04 juillet 2010

Mondial de foot ? Mondial de fric !

L'Afrique du Sud sous protectorat de la FIFA

Entre les ahanements de sangliers en rut poussés à Roland Garros et les pouêt-pouêt de la caravane publicitaire du Tour de France, on va donc s'offrir pendant un mois, le cirque du Mondial de foot. Entre les petits bobos des joueurs, les états d'âme des entraîneurs et des commentateurs, les calculs des sponsors, les hurlements des supporters, les petites tricheries des matches et les grosses magouilles du sport-pognon, on pourra même se repaître d'une bienpensée du genre de celle produite, le 21 mars dernier, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, par la Haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, qui, tout en déplorant les incidents racistes qui se sont déroulés ces dernières années dans les stades de football, a cru de son devoir d'ajouter que la Coupe du Monde en Afrique du Sud allait être « une bonne opportunité d'aborder le problème du racisme dans le sport, et d'accroître le formidable potentiel du sport pour éliminer le racisme, la xénophobie et les formes similaires d'intolérance dans l'ensemble de la société » Comme si le Mondial avait encore le moindre rapport objectif avec le sport, et était autre chose que la matérialisation, pendant un mois, de la gigantesque pompe à fric qu'est la FIFA. Le Mondial, antidote au racisme ? Souvenez-vous du Mondial de 1998, de la France championne du monde, du déferlement d'hymnes au « melting pot black.blanc-beur »... Quatre ans plus tard, qui s'invitait au deuxième tour de l'élection présidentielle ? Zidane ? Non : Le Pen...

Main basse sur l'Azanie

« La différence entre le football et d'autres empires gagnés par la conquête, c'est qu'il n'existe pas de puissance dominante capable d'imposer sa volonté aux autres », déclare Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques. « Pas de puissance dominante », vraiment ? Et la FIFA, alors ? L'Afrique du Sud a littéralement été mise en coupe réglée par la Fédération internationale de foot professionnel : dans chacune des neuf villes hôtes du Mondial, un hôpital privé et un hôpital public ont été partiellement ou totalement réquisitionnés pour l'événement. A Port Elizabeth, bien avant le premier coup de pied dans le premier ballon du premier match, la moitié des lits ont dû être maintenus vides, et les patients s'entasser dans l'autre moitié, être traités à la va-vite, ou carrément refusés et priés d'attendre que la fête à neuneu soit terminée et que la FIFA ait levé le protectorat qu'elle a établi sur la République sud-africaine, dont le gouvernement s'est littéralement vendu à l'organisation faîtière du foot-pognon. Des milliers d'agents de la FIFA ont été déployés pour imposer le respect de l'exclusivité (payante) de l'usage de certains termes, y compris des plus courants. Il est désormais interdit en Afrique du Sud en 2011 d'inscrire « Afrique du Sud-2011» sur une affiche, une enseigne ou un T-shirt. Les petits vendeurs de rues sont pourchassés et repoussés le plus loin possible des stades et des regards des spectateurs des matches. La FIFA s'est arrogée un pouvoir de censure de la presse, en s'octroyant le droit de retirer ou de modifier les accréditations de journalistes mal-pensants et les reportages dont elle-même juge qu'ils seraient nuisibles à ses intérêts. Les droits constitutionnels de manifestation, durement conquis dans la lutte contre l'apartheid, sont suspendus par le régime né de la victoire de cette lutte, et c'est sous un véritable état d'urgence non déclaré que va vivre pendant un mois le pays de Nelson Mandela. Quant aux retombées économiques des jeux du cirque, elles ont été volontairement surévaluées par la FIFA pour convaincre les autorités de se livrer à elle pieds et poings liés. La FIFA annonçait 400'000 visiteurs ? Ils seront sans doute moitié moins nombreux. Le PIB devait croître de 0,7 % ? ile ne croîtra vraisemblablement que de 0,1 %. Et les Sud-africains réalisent qu'ils se sont fait purement et simplement arnaquer, avant de se faire domestiquer. En gros : si le Mondial est bénéficiaire, la FISA empochera le bénéfice, et s'il est déficitaire, l'Afrique du Sud paiera le déficit. Quant aux 150'000 emplois liés à la construction des stades pharaoniques exigés par la FIFA (comme celui du Cap, qui a coûté 600 millions alors que la rénovation ou l'agrandissement de stades existants aurait coûté deux fois moins), ou à la rénovation des routes et des infrastructures, les deux tiers seront perdus dès la fin de la kermesse. Et les employés iront grossir la masse des chômeurs sud-africains (ils sont déjà quatre millions). là où la FIFA passe, le pognon coule, certes. Mais dans les poches de ceux qui en ont déjà, et donc dans les siennes : la FIFA est milliardaire...


31 mai 2010

Genève : Nouvelle patinoire ou rénovation de l'ancienne ?

Hoquets sur glace

Emouvant tableau, ce 28 avril, à la Mairie de Piogre : magistrates et magistrats de gauche, du centre et de droite, de la Ville et du canton, communiaient dans l'obligatoire ferveur à laquelle tout politicien-ne de Genève était tenu à l'égard du club de hockey local. Concours de génuflexions ( « vous avez dépassé toutes les attentes et fait rêver toute une ville et un canton » - Manuel Tornare Dixit), exercice individuel et collectif de prosternation béate ( « vous avez amené quelque chose de magique dans le cité » - Charles Beer dixit), choeurs de louanges ( « le parcours des Aigles peut s'assimiler à une victoire » - Rémy Pagani dixit)... après quoi, puisqu'il faut bien passer aux choses sérieuses, promesses en vrac : on va rénover la patinoire des Vernets (qui le mérite, comme le mérite par exemple ,le stade de Frontenex), on va vous donner une autre patinoire, plus grande, plus belle, plus chère et plus vide, qu'on installera à l'Arena, ou à Plan Les Ouates, ou ailleurs, on ne sait pas où, mais peu importe, on paiera. Chaque année. Comme pour le stade de la Praille. On puisera dans les caisses publiques pour construire la chose, pour l'entretenir, pour l'administrer. On paiera pour la patinoire, on paiera pour le club, même s'il ne communique ses budgets qu'avec réticence et que ses comptes sont opaques. Le président du Servette Hoykey Club, Hugues Quennec, qui veut une patinoire d'au moins 10'000 places, exige des « garanties et des engagements » de la Ville, et menace : « Sans infrastructure adéquates, le coach et moi-même ferons nos valises ». Pour la Praille ?

Comique de répétition
Tout auréolé de sa défaite en finale du championnat, et tout sanctifié par le choeur des politiciens locaux (on est à un an des élections municipales, il ne fallait pas s'attendre à autre chose qu'au concours de démagogie dont nous avons été gratifié), le Genève-Servette Hockey Club veut des sous (il est en déficit de trois millions et veut des places VIP pour équilibrer ses comptes) et une nouvelle patinoire, plus grande, plus belle, plus chère... et tant pis si la Ville a déjà dépensé quinze millions pour rénover nos bons vieux Vernets (où murmure encore l'écho du « Gran Mitin » communiste espagnol que nos zautorités avaient autorisé à la condition, illusoire, que Dolorès Ibarruri et Santiago Carrillo s'y tiennent coite et coi...) Rénover la patinoire des Vernets, donc ? soit. D'autant qu'on a déjà commencé. Mais construire une nouvelle patinoire, par exemple à l'Arena, nous rejouer comme Mark Muller la partition calamiteuse du stade de la Praille en n'en changeant pas même le refrain (« il faut un écrin pour le club »), en remplaçant seulement le mot « stade » par le mot « patinoire » ? La prudence exprimée par le seul, ou presque, Rémy Pagani s'impose, et les grandes effusions rituelles passées, il serait bon que les «politiques» consentent à faire fonctionner leur cerveau plutôt que leurs calculettes électorales : d'un interlocuteur à l'autre le coût minimal d'une nouvelle patinoire passe du simple (50 millions) au triple (150 millions), le dernier des imbéciles sachant désormais que, comme à la Praille, à la fin de l'exercice, le coût réel de construction de ce genre de grand machin sportif atteint le double du coût initialement annoncé, que l'invocation du partenariat public-privé et la promesses d'un « business plan » ne sont que poudre aux yeux et que comme le sport (ou ce qui en tient lieu dans des enceintes du type de celle posée à la Praille ou projetée à l'Arena ou ailleurs) ne permet pas de rentabiliser les équipements dont on s'est doté en son nom, et qu'on a fait payer par les collectivités publiques, il faudra, année après année, pendant un demi-siècle, boucher les trous et combler les déficits. Ces rappels utiles tombent cependant mollement dans les oreilles obstruées de sourds volontaires. « Il s'agit aujourd'hui d'oublier les dissensions du monde politique pour retenir le rassemblement populaire derrière l'équipe » genevoise de hockey, a lancé Manu. Eh bien non, nous n'oublierons pas les « dissensions du monde politique », et s'il nous est donné de pouvoir les entretenir, nous les entretiendrons. Parce que le «rassemblement populaire», d'ailleurs bien plus modeste que sa proclamation médiatique, et surtout bien plus fugace que les pulsions bétonnières des amateurs de monuments à la gloire du sport professionnel, ne justifie pas n'importe quoi. Et surtout pas qu'à dix ans d'intervalle, on nous chante la même chanson, on nous produise les mêmes mensonges, pour commettre les mêmes erreurs, camouflées par les mêmes bricolages et niées par le même aveuglement.

