« Genève est paré pour la finale de la Coupe » de Suisse de foot,
«Genève est prêt pour accueillir la finale de la Coupe de Suisse »
titre (deux fois, au cas où on n'aurait pas compris) la «Tribune de
Genève » de samedi (qui oublie au passage que Genève est un nom
propre féminin). Explication : les « débordements » des supporters
lors de la finale de la Coupe, traditionnellement accueillie au
Stade de Suisse à Berne, ont incité la ville de Berne à renoncer à
accueillir cette « grande fête du foot », de la bière et de la
connerie. Et comme Genève dispose d'un stade de 30'000 places dont
elle ne sait pas quoi foutre, le Conseil d'Etat (Maudet en tête) et
le fondation du stade de la Praille (dit « Stade de Genève ») se
précipitent pour poser leur candidature et conclure un «partenariat»
avec l'Association suisse de football pour la répartition des coûts
de sécurité de l'opération. Voilà pour le prétexte. Mais derrière,
il y a aussi, pour ne pas écrire « surtout », l'occasion de demander
du fric aux collectivités publiques. Parce que la fondation du
stade, elle a besoin de fric pour remettre son stade aux normes de
l'ASF. Elle utilise donc le prétexte pour avancer sa sébile : il lui
faut, paraît-il, six millions de francs pour « mettre le stade à
niveau, et notamment améliorer l'accueil des VIP ». Qui ne sauraient
évidemment être accueillis comme de vulgaires spectateurs. Bon, ben
on fait déjà chauffer le référendum ou on attend que ça se décante ?
Le 22 février, à Sao
Paulo, une manifestation d'opposition au Mondial de Football
organisé, à un coût astronomique, par le Brésil, a dégénéré en
violence et en saccage, et en répression brutale. Des dizaines de
manifestants ont été arrêtés, ainsi que cinq journalistes. On
compte des blessés dans les rangs des manifestants comme dans ceux
de la police. Des agences bancaires ont été mises à sac, des
barricades ont été érigées. Le 12 juin, c'est précisément à Sao
Paulo que devrait se tenir le match d'ouverture du Mondial. Les
manifestants dénonçaient, sous le slogan « Le Mondial pour les
riches, la mortadelle pour les pauvres », le gaspillage, par
milliards (de dollars ou d'euros) pour cette manifestation, alors
que les services publics, les infrastructures utiles à la
population et les prestations sociales sont dans un état
lamentable, des écoles aux hôpitaux en passant par les transports.
Des manifestations semblables, et dénonçant également le Mondial
et le gaspillage qui l'accompagne, avaient déjà eu lieu, plus
massives, lors de la Coupe des confédérations de football, en juin
2013. Au total, le Brésil aura investi 11 milliards de dollars
dans l'organisation du Mondial et la construction des stades. Le
vieux mot d'ordre romain « panem et circensens » est toujours
d'actualité : « du pain et des jeux ». Mais encore faudrait-il
qu'il y ait vraiment du pain et pas seulement des jeux de cons. Ah
oui, on allait oublier : le présidente et le gouvernement
brésiliens sont de gauche. Du Parti des Footballeurs -pardon : du
Parti des Travailleurs.
11 avril 2014
06 mars 2014
Jeux Olympiques de Sotchi et de Poutine : Derrière le décor du village Potemkine
Une semaine après que les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi se fussent ouverts, on en avait déjà plus que marre, d'être sommés de
hurler de plaisir après une « victoire suisse » (vive la libre
circulation des champions...) ou de pleurer de désespoir après une
plantée helvétique, de devoir se passionner pour des compétitions
dans des disciplines dont on ne connaissait même pas l'existence,
de saluer des « exploits » dont on se contrefout et de
s'intéresser à la statistique des médailles par pays. On nous
rétorquera que « si on n'aime pas ça, faut pas en dégoûter les
autres » -le problème est que « ça », il est presque impossible
d'y échapper (et d'échapper à Poutine) en ce moment dès qu'on
ouvre un journal, qu'on allume une radio ou une télé ou qu'on
facedebouquise. Il n'est donc pas interdit de rappeler à quoi
ressemble la réalité russe derrière le décor du village Potemkine
olympique...
