Soupçon d'inquiétude à la police fédérale : sur les forums internet "djihadistes", on pouvait lire des messages du genre "Transformons les deux pays les plus sûrs d'Europe en enfer, comme l'enfer irakien ou afghan". C'est vrai que l'Autriche est un des pays les plus sûrs d'Europe : les enfants y vivent protégés dans des caves pendant des années. En Suisse, la gare de Zurich aurait été évoquée (sur un site internet djihadiste) comme cible possible d'un attentat. Des craintes ont été également exprimés d'actions du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), la Turquie jouant plusieurs de ses matches en Suisse, où réside une assez importante communauté kurde de Turquie. Finalement, ces craintes étaient aussi injustifiées que les espoirs de voir l'équipe de Suisse passer le cap des éliminatoires de la compétition. Le ministère autrichien de l'Intérieur s'était d'ailleurs fait rassurant : "aucun élément ne permet de conclure à une menace terroriste pesant sur l'Autriche ou la Suisse durant l'Euro". Même optimiste de Samuel Schmid : "Il n'y a aucun indice concret de plans d'attentats pendant l'Euro". Mais le Conseiller fédéral n'en avait pas moins pris, au cas où, de solides résolutions : Quand un journaliste de la "Tribune" (du 31 mai) lui demandait : "Un avion rempli de passagers ne répond pas aux appels des chasseurs. Ordonnez-vous qu'il soit abattu ?", Sami répondait "Oui", parce que "Dans cet avion il y a des terroristes (comment il le sait, puisque l'avion ne répond pas ?) et des personnes innocente. Mais au sol, il y a aussi des milliers d'innocents". Bref : tuez les tous en vol, Dieu reconnaîtra les siens au sol.
Et comme on n'est jamais trop prudent, un porte-parole de la police fédérale, Jürg Bühler, ajoutait que ladite police ne surveillait pas seulement les islamistes, mais aussi les gauchistes : "Nous gardons à l'oeil des groupes d'êxtrême-gauche". Que le Securitas infiltré dans le comité contre les racket de la Praille et de l'Eurofoot se dénonce !
20 août 2009
01 août 2009
EUROBASTONS
La venue de dizaines de milliers de supporters tchèques, turcs et portugais à Genève, en sus des supporters vivant déjà dans la région, inquiètait ? Y'a pas de raison, assuraient leurs représentants : "nous avons des problèmes de violence entre clubs tchèques, mais très peu avec l'équipe nationale", affirmait la représentante des supporters tchèques. Pour son collègue turc, "le foot, c'est une fête, pas la guerre". Sauf évidemment si les Kurdes avaient utilisé (ils auraient dû) l'événement pour se rappeler au bon souvenir de la Turquie. Les autorités genevoises assuraient, par la voix de Mark Muller, n'avoir identifié, sur les trois matches joués à Genève, que deux matches à "risque faible" (Portugal-République tchèque et République tchèque-Turquie) et un match à "risque moyen" (Turquie-Portugal), pour lesquels les effectifs policiers locaux devraient suffire, surtout qu'en réserve se tenaient les CRS français et que l'armée suisse était prête à prendre en charge des tâches policières normales (la régulation du trafic, la "surveillance de certains lieux") pour en décharger la police genevoise. En fait, la prévision d'un EWurofoot sans baston a été la seule, du moins à Genève, qui se soit réalisée.
De toutes façons, les supporters étaient accueillis à Genève les bras ouverts. Ils ne doivent pas "être considérés comme une menace", avait proclamé le coordinateur de l'Euro2008 pour Genève, Michael Kleiner. Ben non, ils ne sont ni immigrants, ni requérants d'asile, ni mendiants. Et ils étaient même consommateurs.
A Bâle, Zurich, Genève, mais aussi dans le canton de Vaud (qui n'accueillait, heureusement pour lui, aucun match), les supporters ne pouvaient pas se masquer le visage (c'est dommage, de si belles têtes d'intellectuels), et pouvaient être amendés (jusqu'à 10'000 balles) s'ils le font. Même avec un masque de "Kobi" Kuhn ?
En tous cas, des hooligans, on n'a pas ça à Genève. Ou presque pas : selon le commandant de la gendarmerie genevoise, Genève ne compterait que dix hooligans potentiellement dangereux (on veut les noms !). Selon les estimations policières, il y aurait en Suisse entre 1500 et 2000 supporters violents, dont 264 étaient répertoriés début février dans la base de données "Hoogan".
A Berne, le club "phare" local, les Young Boys, a eu une riche idée : donner une "deuxième chance" aux supporters interdits de stade, en leur permettant d'assister, à condition d'être parrainés et accompagné de leur parrain, aux matches dans le stade de Suisse, stade que les pupilles et leurs parrains devront quitter au plus tard une demie-heure après la fin du match. On les materne, ces petits jeunes, c'est de la bonne graine, ça, Monsieur...
Petite chronique des bastons ordinaires :
Le 27 octobre, quatre personnes sont blessées dans une bagarre après un match à Wünnewil (Fribourg), entre l'équipe locale et le FC Schönberg, dont les joueurs ont saccagé les vestiaires. L'arbitre a été blessé. Dix jours plus tard, tous les matches sont annulés à Fribourg, du fait d'une grève de protestation des arbitres.
Le 11 novembre, un supporter de l'équipe romaine de la Lazio est tué par un policier après une rixe avec des supporters de l'équipe turinoise de la Juventus. Il s'ensuit trois heures de violents affrontements à Rome entre des centaines de supporters et la police. Les affrontements font une cinquantaine de blessés parmi les policiers. Les supporters ont dévasté les locaux du Comité olympique italien, incendié des voitures, cassé des vitrines, attaqué une caserne des carabiniers et un commissariat de police.
A Rome, 66 supporters de l'AS Rome ou de la Lazio se sont vu interdire l'accès au stade à la suite d'actes racistes. Dès 1990, un groupe néo-fasciste paramilitaire, le "Mouvement occidental", organise les skinheads, dont des supporters des deux clubs romains : on les verra à chaque match brandir des drapeaux à croix celtiques ou gammées, pousser des cris de singe à l'encontre des joueurs "de couleur", et autres joyeusetés du même tonneau.
Une soixantaine de supporters nord-irlandais en état d'ébriété (c'est pas un pléonasme ?) ont été empêchés le 18 novembre de prendre l'avion pour Las Palmas (Canaries) où leur sélection affrontait l'Espagne en match de qualifications à l'Euro-2008.
Le même 18 novembre, à Bâle, un match entre Servette et Concordia dégénère : les supporters servettiens (il en reste donc) affrontent dans les tribunes le service de sécurité du stade du Rankhof. Des coups sont échangés, des objets arrachés au stade lancés sur le terrain, la police intervient et un supporter servettien est interpellé (non, c'est pas Marc Roger, il était déjà au trou)
Le 1er décembre, le gardien du FC Lucerne, qui jouait contre Sion au stade de Tourbillon, s'est pris une "GameBoy" sur la gueule, lancée depuis la tribune des supporters "ultras" valaisans. On se félicite de ce que la miniaturisation des consoles de jeux ait fait des progrès : y'a vingt ans, il se serait pris une Amiga ou un Commodore dans la tronche.
Quant au gardien du Neuchâtel Xamax, dans le même stade de Tourbillon, il s'était pris une grosse clef d'hôtel à boule, en fer, quelques semaines auparavant.
Le 26 janvier, à Sankt Margrethen, une bagarre générale entre joueurs et spectateurs turcs et albanais lors d'un tournoi amateurs a fait un blessé (un adolescent de 16 ans, dont la machoire a été fracturée).
Le 12 avril, des échauffourées ont opposé à Saint-Gall des supporters des clubs de St-Gall et de Berne (Young Boys). Des pierres et des bouteilles ont été lancées contre le train spécial des Bernois. Plusieurs personnes ont été interpellées.
Le 3 mai, des heurts entre supporters, et entre supporters et policiers, ont fait plus de 45 blessés à Berne et à Bâle. A Berne, la police a dû faire usage de gaz et de balles en caoutchouc contre une centaine de supporters bernois et neuchâtelois, et à Bâle, des jets de fumigènes et de feux de bengales par des supporters zurichois sur des supporters bâlois ont fait deux blessés, avant que des affrontements avec la police à l'extérieur du stade fassent 45 blessés, dont un policier.
Le même jour, les joueurs du FC Etoile-Laconnex Juniors A2 essuient une pluie d'injures et de menaces de la part de leurs adveraires du FC Vernier. La semaine suivante, ce sont les joueurs de Vernier qui sont accueillis par les supporters de Laconnex en étant aspergés de bière. e Conseiller administratif Alain-Dominique Mauris s'inquiète : des supporters de foot viennent au stade avec des battes de baseball -d'une utilité contestable dans un match de foot, et qu'il est assez vraisemblable en revanche de supposer être prévues pour être utilisées à taper sur la gueule des supporters adverses. Une dizaine d'actes de violence ont été signalés en six mois dans la commune. Que fait Cerutti ?
Le 8 mai, des supporters bâlois pillent le rayon alcool d'une Coop à la gare de Neuchâtel, après un match entre Bâle et Xamas.
Le 10 mai, pour la finale du championnat de Ligue A (pardon pour l'archaisme) à Bâle, entre Bâle et Berne, la vente de boissons alcoolisées a été interdite dans le stade.
Le 20 mai, des centaines de supporters saint-gallois furieux de la relégation de leur équipe en division inférieure ont saccagé le stade de l'Espenmoos (qui accueillait son dernier match) et affronté la police. Des pavés, des fusées et des pétards ont été lancés, un feu a été allumé dans la tribune principale du stade, dont le mobilier a été pillé et saccagé.Trois policiers et quatre agents de sécurité ont été blessés, 59 supporters ont été arrêtés, une dizaine de battes de base-ball ont été saisies, et entre 100'000 et 200'000 francs de dégats ont été causés.
Le 11 juin, après l'élimination de la Suisse par la Turquie dans le tour préliminaire de l'Euro, une centaine de supporters suisses ont été arrêtés, à Bâle, Berne, Aarau, Zurich et Winterthur. A Aarau, quelques centaines de Suisses ont provoqué quelques centaines de Turcs qui célébraient pacifiquement la victoire de leur équipe; à Berne, des échauffourées se sont produites entre supporters suisses et policiers, qui ont dû faire usage de balles en caoutchouc.
La fédération de foot de Croatie a écopé d'une amende de 20'000 francs pour la punir du comportement xénophobe de supporters croates, lors du quart de finale de l'Eurofoot contre la Turquie (qui y a éliminé la Croatie).
Face à la violence sur et autour des stades, qu'ils attribuent spécifiquement aux joueurs et aux supporters étrangers", des responsables de clubs de foot suisses ont eu une idée géniale : celle de créer en Suisse un championnat "séparé" (dans des clubs séparés,peut-être, et éventuellement dans des quartiers réservés, qu'on pourrait appeler des ghettos ?) pour les clubs étrangers en général, voire les clubs "balkaniques" en particulier, "pour qu'ils se molestent entre eux". A Genève, cette idée (émanant de responsables de clubs alémaniques, en particulier des régions de Bâle et de Zurich) laisse perplexe : il y a 40 % d'étrangers dans le foot à Genève, et la menace de retraits de points au classement suffit à calmer les équipes les plus agitées et leurs supporters, d'où qu'ils viennent - la violence étant aussi le fait de joueurs et de supporters suisses.