16 mai 2010

Vous avez aimé le stade de la Praille ? Vous adorerez le centre sportif de Plan-les-Ouates !

Le déclassement de 58 hectares du secteur dit « Les Cherpines – les Charrotons » dans la Plaine de l’Aire, sur les communes de Confignon et Plan-les-Ouates, a été accepté la semaine dernière par la Commission parlkementaire cantonale de l'aménagement, contre l'opposition de l'UDC et des Verts, les socialistes étant divisés (pas opposés au déclassement en principe, mais très critiques sur le projet qu'il rend possible). Le Grand Conseil devra encore se prononcer, mais à vue de nez, et sans prendre trop de risques, une majorité est prête à voter ce déclassement nécessaire à la réalisation, entre l'Aire, la route de Base et l'autoroute de contournement, d'un projet comportant, théoriquement, 2000 logements, mais aussi un projet de centre sportif (sur Plan-les-Ouates) regroupant tous les sports possibles et imaginables. A croire que la calamiteuse expérience du stade de la Praille n'a rien appris aux fétichistes du bétonnage à prétexte « sportif » .

Cardons le cap

La commission du Grand Conseil a donné le premier feu vert au déclassement des Cherpines et des Charrottons, le Grand Conseil devrait suivre, mais sans que l'on sache précisément ce qui poussera sur ces terres maraîchères à la place du cardon, et ce qui y remplacera l'agriculture de proximité qui s'y est installée. On sait cependant que la commune de Plan-Les-Ouates (c'est-à-dire sa majorité politique) souhaite y implanter un centre sportif maousse agrémenté d'une patinoire, de terrains de foot et de rugby, d'aires de tir à l'arc et d'équitation etc... le tout garni de restaurants, d'un hôtel, de commerces, de bureau et d'un parking Certes, il est également prévu d'implanter dans cette zone 2000 à 3000 logements, et des services publics (une école, notamment), mais l'ensemble du «paquet», et son artistique ficelage, ne peut que rappeler à notre souvenir un exercice du même genre, à la Praille. Avec des conséquences financières qui, logiquement, devraient être les mêmes : engager des collectivités publiques dans le financement interminable d'un projet surdimensionné. Urbaniser la zone du nord-est de l'autoroute de contournement est une chose. L'urbaniser n'importe comment, en particulier sans réflexion réelle sur les conséquences en termes de circulation, en est une autre. L'espace concerné se prêterait parfaitement à la création d'un véritable écoquartier, intégrant des parcelles agricoles, reprenant des projets en lice les espaces et les services publics qu'ils proposent, mais se gardant de répéter à Plan-Les-Ouates les erreurs, pour user d'un terme prudent, commises à la Praille -mais jamais reconnues par ceux qui non seulement les ont commises, mais les ont imposées à la population. Pour parer à ce risque, un comité référendaire s'est mis sur pied* : il devrait agir dès le vote du projet de loi de déclassement. Assez tôt, espérons-le, pour qu'émerge un contre-projet répondant, lui, à des besoins réels et qu'on évite aux collectivités publiques de devoir payer pendant des décennies les conséquences d'une erreur d'autant moins pardonnable qu'elle ne serait qu'une récidive dans l'aveuglement volontaire.
* http://www.plainedelaire.ch/

11 mai 2010

Un carton jaune pour le foot-pognon ?

« Non à l’exploitation lors de Coupes du monde de football »

L’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) a lancé hier a pétition « Hor$jeu – Un carton jaune pour Sepp Blatter! ». La pétition* exige de la Fédération internationale du foot-pognon (la FIFA) qu’elle s’engage activement contre l’exploitation et pour le respect des droits humains lors de Coupes du monde de football. La FIFA devrait imposer aux sponsors et aux entreprises de construction des stades et autres équipements induits par les mondiaux de foot qu'ils et elles versent des salaires suffisants pour vivre et respectent les normes fondamentales du travail. Les pays et entreprises qui ne sont pas disposés à remplir ces conditions ne devraient plus pouvoir organiser de Coupe du monde ou assumer de travaux en lien avec cette dernière. Et après les jeux du cirque, une fois les télés parties, la FIFA gavée et les supporters décuités, la plèbe locale retourne à la normalité de l'exploitation ?

* La pétition peut être signée sur
www.horsjeu-afriquedusud.ch/

Panem et circenses

Pour la prochaine Coupe du monde de football, en Afrique du Sud, la FIFA n'a rien laissé au hasard. Elle régit tout: de la hauteur du gazon à la diagonale d’écran règlementaire pour les diffusions publiques. Ce contrôle du moindre détail permet à la FIFA de s’assurer un bénéfice prévu de deux milliards de francs suisses. La FIFA ne laisse rien au hasard. Rien de ce qui pourrait lui rapporter, du moins. Car elle serait, selon les dires de son président, le Suisse Sepp Blatter, impuissante à faire respecter les droits du travail et les droits humains. Or « la Coupe du monde ne profitera malheureusement pas à tout le monde. L’Afrique du Sud a investi 4,5 milliards de francs en vue du Mondial. Ces investissements massifs n’ont cependant rien apporté aux 20 millions de pauvres que compte l’Afrique du Sud. 43 % de la population restera par conséquent hors jeu », rappelle le président de l’Oeuvre Suisse d'Entraide Ouvrière, Hans-Jürg Fehr, qui poursuit : « Les ouvriers ont construit les stades pour des salaires de misère et des quartiers pauvres ont été rasés, pour des raisons d’image. Les nouvelles maisons promises aux personnes chassées n’ont pas été construites, faute d’argent ». Quoi qu'elle en dise, en tant qu’organisatrice de la Coupe du monde, la FIFA a la possibilité d’exercer une pression sur ses mandataires et de leur imposer des conditions sur le plan social. L’OSEO exige par conséquent le respect des droits humains lors d’événements organisés par la FIFA – une exigence d’autant plus essentielle que le prochain Mondial aura lieu au Brésil. Les exigences de l’OSEO sont simples :
. Des conditions de travail équitables pour les ouvriers de la construction et autres employés,
• Les quartiers pauvres ne doivent plus être démolis.
• Pas de muselière pour les journalistes accrédités.
« Les pays et les entreprises qui violent les droits humains et pratiquent l’exploitation ne doivent plus pouvoir, à l’avenir, organiser de Coupe du monde ou assumer de travaux en lien avec cette dernière », conclut Hans-Jürg Fehr. Il convient sans doute de traduire cette phrase au conditionnel, mais il convient aussi de dire, d'écrire, de faire savoir, que nous sommes encore quelques uns et quelques unes à ne pas avoir été totalement décérébrés par la récurrence du vieux précepte « donnez à la plèbe du pain et des jeux, elle nous foutra la paix ».

26 janvier 2010

EXPLORATION DES TROUS DE LA PRAILLE ET DE L'EUROFOOT

SPÉLÉOLOGIE FINANCIÈRE : EXPLORATION DES TROUS DE LA PRAILLE ET DE L'EUROFOOT

Lorsque la décision a été prise de construire un nouveau stade, le projet a été mis au concours, et le projet primé prévoyait 25'000 places assises (soit, déjà, 10'000 de plus que nécessaire). Le 19 juin 1997, le Grand Conseil vote un premier crédit de 20 millions de francs. A ce stade, si on ose dire, le projet est devisé à 64 millions, plus 4 millions de TVA, soit un total de 68 millions.
La rénovation du stade des Charmilles, pourtant appelé à disparaître, et celle des terrains de Balexert, ajoutent 3,8 millions à la facture. Fin 2000, le projet définitif passe de 25'000 à 30'000 places, et son coût grimpe de plus de 20 millions, pour atteindre 93 millions. Parallèlement, la facture pour les rénovations de Balaxert et des Charmilles augmente d'un million.
Fin 2003, le stade est ouvert : la facture a grimpé de 25 millions supplémentaires, du fait d'aménagements supplémentaires non prévus au projet initial (pour 9,1 millions), d'aménagements de sécurité et de déplacement des infrastructures CFF (pour 10 millions) et d'autres modifications. Le coût du stade atteint 117 millions.
A l'été 2007, l'UEFA impose de nouvelles normes pour les stades appelés à recevoir des matches qu'elle organise. Surcoût : 14 millions. On atteint les 131,6 millions. De 68 millions au départ, le coût du stade sera passé en dix ans (1997-2007) à au moins 140 millions -et la facture n'est pas close. Le canton a déversé 24,4 millions dans ce trou, la Ville de Lancy 6 millions, la Confédération 5 millions, la Ville de Genève 5 millions, le Fonds d'équipement communal a été contraint de verser 18,8 millions. Jelmoli a déboursé 36 millions (mais ça n'est pas une subvention, c'est un loyer), le Crédit Suisse a prêté (et entend bien se les faire rembourser) 20 millions, une souscription publique a rapporté 3,8 millions, le Sport Toto a accordé une subvention de 700'000 francs et on a 300'000 francs de subventions diverses.

