monde de foot 2022, la FIFA tombe des nues : Ah bon, fait chaud au Qatar en été ?


En 2022, la Coupe du monde de foot se déroulera à la toute fin de l'automne, voire au tout début de l'hiver, alors qu'elle se déroule traditionnellement en  juin et au début de juillet. Pourquoi ce changement de calendrier ? un mot résume l'explication : Qatar. Parce que la Coupe du Monde 2022 a été achetée par le Qatar, et qu'en juin et juillet, au Qatar, il fait chaud. Très chaud. Ce que la FIFA feint d'avoir été la seule à ignorer. La « Task Force » de la coupole international du foot, chargée du calendrier international des matches entre 2018 et 2024 recommande donc au Comité exécutif de la FIFA de déplacer le Mondial d'une ou deux saisons, histoire de ne pas faire crever sur place les joueurs, le public et surtout les sponsors et les partenaires économiques. Que des centaines de travailleurs népalais et sri lankais soient morts au soleil qatari en construisant les infrastructures nécessaires à la « fête mondiale du foot » n'a en revanche guère d'importance : ce ne sont que des travailleurs, que des Népalais et Sri Lankais, et que des pauvres.

Les travailleurs tombent comme des mouches, mais que sont-ils d'autre ?

Juste avant noël dernier, le comité exécutif de la coupole du foot mondial, la FIFA, avait décidé de publier le rapport Garcia sur la corruption qui a marqué l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. Le publier, mais pas tout de suite, puisque le comité précisait qu'il fallait d'abord que les enquêtes internes ouvertes contre cinq responsables de la FIFA soient bouclées. De là à supposer que la Coupole va prendre tout son temps pour les boucler et caviarder le rapport de ses passages les plus gênants, il n'y a qu'un pas assez facile à faire... Le rapport avait été remis en septembre par l'ancien procureur américain Michael Garcia à la «chambre d'éthique» (oui, ça existe. Mais ça doit être une chambre noire) de la FIFA, chambre qui avait certes admis des malversations, mais pas assez graves pour justifier une « désattribution » des Coupes au Qatar et à la Russie. Puis, en novembre, la FIFA avait déposé plainte devant la justice suisse (puisqu'elle est confortablement installée en Suisse, la FIFA, dont l'inamovible parrain, Sepp Blatter, est d'ailleurs suisse), laquelle justice se demande ce qu'elle doit faire de cette plainte. Et la commission des Affaires juridiques du parlement fédéral traite d'un projet de loi permettant la poursuite d'office des cas de corruption dans le secteur privé, y compris les fédération sportives. Vaste programme.

Avant sa désignation comme pays hôte du Mondial, désignation acquise (au sens le plus mercantile du terme), et pour pouvoir être désigné (l'achat de voix ne suffisait donc pas), le Qatar avait promis des stades climatisés pour que joueurs et public puissent supporter la fournaise de l'été dans le coin. Et une fois cette désignation acquise (au prix de quelques enveloppes et autres dessous de table), on s'est aperçu que cette promesse était impossible à tenir. Et comme il ne pouvait être question de fâcher l'émir, sa famille, ses obligés et son pognon, on ne pouvait pas revenir sur la désignation de son petit paradis comme hôte de la «fête mondiale du foot». Ne restait donc plus qu'une solution : la déplacer en hiver (ou à la toute fin de l'automne), autour de la période de l'Avent (mais ils s'en foutent, les Qataris, de l'Avent et de Noël) et avant que commencent les Jeux Olympiques d'hiver. Mais ce déplacement la fait entrer en concurrence avec les championnats nationaux, et il faudra probablement réduire la durée du Mondial et de la mobilisation des joueurs, pour ne pas se retrouver face à une opposition féroce des ligues européennes (l'anglaise et la française râlent déjà très, très fort), dont les clubs emploient les trois quarts des joueurs du Mondial, toutes équipes confondues.

Bref, tout se passe comme si la FIFA essayait de convaincre (mais de convaincre qui ?) qu'elle ne savait pas qu'on crevait de chaud au Qatar en été. En d'autres termes, les Blatter's boys jouent les andouilles (en bon français : essayent de passer pour des cons) pour échapper à leurs responsabilités. Pendant qu'au Qatar, les travailleurs qui construisent les arènes des jeux du cirque tombent comme des mouches. Mais sont-ils autre chose ?
En 2014, tous les deux jours, un travailleur est mort sur un chantier de la Coupe du monde de foot. Le Qatar a attiré des milliers de travailleurs népalais et sri lankais sur ces chantiers en leur faisant mille promesses. Pour leur confisquer leur passeport à leur arrivée au Qatar et les obliger à travailler ensuite sous une chaleur accablante, et homicide, sans possibilité de quitter légalement le pays.
Du moins vivants.

11 décembre 2014

Maroc, Oslo, Paris, le CIO, la FIFA : Petite chronique du sport mafieux


Le sport, vous dites ? Eh non, le pognon...