Selon une étude de l'Université de Neuchâtel et du Fonds national, le milieu des supporters militants de foot est dominé par de jeunes "ultras" machos, chauvins, potentiellement violents, mais suisses et bien intégrés. Sans blague ? Et nous qui croyions avoir affaire à de vieux intellectuels féministes étrangers vivant en communauté...
L'association "Juris Conseil Junior" a édité un guide juridique des "droits et obligations" des jeunes" fréquentant les manifestations de l'Eurofoot. On leur signalait qu'à partir de 16 ans (mais pas en dessous) ils ont le droit de boire de la bière, du vin ou du cidre, mais pas des alcools forts, qu'ils ne pourraient pas accéder avant 18 ans aux clubs éphémères installés dans les "fan's zones" (du genre du "Fan Club 08" des Vernets), que la loi punit les injures et incitations à la haine raciale même exprimées sous forme de SMS ou de MMS. Mais que si ils se font coffrer pour avoir, complètement bourrés, injurié les nègres de l'équipe adverse, les chtis supporters mineurs peuvent demander la présence de leurs parents une fois amenés au poste. Surtout si les parents, aussi cons que leur progéniture, ont déjà été coffrés pour les mêmes raisons que leurs gniards.
De toutes façons, les supporters étaient accueillis à Genève les bras ouverts. Ils ne doivent pas "être considérés comme une menace", avait proclamé le coordinateur de l'Euro2008 pour Genève, Michael Kleiner. Ben non, ils ne sont ni immigrants, ni requérants d'asile, ni mendiants. Et ils étaient même consommateurs.
A Bâle, Zurich, Genève, mais aussi dans le canton de Vaud (qui n'accueillait, heureusement pour lui, aucun match), les supporters ne pouvaient pas se masquer le visage (c'est dommage, de si belles têtes d'intellectuels), et pouvaient être amendés (jusqu'à 10'000 balles) s'ils le font. Même avec un masque de "Kobi" Kuhn ?
En tous cas, des hooligans, on n'a pas ça à Genève. Ou presque pas : selon le commandant de la gendarmerie genevoise, Genève ne compterait que dix hooligans potentiellement dangereux (on veut les noms !). Selon les estimations policières, il y aurait en Suisse entre 1500 et 2000 supporters violents, dont 264 étaient répertoriés début février dans la base de données "Hoogan".
A Berne, le club "phare" local, les Young Boys, a eu une riche idée : donner une "deuxième chance" aux supporters interdits de stade, en leur permettant d'assister, à condition d'être parrainés et accompagné de leur parrain, aux matches dans le stade de Suisse, stade que les pupilles et leurs parrains devront quitter au plus tard une demie-heure après la fin du match. On les materne, ces petits jeunes, c'est de la bonne graine, ça, Monsieur...
Petite chronique des bastons ordinaires :
Le 27 octobre, quatre personnes sont blessées dans une bagarre après un match à Wünnewil (Fribourg), entre l'équipe locale et le FC Schönberg, dont les joueurs ont saccagé les vestiaires. L'arbitre a été blessé. Dix jours plus tard, tous les matches sont annulés à Fribourg, du fait d'une grève de protestation des arbitres.
Le 11 novembre, un supporter de l'équipe romaine de la Lazio est tué par un policier après une rixe avec des supporters de l'équipe turinoise de la Juventus. Il s'ensuit trois heures de violents affrontements à Rome entre des centaines de supporters et la police. Les affrontements font une cinquantaine de blessés parmi les policiers. Les supporters ont dévasté les locaux du Comité olympique italien, incendié des voitures, cassé des vitrines, attaqué une caserne des carabiniers et un commissariat de police.
A Rome, 66 supporters de l'AS Rome ou de la Lazio se sont vu interdire l'accès au stade à la suite d'actes racistes. Dès 1990, un groupe néo-fasciste paramilitaire, le "Mouvement occidental", organise les skinheads, dont des supporters des deux clubs romains : on les verra à chaque match brandir des drapeaux à croix celtiques ou gammées, pousser des cris de singe à l'encontre des joueurs "de couleur", et autres joyeusetés du même tonneau.
Une soixantaine de supporters nord-irlandais en état d'ébriété (c'est pas un pléonasme ?) ont été empêchés le 18 novembre de prendre l'avion pour Las Palmas (Canaries) où leur sélection affrontait l'Espagne en match de qualifications à l'Euro-2008.
Le même 18 novembre, à Bâle, un match entre Servette et Concordia dégénère : les supporters servettiens (il en reste donc) affrontent dans les tribunes le service de sécurité du stade du Rankhof. Des coups sont échangés, des objets arrachés au stade lancés sur le terrain, la police intervient et un supporter servettien est interpellé (non, c'est pas Marc Roger, il était déjà au trou)
Le 1er décembre, le gardien du FC Lucerne, qui jouait contre Sion au stade de Tourbillon, s'est pris une "GameBoy" sur la gueule, lancée depuis la tribune des supporters "ultras" valaisans. On se félicite de ce que la miniaturisation des consoles de jeux ait fait des progrès : y'a vingt ans, il se serait pris une Amiga ou un Commodore dans la tronche.
Quant au gardien du Neuchâtel Xamax, dans le même stade de Tourbillon, il s'était pris une grosse clef d'hôtel à boule, en fer, quelques semaines auparavant.
Le 26 janvier, à Sankt Margrethen, une bagarre générale entre joueurs et spectateurs turcs et albanais lors d'un tournoi amateurs a fait un blessé (un adolescent de 16 ans, dont la machoire a été fracturée).
Le 12 avril, des échauffourées ont opposé à Saint-Gall des supporters des clubs de St-Gall et de Berne (Young Boys). Des pierres et des bouteilles ont été lancées contre le train spécial des Bernois. Plusieurs personnes ont été interpellées.
Le 3 mai, des heurts entre supporters, et entre supporters et policiers, ont fait plus de 45 blessés à Berne et à Bâle. A Berne, la police a dû faire usage de gaz et de balles en caoutchouc contre une centaine de supporters bernois et neuchâtelois, et à Bâle, des jets de fumigènes et de feux de bengales par des supporters zurichois sur des supporters bâlois ont fait deux blessés, avant que des affrontements avec la police à l'extérieur du stade fassent 45 blessés, dont un policier.
Le même jour, les joueurs du FC Etoile-Laconnex Juniors A2 essuient une pluie d'injures et de menaces de la part de leurs adveraires du FC Vernier. La semaine suivante, ce sont les joueurs de Vernier qui sont accueillis par les supporters de Laconnex en étant aspergés de bière. e Conseiller administratif Alain-Dominique Mauris s'inquiète : des supporters de foot viennent au stade avec des battes de baseball -d'une utilité contestable dans un match de foot, et qu'il est assez vraisemblable en revanche de supposer être prévues pour être utilisées à taper sur la gueule des supporters adverses. Une dizaine d'actes de violence ont été signalés en six mois dans la commune. Que fait Cerutti ?
Le 8 mai, des supporters bâlois pillent le rayon alcool d'une Coop à la gare de Neuchâtel, après un match entre Bâle et Xamas.
Le 10 mai, pour la finale du championnat de Ligue A (pardon pour l'archaisme) à Bâle, entre Bâle et Berne, la vente de boissons alcoolisées a été interdite dans le stade.
Le 20 mai, des centaines de supporters saint-gallois furieux de la relégation de leur équipe en division inférieure ont saccagé le stade de l'Espenmoos (qui accueillait son dernier match) et affronté la police. Des pavés, des fusées et des pétards ont été lancés, un feu a été allumé dans la tribune principale du stade, dont le mobilier a été pillé et saccagé.Trois policiers et quatre agents de sécurité ont été blessés, 59 supporters ont été arrêtés, une dizaine de battes de base-ball ont été saisies, et entre 100'000 et 200'000 francs de dégats ont été causés.
Le 11 juin, après l'élimination de la Suisse par la Turquie dans le tour préliminaire de l'Euro, une centaine de supporters suisses ont été arrêtés, à Bâle, Berne, Aarau, Zurich et Winterthur. A Aarau, quelques centaines de Suisses ont provoqué quelques centaines de Turcs qui célébraient pacifiquement la victoire de leur équipe; à Berne, des échauffourées se sont produites entre supporters suisses et policiers, qui ont dû faire usage de balles en caoutchouc.
La fédération de foot de Croatie a écopé d'une amende de 20'000 francs pour la punir du comportement xénophobe de supporters croates, lors du quart de finale de l'Eurofoot contre la Turquie (qui y a éliminé la Croatie).
Face à la violence sur et autour des stades, qu'ils attribuent spécifiquement aux joueurs et aux supporters étrangers", des responsables de clubs de foot suisses ont eu une idée géniale : celle de créer en Suisse un championnat "séparé" (dans des clubs séparés,peut-être, et éventuellement dans des quartiers réservés, qu'on pourrait appeler des ghettos ?) pour les clubs étrangers en général, voire les clubs "balkaniques" en particulier, "pour qu'ils se molestent entre eux". A Genève, cette idée (émanant de responsables de clubs alémaniques, en particulier des régions de Bâle et de Zurich) laisse perplexe : il y a 40 % d'étrangers dans le foot à Genève, et la menace de retraits de points au classement suffit à calmer les équipes les plus agitées et leurs supporters, d'où qu'ils viennent - la violence étant aussi le fait de joueurs et de supporters suisses.
Selon une étude de l'Université de Neuchâtel et du Fonds national, le milieu des supporters militants de foot est dominé par de jeunes "ultras" machos, chauvins, potentiellement violents, mais suisses et bien intégrés. Sans blague ? Et nous qui croyions avoir affaire à de vieux intellectuels féministes étrangers vivant en communauté...
L'association "Juris Conseil Junior" a édité un guide juridique des "droits et obligations" des jeunes" fréquentant les manifestations de l'Eurofoot. On leur signalait qu'à partir de 16 ans (mais pas en dessous) ils ont le droit de boire de la bière, du vin ou du cidre, mais pas des alcools forts, qu'ils ne pourraient pas accéder avant 18 ans aux clubs éphémères installés dans les "fan's zones" (du genre du "Fan Club 08" des Vernets), que la loi punit les injures et incitations à la haine raciale même exprimées sous forme de SMS ou de MMS. Mais que si ils se font coffrer pour avoir, complètement bourrés, injurié les nègres de l'équipe adverse, les chtis supporters mineurs peuvent demander la présence de leurs parents une fois amenés au poste. Surtout si les parents, aussi cons que leur progéniture, ont déjà été coffrés pour les mêmes raisons que leurs gniards.
27 juillet 2009
EUROPOULETS
Le droit de manifester a été fortement restreint pendant l'Eurofoot : le Département des Institutions a édicté une directive stipulant que, sauf exception, aucune manifestation imprévue ne serait autorisée sur la voie publique en juin, compte tenu de la mobilisation des forces de police autour de l'Eurofoot et de ses à-côtés. En Ville, des manifestations régulières (la Fête de la Musique, les Promotions) ont certes été maintenues, mais des manifestations prévues (y compris des tournois de foot) ont été déplacées (Pro Velo), repoussées (Gena Festival à Avully) ou suspendues (la Ville est à vous).