Il y a trois ans, onze millions de travaux étaient encore dus à l'entreprise Zschokke (Implenia) qui avait construit le Stade. Les électeurs de la Ville ayant massivement refusé (à plus de 70 %) d'accorder un prêt de 2,5 millions à la Fondation du Stade, l'Etat a pioché onze millions dans le Fonds d'équipement communal, après avoir en avoir modifié les statuts pour s'autoriser ce racket.

Quant à l'Eurofoot, les seuls coût de sa sécurisation devraient se monter à (au moins) 100 millions au plan suisse. A Genève, il devrait coûter au moins 28 millions, pour des retombées en termes de chiffre d'affaire se situant dans une fourchette de 10 à 50 millions.
L'Eurofoot coûtera au moins aux collectivités publiques genevoises :
14,6 millions pour l'adaptation du stade de la Praille aux exigences de l'UEFA
7,2 millions pour la sécurité
2,6 millions pour les manifestations annexes
1,8 million pour les coûts liés aux transports
1,5 million pour les coûts de coordination de l'organisation
1,3 million pour la promotion touristique (baudruche comprise ?)
Les coûts liés à la mobilisation des services de voirie ne sont apparemment pas compris dans ces chiffres. Ni, apparemment, les heures supplémentaires de la police, l'utilisation de locaux publics (comme l'Université pour le "Media Center") etc...

En termes financiers, l'Euro2008 c'est (selon les chiffres de l'UEFA) :
- 1,3 milliard de francs de droits de retranmission TV (42,3 % de plus qu'en 2004), soit 60 % des recettes
- 461 millions de francs de sponsoring et merchandising (57 % de plus qu'en 2004), soit 21 % des recettes
- 215 millions de francs retirés de la location des loges "VIP" (plus du quintuple qu'en 2004), soit 12 % des recettes
- 149 millions de francs de billetterie (17,3 % de plus qu'en 2004), soit 7 % des recettes
- un total de recettes de 2,117 milliards de francs (50 % de plus qu'en 2004)
- Des dépenses d'organisation de 977 millions (150 % de plus qu'en 2004)
- un bénéfice net de 412 millions(28,4 % de plus qu'en 2004)
et que fait l'UEFA de tout ce pognon ? Martin Kallen, responsable de l'organisation de l'Euro a beau dire que l'UEFA veut "redistribuer le plus d'argent possible à ses 53 fédérations nationales et à ses programmes de solidarité", en réalité elle en redistribue moins d'un septième aux équipes participants (294 millions), et à peine un tiers aux "programmes de solidarité". Les fédérations nationales de l'UEFA (y compris celles des équipes participantes) recevront, en tout, 450 millions d'euros La distribution aux équipes participantes représente un peu plus de la moitié des seules ressources de sponsoring et moins que ce que l'UEFA gardera pour elle. Quant aux programmes de "solidarité", ils atteignent péniblement le 60 % des seuls droits de retransmission TV. Les contributions des sponsors et les droits de télévision sont versés directement à l'UEFA (qui encaisse ainsi près de 1,8 milliard), les premiers par l'intermédiaire de sa division "UEFA commercial marketing", les se
conds par "Marketing & Media Rights", qui a sous-traité la négociation des droits à une société française, Sportfive, filiale du groupe Lagardère. Une fois payés les frais d'organisation, redistribuée la petite part des équipes participantes, des programmes de solidarité et les subventions aux associations, l'UEFA pourra capitaliser plusieurs centaines millions de francs, sur lesquels elle ne payera pratiquement pas un sou d'impôt.
Pour faire fonctionner à plein sa pompe à fric, l'UEFA a créé fin 2004 une filiale, Euro 2008, une société anonyme holding que l'UEFA détient à 100 % et qui payera quelques millions de francs d'impôt, en tant que "holding de services", comme "New Media technologie" (qui fera une vingtaine de millions de francs de bénéfices). Mais l'UEFA en tant que telle ne paiera pas un sou d'impôt, alors qu'elle retirera plus d'un milliard de francs du tournoi et que le total de ses recettes budgetée pour 2007-2008 atteint les trois milliards (dont moins de la moitié sera redistribué aux équipes participantes), soit un milliard de plus que lors de l'exercice précédent, et que ses fonds propres se montent à 732 millions, soit 300 millions de plus qu'en 2006-7... Résultat : la fédération européenne de foot professionnel dégage plus de chiffre d'affaire que la fédération mondiale, et est la fédération sportive la plus puissante du monde.

Selon une étude macro-économique réalisée par le bureau privé Rütter+Partner, et publiée par l'Office fédéral du sport, sur l'importance du secteur sportif (défini en un sens très, très large : on y inclut (en plus du sport proprement dit, amateur ou professionnel) les remontées mécaniques, le fitness et la muscu, le commerce d'appareils, articles et vêtements, le tourisme et même les accidents sportifs), le secteur générerait 80'000 places de travail (plus que l'industrie pharmaceutique, l'horlogerie ou les assurances), soit 2,5 % du "marché de l'emploi" en Suisse, à peu près autant que l'industrie mécanique. Le chiffre d'affaire du secteur dépassait les quinze milliards en 2005, sa valeur ajoutée brute atteindrait 8 milliards, sa part au produit intérieur brut 1,8 %, juste un peu moins que les 2 % de l'industrie de l'alimentation, des boissons et du tabac.

26 décembre 2009

FONDS DE TIROIR

La pluie de projets mirifiques d'une nouvelle patinoire et de proclamations hautes et fières de soutien au glorieux Servette Hockey-Cluc continue. Les radicaux proposent une nouvelle patinoire sur le parking des Vernets (un parking de moins, il est vrai que c'est toujours bon à prendre) ou sur le site de la gare des Eaux-Vives, les libéraux demandent au Conseil d'Etat de dégager un projet commun avec les communes et le club, sur un lieu précis (ça vaut mieux, en effet, parce qu'une patinoire sur un lieu imprécis, on voit mal à quoi ça peut ressembler, sinon à du brouillard givrant), et tout ça dans les cinq ans. Quant à Mark Muller, on nous sussurre que s'il ne soutient pas explicitement le projet de nouvelle patinoire dans le cadre du projet de méga-centre sportif de Plan-les-Ouates, il n'attend que le moment de chausser ses patins de combat pour envoyer le puck aux Charpines. Bref, tout le monde s'agite (même nous, pour préparer un référendum au cas où). Euh... y'a des élections bientôt ou quoi ?

Les conneries de l'Euro2008 se reproduisent pour le Mondial2010 : deux sociétés se disputant le marché des « fans zones » se sont retrouvées devant la justice, la première, Genevents, qui installera des écrans et des animations aux Vernets, accusant la seconde, CPF (la société du député radical Frédiric Hohl) de concurrence déloyale en proposant une deuxième « fan zone » et un deuxième écran géant à la Praille, en démarchant agressivement des commerçants (sans doute pas au courant du flop de la « fan zone » installée par les mêmes il y a deux ans au Bout du Monde), y compris des commerçants qui avaient déjà réservé un stand aux Vernets, en leur proposant par exemple la diffusion de spots sur un écran géant que la société en question n'a pas encore reçu l'autorisation d'installer. Quant à la police, elle s'inquiète : vu ses effectifs et les mobilisations déjà prévues (pour la « Lake Parade », qui se déroule le même jour que la finale du Mondial, par exemple), deux « fans zones » de 10'000 personnes chacune, c'est ingérable du point de vue sécuritaire. Vous allez voir que pour parfaire le comique de répétition, on va bien se retrouver à nouveau avec le grotesque ballon gonflable de l'Euro 2008 flottant (quand il n'y a pas de vent, ni de pluie) au dessus du jet d'eau, et qu'on va devoir à nouveau proposer une prime à qui trouvera le moyen de l'envoyer dans le lac...