La Justice helvétique va devoir traiter une plainte déposée par la Coupole internationale du foot business, la FIFA, pour le « mauvais comportement présumé de cerrtaines personnes dans le cadre de l'attribution des Mondiaux » de foot 2018 et 2022 au Qatar et à la Russie. Le « mauvais comportement » en question, c'est l'achat, par les Qataris et les Russes, des voix nécessaires pour que leur soient attribués les jeux du cirque footballistique. Une enquête interne de la FIFA avait pourtant, tout en relevant des « irrégularités », permis à la Coupole de ne pas remettre en cause ces deux attributions, à deux puissances (l'une politique, l'autre financière) qu'elle n'avait pas du tout envie de titiller. Pour le foot continental, on note la défection, au motif ou au prétexte d'Ebola,, du Maroc pour organiser la Coupe d'Afrique. Et il y a aussi des trous dans les Jeux Olympiques, d'hiver et d'été. Et là, ce sont les défections de villes candidates qui ont été annoncées. Alors quoi, ça va mal pour le sport mondial ? Voui : l'essentiel est  menacé. L'essentiel vous dites ? Le sport ? Eh non, banane, le pognon...

«  Si elle imaginait sa propre existence, la connerie ne serait plus elle-même » (Georges Picard)

Premier épisode : Le Maroc ayant déclaré forfait pour l'organisation de la Coupe d'Afrique de foot, en raison de la peur d'une contamination des foules par le virus Ebola, la faîtière continentale de ballopied (la CAF) devait choisir un autre pays. On connaît les critères d'une parfaite rectitude qui guident les choix des faitières (continentales ou internationales) sportives en ce qui concerne la démocratie, les droits humains, la transparence financière, tout ça... Et on n'a pas été déçus : la CAF a choisi la Guinée équatoriale et son président, Teodoro Obiang Nguema, 72 ans dont 35 ans au pouvoir (après un coup d'Etat, forcément, contre son oncle), dictateur « népotique et prédateur » (dixit Le Monde) d'un pays où la violence à l'égard des opposants, de la société civile et de la presse est quotidienne, la corruption omniprésente et la misère massive. Le choix rêvé pour une «grande fête du foot» dont le clan au pouvoir, les entreprises qui lui sont liées et la faîtière continentale du foot profiteront plein pot, et que la plèbe regardera passer. Et paiera. La routine, quoi...

Deuxième épisode : Oslo a retiré sa candidature pour les JO d'hiver 2022 pour des raisons financières (la foire sportive des neiges coûte trop cher pour ce qu'elle vaut aux yeux des Norvégiens), mais « personne ne doit s'inquiéter pour les Jeux », a assuré le président du Comité International Olympique : il reste les deux candidatures de deux célèbres stations de sport d'hiver, Pekin et Almaty (Kazakhstan). Ouagadougou n'était pas candidate. Et à propos du respect des Droits de l'Homme, le CIO assure qu'il prend « très au sérieux l'application de la Charte Olympique durant les jeux ». Avant et après les Jeux, il s'en fout. On se sent très Norvégiens, du coup. Ou Parisiens : la Maire de Paris, Anne Hidalgo, a renvoyé dans les cordes François Hollande qui s'était déclaré « favorable » à ce que la Ville de Paris se porte candidate à l'organisation des Jeux Olympiques d'été de 2024, au prétexte que « ce sera un moment de ferveur », que ça fera « le plein d'équipements, d'emplois et d'industries qui pourront se montrer ». A quoi Hidalgo a fort pertinemment répondu que la « course au toujours plus » à laquelle se livrent les villes organisatrices leur laisse surtout des équipements surdimensionnés, et inutiles une fois les jeux passés.

Dernier épisode : la plainte de la FIFA auprès de la justice suisse, pour corruption (mais sans prononcer le terme) dans l'attribution des Mondiaux de foot 2018 et 2022 au Qatar (où les ouvriers tombent comme des mouches pour construire les stades) et à la Russie. Et elle est bien emmerdée, la justice suisse. Parce que si jamais la plainte devait aboutir à la confirmation officielle de ce que tout le monde sait, que des voix nécessaires au Qatar et à la Russie pour se voir attribuer chacun leur Mondial ont été achetées et que cette attribution est donc nulle et non avenue, on imagine la colère poutinienne et émirienne. Et c'est teigneux, la Russie. Et c'est très riche, le Qatar. Et ils dépensent du pognon, en Suisse, les oligarques et les émirs. Et les fédérations sportives internationales sont bien une soixantaine à avoir posé leur sièges et leurs comptes en banque en Suisse, où elles ont rapporté près d'un milliard et demi de francs à l'économie en 2011. Dès lors, les paris sont ouverts : la justice suisse ira-t-elle jusqu'au bout de son travail, ou enterrera-t-elle le dossier sous le gazon d'un stade?
Tiens, celui de Genève, par exemple, qui ne sert pas à grand chose, pourrait servir à cela. Avant que le canton qui veut le reprendre dans le cadre d'une nouvelle répartition des tâches entre lui et les communes ne s'aperçoive qu'en fait, il ne reprendrait qu'un terrain vague avec un trou au milieu et  des dizaines de millions déjà balancés dedans.

22 octobre 2014

Il y a trois mois, le Mondial de foot brésilien... et le pire reste à venir...


    
L'équipe nationale suisse de foot a donc battu celle de Saint Marin. Le Vatican et Andorre restent à portée de pénalty. Monaco et le Liechtenstein en sont plus loin, mais Hopp Sviss quand même. Et c'est là qu'on se dit « comme le temps passe vite »... il y a trois mois, on poussait un gros soupir de soulagement : le Mondial de foot se terminait. On en résume le coût : 12 milliards de francs (au moins) claqués pour organiser la fête à neuneu, par un Brésil en manque d'infrastructures scolaires, sanitaires et de transports publics efficaces, avec à la clef l'expulsion des vendeurs ambulants pour complaire aux sponsors, la déportation, pour faire place aux stades, à leurs voies d'accès et à leurs parkings, de 200'000 personnes à la périphérie la plus lointaine possible des villes accueillant des matches, une explosion de la spéculation immobilière, la répression des manifestations dénonçant gaspillages et corruption... Le foot-pognon et ses mafias dans toutes leurs splendeurs, quoi. Et ce sera pire encore en 2018 en Russie et en 2022 au Qatar.