La défense des droits humains n'est pas une discipline olympique. La chasse au pognon, si.
Les J.O. de Sotchi, les plus chers de l'histoire des JO d'hiver, auront coûté à la Russie 46 milliards de francs (suisses, les francs, pas CFA...). On comprend dès lors mieux l'exercice de génuflexion auquel le patron du CIO, Thomas Bach, s'est livré devant Poutine : « sans votre implication personnelle, tout cela n'aurait pas été possible». On connaît l'« implication personnelle » de Poutine dans les jeux du cirque d'hiver, mais on n'aurait garde d'oublier celle, bien plus rude, des 70'000 personnes taillées et corvées à merci pour qu'ils se tiennent, ces jeux.
« Sport et politique sont inséparables », reconnaissait, dans le Matin Dimanche d'il y a dix jours, l'un de nos gourous, l'ancien Conseiller fédéral Adolf Ogi. On n'aura donc garde non plus d'oublier ce qui, derrière le rideau du village Potemkine olympique (Poutine serait-il flatté d'être la Grande Catherine de cette opération ?) fait la réalité politique de la Russie poutinienne : les lois discriminatoires, la répression violente de manifestations pacifiques, les restrictions à la liberté d'expression et à la liberté d'association, les arrestations arbitraires (même suivies de libérations médiatiques), la corruption, les pratiques des forces de sécurité, culminant dans celle de la torture et des exécutions extra-judiciaires, l'obsession homophobe, le retour des camps de travail et de la chasse aux «parasites », c'est-à-dire les sans-papiers et sans domicile, que l'on propose de conduire de force dans d'anciens kolkhozes transformés en lieux de «redressement» social. Tout cela correspond pleinement à l'idéologie exprimée par l'ancien lieutenant-colonel du KGB devenu adepte du discours identitaire : en septembre dernier, il exposait sa doctrine, un mélange de religion orthodoxe, de tsarisme messianique, de référence à la « civilisation chrétienne », d'autoritarisme, de machisme et d'homophobie, face à une Europe en «perte d'identité due à la perte des valeurs chrétiennes» et au renoncement « à ses racines, à son idéologie traditionnelle, culturelle, religieuse, et même sexuelle »...
La défense des droits humains n'est pas une discipline olympique. Ni d'été, ni d'hiver. Ni à Sotchi, ni ailleurs. En revanche, la course au pognon l'est -mais n'y concourent que le Comité international olympique et ses sponsors : la cérémonie d'ouverture (pharaonique) des JO d'hiver 2014, à Sotchi, n'avait pas encore déroulé ses premiers fastes (staliniens) que le Comité international olympique annonçait la bonne nouvelle -celle qui lui importe bien plus, puisqu'elle pèse d'un poids financier, que les résultats sportifs des JO : Panasonic a signé un contrat d'exclusivité avec le CIO jusqu'en 2014. On ne sait pas combien Panasonic va payer, puisqu'une clause de confidentialité exclut de rendre ce montant public, mais cela doit au moins, selon des sources crédibles, atteindre les 100 millions de dollars, et peut-être les 200 millions. Pour n'être que « partenaire local » (brésilien) aux JO d'été 2016, Nissan aurait dépensé 250 millions de dollars, et cinq contrats passés avec le comité d'organisation brésilien avaient déjà rapporté 570 millions de dollars en 2012. « Le prix pour être partenaire principal (du CIO) doit refléter les conditions du marché », explique le CIO. On ne saurait mieux dire que ce sont ces conditions-là, celles de la compétition entre sponsors, et pas celles des compétitions sportives, qui sont déterminantes.