Comment nos zautorités auraient-elles fait si l'actualité politique avait eu le mauvais goût de ne pas se plier au calendrier des festivités footballistiques, et provoquait des manifestations ? Elles auraient été emmerdées (surtout si les organisateurs de manifestations de protestation ou de soutien ne demandaient pas d'autorisation, vu qu'ils avaient la quasi-certitude de ne pas l'obtenir) ? la Ville avait annoncé qu'elle donnerait son accord pour de telles manif's imprévues provoquées par les tumultes du monde, mais à la condition que le canton soit lui aussi d'accord. "Le droit constitutionnel de manifester sera maintenu", assurait le Secrétaire adjoint du département des institutions, Nicolas Bolle, qui ajoutait cependant que "chaque demande sera examinée attentivement". Autant ne pas déposer de demande -et même, utiliser intentionnellement les moments de rassemblement autour de l'Euro pour y greffer la manif. Hélas (trois fois), tel ne fut pas le cas.
Pourtant, y'aurait eu des squats à tenter...
La majorité de droite du Grand Conseil genevois a accordé au Conseil d'Etat (dit "de centre gauche") un crédit de 5 millions pour doter, hors de toute base légale utilisable, huit sites "sensibles" de caméras de surveillance en prévision de l'Eurofoot -mais les caméras resteront après, premiers fils d'une toile de vidéosurveillance plus étendue. La gauche s'est opposée à cette proposition, mais l'intellectuel de service, Eric Stauffer, du MCG, lui a répondu que "ceux qui sont contre sont ceux qui ont quelque chose à se reprocher".
La police genevoise avait commencé fin janvier à s'entraîner pour l'Euro2008 : à la Gare Cornavin, le 23 janvier, des policiers déguisés en supporters et des policiers déguisés en policiers ont fait mumuse pour tester le dispositif d'encadrement des premiers par les seconds. Au Stade de la Praille, où le 10 avril des policiers déguisés en supporters ont fait mine d'affronter des policiers déguisés en policiers. Explication de la police : 30'000 personnes à la Praille pendant les matches, et une activité "festive" presque 24 heures sur 24 pendant trois semaines, ça équivaut aux Fêtes de Genève plus la Lake Parade. Et faut se préparer. D'ailleurs, on avait préparé une prison provisoire "spéciale Euro", sur le modèle des prisons temporaires créées en Allemagne pendant le Mondial 2006 (elles avaient accueilli 400 supporters). A Genève, la prison temporaire (Champ-en-jachère-Dollon ?) était installée à Palexpo dans la halle 7 et pourrait être réutilisée pour le Mondial de hockey en 2009. C'est "pour le bien de la collectivité", expliquait le porte-parole de Palexpo. On est sauvés, Palexpo veut notre bien. De toutes façon, on pouvait pas mettre les supporters violents à Champ-Dollon, ousque ce ne sont pas les clients qui sont bourrés, mais la prison elle-même. D'ailleurs, une fois terminé, l'Eurofoot est venu au secours de Champ-Dollon : douze des cabanes en bois utilisées comme lieux de rétention provisoire à Palexpo, dans le cadre de l'Eurofoot, vont être mises à disposition de Champ-Dollon, au cas où. Au cas où quoi ? Non, pas en cas de surpopulation, c'est promis, assure le directeur Franziskakis. Juste en cas d'"événement exceptionnel", comme un incendie. Provoqué par exemple par une mutinerie elle-même provoquée par la surpopulation, on joue un peu sur les mots, là...
Les gendarmes genevois toucheront une indemnité spéciale, forfaitaire, pour leur service pendant l'Eurofoot, et leurs heures supplémentaires seront payées. L'Union du personnel du corps de police réclamait le versement d'une prime exceptionnelle pour la surcharge de travail pendant l'Eurofoot. A l'occasion du G8, une prime de 2500 francs avait été octroyée aux gendarmes et policiers genevois. Si une prime équivalente était versée pendant l'Eurofoot, et on ne voit pas au nom de quoi elle ne le serait pas, la facture de l'Eurofoot pour les collectivités publiques s'alourdirait d'au moins un million.
La police lucernoise s'est quant à elle fait la main, le 1er décembre, sur des manifestants n'ayant rien à voir avec l'Euro, mais ayant eu le mauvais goût de défiler en ville pour protester contre les menaces de fermeture d'un centre alternatif, alors que l'UEFA s'apprêtait à organiser à Lucerne le pince-fesse du tirage au sort des matches de l'Euro. Pour les flics lucernois, c'était une sorte d'exercice grandeur nature avant l'Euro, où une partie d'entre eux ont prêté main-forte aux flics des villes-hôtes alémaniques. Donc, bilan du test (ou on a scrupuleusement respecté les consignes énoncées pour les matches de l'Euro) : dispersion de la manif en tirant des balles de caoutchouc, 245 personnes arrêtées, emmenées dans un abri PC transformé en prison, fouillées, parfois désabillées et photographiées (parfois à poil, y compris les filles de moins de 18 ans, dénudées devant des policiers et des employés de la protection civile, certaines étant en outre l'objet de fouilles intimes). Des personnes ont été enchaînées pendant des heures, entassées dans de petites cellules sans sanitaires.
Des accords de coopération ont été signés avec la France et l'Allemagne pour que des policiers français et allemands (entre 500 et 1000 au total) puissent renforcer les flics suisses pendant l'Euro. A Genève, des agents français pouvaient être engagés pour une durée maximale de 48 heures, pour les matches Portugal-Turquie du 7 juin, République tchèque-Portugal le 11 juin et Turquie-République tchèque du 15 juin. Les Allemands sont allés s'ébrouer à Bâle et à Zurich. Berne a bénéficié de renforts des polices argovienne, soleuroise et de Suisse centrale. Avec tout ça, la Suisse était prête à tout. Mais les polices cantonales avaient averti : avant, pendant et après les matches de l'Euro, on sera aux abonnés absents pour tout ce qui relève de nos tâches habituelles. La police zurichoise a annoncé que les jours des matches, elle ne pourra assurer qu'un service minimum. Et elle a aussi annoncé qu'elle testait un drone (avion sans pilote) embarquant une camera pour pouvoir identifier les situations critiques.
Heureusement, quand les polices d'Etat menacent d'être débordées, les polices privées veillent : Securitas annonçait vouloir engager 400 personnes pour Vaud, le Valais et Genève (la moitié à Genève), et Protectas 1000 personnes pour toute la Suisse, dont 300 en Romandie. Les deux poulaillers privés n'avaient, fin mars, trouvé que la moitié de ce nouveau personnel. En attendant, ce sont bien des "agences de sécurité" privées -plus clairement dit : des polices privées- qui ont assuré la "sécurité" de la "fan zone" de Plainpalais. Et les organisateurs du parc à bestiaux ont été "très satisfaits" des prestations de Python Sécurité et AS Sécurité. Ils ont raison : obliger les vieilles dames avec des cannes et les jeunes mères avec poussettes à faire le tour de la plaine squattée par le parc à beaufs, ça méritait toutes les félicitations.
Et puis, notre glorieuse armée était sur le pied de guerre : en 2006, le Conseiller fédéral Samuel Schmid avait annoncé que 15'000 soldats seraient¨ mis à disposition des cantons pendant l'Eurofoot. La plus forte mobilisation depuis la Guerre Mondiale. On en avait tiré fort judicieusement la conclusion que l'armée se cherchait, et trouvait là où elle pouvait, des missions pouvant justifier son existence. Mais en réalité, des 15'000 soldats annoncés, on n'en a mobilisé que quelques centaines. A Genève, la gendarmerie a annoncé qu'elle comptait sur le renfort d'une seule compagnie, soit une centaine de troufions, chargés de régler la circulation et d'accomplir des tâches purement logistiques. C'est pour ça qu'on a besoin d'une armée, pour faire le boulot d'une police municipale ? Ben oui, c'est pour ça...
Et c'est pour ça aussi qu'on a besoin d'hélicoptères militaires : un Super Puma de l'armée, équipé d'une caméra embarquée, a remplacé à Genève les drones (avions sans pilotes) utilisés dans les autres villes-hôtes. Explication : l'aéroport est trop proche. Et la baudruche à Jobin aussi ?
Le Tribunal fédéral a annulé partiellement le règlement zurichois contre le hooliganisme, adopté en prévision de l'Euro2008, et mis également hors-jeu le dispositif genevois. Le contrôle judiciaire de la garde à vue (24 heures au maximum) des supporters arrêtés était jugé insuffisant par le TF, qui trouvait discutable le principe même de l'emprisonnement avant toute commission de délit, et qui précisait que tout individu arrêté doit pouvoir recourir immédiatement contre son arrestation et sa détention auprès d'un juge ou d'un tribunal, ce que ni le règlement zurichois, ni le règlement genevois ne permettaient. A Zurich comme à Genève, les réglements ne satisfaisaient pas aux exigences posées par la Convention européenne des droits de l'Homme, puisqu'ils ne prévoyaient de premiers recours qu'auprès d'autorités administratives ou politiques. A Genève, le règlement prévoyait qu'un recours doit être déposé d'abord auprès du Département cantonal (celui des Institutions), et, en deuxième instance, auprès du Tribunal administratif. Procédure trop lente, et insatisfaisante au regard de la Convention européenne, estime le TF. Du coup, Genève a du revoir sa copie : le supporter mis en garde à vue a inalement pu saisir la justice, et celle-ci (en l'occurence le Tribunal administratif) avait 24 heures pour rendre une décision. Restait un problème : celui de la détention de mineurs. Pour la présidente du Tribunal de la jeunesse, Sylvie Wegelin, il ne pouvait être question "de mettre les jeunes ailleurs qu'à la Clairière" -mais celle-ci est déjà surpeuplée, et ses cellules dédoublées.
Comment nos zautorités auraient-elles fait si l'actualité politique avait eu le mauvais goût de ne pas se plier au calendrier des festivités footballistiques, et provoquait des manifestations ? Elles auraient été emmerdées (surtout si les organisateurs de manifestations de protestation ou de soutien ne demandaient pas d'autorisation, vu qu'ils avaient la quasi-certitude de ne pas l'obtenir) ? la Ville avait annoncé qu'elle donnerait son accord pour de telles manif's imprévues provoquées par les tumultes du monde, mais à la condition que le canton soit lui aussi d'accord. "Le droit constitutionnel de manifester sera maintenu", assurait le Secrétaire adjoint du département des institutions, Nicolas Bolle, qui ajoutait cependant que "chaque demande sera examinée attentivement". Autant ne pas déposer de demande -et même, utiliser intentionnellement les moments de rassemblement autour de l'Euro pour y greffer la manif. Hélas (trois fois), tel ne fut pas le cas.
Pourtant, y'aurait eu des squats à tenter...
La majorité de droite du Grand Conseil genevois a accordé au Conseil d'Etat (dit "de centre gauche") un crédit de 5 millions pour doter, hors de toute base légale utilisable, huit sites "sensibles" de caméras de surveillance en prévision de l'Eurofoot -mais les caméras resteront après, premiers fils d'une toile de vidéosurveillance plus étendue. La gauche s'est opposée à cette proposition, mais l'intellectuel de service, Eric Stauffer, du MCG, lui a répondu que "ceux qui sont contre sont ceux qui ont quelque chose à se reprocher".