La reconnaissance de Medor envers qui lui sert sa pâtée

Si le Mundial avait pu être mis en échec par ses opposants brésiliens, un précédent historique aurait été créé, qui aurait contraint la FIFA à repenser complètement non seulement le mode d'attribution des compétitions qu'elle organise (et fait payer par les pays organisateurs), mais sans doute aussi leur mercantilisation et tout ce qui l'accompagne, de la corruption aux épurations sociales et urbanistiques menées à grands renforts policiers dans les villes qui accueillent les matches et les infrastructures qu'ils rendent nécessaires. Las ! Les manifestations brésiliennes n'ont pas entravé, ni perturbé, les jeux du cirque. En 2013, pourtant, un mouvement populaire de protestation contre le prix et l'inefficacité des transports publics avait rapidement débouché sur une contestation massive des ressources consacrées au Mundial (et de la corruption les accompagnant), comparées à celles qui manquent aux infrastructures essentielles. Un an plus tard, cette contestation s'était essoufflée, dispersée en revendications sectorielles. Et dès que les Jeux du Cirque se sont ouverts, ils ont recouvert les critiques -mais n'est-ce pas à cela, aussi, qu'ils servent, depuis toujours ?

La concurrence entre les pays candidats à l'organisation du spectacle mondial de ballopied pousse à l'inflation de son coût, dans une sorte de course au gigantisme à laquelle ne peuvent participer que les pays les plus riches (mais pas forcément les plus démocratiques). Le Mondial brésilien de 2014 aura coûté au moins 15 milliards de dollars, le double du Mondial sud-africain de 2010. Le budget global du Mondial russe de 2018 devrait lui aussi atteindre le double de son prédécesseur, et dépasser les 30 milliards. Et l'ascenseur du gaspillage somptuaire devrait encore prendre de l'altitude ensuite, pour atteindre carrément les 200 milliards de dollars en 2022, au Qatar. Où déjà les ouvriers népalais tombent comme des mouches pour construire les infrastructures de la Coupe du monde que l'émirat a obtenue en achetant pour cinq millions les votes nécessaires au sein de la FIFA, après quoi les parrains de la FIFA, Sepp Blatter en tête (« petit caudillo de la FIFA, qui s'est autominéralisé sur son trône pour mieux instituer le football universel arrangeur et juteux » (Christophe Gallaz), ont pu se payer le luxe de faire les dégoûtés et d'exclure le représentant quatari au sein du Comité exécutif de la Coupole du foot-pognon.  Parce qu'il y a eu corruption ? Non : parce que cela s'est su. 

Aujourd'hui, au Brésil, les ressources publiques manquent pour les écoles, les hôpitaux, les transports publics, mais la FIFA aura engrangé au moins quatre milliards de francs des droits TV... Le vainqueur (allemand) de cette compétition exécrable comme tous les autres participants (suisses, entre autres), et comme le gouvernement (de gauche) brésilien étaient forcément complice de tout ce qu'elle a nécessité -et complices de cette complicité les supporters de ce vainqueur comme ceux de toutes les équipes participantes, comme tous les media faisant écho à cette exhibition.

Elle est là, la grande victoire de la FIFA, au-delà de l'abrutissement des foules et de la connification des masses, au-delà des profits qui en sont retirés : dans la reconnaissance du chien de Pavlov envers qui lui sert sa pâtée.

12 juin 2014

Mundial de foot : C'est parti pour un mois de purge


      Voilà, c'est parti, pour un mois de purge. Une majorité des Brésiliens, selon les sondages, estiment désormais qu'organiser le Mundial fut une erreur, que les milliards gaspillés dans cette organisation, l'édification de ses infrastructures spécifiques et son encadrement sécuritaire auraient du être consacrés à autre chose, de plus essentiel : la requalification des services publics. Ajoutez à cela la destructions des quartiers pauvres, l'expulsion de leur population dans une périphérie la plus lointaine possible, l'épuration sociale, la corruption, les violences policières, les morts et blessés dans la construction des stades et la main-mise des multinationales sponsorisant l'événement sur les lieux où il se produit, vous aurez l'arrière-plan, le décor, le contexte, de la « grande fête du foot ». Et on sait bien qu'on ne pourra pas la gâcher, la « grande fête du foot », avec nos états d'âmes tiermondistes de gauche.. Mais si on pouvait y arriver, à la gâcher, on le ferait ... et si la plèbe brésilienne des sans logis, des sans emplois, des sans soins, des sans terre, pouvait le faire, on y applaudirait...

Quel geste pouvons-nous adresser au Mundial et à tous ceux à qui il importe ?

A quoi servent les jeux, dans le duo «panem et circenses », sinon à faire oublier le manque de pain ? A faire dériver la colère populaire vers autre chose que ce sur quoi, et ceux contre qui, elle devrait porter ? Qu'ils le veuillent ou non, l'acceptent ou s'en défendent, tous ceux qui vont orgasmer devant le spectacle du Mundial et les prouesses de leur équipe favorite se rendent complices de tout ce que ce spectacle suppose (de la corruption à l'exploitation, du gaspillage des ressources à la crétinisation des masses) et que ces équipes cautionnent. Le supporter qui braille après le but marqué par « son » équipe ne dit rien d'autre à l'organisateur du spectacle que « continuez à faire ce que vous faites, comme vous le faites »...