Cela dit, nous, on aime bien le curling : ça nous rappelle la pétanque. Et du coup, on se demande pourquoi la pétanque et la boule lyonnaise ne sont pas disciplines olympiques. Et Ricard sponsor officiel des Jeux Olympiques (d'été).
La défense des droits humains n'est pas une discipline olympique. La chasse au pognon, si.
Les J.O. de Sotchi, les plus chers de l'histoire des JO d'hiver, auront coûté à la Russie 46 milliards de francs (suisses, les francs, pas CFA...). On comprend dès lors mieux l'exercice de génuflexion auquel le patron du CIO, Thomas Bach, s'est livré devant Poutine : « sans votre implication personnelle, tout cela n'aurait pas été possible». On connaît l'« implication personnelle » de Poutine dans les jeux du cirque d'hiver, mais on n'aurait garde d'oublier celle, bien plus rude, des 70'000 personnes taillées et corvées à merci pour qu'ils se tiennent, ces jeux.
« Sport et politique sont inséparables », reconnaissait, dans le Matin Dimanche d'il y a dix jours, l'un de nos gourous, l'ancien Conseiller fédéral Adolf Ogi. On n'aura donc garde non plus d'oublier ce qui, derrière le rideau du village Potemkine olympique (Poutine serait-il flatté d'être la Grande Catherine de cette opération ?) fait la réalité politique de la Russie poutinienne : les lois discriminatoires, la répression violente de manifestations pacifiques, les restrictions à la liberté d'expression et à la liberté d'association, les arrestations arbitraires (même suivies de libérations médiatiques), la corruption, les pratiques des forces de sécurité, culminant dans celle de la torture et des exécutions extra-judiciaires, l'obsession homophobe, le retour des camps de travail et de la chasse aux «parasites », c'est-à-dire les sans-papiers et sans domicile, que l'on propose de conduire de force dans d'anciens kolkhozes transformés en lieux de «redressement» social. Tout cela correspond pleinement à l'idéologie exprimée par l'ancien lieutenant-colonel du KGB devenu adepte du discours identitaire : en septembre dernier, il exposait sa doctrine, un mélange de religion orthodoxe, de tsarisme messianique, de référence à la « civilisation chrétienne », d'autoritarisme, de machisme et d'homophobie, face à une Europe en «perte d'identité due à la perte des valeurs chrétiennes» et au renoncement « à ses racines, à son idéologie traditionnelle, culturelle, religieuse, et même sexuelle »...
La défense des droits humains n'est pas une discipline olympique. Ni d'été, ni d'hiver. Ni à Sotchi, ni ailleurs. En revanche, la course au pognon l'est -mais n'y concourent que le Comité international olympique et ses sponsors : la cérémonie d'ouverture (pharaonique) des JO d'hiver 2014, à Sotchi, n'avait pas encore déroulé ses premiers fastes (staliniens) que le Comité international olympique annonçait la bonne nouvelle -celle qui lui importe bien plus, puisqu'elle pèse d'un poids financier, que les résultats sportifs des JO : Panasonic a signé un contrat d'exclusivité avec le CIO jusqu'en 2014. On ne sait pas combien Panasonic va payer, puisqu'une clause de confidentialité exclut de rendre ce montant public, mais cela doit au moins, selon des sources crédibles, atteindre les 100 millions de dollars, et peut-être les 200 millions. Pour n'être que « partenaire local » (brésilien) aux JO d'été 2016, Nissan aurait dépensé 250 millions de dollars, et cinq contrats passés avec le comité d'organisation brésilien avaient déjà rapporté 570 millions de dollars en 2012. « Le prix pour être partenaire principal (du CIO) doit refléter les conditions du marché », explique le CIO. On ne saurait mieux dire que ce sont ces conditions-là, celles de la compétition entre sponsors, et pas celles des compétitions sportives, qui sont déterminantes.
Cela dit, nous, on aime bien le curling : ça nous rappelle la pétanque. Et du coup, on se demande pourquoi la pétanque et la boule lyonnaise ne sont pas disciplines olympiques. Et Ricard sponsor officiel des Jeux Olympiques (d'été).