La téléromande est toute contente : elle a réussi à attirer 412'000 spectateurs pour regarder la Suisse se faire sortir de l'Euro par la Turquie, et a atteint jusqu'à 48, 8 % de part de marché (55 % pour TSR 1, 42,9 pour TSR 2) pendant les "prime time" de la période de l'Eurofoot. Bon, cela dit, 412'000 spectateurs, ça fait guère qu'un gros quart de la population romande... Si on ajoute les chaînes françaises (TF1 et M6), qui font ensemble 21,4 % de part de marché, on arrive à un peu gros tiers de la population, ce qui correspond aux sondages effectués avant l'Eurofoot et qui indiquaient qu'un tiers de la population s'y intéressaient, un tiers s'en foutaient et un tiers y était allergique. Au bilan final, selon l'UEFA elle-même, l'Eurofoot a été suivi en moyenne par 155 millions de téléspectateurs, dans le monde entier, ce qui est bien moins que claironné avant l'"événement" : pour pouvoir affirmer que l'Eurofoot allait susciter un intérêt passionné, puis pour pouvoir confirmer qu'il suscitait effectivement un intérêt passionné, on avait sorti des estimations d'une crédibilité improbable, selon lesquelles 6,4 millions de personnes vivant en Suisse, soit 91,6 % de la population, nourrissons et grabataires compris, allaient regarder (et avaient regardé) au moins une fois une retransmission en direct d'un match de l'Euro. Selon la même statistiques, les hommes auraient passé 11 heures et demie devant la télé à regarder l'Eurofoot (ça équivaut grosso modo à six matches, en comptant la mi-temps) et les femmes 8 heures et demi (quatre matches et des poussières).

Une recherche visant à mettre en évidence comment les acteurs d'une grande manifestation sont amenés à intégrer l'évaluation des risques et les problèmes de sécurité dans l'organisation de la manifestation a été lancée par l'Ecole polytechnique fédéral de Lausanne. Elle est co-financée par l'EPFL et la Fédération internationale du foot professionnel, la FIFA. Mais pas, apparemment, par l'UIEFA. Ben ça alors, pour une surprise, c'est une surprise...

Le président de l'UEFA n'aimant pas la couleur orange, l'espace VIP du stade de la Praille a été repeint en bleu. Aux frais de qui, au juste ?

Idée géniale de plus : celle, lancée par le rédacteur de la revue "Tracés", Francesco Della Chiesa, et reprise (elle le mérite) par GHI : une scène flottante sur le lac, se promenant entre Genève, Lausanne, Montreux et Evian. Après la baudruche à Jobin, c'est vrai que ça manquait. Le lac, c'est devenu le marché aux puces ?

Les cailloux sur la plaine de Plainpalais ont été enlevés, parfois à la main, et remplacés par du gravier. "Nous avons veillé à ne fournir aucune munition à l'intérieur du site en cas d'échauffourées", a précisé l'inévitable député radical prébendier des à côtés de l'Euromachin, Frédéric Hohl.
En fait, on a pas enlevé les munitions, on a seulement changé leur calibre.

Après le dégonflage final de la baudruche à Jobin (qui s'enthousiasme pour l'effet de l'image de ce machin au dessus du jet d'eau, image qui a fait "le tour du monde"), Genève Tourisme annonce qu'elle évalue "l'impact publicitaire" de la chose, en essayant de comparer le coût d'annonces publicitaires payantes sur les 140 chaînes de télé qui ont diffusé l'image de la baudruche sur le jet.
C'est complétement con comme comparaison : de toutes façons, Genève ayant été, hélas, une des villes-hôtes de l'Eurofoot, des images du jet d'eau sans baudruche, auraient été diffusées sur les mêmes chaînes de télé que celles qui les ont diffusées avec baudruche. Et le jet d'eau aurait-il été illuminé en teinte vert caca d'oie que l'image aurait aussi "fait le tour du monde"...

Le Conseiller fédéral Moritz Leuenberger et ses homologues autrichien, allemand et liechtensteinois, ministres de l'environnement, se sont permis, les malpolis, de critiquer l'UEFA pour son absence de conscience environnementale, et pour les émissions de CO2 provoquées par l'Eurofoot. Ils sont bien naïfs, nos ministres de l'Environnement : attendre de l'UEFA qu'elle manifeste un soupçon de conscience environnementale ? Et pourquoi pas demander à l'UDC de défendre la solidarité internationale ?
De toute façon, l'UEFA a la conscience tranquille : elle fait dans l'humanitaire. Si, si. Elle s'est engagée à faire un dont de 4000 euros au CICR pour chaque but marqué.
Humanitaire, mais pingre.

Un fauconnier a été mandaté pour éloigner, grâce à des oiseaux de proie, les pigeons du Stade de la Praille, pigeons qui ont, comme tous les pigeons, la mauvaise habitude de chier sur les lieux qu'ils occupent. Une méthode "écologique, peu coûteuse et surtout très efficace", commente le directeur du stade, Carnazzola. Le contraire du stade, en somme. Et le directeur de se réjouir dans le "Matin Dimanche" du 25 mai : "les sièges et les vitres des loges ne sont plus souillés par les fientes" (il s'agit toujours des pigeons, pas des occupants des loges). Un faucon et deux buses vont donc patrouiller tous les jours au-dessus du stade pour en faire fuir les pigeons. Ce rapprochement entre le sport-pognon et l'ornythologie était, forcément, dans l'air : dans le feuilleton de la Praille et de l'Eurofoot, les buses, les (vrais ou faux)cons et les pigeons sont présents depuis le début.

Souvenirs (dans "Le Temps" du 27 mai) du gardien de l'équipe suisse de foot lors de la Coupe du monde 1954 (elle se déroulait en Suisse), Eugène Parlier, dit "Gégène" ) : les joueurs avaient reçu en tout en pour tout 900 balles de dédommagement (ils avaient tous un boulot à côté), une caisse de "vivi-cola" et vingt paquets de clopes "Marocaines"... Et ils avaient abouti en demi-finale. Ben dis donc, ça nous rajeunit pas...

Une série humoristique produite par la télé romande (et deux chaînes privées françaises), "futurofoot", s'est attirée les foudres de l'UEFA, qui en a interdit (elle en avait donc le pouvoir ?) la diffusion dans la "fan-zone" de Plainpalais, en l'accusant de se moquer "du football, de ses instances, de ses règles et de sa philosophie" en montrant des "contenus sexuels (...) ainsi que des scènes de violence" (docteurs battant des joueurs, joueurs se battant entre eux, bagarres entre arbitres et joueurs). Les sketches (ou officie Jean-Luc Bideau en "professeur Blotter") expliquent "comment soudoyer un arbitre", "comment provoquer un joueur sans se faire sanctionner", "comment marquer ou arrêter un pénalty à coup sûr". Elle a raison, l'UEFA, de critiquer "futurofoot" : c'est pas une série humoristique, c'est un documentaire... Le réalisateur dudit documentaire, Nicolas Wadimoff, trouve judicieusement à la lettre de l'UEFA "un ton hallucinant sorti tout droit de l'ère stalinienne", et fait observer que les "fan-zones" sont carrément devenues des "zones UEFA, où il faut penser UEFA, rire UEFA" ("Le Matin Dimanche" du 25 mai). Ouais. Mais c'est pas seulement la fan-zone de Plainpalais qui était une "zone UEFA" : c'était tout Genève.

Selon deux enquêtes de l'Institut de recherches et études des media publicitaires (REMP), 15 % de la population susse joue au foot pour le plaisir et pas pour le pognon), et un footballeur amateur sur cinq est une footballeuse (une sur quatre chez les moins de 35 ans). La pratique du foot amateur concerne 16 % des Alémaniques, 11 % des Romands et 10 % des Tessinois. La proportion de fumeurs est plus élevée (31 %) chez les footballeurs amateurs que dans l'ensemble de la population (29 %), mais ils consomment moins d'alcool. Les supporters compensent.