En attendant, le Brésil l'a déjà gagné, le Mundial. Du moins un certain Brésil, et un certain Mundial: le Brésil des pauvres, et le Mundial du refus du pouvoir du fric. Le Brésil qui est descendu en masse dans les rues des villes du pays pour dénoncer l'orgie financière de la manifestation, et en délégitimer les organisateurs, la Coupole mafieuse du foot mondial en tête, la FIFA, et ses chefs, les Blatter et autres Platini, en exergue. Ce qui n'empêche d'ailleurs pas Blatter d'être candidat à sa propre succession : parrain, c'est un boulot stable, auquel on ne renonce que les pieds devant.
La corruption est au coeur du système de la FIFA. Elle règne au moment de l'attribution de la compétition mondiale à tel ou tel pays (l'émirat du Qatar a ainsi littéralement acheté les votes nécessaires pour qu'il obtienne le Coupe du Monde de foot en 2022), elle règne dans ce pays ensuite. L'univers de la FIFA est, résume l'expert « anticorruption » Mark Pieth, « dominé par les jeux de pouvoir, le patronage et les patriarches, installés depuis des décennies ». A quoi il faut évidemment ajouter, comme moteur du système, l'argent. Le blé. Le pognon. L'oseille. Le grisbi. La FIFA génère des milliards (de francs, d'euros, de dollars, de livres sterling, au choix) de bénéfices, qu'elle redistribue aux pays, aux organisations sportives, aux membres de son comité, dans une opacité presque absolue, favorisée par le fait qu'elle est une association de droit suisse sur laquelle la Suisse refuse d'exercer un droit de regard suffisant pour la contraindre à un peu plus de transparence.
Les questions politiques, les droits humains ? la FIFA s'en fout. C'est pas son problème. Son problème, c'est de se faire un maximum de pognon dans un minimum de temps. Ainsi peut-elle décider de la marque de bière vendue dans les stades et autour, mais refuse-t-elle de demander la moindre garantie de respect des droits fondamentaux (ceux des populations des pays qui vont organiser les compétitions qu'elle patronne et amorcer la pompe à fric qu'elle siphonne, et ceux des travailleurs qui vont construire les infrastructures nécessaires à ces compétitions).

Quant à nous, pour qui les plus beaux gestes footballistiques resteront longtemps « la main de Dieu » de Maradona, le coup de boule de Zidane et la prune de Cantona sur un supporter, quel autre geste pouvons-nous adresser au Mundial, à la Fifa, à Blatter et à tous ceux pour qui cet « événement » importe plus que l'état du monde, qu'un doigt d'honneur ?



05 juin 2014

Mundial de foot : sous les stades, la plèbe

Piqûre de rappel social dans les « fan zones »

Avant les matchs du Mundial brésilien, sur le site de la « Fan Zone » des Vernets, un clip de Solidar Suisse sera diffusé, passant en revue les « fautes » les plus exemplaires commises lors des précédentes compétitions internationales, pour en arriver, sous le slogan « stop aux tacles sociaux », à un « tacle » du patron de la coupole internationale du foot professionnel (la FIFA), Sepp Blatter, sur un petit vendeur de rue brésilien. Le Mundial brésilien, il est vrai, est passé comme un rouleau compresseur sur le petit peuple des villes où se joueront les matchs, dans des stades rénovés ou construits flambant neufs, à coups de milliards dans un pays où les infrastructures sociales les plus essentielles sont en déshérence.  Si nous étions animés de quelque mauvais esprit, nous souririons de cette caresse à nos bonnes consciences de gauche (qui, il est vrai, on bien besoin d'un peu de tendresse en ce moment), mais n'étant animés de rien qui ressemble à du mauvais esprit, nous saluons cette piqûre de rappel social, « contextualisation » indispensable des jeux du cirque.


« Si tu n’espères pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas » (Héraclite, fragment XVIII)

Les spectateurs des matchs du Mundial de foot au Brésil ne seront pas gênés par la réalité sociale des villes ou ces matchs se dérouleront, et il n'y aura pas de concurrence artisanale faite aux multinationales qui sponsorisent le tournoi : Près de 300'000 petits vendeurs de rue sont visés par les exigences d'épuration sociale posées par la FIFA aux autorités brésiliennes : des zones d'exclusion commerciale s'étendant jusqu'à deux kilomètres autour des stades ont été instaurées, où les vendeurs « non  agréés » seront interdits. Les fameuses « retombées financières » du grand raout footballeux, ce sont les entreprises de construction des stades (qui ont surfacturé leurs services et fait ainsi quadrupler les coûts de construction ou de modernisation des stades) et les sponsors de la FIFA qui vont, après déduction de la corruption, les engranger, pas la plèbe brésilienne. Elle, la plèbe, sera tenue à l'écart des zones de non-droit que seront les stades et leurs alentours, comme elle a été expulsée de ses logements détruits pour faire place aux infrastructures centrales et périphériques du Mundial.