13 janvier 2014
2014, grande cuvée sportive : Décervelage intensif au programme
Coupe du monde de foot, Jeux Olympitres de Sotchi, sans oublier
les récurrences (Tour de France, championnats nationaux, derbies
divers et variés) : l'année 2014 s'annonce comme l'une des
meilleures cuvées du crétinisme sportif. On a déjà, ici, évoqué
les délires financiers et bétonniers et l'exploitation négrière de
travailleurs pour construire les arènes des jeux du cirque. Mais
on ne saurait oublier que toutes ces pathologies supposent une
idéologie et proposent un spectacle, et que pour comprendre
l'impact mondial du décervelage par le sport il est aussi utile de
lire Guy Debord que les comptes de la FIFA ou du CIO...
La plus réussie de toutes les entreprises de crétinisation de masse...
Deux petites informations prises en vrac dans les journaux de ces derniers jours nous serviront d'introduction : D'abord, 37'000 policiers et militaires vont être mobilisés par la Russie poutinienne pour « sécuriser » les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi (sans pour autant annihiler la menace « terroriste »). Ensuite, la coupe du monde de foot, attribuée au Qatar pour de sordides raisons policito-financières, devra être déplacée de l'été à l'hiver, parce qu'il est difficile d'envisager faire jouer des matches par 50 degrés (celsius) à l'ombre dans un désert bétonné de stades à peu près aussi utiles au Qatar que des pistes de courses de chameaux dans l'Oberland bernois....
Le sport s'est mondialisé, et le monde s'est « sportivisé » : les sports, en particulier les sports d'équipe, se sont professionnalisés, codifiés, marchandisés -et en même temps que se développaient les sports les plus rentables économiquement et médiatiquement, les sports traditionnels et locaux, se folklorisaient -ce qui permet d'ailleurs d'en parfaire la fonction identitaire, à l'image des fêtes suisses de lutte ou de gymnastique. Les calendriers sportifs, devenus universels pour les plus importants d'entre eux (les mondiaux de foot, les Jeux Olympiques...) sont de plus en plus resserrés dans le temps (les moments de « pause sportive » ne sont plus exceptionnels, ils sont devenus illusoires si l'on tient compte des calendriers de tous les sports qui comptent), et de plus en plus encombrants pour toutes les autres activités sociales, y compris pour les calendriers politiques et culturels, qu'ils finissent par contraindre à se caler sur eux pour ne pas perdre du public. On échappe de plus en plus difficilement au lavage sportif de cerveau : le sport s'étale dans la presse, à la télévision, sur internet, dans les bistrots, sur les places publiques. Et, glouton, il consomme des ressources financières publiques de plus en plus considérables, pendant que les coupoles internationales du sport professionnel, qui n'assument aucune des charges financières de construction des infrastructures nécessaires à leurs jeux du cirque, s'engraissent en vendant pour des sommes astronomiques le sponsoring et la transmission télévisée de ces jeux. On est dans un spectacle mondial qui prend des allures de pandémie, inéradicable.
Les records, les performances, les résultats sont portés aux nues, et mythifiés, et les « champions » donnés pour exemples comme naguère la vie des saints ou les exploits des dieux -le dopage, la violence, le « tous les moyens sont bons pour gagner », le racisme des supporters ne comptent pas, ou pour beurre allégé. Le commentaire sportif est à l'unisson du vide sidéral de ce qu'il commente, mais imprègne d'autant plus facilement le langage d'autres champs sociaux, à commencer par la politique, que les mots y sont rares, les idées courtes et les phrases simples : la bêtise est plus efficace que l'intelligence, et l'inculture plus compréhensible que la culture -des imbéciles parlant d'imbéciles n'auront jamais aucune peine à se faire comprendre par un public rendu imbécile par cela même dont on lui parle et envieux de ceux dont on lui parle et dont le mode de vie parasitaire et le langage décérébré deviennent référentiels, parce que ceux-là, les champions, sont riches à millions quand ceux qui s'extasient devant eux sont souvent pauvres -mais prêts à trouver indécent le salaire d'un ministre quand le revenu de leur idole sportive en est le centuple...