La plupart des ballons de foot sont fabriqués à la main, au Pakistan, et plus particulièrement à Sialkot, dans le Pendjab, où 35'000 personnes (femmes et hommes, mais aussi, encore, des enfants) fabriquent vingt millions de ballons par an. Jusqu'en 1996 au moins, cette production était en grande partie assurée par des enfants, travaillant à domicile, et exclus de l'école par leur travail. 17'000 enfants et 42'000 adultes travaillaient dans la fabrication des ballons de foot en 1996. En 1997, un traité conclu entre les producteurs, l'UNICEF et l'OIT interdisait le travail des enfants de moins de 14 ans. Ce traité a produit des effets : 10'000 enfants ont pu suivre l'école primaire, 5000 continuer leur formation ensuite -mais les familles ont pertdu une source de revenu, et la rémunération du travail ne s'est pas améliorée -elle a même baissé de 10 % en dix ans. Aujourd'hui, les ouvriers, payée à la pièce, gagnent 40 à 75 centimes par ballon fabriqué dans les conditions "normales", ou 50 % de plus pour ceux fabriqués dans les conditions du commerce équitable -on trouve ces "ballons équitables" dans le commerce chez nous, pour un prix à peine supérieur à celui des autres.
La Suisse importe chaque année un million et demi de ballons de foot, vendus entre vingt et quarante francs. Les écoles achètent 20 à 30 % de cette marchandise, sans trop vérifier si elle a été produite dans les conditions habituelles de servage ou celles du "commerce équitable". Il est donc vraisemblable que des écoles de notre beau pays achètent des ballons "fabriqués dans des conditions de misère" et d'exploitation, comme le signale l'Oeuvre suisse d'entraide ouvrière (OSEO). Avant l'Eurofoot, le Crédit Suisse avait eu l'idée géniale de lancer une opération marketing en distribuant 200'000 ballons de foot. Avant qu'on lui fasse remarquer qu'une bonne partie de la production de ces ballons était encore assurée par des enfants, ce qui a finalement poussé la banque à faire un don d'un million à l'UNICEF. Quand à la Fédération internationale du foot professionnel, la FIFA, elle a "interdit" aux entreprises qu'elle certifie de faire travailler des enfants, mais comme elle ne fait aucune vérification préalable et ne sanctionne une violation de cette interdiction qu'a posteriori, une fois l'infraction dénoncée (quand elle l'est), constatée (quand on en fait l'effort) et prouvée (quand on le peut), cette interdiction est probablement aussi souvent violée que les règles du foot lors des matches internationaux. Surtout que les "entreprises certifiées" font fréquemment appel à des sous-traitants qui, eux, ne sont pas "certifiés".

Selon l'"England Journal of Medecine", regarder un match de foot à "fort enjeu" augmente le risque d'accident cardiaque. Les services d'urgence enregistrent un pic de fréquentation dans les deux heures suivant le coup d'envoi d'une rencontre sportive, et certains cardiologues se demandent s'il ne faudrait pas, par prophylaxie, supprimer l'épreuve des "tirs au but". Des médecins français recommandent à leurs patients sortant d'infarctus de ne pas regarder de matches de foot importants. En 2006, lors du Mondial de foot, les hospitalisations ont augmenté de 25 % en Allemagne. Il s'agit certes dans la plupart des cas de pathologies bénignes, mais comme les Urgences sont déjà encombrées, ces pathologies bénignes les ont encombrées encore plus. Lors de la Coupe du monde en Allemagne, le nombre de malaises cardiaques a doublé à Munich, et le risque d'accident cardiaque pendant les matches de l'équipe allemande a été 3,26 fois plus élevé pour les hommes, et 1,82 fois plus élevé pour les femmes, que normalement. Au sein de la population souffrant de problèmes artériels, les malaises ont quadruplé.
D'où les bons conseils du "Matin Dimanche" du 1er juin : pendant les matches, "bougez au moins les jambes de temps en temps", "évitez l'alcool", "n'oubliez pas vos médicaments", "regardez les matches avec des amis ou de la famille" (ils appelleront les secours), et "Composez le 144 en cas d'urgence".
Ce serait pas plus simple de se faire carrément hospitaliser avant le début du match ?

Selon la gendarmerie genevoise, le record d'alcoolémie enregistré durant l'Eurofoot s'est établi à 3,67 pour mille chez les hommes et 2,69 pour mille chez les femmes.
L'égalité avance à grands pas. Enfin... quand elle arrive encore à tenir debout.

On estime à 770 tonnes par an la consommation mondiale de produits dopants, en ne tenant compte que des stéroïdes anabolisants et de la testostérone. ça correspond annuellement à 14 milliards de doses de stéroïdes et 34 milliards de doses d'EPO et GH, et à 15 millions de consommateurs de stéroïdes, 1 million et demi de testostérone et deux millions d'EPO et GH. Les sportifs, professionnels ou amateurs, constituent la très grande majorité des consommateurs de ces saloperies : de 38 à 40 % des consommateurs se trouvent dans la clientèle des salles de gymnastique (et des professionnels de la sécurité), et de 35 à 37 % chez les athlètes, tous sports confondus ("Le Monde", 17 juin 2008).

La consommation de bière, de saucisses et de chips a été dopée par l'Eurofoot en Suisse : en juin, les ventes de bière ont augmenté de 15 % par rapport à juin 2007, les ventes de saucisses de 11 %, les ventes de chips de 9 %, les ventes de cacahouètes, noix et graines salées de 6 %, celles d'articles de sport de 15 %. En revanche, les ventes de télévisions, d'équipements vidéo et d'appareils de photo ont reculé de 3 à 25 %. Tout le monde ne peut pas faire du fric au même moment.

Depuis deux ans, l'Autriche s'entraînait intensivement pour l'Euro. En août 2006, une jeune femme, Natascha Kampusch, réussissait à s'évader d'une cave où elle avait été séquestrée pendant huit ans et demi près de Vienne. En avril 2008, on découvrait qu'un homme séquestrait depuis des années sa propre fille dans une cave, après l'avoir violée et lui avoir fait sept enfants. En mai 2008, enfin, un homme de 39 ans tuait toute sa famille à coups de hache au prétexte d'éviter à ses proches la honte de sa propre ruine. L'équipe autrichienne de foot (qualifiée d'office pour l'Euro) commençait à faire peur à ses adversaires.
Pourtant, selon un sondage, juste avant le début de la compétition, 34 % des Autrichien-ne-s se disaient "pas du tout intéressés" par l'Eurofoot, et 22 % "peu intéressés". Et en septembre 2007, une pétition avait été lancée sous le titre "l'Autriche sait se tenir" pour que l'Autriche, qualifiée d'office pour l'Euro puisqu'organisatrice (comme la Suisse : pour concourir, on n'a pas besoin de jouer, suffit de payer) se désiste du tournoi en raison de son faible niveau footbalistique, et pour permettre à des équipes plus dignes de participer à l'Eurofoot d'y participer. En un mois, la pétition avait réuni 10'000 signatures.

Un criminel de guerre croate, l'Oustachi Milijov Asner, ancien chef de la police du régime fasciste d'Ante Pavelitch, 95 ans aux fraises et supporter de la Croatie, a été repéré et photographié à la terreasse d'un café de Klagenfurt. Jugé "sénile" par la justice autrichienne, et donc inapte à être jugé, il est présenté par le Centre Simon-Wiesenthal comme un exemple de la protection accordée par l'Autriche à d'anciens criminels de guerre. Un autre exemple d'un passé qui ne veut pas passer, c'est le lieu de la finale de l'eurofoot : un stade viennois au passé nazi. Ben quoi ? Pour les dieux du stade, ça vaut bien Nuremberg, non ?

Selon les chiffres publiés par "Le Temps" (du 31 mai), 146'300 juniors sont inscrits à un club de foot en 2008 en Suisse, dont 19'000 filles. En dix ans, le nombre des juniors inscrits dans un club a augmenté de 20 %, pendant que, dans le même temps, les clubs d'athlétisme perdaient la moitié de leurs juniors.

Après l'Euro2008 de foot, le Mondial2009 de hockey. Et donc, après Flix et Trix, Cooly. Cooly, c'est la mascotte choisie pour le championnat du monde 2009 de Hockey sur glace, qui se tiendra en Suisse. Et Cooly, c'est une vache. Une vache pour un championnat du monde de hockey, ça tombe sous le sens. Mais on ne sait pas trop sous quel sens.

L'Etat, la Fondation pour le tourisme, Genève Tourisme et la commission cantonale du Sport Toto ont claqué 360'000 balles poour faire flotter un gros ballon (de quinze mètres de diamètre) au-dessus du jet d'eau (du moins quand le vent ne souffle pas à plus de 30 km/h). Le machin était retenu par trois cables, deux fixés sur la jetée, un relié à une barge flottante. L'installation des points d'amarrage avait nécessité la pose de 40 tonnes de merdier dans le lac, et la mise à l'eau d'une barge équipée d'un treuil. Et il a fallu mobiliser une quinzaine de spécialistes, le 23 avril, pour mettre en place cette grosse connerie.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Association des ligues de football professionnel ont signé le 14 avril un accord de coopération pour la promotion d'initiatives visant à sensibiliser le public aux questions relatives à la sécurité alimentaire et à la lutte contre la faim. Les deux organisations estiment que le pouvoir du football est un outil efficace au service du développement et pour la promotion de la lutte contre la faim dans le monde ainsi que pour atteindre l'objectif de réduire de moitié d'ici à 2015 le nombre de personnes souffrant de la faim et de la pauvreté. Tout ça est très bien. Mais vu la quantité de saloperies diverses que les supporters de foot vont bâfrer pendant l'Euro, faudrait voir à signer un autre accord de coopération : pour la lutte contre la goinfrerie et l'obésité.