La police genevoise avait commencé fin janvier à s'entraîner pour l'Euro2008 : à la Gare Cornavin, le 23 janvier, des policiers déguisés en supporters et des policiers déguisés en policiers ont fait mumuse pour tester le dispositif d'encadrement des premiers par les seconds. Au Stade de la Praille, où le 10 avril des policiers déguisés en supporters ont fait mine d'affronter des policiers déguisés en policiers. Explication de la police : 30'000 personnes à la Praille pendant les matches, et une activité "festive" presque 24 heures sur 24 pendant trois semaines, ça équivaut aux Fêtes de Genève plus la Lake Parade. Et faut se préparer. D'ailleurs, on avait préparé une prison provisoire "spéciale Euro", sur le modèle des prisons temporaires créées en Allemagne pendant le Mondial 2006 (elles avaient accueilli 400 supporters). A Genève, la prison temporaire (Champ-en-jachère-Dollon ?) était installée à Palexpo dans la halle 7 et pourrait être réutilisée pour le Mondial de hockey en 2009. C'est "pour le bien de la collectivité", expliquait le porte-parole de Palexpo. On est sauvés, Palexpo veut notre bien. De toutes façon, on pouvait pas mettre les supporters violents à Champ-Dollon, ousque ce ne sont pas les clients qui sont bourrés, mais la prison elle-même. D'ailleurs, une fois terminé, l'Eurofoot est venu au secours de Champ-Dollon : douze des cabanes en bois utilisées comme lieux de rétention provisoire à Palexpo, dans le cadre de l'Eurofoot, vont être mises à disposition de Champ-Dollon, au cas où. Au cas où quoi ? Non, pas en cas de surpopulation, c'est promis, assure le directeur Franziskakis. Juste en cas d'"événement exceptionnel", comme un incendie. Provoqué par exemple par une mutinerie elle-même provoquée par la surpopulation, on joue un peu sur les mots, là...
Les gendarmes genevois toucheront une indemnité spéciale, forfaitaire, pour leur service pendant l'Eurofoot, et leurs heures supplémentaires seront payées. L'Union du personnel du corps de police réclamait le versement d'une prime exceptionnelle pour la surcharge de travail pendant l'Eurofoot. A l'occasion du G8, une prime de 2500 francs avait été octroyée aux gendarmes et policiers genevois. Si une prime équivalente était versée pendant l'Eurofoot, et on ne voit pas au nom de quoi elle ne le serait pas, la facture de l'Eurofoot pour les collectivités publiques s'alourdirait d'au moins un million.
La police lucernoise s'est quant à elle fait la main, le 1er décembre, sur des manifestants n'ayant rien à voir avec l'Euro, mais ayant eu le mauvais goût de défiler en ville pour protester contre les menaces de fermeture d'un centre alternatif, alors que l'UEFA s'apprêtait à organiser à Lucerne le pince-fesse du tirage au sort des matches de l'Euro. Pour les flics lucernois, c'était une sorte d'exercice grandeur nature avant l'Euro, où une partie d'entre eux ont prêté main-forte aux flics des villes-hôtes alémaniques. Donc, bilan du test (ou on a scrupuleusement respecté les consignes énoncées pour les matches de l'Euro) : dispersion de la manif en tirant des balles de caoutchouc, 245 personnes arrêtées, emmenées dans un abri PC transformé en prison, fouillées, parfois désabillées et photographiées (parfois à poil, y compris les filles de moins de 18 ans, dénudées devant des policiers et des employés de la protection civile, certaines étant en outre l'objet de fouilles intimes). Des personnes ont été enchaînées pendant des heures, entassées dans de petites cellules sans sanitaires.
Des accords de coopération ont été signés avec la France et l'Allemagne pour que des policiers français et allemands (entre 500 et 1000 au total) puissent renforcer les flics suisses pendant l'Euro. A Genève, des agents français pouvaient être engagés pour une durée maximale de 48 heures, pour les matches Portugal-Turquie du 7 juin, République tchèque-Portugal le 11 juin et Turquie-République tchèque du 15 juin. Les Allemands sont allés s'ébrouer à Bâle et à Zurich. Berne a bénéficié de renforts des polices argovienne, soleuroise et de Suisse centrale. Avec tout ça, la Suisse était prête à tout. Mais les polices cantonales avaient averti : avant, pendant et après les matches de l'Euro, on sera aux abonnés absents pour tout ce qui relève de nos tâches habituelles. La police zurichoise a annoncé que les jours des matches, elle ne pourra assurer qu'un service minimum. Et elle a aussi annoncé qu'elle testait un drone (avion sans pilote) embarquant une camera pour pouvoir identifier les situations critiques.
Heureusement, quand les polices d'Etat menacent d'être débordées, les polices privées veillent : Securitas annonçait vouloir engager 400 personnes pour Vaud, le Valais et Genève (la moitié à Genève), et Protectas 1000 personnes pour toute la Suisse, dont 300 en Romandie. Les deux poulaillers privés n'avaient, fin mars, trouvé que la moitié de ce nouveau personnel. En attendant, ce sont bien des "agences de sécurité" privées -plus clairement dit : des polices privées- qui ont assuré la "sécurité" de la "fan zone" de Plainpalais. Et les organisateurs du parc à bestiaux ont été "très satisfaits" des prestations de Python Sécurité et AS Sécurité. Ils ont raison : obliger les vieilles dames avec des cannes et les jeunes mères avec poussettes à faire le tour de la plaine squattée par le parc à beaufs, ça méritait toutes les félicitations.
Et puis, notre glorieuse armée était sur le pied de guerre : en 2006, le Conseiller fédéral Samuel Schmid avait annoncé que 15'000 soldats seraient¨ mis à disposition des cantons pendant l'Eurofoot. La plus forte mobilisation depuis la Guerre Mondiale. On en avait tiré fort judicieusement la conclusion que l'armée se cherchait, et trouvait là où elle pouvait, des missions pouvant justifier son existence. Mais en réalité, des 15'000 soldats annoncés, on n'en a mobilisé que quelques centaines. A Genève, la gendarmerie a annoncé qu'elle comptait sur le renfort d'une seule compagnie, soit une centaine de troufions, chargés de régler la circulation et d'accomplir des tâches purement logistiques. C'est pour ça qu'on a besoin d'une armée, pour faire le boulot d'une police municipale ? Ben oui, c'est pour ça...
Et c'est pour ça aussi qu'on a besoin d'hélicoptères militaires : un Super Puma de l'armée, équipé d'une caméra embarquée, a remplacé à Genève les drones (avions sans pilotes) utilisés dans les autres villes-hôtes. Explication : l'aéroport est trop proche. Et la baudruche à Jobin aussi ?
Le Tribunal fédéral a annulé partiellement le règlement zurichois contre le hooliganisme, adopté en prévision de l'Euro2008, et mis également hors-jeu le dispositif genevois. Le contrôle judiciaire de la garde à vue (24 heures au maximum) des supporters arrêtés était jugé insuffisant par le TF, qui trouvait discutable le principe même de l'emprisonnement avant toute commission de délit, et qui précisait que tout individu arrêté doit pouvoir recourir immédiatement contre son arrestation et sa détention auprès d'un juge ou d'un tribunal, ce que ni le règlement zurichois, ni le règlement genevois ne permettaient. A Zurich comme à Genève, les réglements ne satisfaisaient pas aux exigences posées par la Convention européenne des droits de l'Homme, puisqu'ils ne prévoyaient de premiers recours qu'auprès d'autorités administratives ou politiques. A Genève, le règlement prévoyait qu'un recours doit être déposé d'abord auprès du Département cantonal (celui des Institutions), et, en deuxième instance, auprès du Tribunal administratif. Procédure trop lente, et insatisfaisante au regard de la Convention européenne, estime le TF. Du coup, Genève a du revoir sa copie : le supporter mis en garde à vue a inalement pu saisir la justice, et celle-ci (en l'occurence le Tribunal administratif) avait 24 heures pour rendre une décision. Restait un problème : celui de la détention de mineurs. Pour la présidente du Tribunal de la jeunesse, Sylvie Wegelin, il ne pouvait être question "de mettre les jeunes ailleurs qu'à la Clairière" -mais celle-ci est déjà surpeuplée, et ses cellules dédoublées.
19 juillet 2009
Fonds de tiroir
EUROGHETTOS
Durant l'Euro2008, les quartiers autour des stades accueillant les matches en Suisse ont été interdits au trafic automobile privé, hors celui des habitants du coin. C'est le seul aspect positif de la foire à blaireaux. C'était d'ailleurs une exigence de l'UEFA. Les autorités cantonales entendaient éviter un trafic indésirable de véhicules en quête de places de parc. Le problème, c'est que ce trafic s'est reporté dans les quartiers avoisinants.
EUROMARCHE (NOIR)
Alors que les organisateurs et les politiciens locaux pressaient les Genevois et voises de faire le meilleur accueil possible aux foules de spectateurs et supporters venus assister aux matches (ou à leur retransmission sur écrans géants), moins de 2000 places sur les 30'000 disponibles par matches à la Praille étaient disponibles pour ces mêmes Genevois et voises. 2000 places desquels il fallait encore déduire les places réservées aux notables, invités et autres sponsors : la "grande fête populaire" se faisait sur invitation. Ou par le marché noir : mi-décembre, des billets pour les matches de l'Euro étaient mis en vente sur le site internet eBay pour des prix atteignant sept fois le prix officiel -mais les matches "genevois" n'avaient pas la cote. Féroce gardienne de ses petits profits, l'UEFA a annoncé que les petits malins se livrant à ce petit commerce pouvaient être amendés jusqu'à 5000 euros (mais amendés par qui ?)...
A Genève, l'absence de petits cadeaux a entretenu l'inimitié entre la Ville et le canton, que la première accusait d'accaparer les billets de faveur (240 par match, soit 40 billets gratuits et 200 billets payants, mais réservés) pour l'Euro2008 à la Praille. Comme ça n'est pas la Ville mais le canton de Genève qui était hôte officiel du machin (contrairement à ce qui était le cas à Berne et Zurich), le canton décidait tout seul l'usage de ses billets. Les parlementaires et les clubs de foot se sont vus "offrir la possibilité d'acheter" un billet payant (c'est joli, comme expression : "offrir la possibilité d'acheter"...); quant aux billets gratuits, la "Tribune de Genève" (du 3 avril) annonçait que les Conseillers d'Êtat en feraient ce qu'ils voudraient. D'où une grosse jalousie des Conseillers administratifs de la Ville, puisque celle-ci aller claquer au moins un million et demi pour une manifestation dont elle supportait les nuisances, et qu'elle paierat pour la mobilisation des pompiers et de la voirie et la mise à disposition de la Plaine de Plainpalais...
Les villes hôtes avaient droit en tout et ensemble à 750 places par match. A Genève, chaque club de foot n'avait droit qu'à deux billets... payants. Et, princièrement, le canton et la "Tribune de GenèveW" mettaient au concours 100 places, pour l'un ou l'autre des trois matches "genevois".
Pendant que le supporter de base ramait, et claque son pognon, pour essayer (sans, le plus souvent, y arriver) d'obtenir une place dans un stade pour un match de l'Euro, des milliers de places restaient vides, jusqu'à 8000 lors d'un seul match à Bâle, soit en gros le quart du stade. Parce que les sponsors, qui avaient leur lot de places gratuites, n'en faisaient rien.