2014 s'annonce ainsi sous les pires auspices : on va nous farcir les media de grands discours sur les « valeurs éternelles du sport », les « exemples pour la jeunesse », la « grande fraternité des sportifs de toute provenance ». Ces conneries, on les entend certes puis un siècle, mais elles se sont depuis répandues comme une marée noire : c'est poisseux, gluant, ça se colle partout, ça étouffe toute critique -et ça recouvre tout ce que le sport est réellement, aujourd'hui comme lors des Jeux Olympiques de Berlin en 1936, de Moscou en 1980, de Séoul en 1988, de Pékin en 2008, de Sotchi en 2014 : la plus réussie et la plus rentable, politiquement et financièrement, de toutes les entreprises de crétinisation des masses.
La plus réussie, et donc la plus dangereuse.
La plus réussie de toutes les entreprises de crétinisation de masse...
Deux petites informations prises en vrac dans les journaux de ces derniers jours nous serviront d'introduction : D'abord, 37'000 policiers et militaires vont être mobilisés par la Russie poutinienne pour « sécuriser » les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi (sans pour autant annihiler la menace « terroriste »). Ensuite, la coupe du monde de foot, attribuée au Qatar pour de sordides raisons policito-financières, devra être déplacée de l'été à l'hiver, parce qu'il est difficile d'envisager faire jouer des matches par 50 degrés (celsius) à l'ombre dans un désert bétonné de stades à peu près aussi utiles au Qatar que des pistes de courses de chameaux dans l'Oberland bernois....
Le sport s'est mondialisé, et le monde s'est « sportivisé » : les sports, en particulier les sports d'équipe, se sont professionnalisés, codifiés, marchandisés -et en même temps que se développaient les sports les plus rentables économiquement et médiatiquement, les sports traditionnels et locaux, se folklorisaient -ce qui permet d'ailleurs d'en parfaire la fonction identitaire, à l'image des fêtes suisses de lutte ou de gymnastique. Les calendriers sportifs, devenus universels pour les plus importants d'entre eux (les mondiaux de foot, les Jeux Olympiques...) sont de plus en plus resserrés dans le temps (les moments de « pause sportive » ne sont plus exceptionnels, ils sont devenus illusoires si l'on tient compte des calendriers de tous les sports qui comptent), et de plus en plus encombrants pour toutes les autres activités sociales, y compris pour les calendriers politiques et culturels, qu'ils finissent par contraindre à se caler sur eux pour ne pas perdre du public. On échappe de plus en plus difficilement au lavage sportif de cerveau : le sport s'étale dans la presse, à la télévision, sur internet, dans les bistrots, sur les places publiques. Et, glouton, il consomme des ressources financières publiques de plus en plus considérables, pendant que les coupoles internationales du sport professionnel, qui n'assument aucune des charges financières de construction des infrastructures nécessaires à leurs jeux du cirque, s'engraissent en vendant pour des sommes astronomiques le sponsoring et la transmission télévisée de ces jeux. On est dans un spectacle mondial qui prend des allures de pandémie, inéradicable.
Les records, les performances, les résultats sont portés aux nues, et mythifiés, et les « champions » donnés pour exemples comme naguère la vie des saints ou les exploits des dieux -le dopage, la violence, le « tous les moyens sont bons pour gagner », le racisme des supporters ne comptent pas, ou pour beurre allégé. Le commentaire sportif est à l'unisson du vide sidéral de ce qu'il commente, mais imprègne d'autant plus facilement le langage d'autres champs sociaux, à commencer par la politique, que les mots y sont rares, les idées courtes et les phrases simples : la bêtise est plus efficace que l'intelligence, et l'inculture plus compréhensible que la culture -des imbéciles parlant d'imbéciles n'auront jamais aucune peine à se faire comprendre par un public rendu imbécile par cela même dont on lui parle et envieux de ceux dont on lui parle et dont le mode de vie parasitaire et le langage décérébré deviennent référentiels, parce que ceux-là, les champions, sont riches à millions quand ceux qui s'extasient devant eux sont souvent pauvres -mais prêts à trouver indécent le salaire d'un ministre quand le revenu de leur idole sportive en est le centuple...