Après les JO de Pekin, se tiendront les JO (d'hiver) de Vancouver, en 2010. Et là encore, y'a des indigènes qui râlent. Pas des Tibétains, évidemment, mais des Amérindiens. Les maudits sauvages râlent contre la constructions de nouvelles infrastructures sur des territoires qui sont supposés être les leurs, et n'ont jamais été cédés au gouvernement fédéral ni à la province : Hôtels, télécabines et parkings devraient fleurir sur les dernières terres de chasse intactes de la nation Salish. Qui n'a jamais été consultée ni par le comité olympique local, ni par le CIO. Font chier les peaux-rouges, ils savent pas qu'ils ont été battus par John Wayne ?

Quant aux JO de Pekin, ils se seront tenus dans une ville nettoyée de ses dissidents : Fin juillet, Amnesty International fait le point sur les "valeurs de la Charte olympique" (qui veut "encourager une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine"), confrontées à la réalité chinoise. Bilan : les condamnations à mort et les exécutions (8000 par an) se poursuivent, les "rééducations par le travail" pour les petits délinquants et déviants divers aussi, la pression et la répression sur les défenseurs des droits humains itou, la censure s'est renforcée contre les journalistes et sur internet, les minorités nationales, en particulier les tibétains et les ouïgours, sont ciblées... dès fin décembre 2007, la police a commencé à arrêter et à mettre en résidence surveillée des dizaines de militants des droits humains, d'intellectuels critiques et d'avocats des uns et des autres. Ce qui n'émeut pas le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, qui ne cesse de répéter qu'il ne faut pas "mélanger le sport et la politique", qu'il ne faut pas "demander au CIO de régler tous les problèmes de la planète" (d'ailleurs, nous, on ne lui demande rien, au CIO), que le CIO est une "organisation sportive" (formée tout de même de comités nationaux contrôlés, de près ou de loin, par des Etats) et qui a déclaré au "Financial Times" qu'il fallait se montrer "patients" avec la Chine, étant donné son histoire. Et aux journaliste du "Temps" qui lui rappellent que la Charte olympique, dans son art. 5, "fait référence aux droits de l'Homme", Rogge répond : "Nous défendons le principe général des droits de l'Homme, sans entrer dans le domaine spécifique du monde de la politique". C'est commode, ça fait des droits de l'Homme une sorte d'ectoplasme métaphysique sans contenu réel, et ça évite d'avoir à se battre pour les faire respecter.

Le 27 juillet, le Secrétaire Général et l'Assemblée générale de l'ONU ont lancé un "appel solennel" à tous les Etats membres pour une "trêve olympique" dès l'ouverture des jeux, le 8 août, afin de "permettre de réfléchir au prix élevé de la guerre, d'ouvrir un dialogue et d'apporter une assistance aux populations qui souffrent d'un conflit".
Résultat : pendant les Jeux, la Géorgie attaque l'Ossétie du Sud, la Russie envahit la Géorgie, la guerre se poursuit en Afghanistan et en Irak...

La Coupe du Monde 2014 aura lieu au Brésil -qui était le seul pays en lice, le 30 octobre 2007, lors de la décision par la FIFA. "Une Coupe du monde au Brésil, c'est comme aller en pélerinage à La Macque, à Saint-Jacques de Compostelle ou à Jerusalem", a déclaré, inspiré par le Très-Haut, le président de l'UEFA, Saint Michel Platini. ça va pas être facile de jouer au foot prosterné ou à genoux. Quant à l'écrivain Paulo Coelho, il a tenté de plaisanter : "l'émotion du foot dure plus longtemps que le sexe. Mais ce n'est pas meilleur". L'humour de Coelho est du même niveau que ses bouquins.
Quant au Brésil, il a promis un "Mondial" social et écologique. On jouera donc, dans un Mondial sans sponsors et sans hymnes nationaux les matches dans des terrains vagues avec des ballons en fibres végétales, dans des matches mettant aux prises des équipes d'amateurs. Non ? Ah bon...

"Le Courrier" casse l'ambiance de la "grande fête du foot" en rappelant (le 13 juin) ce à quoi ont servi, et ce qu'on pu provoquer, les matches de quelques équipes nationales en compétition internationale :
- match entre l'Italie fasciste et l'Espagne républicaine au Mondial de 1934 : plusieurs joueurs espagnols blessés, le match est annulé;
- match entre l'Italie fasciste et la Hongrie fasciste en 1938 au Mondial : les Italiens reçoivent la coupe en uniforme militaire;
- match entre une équipe ukrainienne et une équipe allemande en 1942 à Kiev. Les Ukrainiens gagnent. Toute l'équipe ukrainienne est arrêtée par la Gestapo, tous les joueurs sont torturés et déportés, beaucoup meurent dans les camps.
- match entre le Perou et l'Argentine en 1964 à Lima. L'arbitre annule un but péruvien, les spectateurs protestent, deux d'entre eux déboulent sur le terrain, la police tire des coups de feu en l'air et provoque une panique qui fait 320 morts et 800 blessés.
- matches éliminatoire du Mondial entre le Honduras et le Salvador en 1969 : le Salvador perd le match aller au Honduras, gagne le match retour à domicile après que l'hôtel des joueurs honduriens ait été incendié. Des échauffourées font deux morts. Le Salvador gagne ensuite le match de barrage au Mexique. Une guerre éclate entre le Salvador et le Honduras, elle dure une semaine, fait 2000 morts et des milliers de blessés.

Selon le sexologue Ronald Virag, les hommes préfèrent désormais le foot et la télé au sexe, et le mois de l'Eurofoot s'annoncerait particulièrement déprimant pour les couples (mais assez excitant, en revanche, pour les hommes célibataires en chasse d'épouses de supporters).

11 décembre 2009

APRES L'EURORACKET, LES J.O.RACKET ?