Durant l'Euro2008, les quartiers autour des stades accueillant les matches en Suisse ont été interdits au trafic automobile privé, hors celui des habitants du coin. C'est le seul aspect positif de la foire à blaireaux. C'était d'ailleurs une exigence de l'UEFA. Les autorités cantonales entendaient éviter un trafic indésirable de véhicules en quête de places de parc. Le problème, c'est que ce trafic s'est reporté dans les quartiers avoisinants.
EUROMARCHE (NOIR)
Alors que les organisateurs et les politiciens locaux pressaient les Genevois et voises de faire le meilleur accueil possible aux foules de spectateurs et supporters venus assister aux matches (ou à leur retransmission sur écrans géants), moins de 2000 places sur les 30'000 disponibles par matches à la Praille étaient disponibles pour ces mêmes Genevois et voises. 2000 places desquels il fallait encore déduire les places réservées aux notables, invités et autres sponsors : la "grande fête populaire" se faisait sur invitation. Ou par le marché noir : mi-décembre, des billets pour les matches de l'Euro étaient mis en vente sur le site internet eBay pour des prix atteignant sept fois le prix officiel -mais les matches "genevois" n'avaient pas la cote. Féroce gardienne de ses petits profits, l'UEFA a annoncé que les petits malins se livrant à ce petit commerce pouvaient être amendés jusqu'à 5000 euros (mais amendés par qui ?)...
A Genève, l'absence de petits cadeaux a entretenu l'inimitié entre la Ville et le canton, que la première accusait d'accaparer les billets de faveur (240 par match, soit 40 billets gratuits et 200 billets payants, mais réservés) pour l'Euro2008 à la Praille. Comme ça n'est pas la Ville mais le canton de Genève qui était hôte officiel du machin (contrairement à ce qui était le cas à Berne et Zurich), le canton décidait tout seul l'usage de ses billets. Les parlementaires et les clubs de foot se sont vus "offrir la possibilité d'acheter" un billet payant (c'est joli, comme expression : "offrir la possibilité d'acheter"...); quant aux billets gratuits, la "Tribune de Genève" (du 3 avril) annonçait que les Conseillers d'Êtat en feraient ce qu'ils voudraient. D'où une grosse jalousie des Conseillers administratifs de la Ville, puisque celle-ci aller claquer au moins un million et demi pour une manifestation dont elle supportait les nuisances, et qu'elle paierat pour la mobilisation des pompiers et de la voirie et la mise à disposition de la Plaine de Plainpalais...
Les villes hôtes avaient droit en tout et ensemble à 750 places par match. A Genève, chaque club de foot n'avait droit qu'à deux billets... payants. Et, princièrement, le canton et la "Tribune de GenèveW" mettaient au concours 100 places, pour l'un ou l'autre des trois matches "genevois".
Pendant que le supporter de base ramait, et claque son pognon, pour essayer (sans, le plus souvent, y arriver) d'obtenir une place dans un stade pour un match de l'Euro, des milliers de places restaient vides, jusqu'à 8000 lors d'un seul match à Bâle, soit en gros le quart du stade. Parce que les sponsors, qui avaient leur lot de places gratuites, n'en faisaient rien.
02 juillet 2009
Y'A PAS DE PETIT PROFIT
On ne sait pas combien l'accueil forcé de l'Euro2008 par Genève pourrait rapporter : les estimations varient du simple au double. Rütter+Partner évoque une fourchette de 44 à 80 millions de francs de dépenses directes et indirectes des participants et des spectateurs (logement, nourriture, shopping) à Genève, entre 90 et 170 millions à Zurich -ce qui ne signifie pas grand chose en termes de retombées économiques ou de rentrées fiscales. D'autant qu'il faudra, pour évaluer ce qu'éventuellement l'Euro2008 aura rapporté, déduire de son "produit événementiel brut" ce qu'il aura coûté : au moins vingt millions de dépenses directement liées à l'événement, si tout se passe bien. Plus le coût de la mise en conformité du stade, le paiement des dettes de la fondation du stade, et les impondérables...
En tous cas, les hôteliers font grises mines : à Genève, les nuitées pendant le mois de l'Euro, juin 2008, ont été de 4 % plus basses qu'en juin 2007, et seuls les hôtels deux étoiles ont eu plus de nuitées que l'an dernier (et encore, pas beaucoup : 1 %)-
De petits malins comptaient bien s'en mettre plein les poches pendant l'Euro, en sous-louant leur appartement le temps des compétitions, et en le sous-louant jusqu'à trois, quatre ou cinq fois le loyer normal (un trois-pièces à 900 balles par mois sous-loué 150 balles par nuit, un autre loué 1300 francs par mois, et sous-loué 4000 francs par mois, une chambre à Chancy pour 200 euros -exemples cités par "20 minutes").
D'autres petits malins entendaient également profiter de l'Euro : les responsables de la société qui perçoit les droits d'auteurs en Suisse, la Suisa, qui a rappelé qu'elle pouvait exiger de toute personne faisant voir sur sa télé ou sur n'importe quel écran des matches de l'Euro hors de sa sphère privée, au sens restrictif du terme (un ensemble de gens que l'on connaît tous et qui se connaissent sous), la somme de 25 francs 95 par diffusion. Quant aux bistroquets, ils aueraient dû payer une redevance supplémentaire dès que la diagonale de l'écran sur lequel ils diffusaient les matches dépassait trois mètres. Quelques fans de foot ont annoncé qu'ils avaient l'intention de diffuser gratuitement sur internet les matches de l'Euro, au motif, particulièrement naïf, que "la fête du foot appartient à tous et pas seulement à ceux qui peuvent se la payer". Mais l'UEFA, qui a vendu pour des centaines de millions, ou des milliards, les droits de diffusion des matches, veillait : elle n'avait pas la moindre intention de laisser filer le moindre centime et a annoncé qu'elle ne tolérerait aucune action du genre diffusion gratuite des matches. Le problème, c'est que, selon la Commission arbitrale fédérale pour la gestion des droits d'auteurs, l'UEFA n'a pas le droit de demander une redevance aux organisateurs des rediffusions de matches, et que seules les sociétés détentrices d'une concession de la Confédération, comme la Suisa, peuvent le faire, alors que des organisateurs avaient déjà, avant l'Euro, été rançonnés par l'UEFA (celui des retransmissions de l'Euro au jardin du Rivage, à Nyon, a ainsi payé 6000 francs pour la retransmission des rencontres), et à des tarifs largement supérieurs à ceux demandés par la Suisa (l'organisateur nyonnais a payé 6000 francs pour ce que la Suisa tarife à 2500 francs maximum). A Compesières, où 400 personnes devaient se réunir pour suivre les matches et griller quelques cervelas, les organisateurs ont failli être taxés de 2400 balles par l'UEFA, et être forcée de ne faire glouglouter que la bière officielle de l'Euro.
Quant à l'UBS, qui a mis sur pieds les UBS-Arena (scènes de retransmission des matches sur écrans géants, agrémentées de quelques productions musicales), elle avait passé des contrats d'exclusivité avec les communes où les ABS Arena sont implantées -pas question pour des associations ou des clubs d'essayer de mettre sur pied leurs propres retransmissions sur écrans géants, c'est verboten, la taille maximale des écrans autorisés sur le domaine public, hors UBS Arena, est de 3 mètres de diagonale. On rigole pas avec les contrats d'exclusivité.
Autre monopole : celui attribué à Eurosport, numéro un de la distribution des articles de sport en Suisse, qui avait décroché l'exclusivité de la vente dans les quatre stades hôtes des produits officiels liés à l'Euro.
Petit malins aussi, les limonadiers et brasseurs : l'Office fédéral de la santé publique demandait que les villes hôtes offrent gratuitement de l'eau potable à leurs visiteurs pendant l'Euro, pour éviter qu'ils ne soient conduits à se désaltérer à la bière. Ben non, elles n'ont pas pu : les sponsors s'y sont opposés. Tout au plus, à Genève, a--t-on vendu à prix réduit du jus de pomme genevois.
Petits malins encore, les encaveurs de la Cave de Genève : ils ont lancé pour l'Euro 2008 trois pinards de "qualité gastronomique" à onze balles la totoille : un chardonnay baptisé "coup d'envoi", un pinot rosé baptisé "mise en touche" et un assemblage de rouges baptisé "prolongations". Pour "pénalty", "hors jeu" et "coup franc", rien n'est prévu -sinon la consommation des trois bouteilles précitées. La secrétaire générale de la Fédération genevoise pour la prévention de l'alcoolisme, la députée socialiste Laurence Fehlmann-Rielle, a trouvé qu'"associer le sport et le vin n'est pas très malin". S'agissant du foot, c'est surtout pas très pertinent : c'est à la bière que carburent les supporters, et plutôt à la coke que s'explosent les joueurs.
Petits malins enfin, les tenanciers des Auberges de Jeunesse : dans les villes-hôtes, la nuit dans une AJ a coûté généralement jusqu'à 20 % de plus que d'habitude...
Dans un ramdam comme l'Euro2008, tout est un marché, même (ou surtout ?) la sécurité : la société "Python Sécurité" a ainsi reçu mandat d'assurer la sécurité sur le site du stade pendant les trois matches de l'Euro joués à Genève. Elle espérait en retirer une augmentation de 40 % de son chiffre d'affaire entre 2007 et 2008, mais avoue avoir eu de la peine à recruter des "stadiers bénévoles" (il lui en manquait encore 200 fin mars).
Toujours à propos du petit commerce : le Crédit Suisse a commencé le 16 avril à distribuer 200'000 ballons de foot dans ses 183 succursales. Mais selon la télé alémanique DRS, les ballons ont été fabriqués au Pakistan, par une entreprise non contrôlée, employant non seulement des hommes et des femmes, mais aussi des enfants, payés princièrement l'équivalent de 39 centimes par ballon (soit la moitié du tarif normal). Et alors ? pour ces basanés qui vivent de rien et se contentent de peu, 39 centimes, c'est le début de la fortune, non ? La valeur totale des ballons distribués par le Crédit Suisse, ça ne se monte qu'à 78'0000 francs. A peine un jour de boulot pour la patron de la banque... Et une année de subsistance pour tout un village pakistanais.
Feldschlosschen est contente : "nous avons même dépassé nos ambitieux objectifs", a déclaré le patron du groupe, Thomas Amstutz, commentant le bilan de la vente de bibine pendant l'eurofoot : la consommation a grimpé de 20 % par rapport à la même période de l'année dernière, ce qui correspond à cinq millions de litres supplémentaires, dont 200'000 lites pour le seul 21 juin, jour du match bâlois Russie-Pays Bas (c'est que ça boit, le Russe et le Batave)
Enfin, y'en a un à qui l'Euro2008 a rapporté 30 millions avant même qu'il ne débute, c'est l'un des sponsors de la compet', la marque horlogère Hublot, qui a écoulé avant même sa mise sur le marché les 2008 exemplaires de la "montre officielle" de l'Euro, à 15'000 balles pièce. C'est beau, le sport populaire.