2014 s'annonce ainsi sous les pires auspices : on va nous farcir les media de grands discours sur les « valeurs éternelles du sport », les « exemples pour la jeunesse », la « grande fraternité des sportifs de toute provenance ». Ces conneries, on les entend certes puis un siècle, mais elles se sont depuis répandues comme une marée noire : c'est poisseux, gluant, ça se colle partout, ça étouffe toute critique -et ça recouvre tout ce que le sport est réellement, aujourd'hui comme lors des Jeux Olympiques de Berlin en 1936, de Moscou en 1980, de Séoul en 1988, de Pékin en 2008, de Sotchi en 2014 : la plus réussie et la plus rentable, politiquement et financièrement, de toutes les entreprises de crétinisation des masses.
La plus réussie, et donc la plus dangereuse.
30 décembre 2013
Stade de la Praille : on débranche ou on s'acharne ? Exit ou les soins intensifs ?
Dans ses dernières heures de Conseiller d'Etat, Charles Beer a
allumé un pétard : le Stade (de la Praille) doit être «rénové ou
rasé» (ou vendu), et si on choisit de le rénover, le canton doit
cracher (une fois de plus) au bassinet. Cela fait onze ans que ce
stade a été inauguré, et onze ans que les collectivités publiques
balancent des millions dans ce trou financier, sans jamais,
évidemment, parvenir à le combler, puisqu'il est impossible qu'un
stade de 30'000 places dans un canton de 500'000 habitants puisse
couvrir ses coûts de fonctionnement, d'entretien, et à plus forte
raison de rénovation. Aujourd'hui, pour cet équipement
surdimensionné, pas terminé et mal entretenu, pour ce grand
malade, inguérissable, on devrait faire appel à qui ? à Exit,
enfin, ou aux soins intensifs, une fois de plus ?
On débranche, ou on s'acharne ?
Du destin des mammouths et du prix de leur fourrage
Selon un audit de l'Académie internationale des sciences et techniques du sport (voui, ça existe...) de Lausanne, se basant sur une étude comandée par la Fondation du Stade de Genève (qui prêche pour sa paroisse) et des propositions émises par le Servette FC (qui prêche pour la sienne, et avait commencé par réclamer carrément 25 millions) et son cabinet d'architecte (qui voit venir un mandat), il faudrait 5,6 millions de francs pour remettre en état (minimum) le stade de la Praille, et 1,1 million par an (pendant combien de temps ? cinquante ans ?) pour l'entretenir. On les croit sur parole. On ne doute pas de leur objectivité. Non, non, non. Et on en vient tout de suite à la question : qui va payer ? Réponse du Conseiller d'Etat (sortant depuis quelques heures) Charles Beer : le canton. Ou alors, le stade, on le démolit. Ou on le vend. On s'en débarrasse d'une façon ou d'une autre, quoi. Et là, on est d'accord. Parce pour le reste...