Notre ministre des sport, Sami Kanaan, rappelle que depuis l'Euro 2008, la Ville tente de. « sensibiliser la population aux problèmes des droits humains lors des grands rassemblements sportifs »; vaste programme, mais quelle population veut-on sensibiliser? celle qui l'est déjà ? ou celle qui va « communier » lors de la « grand-messe » du foot ? On a les religions qu'on mérite, et si athée et anticlérical qu'on soit, on en vient  facilement à préférer à celle dont la célébration va s'ouvrir en juin, celles dont nous nous sommes si souvent gaussés.
Outre la diffusion du clip de Solidar Suisse, la Ville a permis l'installation de stands d'information de plusieurs associations de défense des droits humains dans la « Fan Zone ». Sami Kanaan assume, au nom de la Ville de Genève le contenu critique du travail d'information des associations qui tenteront de faire passer au public un message de solidarité et de responsabilité, et affirme que ce message est, sur le fond, partagé par la Ville. On ne pourra évidemment, ici, que saluer cet engagement : si inaudible que soit une parole de vérité dans une foire comme celle qui va s'ouvrir, il convient tout de même de la proférer. On ne se fera pourtant pas beaucoup d'illusions quant à l'efficacité de cette présence critique pour attirer l'attention du public des « fan zones » sur les conséquences sociales de l'organisation du Mundial brésilien : en période footballeuse, et le Mondial est probablement la pire de toute, le supporter est totalement inaccessible à toute espèce de discours à peu près rationnel. C'est d'ailleurs précisément sur cette infirmité intellectuelle que comptent le gouvernement brésilien et la FIFA : au coup d'envoi du match, le cerveau s'arrête, les tripes prennent la relève et la protestation sociale qui avait soulevé le Brésil contre le gaspillage de 10 milliards de francs pour le Mundial dans un pays où écoles, transports, système de santé sont en déréliction, est recouverte par le spectacle « sportif » : «combien d'hôpitaux, d'écoles, de logements aurait-on pu construire avec l'argent dépensé dans les stades ? » demandaient les manifestants de juin 2013... et que fera-t-on de certains de ces stades, surdimensionnés pour le public de villes comme Brasilia ou Manaus ?

Mais sait-on jamais : peut-être qu'avant l'orgie tripale et tribale, ou après (en laissant passer le temps du deuil hébété pour les supporters des perdants et de l'exsudation orgasmique pour ceux des gagnants), des bribes de réalité peuvent se frayer un chemin dans les neurones mis en veille.
Il faut espérer l'inespérable, nous enseigne le vieil Héraclite...

13 mai 2014

Mondial de foot au Brésil : Ordem e lucro !



Le 12 juin s'ouvrira le Mondial de foot, organisé au Brésil à  coup de milliards (20 à 30 milliards de francs investis pour le Mondial et les JO de 2016, dont au moins 13 milliards pour le seul Mondial) consacrés à la construction d'infrastructures (stades, routes et aéroports), et au financement des actions d'épuration sociale (expulsions des habitants des favelas, interdiction des marchands de rue, notamment) entamées pour donner du Brésil l'image d'un pays « propre en ordre ». « Ordem e progresso », proclame la devise du Brésil. « Ordem », l'ordre, sans doute. Mais pendant le Mondial, pour nourrir la coupole internationale du foot professionnel, en laissant le peuple du pays organisateur du Mondial en payer la facture ce sera plutôt « Ordem e lucro »... 


« Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est qu'elles pensent qu'on va leur jeter des sardines » 


Le Mondial brésilien de foot va coûter plus cher que ses trois prédécesseurs en Corée du sud et au Japon, en Allemagne et en Afrique du sud. Coûter à qui ? Evidemment pas à la coupole internationale du foot professionnel, la Fifa. Coûter au Brésil. C'est-à-dire aux Brésiliens. Comme les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi ont été payés (50 milliards de francs)  par la Russie, c'est-à-dire les Russes, et comme la Coupe du monde de foot va coûter 100 milliards au Qatar (et a déjà été payée de la mort de 400 travailleurs immigrés employés à la construction des infrastructures de la « grande fête du foot» -d'ailleurs, au Brésil aussi, gouvernement de gauche ou pas, 25'000 ouvriers s'épuisent pour des salaires ridicules, sans paiement des heures supplémentaires, dans un absolu mépris des lois sur le travail et des normes de sécurité, à construire des stades pour la place desquels des milliers de personnes ont été expulsées de leur logement.
Ces délires pharaoniques ont été vendus à grands coups de promesses aux peuples qui vont finalement les payer  : vous allez en profiter, ça va créer des emplois, générer des revenus, développer des activités, et tout cela dans la durée... résultat ? Le Mondial de foot en Afrique du Sud a accouché d'une dette de 2,8 milliards de francs, que les contribuables sud-africains vont devoir éponger et qui entraîne des restrictions budgétaires dans des domaines aussi essentiels que la santé et l'éducation. Mais la Fifa, elle, y a gagné près de deux milliards et demi, et les entreprises de construction près d'un milliard et demi... Au Brésil, l'engagement financier pour le Mondial a eu pour effet une réduction massive des ressources allouées au services publics -quant aux stades construits grâce à des fonds publics ils seront ensuite privatisés -comme les six principaux aéroports rénovés pour l'occasion.