En tous cas, les hôteliers font grises mines : à Genève, les nuitées pendant le mois de l'Euro, juin 2008, ont été de 4 % plus basses qu'en juin 2007, et seuls les hôtels deux étoiles ont eu plus de nuitées que l'an dernier (et encore, pas beaucoup : 1 %)-
De petits malins comptaient bien s'en mettre plein les poches pendant l'Euro, en sous-louant leur appartement le temps des compétitions, et en le sous-louant jusqu'à trois, quatre ou cinq fois le loyer normal (un trois-pièces à 900 balles par mois sous-loué 150 balles par nuit, un autre loué 1300 francs par mois, et sous-loué 4000 francs par mois, une chambre à Chancy pour 200 euros -exemples cités par "20 minutes").
D'autres petits malins entendaient également profiter de l'Euro : les responsables de la société qui perçoit les droits d'auteurs en Suisse, la Suisa, qui a rappelé qu'elle pouvait exiger de toute personne faisant voir sur sa télé ou sur n'importe quel écran des matches de l'Euro hors de sa sphère privée, au sens restrictif du terme (un ensemble de gens que l'on connaît tous et qui se connaissent sous), la somme de 25 francs 95 par diffusion. Quant aux bistroquets, ils aueraient dû payer une redevance supplémentaire dès que la diagonale de l'écran sur lequel ils diffusaient les matches dépassait trois mètres. Quelques fans de foot ont annoncé qu'ils avaient l'intention de diffuser gratuitement sur internet les matches de l'Euro, au motif, particulièrement naïf, que "la fête du foot appartient à tous et pas seulement à ceux qui peuvent se la payer". Mais l'UEFA, qui a vendu pour des centaines de millions, ou des milliards, les droits de diffusion des matches, veillait : elle n'avait pas la moindre intention de laisser filer le moindre centime et a annoncé qu'elle ne tolérerait aucune action du genre diffusion gratuite des matches. Le problème, c'est que, selon la Commission arbitrale fédérale pour la gestion des droits d'auteurs, l'UEFA n'a pas le droit de demander une redevance aux organisateurs des rediffusions de matches, et que seules les sociétés détentrices d'une concession de la Confédération, comme la Suisa, peuvent le faire, alors que des organisateurs avaient déjà, avant l'Euro, été rançonnés par l'UEFA (celui des retransmissions de l'Euro au jardin du Rivage, à Nyon, a ainsi payé 6000 francs pour la retransmission des rencontres), et à des tarifs largement supérieurs à ceux demandés par la Suisa (l'organisateur nyonnais a payé 6000 francs pour ce que la Suisa tarife à 2500 francs maximum). A Compesières, où 400 personnes devaient se réunir pour suivre les matches et griller quelques cervelas, les organisateurs ont failli être taxés de 2400 balles par l'UEFA, et être forcée de ne faire glouglouter que la bière officielle de l'Euro.
Quant à l'UBS, qui a mis sur pieds les UBS-Arena (scènes de retransmission des matches sur écrans géants, agrémentées de quelques productions musicales), elle avait passé des contrats d'exclusivité avec les communes où les ABS Arena sont implantées -pas question pour des associations ou des clubs d'essayer de mettre sur pied leurs propres retransmissions sur écrans géants, c'est verboten, la taille maximale des écrans autorisés sur le domaine public, hors UBS Arena, est de 3 mètres de diagonale. On rigole pas avec les contrats d'exclusivité.
Autre monopole : celui attribué à Eurosport, numéro un de la distribution des articles de sport en Suisse, qui avait décroché l'exclusivité de la vente dans les quatre stades hôtes des produits officiels liés à l'Euro.
Petit malins aussi, les limonadiers et brasseurs : l'Office fédéral de la santé publique demandait que les villes hôtes offrent gratuitement de l'eau potable à leurs visiteurs pendant l'Euro, pour éviter qu'ils ne soient conduits à se désaltérer à la bière. Ben non, elles n'ont pas pu : les sponsors s'y sont opposés. Tout au plus, à Genève, a--t-on vendu à prix réduit du jus de pomme genevois.
Petits malins encore, les encaveurs de la Cave de Genève : ils ont lancé pour l'Euro 2008 trois pinards de "qualité gastronomique" à onze balles la totoille : un chardonnay baptisé "coup d'envoi", un pinot rosé baptisé "mise en touche" et un assemblage de rouges baptisé "prolongations". Pour "pénalty", "hors jeu" et "coup franc", rien n'est prévu -sinon la consommation des trois bouteilles précitées. La secrétaire générale de la Fédération genevoise pour la prévention de l'alcoolisme, la députée socialiste Laurence Fehlmann-Rielle, a trouvé qu'"associer le sport et le vin n'est pas très malin". S'agissant du foot, c'est surtout pas très pertinent : c'est à la bière que carburent les supporters, et plutôt à la coke que s'explosent les joueurs.
Petits malins enfin, les tenanciers des Auberges de Jeunesse : dans les villes-hôtes, la nuit dans une AJ a coûté généralement jusqu'à 20 % de plus que d'habitude...
Dans un ramdam comme l'Euro2008, tout est un marché, même (ou surtout ?) la sécurité : la société "Python Sécurité" a ainsi reçu mandat d'assurer la sécurité sur le site du stade pendant les trois matches de l'Euro joués à Genève. Elle espérait en retirer une augmentation de 40 % de son chiffre d'affaire entre 2007 et 2008, mais avoue avoir eu de la peine à recruter des "stadiers bénévoles" (il lui en manquait encore 200 fin mars).
Toujours à propos du petit commerce : le Crédit Suisse a commencé le 16 avril à distribuer 200'000 ballons de foot dans ses 183 succursales. Mais selon la télé alémanique DRS, les ballons ont été fabriqués au Pakistan, par une entreprise non contrôlée, employant non seulement des hommes et des femmes, mais aussi des enfants, payés princièrement l'équivalent de 39 centimes par ballon (soit la moitié du tarif normal). Et alors ? pour ces basanés qui vivent de rien et se contentent de peu, 39 centimes, c'est le début de la fortune, non ? La valeur totale des ballons distribués par le Crédit Suisse, ça ne se monte qu'à 78'0000 francs. A peine un jour de boulot pour la patron de la banque... Et une année de subsistance pour tout un village pakistanais.
Feldschlosschen est contente : "nous avons même dépassé nos ambitieux objectifs", a déclaré le patron du groupe, Thomas Amstutz, commentant le bilan de la vente de bibine pendant l'eurofoot : la consommation a grimpé de 20 % par rapport à la même période de l'année dernière, ce qui correspond à cinq millions de litres supplémentaires, dont 200'000 lites pour le seul 21 juin, jour du match bâlois Russie-Pays Bas (c'est que ça boit, le Russe et le Batave)
Enfin, y'en a un à qui l'Euro2008 a rapporté 30 millions avant même qu'il ne débute, c'est l'un des sponsors de la compet', la marque horlogère Hublot, qui a écoulé avant même sa mise sur le marché les 2008 exemplaires de la "montre officielle" de l'Euro, à 15'000 balles pièce. C'est beau, le sport populaire.
11 juin 2009
EUROCHIOTTES
Les entreprises de location de sanitaires mobiles ont tiré la chasse d'alarme : durant l'Euro2008, le nombre de toilettes mobiles risquait d'être insuffisant et les fournisseurs de n'avoir "pas assez de WC pour tout le monde", selon le directeur de "Toi Toi", un des leaders de la branche vespasienne. Presque tous les containers aménagés en toilettes étaient déjà loués. Angoisse : les supporters allaient-ils aller pisser dans les plate-bandes publiques et les parcs ? En 2006, pendant le Mondial de foot, le parc public berlinois du Tiergarten avait reçu en cadeau des supporters 100'000 litres d'urine par jour. Cet arrosage acide avait causé d'importants dégâts à la flore, malgré les six millions de litres d'eau quotidiennement giclés pour diluer l'urine. Le directeur des espaces verts de la Ville de Zurich s'inquiètait : les arbres et les plantes risquaient de périr sous les flots d'urine, souvent alcoolisée, déversés par les supporters. En juin 2008, la Suisse terre de miction ?
Mais, miracle, la solution était là : ça s'appellait le Roadbag, c'est une poudre qui gélifie l'urine, ça coûte sept balles les trois unités, et on en a déjà vendu 50'000 pièces, déclarait avant la compet', heureux comme après avoir soulagé un besoin pressant, son inventeur.
Comme y'a pas de petits profits, l'Association suisse des cafetiers (SCV) avait préconisé de rendre payant l'usage des chiottes des bistrots par ceux qui en usent sans consommer au bistrot, pendant l'Euro 2008, autour des stades et des "fan-zones" du genre Plaine de Plainpalais.
Tout confirmait donc que, décidément, l'Euro2208, va faire chier beaucoup de monde.
On a pu fumer dans les stades suisses et autrichiens pendant l'Euro. En revanche, aucun paquet de clopes ni de tabac n'a été vendu pendant l'Euro dans les stades, et on a recommandé aux spectateurs de ne pas fumer -sans les y contraindre. En revanche, les entraîneurs et les accompagnateur des équipes ont été, eux, frappés d'une stricte interdiction de fumer sur leurs bancs. On pouvait d'ailleurs déjà fumer dans le stade de la Praille, même après l'adoption par le peuple de l'initiative antifumée. De toutes façons, à la Praille, en dehors de l'Euro, on peut fumer tant qu'on veut et ce qu'on veut, vu la fréquentation des lieux on risque pas de gêner grand monde.
Mais, miracle, la solution était là : ça s'appellait le Roadbag, c'est une poudre qui gélifie l'urine, ça coûte sept balles les trois unités, et on en a déjà vendu 50'000 pièces, déclarait avant la compet', heureux comme après avoir soulagé un besoin pressant, son inventeur.
Comme y'a pas de petits profits, l'Association suisse des cafetiers (SCV) avait préconisé de rendre payant l'usage des chiottes des bistrots par ceux qui en usent sans consommer au bistrot, pendant l'Euro 2008, autour des stades et des "fan-zones" du genre Plaine de Plainpalais.
Tout confirmait donc que, décidément, l'Euro2208, va faire chier beaucoup de monde.
On a pu fumer dans les stades suisses et autrichiens pendant l'Euro. En revanche, aucun paquet de clopes ni de tabac n'a été vendu pendant l'Euro dans les stades, et on a recommandé aux spectateurs de ne pas fumer -sans les y contraindre. En revanche, les entraîneurs et les accompagnateur des équipes ont été, eux, frappés d'une stricte interdiction de fumer sur leurs bancs. On pouvait d'ailleurs déjà fumer dans le stade de la Praille, même après l'adoption par le peuple de l'initiative antifumée. De toutes façons, à la Praille, en dehors de l'Euro, on peut fumer tant qu'on veut et ce qu'on veut, vu la fréquentation des lieux on risque pas de gêner grand monde.
06 juin 2009
Quand Zurich raisonne mieux que Genève
Abandon d'un projet de stade de 30'000 places au Hardturm
La nouvelle est passée presque inaperçue à Genève. Elle aurait pourtant du y résonner avec un écho tout particulier : le Crédit Suisse a annoncé l'abandon définitif de son projet de stade de foot de 30'000 places, couplé à un Centre commercial. La Ville reprend le flambeau, avec un projet " raisonnable " de stade de 20'000 places, sans centre commercial. Un stade de 30'000 places couplé à un centre commercial, ça ne vous dit rien ? C'est le boulet que Genève traîne depuis des années. Et un projet " raisonnable " de stade, ça ne vous dit rien non plus ? C'est celui que le Comité Praille opposait à ce qui a finalement été réalisé, et pour quoi les collectivités publiques paient, à fonds perdus, depuis huit ans. A Zurich, on a réfléchi. A Genève, on a tout fait, tout dit, tout promis, pour empêcher la réflexion. Et on se retrouve aujourd'hui à se demander ce qu'on va bien pouvoir faire du pachyderme de la Praille, et combien on va encore bien devoir payer, pour le nourrir, le vendre ou l'abattre.