Deux visionnaires, le directeur de l'Hôtel de Rhône, Marco Torriani, et le président de Genève Tourisme, Jean-Pierre Jobin, ont donc eu une idée de génie, reprise (c'est dire si c'est une idée de génie) par Mark Muller et la "Tribune de Genève" : faire organiser les Jeux Olympiques d'hiver 2018 à Genève. C'est vrai que ça manquait à notre station de sports d'hiver. Torriani et Jobin ont donc monté un comité exploratoire, pompé 200'000 francs au Sport Toto, et sont allés quémander des soutiens moraux divers et variés. Ils ont obtenu notamment celui, comme on s'y attendait, de Mark Muller, toujours partant pour soutenir ce genre de foutaises (invariablement qualifiées de projets "ambitieux et enthousiasmant", youpie !). Dans la "Tribune" du 27 juin, le rédac'chef nous pond carrément un édito orgasmique : Non seulement "l'Euro2008 est un succès total que même le fiasco du Bout-du-Monde ne peut entamer" (faudra qu'on nous explique comment un succès contenant un fiasco peut être total...)" et l'image de la baudruche à Jobin sur le jet d'eau a été une image "parfaite", mais "dans la griserie de l'instant" (raaaah lovely) "un seul projet semble désormais capable de satisfaire l'appétit des nouveaux rois de l'événement" et de leurs porte-plumes : les JO 2018, qui ramèneraient "l'Euro aux dimensions d'une belle fête foraine", et permettraient en plus aux fétichistes de la bagnole et aux drogués du béton de nous coller la traversée routière de la rade, la troisième voie autoroutière et un nouvel aéroport. Reste plus que quelques détails à peaufiner : s'assurer "l'appui des autres cantons, de la Confédération et de la France voisine" (Ruetschi a oublié l'Union européenne et l'ONU, mais ça doit être dans l'exaltation du moment), et surtout du peuple (qui devra se prononcer), de "Swiss Olympic" (l'organe faîtier de l'olympisme en Helvétie), qui avait déclaré renoncer à une candidature suisse pour 2018, et des instances olympiques (qui, comme l'UEFA pour l'Euro, ne donneront pas leur appui mais le vendront, très cher) et du "reste du monde", qui évidemment n'a que ça comme préoccupation essentielle. Les promoteurs des JO de Genève veulent encore trouver une personnalié qui soit la "figure de proue" du projet (Mark Muller pense à Stéphane Lambiel, Pirmin Zurbriggen ou Didier Cuche, c'est dire la hauteur des figures de proue...). Et Marc Roger, alors, on l'oublie ?
Quant à nous, on va devoir tirer les leçons de l'Euroracket pour éviter les JOracket, et nous y prendre assez tôt pour faire capoter un projet encore plus imbécile que celui dont on vient de sortir. Parce que "si la candidature (genevoise) se concrétise, les Genevois devront voter en 2009". Mais aussi, si nous les y convions, à chaque demande de crédit, à chaque projet de loi, à chaque déclassement de zone, en 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017...
De toute façon, une candidature genevoise aux JO de 2018 aurait apparemment peu de chances : les Jeux Olympiques étant organisés non par des pays mais par des villes (ce que Manuel Tornare n'a pas manqué de rappeler à Mark Muller), et les règles de Swiss Olympic (qui n'a d'ailleurs même pas été informée de la pseudo-candidature genevoise, et avait même annoncé qu'il n'y aurait pas de candidature suisse pour les jeux de 2018) imposant une ratification des candidatures par vote populaire (communal ou cantonal, voire les deux), les Genevois (de la Ville en tous cas, et du canton en plus, vraisemblablement) devront obligatoirement être consultés, et pas seulement sur le principe : aussi sur un crédit d'investissement, une subvention, une garantie de déficit -bref, le montant officiel du racket. Racket dont Mark Muller assure qu'il n'a "aucune idée".
Et c'est là qu'on va rigoler. Parce que le budget d'une plaisanterie du genre JO d'hiver va avoisiner les deux milliards (c'était le budget des JO de Turin en 2006), soit deux ans de budget total de la Ville. Dans une Ville (et un canton) incapables de payer les 150 millions de son stade vide, c'est peut-être un peu excessif. Autant dire que le gag de Jobin et Torriani risque de faire long feu. D'autant que pour "Swiss Olympic", une candidature suisse pour 2018 n'aurait "pas de sens et quasiment aucune chance", les jeux précédents (2014) se déroulant déjà en Europe (à Sotchi, en Russie, aux portes de l'Abkhazie et de la Géorgie, va y'avoir du sport) et la règle étant celle d'un tournus entre continents (il y a déjà deux candidatures asiatiques et une candidature américaine).. En plus, Swiss Olympic doute de la ferveur populaire invoquée par Mark Muller. Et Manuel Tornare de la pertinence de la comparaison avec l'Eurofoot : organiser des Jeux Olympiques, même d'hiver, c'est autrement plus complexe que d'accueillir trois matches de foot.

Cela dit, faut les comprendre, les taborniaux qui veulent organiser des JO d'hiver à Piogre : comme l'UEFA, le CIO est une gigantesque pompe à fric (depuis le début de l'ère Samaranch, en 1984). Durant l'olympiade 2004-2008, le mouvement olympique aura perçu cinq milliards de revenus. Plus de la moitié (53 %) des revenus du mouvement olympique proviennent des droits de retransmission télé, les sponsors suivent avec 34 %, la billetterie traîne avec 11 %, les produits dérivés dérivent avec 2 %. Le CIO perçoit 8 % de cette manne et reverse le reste aux comités d'organisation des Jeux, ainsi (mais dans une moindre mesure) aux fédérations des sports olympiques et aux comités olympiques nationaux, et quelques miettes au comité international paralympique et à l'Agence mondiale antidopage. Dans un programme de financement "TOP" (T he Olympic Partner") étaient réunies pour les JO de Pékin douze multinationales (Coca-Cola, Visa, Panasonic, Kodak, McDonald's, Samsung, Lenovo) qui ont payé 866 millions de dollars le droit d'utiliser l'emblème olympique. Dans le Comité d'organisation des JO de Pekin (BOCOG), on trouvait 35 entreprises (la plupart chinoises, mais aussi des multinationales comme Adidas ou Volkswagen) qui payaient chacune 28,5 millions (soit un milliard au total), plus des prestations en nature (VW fournit 5000 véhicules, Adidas habille les volontaires), dans l'attente d'un bon retour sur investissement (Adidas attend un retour immédiat de 100 millions, soit trois fois sa mise, et le doublement de ses points de vente en Chine). Pour la première fois, les montants perçus par le sponsoring national (700 millions) ont dépassé ceux du sponsoring international (500 millions). L'addition des deux n'atteindra toutefois pas le total des droits de télévision : 1,7 milliard de dollars). Quant à la billetterie, elle atteint tout juste (selon les prévisions) la centaine de millions. Une paille. Une grosse paille, mais une paille.
Le temps passe : en 1948, lors des premiers jeux télévisés, la BBC avait payé ses droits 800 balles. Et le CIO les lui avaient rendu, parce qu'il avait fait du bénéfice. Il fera évidemment un bénéfice incomparable en 2008, mais ne rendra rien des centaines de millions (1,737 milliard de dollars) qu'il aura encaissé en droits TV. La seule chaîne américaine NBC a payà 894 millions de dollars, ce qui lui donnait le pouvoir d'imposer les horaires des compétitions pour qu'elles passent à de bonnes heures pour ses téléspectateurs, et surtout ses annonceurs. L'Europe suivait à bonne distance, avec 400 millions de droits (pour tous les pays d'Europe réunis, de l'Alantique à l'Oural).

25 novembre 2009

STADES EN VRAC

Il y a beau temps que les stades ne sont plus des enceintes sportives, mais seulement les accessoires (encombrants et coûteux, certes) de centres commerciaux. Plus aucun stade n'est rentable. Et même pour des manifestations comme l'Eurofoot, les gestionnaires de ces pompes à fric, aspirantes mais pas refoulantes, annoncent qu'ils seront heureux de ne pas perdre trop d'argent. Le football n'est pas une activité rentable en elle-même -ce qui est rentable, c'est tout ce qu'on organise autour. Il faut 14'000 spectateurs par match de l'équipe normale pour rentabiliser le stade de Suisse, à peu près autant pour rentabiliser le stade de Genève . Le stade de Suisse, à Berne, qui a coûté 350 millions, contient des boutiques, une écoles, des salles de conférence, une centrale solaire. Et ac cessoirement un terrain de foot. Le stade de Bâle a coûté 220 millions de francs, le stade de Zurich 130 millions, le stade de Genève 240 millions.Les stades suisses accueillant des matches de l'Euro pèsent, ensemble, 930 millions d'investissements pour leur construction. Loués à l'UEFA pour l'Euro, ils ont dû y être adaptés aux frais des collectivités publiques. La facture s'est montée à dix millions à Zurich, à quinze à Genève.

Pour Jelmoli, la construction du stade de la Praille avait été le moyen de faire avaler celle de son centre commercial. Mais le groupe zurichois voulait bien maintenant vendre ce stade, avec tout le parc immobilier du groupe (une centaine d'immeubles en Suisse), pour 3 milliards et demi. Jelmoli pensait même avoir trouvé des acquéreurs : un groupe israélien. Et le 31 juillet, Jelmoli Holding annonçait la vente. Pour, deux mois plus tard, annoncer que la transaction était compromise, les acquéreurs contestant la somme convenue (Jelmoli aurait ainsi demandé 300 millions pour le seul centre de la Praille, qui ne lui en acoûté que 140)...

Le bon vieux club genevois de foot Urania Genève Sport (UGS) est résidant du plus beau stade de la République, celui de Frontenex (qui aurait d'ailleurs bien besoin de recevoir quelques miettes de ce qu'on a accordé à l'étron de la Praille). UGS est aussi locataire, par son cercle, de la Ville de Genève, pour son bistrot sis dans l'ancienne Mairie des Eaux-Vives. Or la Ville de Genève veut récupérer ces locaux pour agrandir l'Office de l'état-civil, effectivement très à l'étroit au rez-de-chaussée de la vieille Mairie. Et la Ville envisage donc de résilier le bail du cercle UGS, dont le président, le brave Alain Morisod, a écrit aux chefs des groupes politiques du Conseil municipal pour leur demander leur soutien, et leur annoncer qu'il envisage au minimum une pétition, voire une initiative pour que le bistrot d'UGS ne subisse pas le sort qui menaçait (l'imparfait est optimiste) l'Alhambar et qui a déjà frappé le Cristallina, le Radar et le Relais de l'Entrecôte -ce qui avait d'ailleurs suscité des protestations de la Ville.
Cela dit, si la Ville cherche des locaux pour son Office de l'Etat Civil, elle peut les trouver à la Praille : y'a là un grand machin généralement inutilisé, ou vide à 90 %, et dont la fonction essentielle reste celle de pompe à fric.
Mais de pompe aspirante, seulement.