En juin dernier, près d'un million de Brésiliens manifestaient contre l'augmentation des tarifs des transports publics, leur incapacité à assurer leur service au public, la déshérence des systèmes de santé et d'éducation et le manque de moyen accordés aux infrastructures sociales indispensables alors que des milliards sont dilapidés pour les infrastructures nécessaires au Mondial. « Le Brésil, faites un effort pendant un mois, calmez-vous » implore Michel Platini, président de la coupole européenne du foot professionnel (l'UEFA). Calmez-vous pendant le Mondial, et payez ensuite pendant des décennies ce qu'il aura coûté. Et le parrain mondial du parrain européen, Sepp Blatter, président de la Fifa, a dit sa conviction que « le football est plus fort que l'insatisfaction des gens». Mais moins que l'autosatisfaction de Blatter. « Quand on a un homme fort à la tête d'un Etat qui peut décider, comme pourra le faire Poutine en 2018 (le prochain Mondial se fera en Russie), c'est plus facile pour nous », susurre le secrétaire général de la Fifa...
Aux crapuleuses âneries des Blatter, Platini et autres représentants des coupoles mondiales et régionales du foot-pognon, on s'autorisera à préférer de loin les aphorismes frapadingues d'Eric Cantona. Comme son célèbre « Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est qu'elles pensent qu'on va leur jeter des sardines ». Et quand les mouettes brésiliennes à qui la Fifa et le gouvernement du Brésil ont promis des sardines s'aperçoivent que celles qu'on leur a jetées sont avariées, qu'est-ce qu'elles font, toutes fan de foot qu'elles soient ? D'abord elles dégueulent, ensuite elles manifestent. Pour leurs droits, pas pour le foot.

18 mai 2012

Mondial 2014 de foot : Main basse sur le Brésil


Comme nul n'est censé l'ignorer, la prochaine coupe mondiale de foot, le « Mondial » (comme s'il était évident que ce machin résumait la planète) se déroulera et déroulera ses fastes, son fric et sa dope, au Brésil. Et le Brésil s'y prépare, sous la houlette tout sauf désintéressée de la coupole du foot professionnel international, la Fédération internationale de football (FIFA) et de son parrain haut-valaisan, Sepp Blatter. « Le Brésil s'y prépare », cela signifie : évacuation des habitants de quartiers entiers, violation des droits humains et des droits syndicaux, surexploitation des travailleurs, coupes dans les budgets sociaux pour financer les infrastructures sportives et touristiques... Il paraît que le Brésil a un gouvernement (et une présidente) de gauche. Face au foot-pognon mondialisé, il apparaît surtout que la gauche est aussi veule que la droite. 

Des chômeurs regarderont à la télé des millionnaires courant après un ballon

Souvenez-vous du Mondial 2010, en Afrique du Sud : ce fut une véritable opération de pillage des caisses publiques du pays par les organisateurs des joutes, leurs sponsors et les media. L'Afrique du Sud y avait perdu près de trois milliards de francs, la Coupole du foot (la FIFA, donc) y avait gagné plus de trois milliards de francs. Un transfert modèle, sur le dos des travailleuses et des travailleurs sud-africains, surexploités pendant tout le temps où ils mettaient sur pieds et sur béton toute l'infrastructure nécessaire à la « grande fête du sport ». Eh bien, pour le Mondial brésilien de 2014, l'histoire bégaie : sur les chantiers du Mondial, les salaires versés sont inférieurs au minimum vital. Les syndicats demandent un salaire minimum de 1100 reals par mois (environ 635 US$) mais le salaire minimum réel plafonne à 650 reals (environ 400 US$), et pour s'assurer que l'impudente revendication de pouvoir vivre de son travail ne perturbera pas les réjouissances fotballeuses, le droit de grève sera drastiquement limité pendant les trois mois précédant la compétition, et pendant toute la durée de celle-ci -il ne faudrait pas que les spectateurs et les téléspectateurs soient informés de la situation réelle des gens qui ont travaillé pour le spectacle... Enfin, le Mondial va déloger plus de 150'000 personnes des zones où sévira la fièvre du ballon rond et des favelas qui font tache dans le paysage touristique qu'on veut présenter, et il va de plus priver les marchands de rue (qui habitent ces favelas) de leur gagne-pain (en plus de leur logement) afin d'assurer le respects des droits exclusifs des sponsors de la FIFA.

« La FIFA met le Brésil en coupe réglée », résume Solidar Suisse (l'ex Oeuvre suisse d'entraide ouvrière, OSEO), qui lance une campagne pour exiger de la Coupole qu'elle fasse respecter les droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs brésiliens et des populations locales, victimes à la fois de la rapacité de la FIFA elle-même, de celle des sponsors et de l'incroyable veulerie des autorités brésiliennes. Il y a sans doute quelque feinte naïveté dans une campagne qui demande aux organisateurs d'une calamité de « promouvoir le fair-play à l'égard de la population locale » frappée par cette calamité, mais il y a surtout la volonté de mettre la FIFA face à ses propres discours sur le fair-play et la grande fraternité du sport, et à sa propre pratique : l'organisation «sportive» est en fait une multinationale qui va engranger des milliards de francs, ou de dollars, ou d'euros, grâce au Mondial et grâce à l'exploitation de ceux qui vont le rendre possible sur place, mais cette multinationale ne paie pas, et ne veut pas payer d'impôt, ni au Brésil où elle va sévir, ni en Suisse où elle siège.

Les milliards que le Brésil va consacrer à l'organisation du Mondial, pour les beaux yeux de la FIFA, de ses sponsors et des chaînes télés qui retransmettront les matches en faisant exploser les tarifs des publicités qui encadreront et farciront les retransmissions, ces milliards de dépenses somptuaires seront compensés par des coupes dans des programmes sociaux autrement plus urgents et plus essentiels que des joutes organisées dans les moindres détails par la FIFA, et se résumant en cette formule : « des chômeurs regardant à la télé des millionnaires courant après un ballon ».