Praille qui maille
Le Conseil d'Etat réclamait neuf millions de francs pendant quatre ans pour assurer le financement de la Fondation du stade de Genève. Le comique de répétition finissant par lasser même les spectateurs les plus dociles, et le dieu du sport sait s'ils ont été nombreux à participer, comme acteurs ou figurants, au feuilleton du stade de la Praille, les députés ont fini par se rendre compte que continuer à balancer des millions dans ces funestes abysses ne relevait plus que du réflexe pavlovien. Les deux commissions du Grand Conseil chargées d'examiner le projet du Conseil d'Etat le renvoient donc à ses auteurs avec prière d'en rabattre considérablement de ses prétentions. Parallèlement, des député-e-s de gauche et de droite ont déposé un projet de loi réduisant à un unique versement de 500'000 francs pour la seule année 2010 le soutien du canton au stade. Si le Grand Conseil s'en tient là, peut-être (mais seulement peut-être...) s'évitera-t-on (pour le moment) de lancer un référendum. Le Comité Praille interrogeait les Genevois en ces termes, en 2005 : " Avait-on réellement besoin à Genève d'un stade capable d'accueillir un habitant sur quinze, nouveaux-nés et grabataires compris ? "… et prévenait : " si un coup d'arrêt n'est pas donné au racket des finances publiques, on verra chaque anée les pèlerins de la Praille se présenter devant les collectivités publiques, sébile en main et pleurant famine, pour quémander quelques petits millions supplémentaires ". Car toute les mendicités ne sont pas interdites, à Genève : celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros l'est -pas celle de la fondation grabataire d'un stade vide qui pompe des millions chaque année dans les caisses publiques. C'est à cette mendicité là que le Grand Conseil pourrait finalement se résoudre à ne pas céder. Mais elle est bien tardive, cette prise de conscience, et bien trop empreinte de craintes électorales : quel temps perdu, quelles ressources gaspillées et quelle crédibilité politique envolée au fil décennal des épisode de cette triste farce.
La nouvelle est passée presque inaperçue à Genève. Elle aurait pourtant du y résonner avec un écho tout particulier : le Crédit Suisse a annoncé l'abandon définitif de son projet de stade de foot de 30'000 places, couplé à un Centre commercial. La Ville reprend le flambeau, avec un projet " raisonnable " de stade de 20'000 places, sans centre commercial. Un stade de 30'000 places couplé à un centre commercial, ça ne vous dit rien ? C'est le boulet que Genève traîne depuis des années. Et un projet " raisonnable " de stade, ça ne vous dit rien non plus ? C'est celui que le Comité Praille opposait à ce qui a finalement été réalisé, et pour quoi les collectivités publiques paient, à fonds perdus, depuis huit ans. A Zurich, on a réfléchi. A Genève, on a tout fait, tout dit, tout promis, pour empêcher la réflexion. Et on se retrouve aujourd'hui à se demander ce qu'on va bien pouvoir faire du pachyderme de la Praille, et combien on va encore bien devoir payer, pour le nourrir, le vendre ou l'abattre.
Praille qui maille
Le Conseil d'Etat réclamait neuf millions de francs pendant quatre ans pour assurer le financement de la Fondation du stade de Genève. Le comique de répétition finissant par lasser même les spectateurs les plus dociles, et le dieu du sport sait s'ils ont été nombreux à participer, comme acteurs ou figurants, au feuilleton du stade de la Praille, les députés ont fini par se rendre compte que continuer à balancer des millions dans ces funestes abysses ne relevait plus que du réflexe pavlovien. Les deux commissions du Grand Conseil chargées d'examiner le projet du Conseil d'Etat le renvoient donc à ses auteurs avec prière d'en rabattre considérablement de ses prétentions. Parallèlement, des député-e-s de gauche et de droite ont déposé un projet de loi réduisant à un unique versement de 500'000 francs pour la seule année 2010 le soutien du canton au stade. Si le Grand Conseil s'en tient là, peut-être (mais seulement peut-être...) s'évitera-t-on (pour le moment) de lancer un référendum. Le Comité Praille interrogeait les Genevois en ces termes, en 2005 : " Avait-on réellement besoin à Genève d'un stade capable d'accueillir un habitant sur quinze, nouveaux-nés et grabataires compris ? "… et prévenait : " si un coup d'arrêt n'est pas donné au racket des finances publiques, on verra chaque anée les pèlerins de la Praille se présenter devant les collectivités publiques, sébile en main et pleurant famine, pour quémander quelques petits millions supplémentaires ". Car toute les mendicités ne sont pas interdites, à Genève : celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros l'est -pas celle de la fondation grabataire d'un stade vide qui pompe des millions chaque année dans les caisses publiques. C'est à cette mendicité là que le Grand Conseil pourrait finalement se résoudre à ne pas céder. Mais elle est bien tardive, cette prise de conscience, et bien trop empreinte de craintes électorales : quel temps perdu, quelles ressources gaspillées et quelle crédibilité politique envolée au fil décennal des épisode de cette triste farce.
30 mai 2009
L'aumône au stade
500'000 francs pour solde de tout compte ?
Le Conseil d'Etat voulait lui assurer une rente viagère de deux millions de francs par an jusqu'à ce que mort du stade s'ensuive ? La Fondation du Stade de Genève ne recevra probablement qu'une aumône de 500'000 balles pour survivre en 2010 : c'est en tout cas la proposition que feront le PS et les Verts, après que la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil ait, à l'unanimité, donné un préavis négatif à la dispendieuse stadolâtrie du gouvernement. Et la commission de stigmatiser la " légèreté " du Conseil d'Etat (à deux millions par an, c'était pourtant une légèreté lestée), et de déplorer l'absence de toute réflexion sur un financement privé de cet équipement sur lequel, rappelons-le au passage, les Genevois n'ont jamais pu se prononcer, tout ayant été fait, défait et surfait pour les en empêcher.
Une année de fourrage
La crainte du vote populaire étant le commencement de la sagesse politique, du moins en démocratie, cette ombre a obscurci les perspectives offertes par le gouvernement cantonal à la Fondation du Stade de Genève. Il est vrai qu'à six mois des élections cantonales, même les partis qui ont depuis dix ans, dans le dossier pourri du stade de la Praille, avalé toutes les couleuvres, ratifié tous les rackets, admis toutes les manœuvres, ont commencé à s'interroger -non en se posant les bonnes questions (Genève a-t-elle besoin d'un stade de foot de 30'000 places ? Un tel équipement doit-il être continuellement financé à perte par des fonds publics ?), mais en finissant par donner des réponses à peu près sensées, même à de mauvaises questions (est-ce qu'on ne va pas se faire claquer le beignet en votation populaire, puisqu'un référendum est garanti contre la proposition du Conseil d'Etat ?). D'où ce sursaut d'intelligence politique, à défaut de prise de conscience de la décennale imbécillité qui a accompagné la croisière du Titanic de la Praille : on offrirait à la Fondation du stade 500'000 francs pour 2010, à elle, et au Conseil d'Etat, de trouver le moyen de financer le stade sans puiser continuellement dans les fonds publics. Il est vrai que si le référendum était garanti contre une ponction annuelle de deux millions de fonds publics pendant un demi-siècle, la question de son opportunité se pose s'il ne s'agit plus que d'une aumône de 500'000 francs, pour un an seulement. Mais il est non moins vrai que le référendum s'imposerait à nouveau si d'aventure, l'année prochaine, les stadolâtres nous revenaient sébile en main, quémandant une nouvelle subvention sous quelque prétexte de circonstance. Ou si la proposition devait être faite de liquider la fondation privée du stade pour la remplacer par une fondation publique, histoire de pérenniser le racket des caisses cantonales (et municipales). On a installé un mammouth à la Praille ? Que les glorieux responsables de cette lumineuse initiative se débrouillent pour payer le fourrage de l'animal.
Le Conseil d'Etat voulait lui assurer une rente viagère de deux millions de francs par an jusqu'à ce que mort du stade s'ensuive ? La Fondation du Stade de Genève ne recevra probablement qu'une aumône de 500'000 balles pour survivre en 2010 : c'est en tout cas la proposition que feront le PS et les Verts, après que la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil ait, à l'unanimité, donné un préavis négatif à la dispendieuse stadolâtrie du gouvernement. Et la commission de stigmatiser la " légèreté " du Conseil d'Etat (à deux millions par an, c'était pourtant une légèreté lestée), et de déplorer l'absence de toute réflexion sur un financement privé de cet équipement sur lequel, rappelons-le au passage, les Genevois n'ont jamais pu se prononcer, tout ayant été fait, défait et surfait pour les en empêcher.
Une année de fourrage
La crainte du vote populaire étant le commencement de la sagesse politique, du moins en démocratie, cette ombre a obscurci les perspectives offertes par le gouvernement cantonal à la Fondation du Stade de Genève. Il est vrai qu'à six mois des élections cantonales, même les partis qui ont depuis dix ans, dans le dossier pourri du stade de la Praille, avalé toutes les couleuvres, ratifié tous les rackets, admis toutes les manœuvres, ont commencé à s'interroger -non en se posant les bonnes questions (Genève a-t-elle besoin d'un stade de foot de 30'000 places ? Un tel équipement doit-il être continuellement financé à perte par des fonds publics ?), mais en finissant par donner des réponses à peu près sensées, même à de mauvaises questions (est-ce qu'on ne va pas se faire claquer le beignet en votation populaire, puisqu'un référendum est garanti contre la proposition du Conseil d'Etat ?). D'où ce sursaut d'intelligence politique, à défaut de prise de conscience de la décennale imbécillité qui a accompagné la croisière du Titanic de la Praille : on offrirait à la Fondation du stade 500'000 francs pour 2010, à elle, et au Conseil d'Etat, de trouver le moyen de financer le stade sans puiser continuellement dans les fonds publics. Il est vrai que si le référendum était garanti contre une ponction annuelle de deux millions de fonds publics pendant un demi-siècle, la question de son opportunité se pose s'il ne s'agit plus que d'une aumône de 500'000 francs, pour un an seulement. Mais il est non moins vrai que le référendum s'imposerait à nouveau si d'aventure, l'année prochaine, les stadolâtres nous revenaient sébile en main, quémandant une nouvelle subvention sous quelque prétexte de circonstance. Ou si la proposition devait être faite de liquider la fondation privée du stade pour la remplacer par une fondation publique, histoire de pérenniser le racket des caisses cantonales (et municipales). On a installé un mammouth à la Praille ? Que les glorieux responsables de cette lumineuse initiative se débrouillent pour payer le fourrage de l'animal.