A Lausanne, un comité de citoyens a lancé et fait aboutir une initiative populaire communale attaquant le plan "Métamorphose" de la municipalité, pour lequel un crédit d'étude de 6,3 millions a été voté par le Conseil communal. et qui implique (du moins dans une de ses trois variantes) la démolition du vieux stade de la Pontaise et l'aménagement sur le site d'un "écoquartier", le réaménagement du stade d'athlétisme de Vidy, le bétonnage d'une partie de la zone de détente de Vidy et la construction d'un nouveau stade (de 12 à 15'000 places), d'un piscine olympique et d'un boulodrome à la Bourdonnette et d'une salle polyvalente sports-cinéma à la Blécherette. Pour les initiants, les stades d'athlétisme et de football de la Pontaise sont un "élément clé de l'identité du nord de la ville" et doivent y rester (pas forcément à la Pontaise, quoiqu'il serait stupide de démolir le stade, comme à Genève, alors qu'il peut être rénové) mais en tous cas dans le nord de la Ville. Les initiants plaident en outre pour la mixité des affectations : "chaque quartier doit avoir des logements, du travail, des équipements publics...". La droite lausannoise, inquiète, demande que la Municipalité organise elle-même, et spontanément (ou presque) un référendum sur le projet "Métamorphose", histoire d'éviter une victoire des initiants, et surtout de faire voter le bon peuple le plus vite (et le mieux) possible. Les Verts lausannois se sont prononcés contre l'initiative, en l'accusant d'être "contraignante" (ce qui est généralement le cas des initiatives formulées), de ne pas respecter le "fonctionnement de nos institutions" (le droit d'initiattive faisant pourtant partie du "fonctionnement de nos institutions") et de "court-circuiter" la démarche "participative" lancvée par les autorités (quoi de plus "participatif", pourtant, qu'une initiative populaire ?)...

A Bienne, le 9 décembre, 70 % des citoyennes et yens ayant consenti à voter (taux d'abstention : 73 %) ont accepté le projet d'un nouveau stade de foot et celui d'une nouelle patinoire. Le financement de ce complexe sportif est supposé être totalement assuré par un partenariat avec le secteur privé.

En Valais, et en janvier, le séminaire intégriste catholique d'Ecône a déposé un recours auprès du gouvernement contre le changement d'affectation des zones, indispensable à la réalisation du projet de stade et de centre commercial (plus éventuellement un téléphérique et une patinoire) présenté par le patron du FC Sion, le promoteur Christian Constantin, qui contrôle déjà 140'000 m2 de terrain (il en est propriétaire ou dispose d'un droit de préemption) Les écônards invoquent les "nuisances", notamment sonores, qu'ils subiraient si le stade se construisait. Y'a pourtant qu'à faire chanter les supporters en grégorien.

A Zurich, le vieux stade du Hardturm a été occupé pendant trois jours, une semaine après la fin de l'Euroboxon, par des militants de la gauche alternative, qui y ont organisé une "Fan zone alternative" pour protester contre "la domination de l'UEFA sur l'espace public" et la "commercialisation du football". Des milliers de personnes ont participé à la fête organisé dans le stade, inutilisé depuis un an.
Voilà une idée qu'elle est bonne. Et importable à Genève, où on a aussi un stade généralement inutilisé...

Les supporters des équipes suisses de foot dénoncent les tarifs prohibitifs pratiqués dans les stades du pays, surtout pour les supporters des équipes reçues (c'est moins cher pour ceux des équipes domiciliées). La différence entre le prix du billet pour le supporter de l'équipe locale et celui de l'équipe visiteuse va de 30 % à Zurich à 50 % à Berne. Dans le stade tout neuf du Letzigrund, la place la moins chère est à 35 francs : c'est 50 % de plus qu'à Milan ou Munich. A Neuchâtel et à Berne, les visiteurs payent 10 francs de plus que les hôtes; à Bâle, 11 francs de plus...

La France veut se lancer dans un vaste programme de construction de nouveaux stades, dans la perspective de l'Euro 2016 -qu'elle souhaite se voir attribuer. Les pouvoirs publics français ont mis en place une commission "Grands stades 2016", présidée par l'ancien ministre Philippe Séguin. La France veut présenter sa candidature à l'Euro 2016, et doit le faire en 2010, la désignation du pays organisateur se faisant en 2011. Il se pourrait que l'Eurofoot fasse s'affronter 24 équipes (au lieu de 16 actuellement). Mais pour l'Euro 2012 déjà, l'UEFA impose (car c'est l'UEFA qui impose, pas les collectiités publiques qui décident...) au pays organisateur huit sades d'au moins 30'000 places, dont deux d'au moins 50'000 places. Or la France ne possède que cinq stades de plus de 40'000 places. Mais treize stades vont être rénovés ou construits dans les prochaines années, à Grenoble, Lille, Valenciennes, Lens, Le Mans, Le Havre, Nice, Lyon et Strasbourg.
A Lyon, le futur "grand staded" d'une capacité de 62'000 places pourraît être livré fin 2001.
A Strasbourg, un Eurostadium (forcément) est projeté.
A Lille, c'est un stade de 50'000 places, financé par les collectivités publiques de la communauté urbaine (à hauteur d'au moins 490 millions d'euros), qui est projeté. La Communauté urbaine fournirait en plus, gratuitement, le terrain. Deux autres projets de stades planent sur le nord de la France, à Valenciennes et à Lens, ce qui ferait des chtis les heureux habitants de la région à plus forte concentration de stades payés par des fonds publics, avec trois stades d'au moins 30'000 places à 30 kilomètres les uns des autres.

15 novembre 2009

LES AVENTURES DU SERVETTE

Deux investisseurs iraniens, Canadiens et Français d'adoption, Majid Pishyar et son fils Amin, à la tête d'un groupe industriel de Dubaï (32Group) et de plusieurs sociétés, dont la "Swiss Financial Consulting Services" à Genève, et qui étaient entrés dans le comité du Servette au début novembre, projettaient carrément de le racheter (pour huit millions), de le transformer en société anonyme, de créer une structure, du marketing, des finances solides, un management professionnel, un centre de formation... et de le faire remonter en "Super League". Majid Pishyar est "l'homme du futur pour Servette", assurait l'actuel président du club, le brave Francisco Vinas, avant de couper les jambes dudit "homme du futur". Ceux qui cherchent des poux dans la coiffure de Micheline Calmy-Rey parce qu'elle s'est rendue en Iran n'auraient certainement pas manqué de protester contre l'hypothèse d'un achat du Servette par des Iraniens, mais, patatras ! "La Tribune" du 7 juin annonçait que "l'homme du futur" n'était vraisemblablement plus que celui du futur antérieur : le président Vinas a fait annoncer sur le site internet du club que "Messieurs Pishyar voulant s'en tenir à des assurances de nature générale", sans signer les quinze pages de convention proposée par Vinas, "il n'a pas été possible d'obtenir des engagements jugés suffisants". L'Occident chrétien est sauvé. Surtout que les Pishyar se sont déjà illustrés dans la reprise d'un club de foot autrichien, Admira Wacker Modling, de Vienne, huit fois champion d'Autriche, mais mis en liquidation judiciaire après avoir été présidé par Majid Pishyar. Le club a d'ailleurs ensuite purement et simplement disparu. Toute la famille Pishyar siègeait au comité du club (le père, ses fils et son neveu), ce qui n'a pas empêché le club d'être deux fois relégué, la deuxième fois "sur le tapis vert" en raison d'une garantie bancaire non versée par le clan Pishyar. Finalement, le 7 juillet, et par sept voix contre cinq (mais en l'absence des deux Pishyar), le comité de l'association du Servette refusait le plan Pishyar, et donc la passation de pouvir entre Vinas et Pishyar. Du coup, l'entraîneur pressenti du FC Servette, Gérard Castella, qui s'était engagé au côtés des Pishyar, a jeté l'éponge, et Jacques Barlie veut la tête de Vinas.

Le 23 mai, les objets saisis dans le cadre de la faillite du Servette FC ont été bradés par l'Office des faillites, dans une vente aux enchères qui a pu éventuellement (et encore, on n'est pas sûrs) rapporter de quoi payer les frais de la vente aux enchères. Du fond de son trou, Marc Roger s'étonne : les coupes gagnées par Servette, les drapeaux de ses adversaires, les maillots de Pelé, Zidane, Henry ou Ronaldinho offerts au club n'ont pas été mis en vente, et ont disparu.
S'il n'y avait que ça qui ait disparu... En fait, y'a que Roger qu'on ait réussi à garder.