Il y a 50 millions de pauvres au Brésil. Il y en aura encore plus après le Mondial. Mais ils auront pu croire leur pays devenu le centre du monde, alors qu'il n'aura été qu'un champ mis en coupe réglée par la FIFA.

Soutenez la campagne de Solidar : www.solidar.ch/fr/

12 juin 2011

Fédération internationale du foot-pognon (FIFA) : Circulez, y'a rien à voir...

Unique candidat restant à sa propre succession (« un couronnement sans opposant, c'est comme un mandat frauduleux », estimait le président de la fédération anglaise de foot, qui a vainement plaidé pour un report de l'élection), le Suisse Sepp Blatter a donc été réélu pour un quatrième mandat (le dernier, a-t-il promis, juré) à la présidence de la Fédération internationale du foot-pognon, la FIFA, avec un score nord-coréen (186 suffrages sur 203 votants) malgré les accusations de corruption dont cette coupole sportive fait l'objet. Lui s'en est sorti (« il est intouchable car il n'a jamais touché, mais il sait qui a touché », commente un ancien cadre de la FIFA) , pas le Quatari Mohammed Bin Hammam, qui a dû se retirer de la course à la présidence. Les deux candidats avaient fait campagne en promettant de restaurer l'éthique sportive et d'en finir avec la corruption. Personne ne les a cru, l'un des deux a été éjecté de la course, l'autre, dans l'appareil depuis bientôt quarante ans et à sa tête depuis vingt ans comme secrétaire général, puis directeur exécutif puis président, a été réélu. « C'est une journée formidable pour la FIFA car elle a démontré l'unité de notre famille », a résumé le padrino réélu. Circulez, y'a rien à voir, sport-business as usual.

La FIFA : Milliardaire, corrompue... et « d’utilité publique »...

Les principaux « partenaires économiques » (les sponsors, quoi) de la Fédération Internationale de football «amateur» (amateur de quoi ? de pognon ?) ne sont pas contents : l'image de la FIFA se dégrade au fur et à mesure que tombent comme à Gravelotte les révélations sur ses dirigeants (10 d'entre eux, sur 24, sont soupçonnés de corruption) et sur les achats de votes de représentants de fédérations nationales -mais soyons clairs : ce n'est pas la corruption qui gène Visa, Coca-Cola. Adidas, Sony, Hyundai, ou Emirate, c'est qu'elle s'étale au grand jour. D'ailleurs, aucun des ces aimables philanthropes n'a menacé de retirer ses billes financières de la FIFA. C'est d'ailleurs grâce à eux que les revenus quadriennaux de la FIFA ont dépassé les quatre milliards de dollars. Et comme on peut légitimement douter que ces multinationales soutiennent cette autre multinationale pour l'amour du sport, on se dit qu'elles trouvent leur intérêt à poursuivre ce soutien intéressé. Le porte-parole de Coca-Cola, lié à la FIFA depuis 1978, la joue pourtant alarmiste : « les allégations actuelles (de corruption) sont angoissantes et très mauvaises pour le sport ». Le président de la ffédération danoise de foot, au nom de tous les pays scandinaves, a réclamé la création d'une commission indépendante chargée de faire la lumière sur ces allégation. Ces Scandinaves croient au Père Noël ? la FIFA n'a aucun intérêt à « faire la lumière » sur ses propres pratiques et celles de ces dirigeants. Certes, elle va, comme l'y invitait Micheline Calmy-Rey, « prendre au sérieux » les accusations de corruption -mais c'est parce qu'elle sait qu'elles ne sont pas sans fondement, et qu'il importe de tout faire pour qu'elles ne perturbent pas le business du foot. Il faudra rassurer les sponsors et les chaînes de télévision qui achètent les droits de retransmission des jeux du cirque. Et on s'en tiendra là : « faire le ménage » au sein de la coupole du foot, ce serait tuer le foot business... or les dirigeants de la FIFA, et la FIFA elle-même, en vivent, du foot business, et ils ne sont pas du genre à égorger la poule aux oeufs d'or avant qu'elle ait pondu tout ce qu'elle peut pondre. « Ne laissez pas l'argent abimer votre idéal », plaidait Micheline Calmy-Rey -mais l'argent n'abime pas l'idéal du foot, il l'achète, et un idéal qui s'achète, c'est bien un idéal qui se vend, au plus offrant. Sepp Blatter, bottant en touche, a fait accepter le principe de l'attribution des coupes du monde non plus par le comité exécutif de la FIFA, mais par son assemblée générale (ou le délégué d'une île pacifique de quelques milliers d'habitants, dont 50 footballeurs, pèse autant que celui du Brésil et de ses millions de footballeurs amateurs et professionnels). Et après ? ça fera simplement plus de votants à corrompre, ça coûtera un peu plus cher, mais le jeu continuera à en valoir la chandelle, et la triche. Milliardaire et corrompue, se souciant comme de son dernier maillot des droits de la personne humaine (elle vient d’attribuer la Coupe du monde 2022 au Qatar, un pays où les femmes et les migrants sont traités comme des citoyens de seconde zone, où l’homosexualité est punissable et qui ne connaît ni la liberté de la presse ni la liberté d’opinion), la FIFA continue de jouir dans notre pays, puisqu'elle y est installée comme n'importe quel évadé fiscal, d'un statut d'organisme « d’utilité publique ». Cette belle oeuvre charitable à engrangé un bénéfice de 2,35 milliards de francs lors de la Coupe de monde de football en Afrique du Sud, et a versé plus de 50 millions de francs de bonus à Sepp Blatter (dont le salaire annuel dépasse le million de francs) et ses autres dirigeants, alors que l'organisation de la Coupe a creusé un trou de 3 milliards dans les finances de l’Etat sud-africain, dont 40% des habitants vivent dans une pauvreté absolue. Le même destin attend le Brésil, qui accueillera la Coupe du monde en 2014. Le statut « d’utilité publique » de la FIFA lui a permis de ne payer entre 2007 et 2010 que soixante fois moins d'impôts (3 millions au lieu de 180 millions) que ce qu'elle aurait dû payer si elle avait été taxée comme une entreprise lucrative, ce qu'elle est. Voilà pourquoi Solidar Suisse et la Jeunesse socialiste suisse lancent une pétition qui invite le Conseil fédéral et le Parlement à « mettre fin aux privilèges fiscaux (allègements et exonérations) accordés à la Fédération de football association (FIFA)» : Signez la pétition! (www.solidar.ch/petition-fifa.html)