18 mai 2009
Fonds de tiroir 2008
EURONOTABLES
Les Conseillers fédéraux, les sept, se sont mobilisés pour l'Euro, et se sont tapés les matches. Le ministre des sports et réjouissances militaires, Samuel Schmid, s'en est farci neuf; le président de la Confe, Pascal Couchepin, cinq; le ministre des Finances, Hand-Rudolf Merz, la ministre de la Justice et de la police, Eveline Widmer-Schlumpf et la ministre de l'Economie, Doris Leuthard, quatre. Les deux socialistes ont traîné les pieds : Moritz Leuenberger ne s'est farci que Suisse-Portugal et un quart de finale, et Micheline Calmy-Rey Portugal-Turquie. Mais c'est uniquement parce qu'il n'y avait pas de Kosovo-Ossétie du Sud à l'affiche.
A Genève, le canton disposaitde 240 billets par match, pour les notables locaux. Mais seuls vingt billets sont offerts par l'UEFA. Les 220 autres, le canton a dû les payer. Pour pouvoir ensuite les offrir.
EUROBOF
En Autriche, l'Euro a laissé à peu près indifférent, quand il n'a pas énervé. On craignait une hausse des prix, la violence, le vandalisme, la congestion du trafic, la surconsommation d'alcool et de drogues, la surproduction de déchets, et on se contrefoutait de la "dimension festive et sportive" de l'événement, brandie par ses organisateurs. Un tiers des Autrichiens se désintéressaient complètement de l'événement, selon un sondage.
EUROBIGOTS
A défaut de sabre, le goupillon a jeté son dévolu sur le ballon rond : les Eglises catholiques et réformées de Suisse ont tenté de se greffer sur l'Euro2008 (mais surtout en Suisse alémanique), avec un projet oécuménique subtilement intitulé "Eglise 08-2008 ans et toujours de la partie". La Communauté de travail des églises chrétiennes de Suisse espérait voir se multiplier dans le public une écharpe de supporter rouge barrée de l'inscription "Eglise 08". A défaut de multiplier les pains ? Un accompagnement spirituel était offert aux joueurs (pour les inciter à tendre l'autre joue ?) et un encadrement pastoral proposé aux équipes (ça a sûrement enthousiasmé les Turcs). A Genève, les protestants expliquaient qu'ils ne feraient pas grand chose, leur énergie étant mobilisée pour la célébration du 500e anniversaire de la naissance de Jean Calvin. Et à Zurich, on s'est goinfré le 80 % du budget total (modeste : 750'000 francs) prévu pour toute la Suisse par les églises protestantes pour assurer leur présence à l'Euro2008.
EUROMOUTARDS
Le Conseiller fédéral Samuel Schmid, qui s'est dit convaincu "que l'Euro2008 aura des effets positifs à long terme sur la population, sur la société, sur l'économie et sur l'encouragement du sport", rien que ça, a présenté à la mi-février quatre projets de promotion du sport auprès des chtis nenfants : tournois de foot dans les écoles, pratique du sport en sus de l'éducation physique "normale", incitations particulières pour les plus petits, tout ça... La Ville de Genève avait embrayé, en organisant pour les djeuns de 15 à 18 ans un "Euro des quartiers" : un tournoi de "street foot" en avant-première du tournoi de flouze-foot. Et après l'Euro, la Ville nous organisera quoi ? un tournoi de gérontofoot entre pensionnaires des EMS ? des matches de nécrofoot entre carrés confessionnels du cimetière de Saint-Georges ?
Les Conseillers fédéraux, les sept, se sont mobilisés pour l'Euro, et se sont tapés les matches. Le ministre des sports et réjouissances militaires, Samuel Schmid, s'en est farci neuf; le président de la Confe, Pascal Couchepin, cinq; le ministre des Finances, Hand-Rudolf Merz, la ministre de la Justice et de la police, Eveline Widmer-Schlumpf et la ministre de l'Economie, Doris Leuthard, quatre. Les deux socialistes ont traîné les pieds : Moritz Leuenberger ne s'est farci que Suisse-Portugal et un quart de finale, et Micheline Calmy-Rey Portugal-Turquie. Mais c'est uniquement parce qu'il n'y avait pas de Kosovo-Ossétie du Sud à l'affiche.
A Genève, le canton disposaitde 240 billets par match, pour les notables locaux. Mais seuls vingt billets sont offerts par l'UEFA. Les 220 autres, le canton a dû les payer. Pour pouvoir ensuite les offrir.
EUROBOF
En Autriche, l'Euro a laissé à peu près indifférent, quand il n'a pas énervé. On craignait une hausse des prix, la violence, le vandalisme, la congestion du trafic, la surconsommation d'alcool et de drogues, la surproduction de déchets, et on se contrefoutait de la "dimension festive et sportive" de l'événement, brandie par ses organisateurs. Un tiers des Autrichiens se désintéressaient complètement de l'événement, selon un sondage.
EUROBIGOTS
A défaut de sabre, le goupillon a jeté son dévolu sur le ballon rond : les Eglises catholiques et réformées de Suisse ont tenté de se greffer sur l'Euro2008 (mais surtout en Suisse alémanique), avec un projet oécuménique subtilement intitulé "Eglise 08-2008 ans et toujours de la partie". La Communauté de travail des églises chrétiennes de Suisse espérait voir se multiplier dans le public une écharpe de supporter rouge barrée de l'inscription "Eglise 08". A défaut de multiplier les pains ? Un accompagnement spirituel était offert aux joueurs (pour les inciter à tendre l'autre joue ?) et un encadrement pastoral proposé aux équipes (ça a sûrement enthousiasmé les Turcs). A Genève, les protestants expliquaient qu'ils ne feraient pas grand chose, leur énergie étant mobilisée pour la célébration du 500e anniversaire de la naissance de Jean Calvin. Et à Zurich, on s'est goinfré le 80 % du budget total (modeste : 750'000 francs) prévu pour toute la Suisse par les églises protestantes pour assurer leur présence à l'Euro2008.
EUROMOUTARDS
Le Conseiller fédéral Samuel Schmid, qui s'est dit convaincu "que l'Euro2008 aura des effets positifs à long terme sur la population, sur la société, sur l'économie et sur l'encouragement du sport", rien que ça, a présenté à la mi-février quatre projets de promotion du sport auprès des chtis nenfants : tournois de foot dans les écoles, pratique du sport en sus de l'éducation physique "normale", incitations particulières pour les plus petits, tout ça... La Ville de Genève avait embrayé, en organisant pour les djeuns de 15 à 18 ans un "Euro des quartiers" : un tournoi de "street foot" en avant-première du tournoi de flouze-foot. Et après l'Euro, la Ville nous organisera quoi ? un tournoi de gérontofoot entre pensionnaires des EMS ? des matches de nécrofoot entre carrés confessionnels du cimetière de Saint-Georges ?
12 mai 2009
Brèves
Présentant le projet de loi du Conseil d'Etat attribuant à la fondation du trou du stade de la Praille une subvention annuelle de deux millions et des poussières, le Conseiller d'Etat Mark Muller a expliqué qu'il fallait "maintenant achever le travail et assainir durablement la situation". Ce sont les mots justes : "achever" et "assainir durablement". Le coup de grâce et le bulldozer, quoi.
La facture (quelques centaines de milliers de francs) de la location de la Plaine de Plainpalais, envoyée par la Ville à l'organisateur des festivités de l'Euro 2008, Nepsa SA (la société du député radical Frédéric Hohl) n'a toujours pas été payée, dix mois après lesdites festivité, signale le directeur du département du Conseiller administratif (radical lui aussi) Pierre Maudet. On n'a plus qu'à espérer qu'il ne viendra à personne l'idée de proposer que le canton alloue une subvention à Nepsa pour lui permettre de payer sa facture à la Ville, comme on nous propose de verser une subvention à la fondation du stade de la Praille pour payer ses dettes…
" Siège de nombreuses organisations et sociétés internationales, Genève s'est dotée d'un stade d'une grande capacité, soit 30'000 places assises, de manière à pouvoir accueillir des événements dont la notoriété dépasse largement les frontières cantonales ", explique (benoîtement) le Conseil d'Etat, à l'appui de sa proposition de filer désormais chaque année deux millions de plus dans le trou du stade. Il a raison, le gouvernement : le stade accueille effectivement des " événements dont la notoriété dépasse largement les frontières nationales ". Son naufrage financier et son absence de public, par exemple.
Présentant le projet de loi du Conseil d'Etat attribuant à la fondation du trou du stade de la Praille une subvention annuelle de deux million s et des poussières, le Conseiller d'Etat Mark Muller a expliqué qu'il fallait "maintenant achever le travail et assainir durablement la situation". Ce sont les mots justes : "achever" et "assainir" durablement. Le coup de grâce et le bulldozer, quoi.
La mise en faillite de la fondation du stade de la Praille " comporte(rait) des incidences négatives en termes d'image pour le canton de Genève ", prévient le Conseil d'Etat dans l'exposé des motifs de son projet de loi accordant une subvention annuelle de plus de deux millions à la dite fondation. Au point où on est de ce feuilleton, on ne voit pas ce que Genève pourrait encore avoir à perdre " en termes d'image "... A moins qu'on évoque les jolies images qui ornent nos billets de banque. A raison de plus de deux mille billets de mille balles balancés chaque année dans le trou de la Praille pendant le restant de la vie du stade, ça aurait effectivement " une incidence négative en terme d'image ".
La facture (quelques centaines de milliers de francs) de la location de la Plaine de Plainpalais, envoyée par la Ville à l'organisateur des festivités de l'Euro 2008, Nepsa SA (la société du député radical Frédéric Hohl) n'a toujours pas été payée, dix mois après lesdites festivité, signale le directeur du département du Conseiller administratif (radical lui aussi) Pierre Maudet. On n'a plus qu'à espérer qu'il ne viendra à personne l'idée de proposer que le canton alloue une subvention à Nepsa pour lui permettre de payer sa facture à la Ville, comme on nous propose de verser une subvention à la fondation du stade de la Praille pour payer ses dettes…
" Siège de nombreuses organisations et sociétés internationales, Genève s'est dotée d'un stade d'une grande capacité, soit 30'000 places assises, de manière à pouvoir accueillir des événements dont la notoriété dépasse largement les frontières cantonales ", explique (benoîtement) le Conseil d'Etat, à l'appui de sa proposition de filer désormais chaque année deux millions de plus dans le trou du stade. Il a raison, le gouvernement : le stade accueille effectivement des " événements dont la notoriété dépasse largement les frontières nationales ". Son naufrage financier et son absence de public, par exemple.
Présentant le projet de loi du Conseil d'Etat attribuant à la fondation du trou du stade de la Praille une subvention annuelle de deux million s et des poussières, le Conseiller d'Etat Mark Muller a expliqué qu'il fallait "maintenant achever le travail et assainir durablement la situation". Ce sont les mots justes : "achever" et "assainir" durablement. Le coup de grâce et le bulldozer, quoi.
La mise en faillite de la fondation du stade de la Praille " comporte(rait) des incidences négatives en termes d'image pour le canton de Genève ", prévient le Conseil d'Etat dans l'exposé des motifs de son projet de loi accordant une subvention annuelle de plus de deux millions à la dite fondation. Au point où on est de ce feuilleton, on ne voit pas ce que Genève pourrait encore avoir à perdre " en termes d'image "... A moins qu'on évoque les jolies images qui ornent nos billets de banque. A raison de plus de deux mille billets de mille balles balancés chaque année dans le trou de la Praille pendant le restant de la vie du stade, ça aurait effectivement " une incidence négative en terme d'image ".
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