28 décembre 2010

Mondial de foot en Russie en 2018, au Qatar en 2022 : For the Game. For the World. For the Money...

Le comité exécutif de la FIFA a désigné hier, sous le slogan « For the Game. For the World », les pays organisateurs de la Coupe du monde de football en 2018 et en 2022. Parmi les candidats figuraient plusieurs pays où la situation en matière de droits humains et du travail est pour le moins préoccupante, voire désastreuse. L’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) estimait que l’organisation du Mondial ne pouvait en aucun cas être confiée à la Russie, la Corée du Sud, les Etats-Unis, le Japon ou le Qatar, qui violent les droits humains, politiques et sociaux les plus élémentaires. Pour l'organisation d'entraide, ces cinq pays « méritent un carton rouge ». Pour la FIFA, en revanche, ils méritaient le Mondial. Et deux d'entre eux l'ont obtenu : la Russie en 2018, le Qatar en 2022. For the Game ? For the World ? For and by the Money...

La Coupole et le veau d'or

La Coupole internationale du foot-pognon, la FIFA, est une organisation de droit suisse. Et quand on dit « de droit », c'est de « non droit » qu'il conviendrait de parler. Les fédérations sportives internationales installées en Suisse, comme la FIFA, l'UEFA ou le Comité international olympique, ne sont pas soumises à la loi suisse qui réprime (mollement) la corruption. Ce que même le Conseiller fédéral UDC Ueli Maurer, ci-devant ministre des Sports, considère comme « une lacune ». Mais c'est délibérément que le Conseil fédéral a accordé en 2004 aux coupoles sportives le droit d'échapper à la loi, de laver leur linge sale en famille ou de le planquer à l'abri des reniflements. Résultat : non seulement la FIFA, dont les profits annuels frôlent les 200 millions, et le chiffre d'affaire le milliard, ne paie pas d'impôts, alors qu'elle contrôle plus ou moins directement plusieurs sociétés commerciales (droits TV, voyages, produits dérivés etc.), mais cette «grande famille du sport » est aussi une petite affaire de famille : la famille Blatter. L'oncle préside la coupole, le neveu s'est taillé à son abri un petit empire sportivo-commercial personnel et a conclu plusieurs contrats particulièrement juteux. A la corruption dont la FIFA est le théâtre, ou le stade, s'ajoute donc le népotisme. La corruption ? deux membres du comité exécutif de la Coupole ont été filmés en train de monnayer leur voix pour le vote attribuant les coupes du monde 2018 et 2022. La FIFA a fait mine d'ouvrir une enquête, qu'elle s'est prudemment confiée à elle-même, histoire de s'assurer qu'elle ne déborde pas des cas des deux malheureux basanés qui se sont fait filmer (un Tahitien et un Nigérian). Or sur les 24 membres du Comité exécutif de la FIFA qui viennent d'attribuer le Mondial à la Russie et au Qatar, au moins sept sont déjà lourdement soupçonnés de s'être fait acheter à d'autres occasions, et même l'accession du Suisse Sepp Blatter à la présidence du machin a été facilitée par des pratiques qu'on dira pudiquement « douteuses » alors qu'en fait il y a assez peu de doutes à avoir à leur sujet (la présidente d'une fédération somalienne de foot dont on ignorait même qu'elle existât, a reconnu avoir vendu 100'000 dollars sa voix à Blatter...). Mais faut pas dire du mal du sport professionnel, c'est une grande et belle famille. Et une famille baignant dans la moralité et l'éthique. La preuve : les ligues de football professionnel européennes se sont engagées à soutenir la campagne « Un milliard d'affamés » lancée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), appelant les gouvernements à accorder une priorité à l'éradication de la faim. Et la FIFA elle-même veut interdire aux joueurs toute expression religieuse (objets, signes, postures etc...) dans les stades lors des compétitions qu'elle organise ou supervise. On pourrait en ricaner, quand on mesure la place prise par la publicité marchande dans lesdits stades, sur les joueurs, et dans le financement de la milliardaire FIFA par ses sponsors. Mais au fond, la FIFA est logique, monothéiste et cohérente : elle n'a de Dieu que celui du marché du foot professionnel, en est la prophétesse et l'église, et ni le Dieu unique, ni sa prophétesse, ni son église n'aiment la concurrence. En revanche, depuis que le rouble est convertible et que les petrodollars pleuvent sur le Qatar, le veau d'or, elle est prête à y implanter son culte..