Prenant connaissance des propositions de Charles Beer (5,6 millions pour des travaux urgents, 1,1 million par an pour l'entretien), nous nous sommes souvenus de ce film américain des années '80, « un jour sans fin », dont le héros ne cesse de revivre la même journée, du réveil au coucher, sans jamais pouvoir rien en changer. Depuis que le stade a été inauguré, ses gestionnaires et leurs relais politiques nous chantent la même chanson : « ce stade existe, il faut l'assumer ». Oui, ce stade existe, mais jamais les Genevois ne l'ont voulu -il existe parce qu'on le leur a imposé. Pourquoi devraient-ils le payer pendant cinquante ans ? La proposition de Charles Beer satisfait le président de la Fondation du stade (qui n'a pas les moyens d'entretenir le stade, ni de le rénover) et le président du FC Servette (qui exploite l'enceinte, sans arriver à payer son loyer). « ça couvre les travaux urgents », explique Hugh Quennec : refaire la pelouse, installer un chauffage antigel, changer les portes d'entrée et les tourniquets, rénover le système d'éclairage, adapter la « zone VIP » et le système d'affichage publicitaires. Pour l'essentiel, des exigences de la Swiss Football League pour que le Servette puisse jouer en Super League (tout ça à prononcer en anglozurichois) à partir de la saison 2014-2015. Mais c'est quoi, cette Swiss Football League qui pose des exigences à satisfaire par des collectivités publiques ? Une instance officielle ? Un tribunal ? Une administration publique ? Rien de tout cela : une association privée. Qui n'a aucun droit, aucune compétence, aucun pouvoir sur un canton ou une commune, sinon ceux que la complaisance de ces collectivités manifestent à l'égard des coupoles du sport professionnel, de ses associations, ligues, fédérations, comités... et sponsors.
Et la Tribune de Genève de brandir comme argument une comparaison absurde entre le coût de la rénovation du stade et ceux, par exemple, de la rénovation du Grand Théâtre ou du Musée d'Art et d'Histoire, ou du Cycle d'Orientation du Renard, comme si un institution qui produit de la culture, de l'éducation ou quelque contenu que ce soit, et qui, dans le cas du Grand Théâtre, emploie 300 personnes pour emplir sa salle à 80 % de ses capacités, en moyenne annuelle et tous spectacles et concerts confondus, pouvait être comparée à un lieu dont 80 % des places restent inoccupées, qui n'emploie personne et ne produit rien lui-même...
Cela fait onze ans que le mammouth de la Praille barrit pour son fourrage, et onze ans que le canton, la Ville de Genève, la Ville de Lancy, se renvoient le ballot pour savoir qui va payer la nourriture du monstre. Sur lequel, notons-le (une fois de plus) au passage le bon peuple des citoyens contribuables n'a jamais pu se prononcer -sauf une fois, et seulement en Ville, lorsqu'il a refusé à trois contre un d'accorder un prêt (à fonds perdus) à la Fondation du Mammouth. Alors on en est désolés pour les amis des paléobestiaux, mais le destin de ce mammouth comme de tous ses congénères est de finir gelé dans le permafrost, pas d'être enfourragé ad vitam aeternam par les collectivités publiques : c'est soixante ans, la durée de vie d'un stade comme celui de la Praille. On en a tiré onze. En reste cinquante. C'est long, un demi-siècle, à passer à pomper dans les caisses cantonale et municipales pour entretenir la fiction de l'utilité de l'animal.
« Qu'on dise clairement, une fois pour routes, qu'on ne veut plus du Stade, et à ce moment-là, vendons-le ou rasons-le », résume Charles Beer, pour qui sa proposition de faire payer le canton n'a précisément comme alternative que la vente ou la démolition du stade. Chiche ? On démolit ? On vend ? Pour une fois qu'on prône une privatisation, la droite ne va tout de même pas nous le reprocher... Après tout, ce stade, c'est surtout elle qui en voulait, quitte à laisser des élus de gauche se débrouiller avec... Il est vrai qu'elle ne propose de privatiser que ce qui est rentable, pas ce qui ne rapporte que des emmerdements.
« Socialiser les pertes, privatiser les bénéfices » ? Et si, pour une fois, on inversait le prédicat ?
On débranche, ou on s'acharne ?
Du destin des mammouths et du prix de leur fourrage
Selon un audit de l'Académie internationale des sciences et techniques du sport (voui, ça existe...) de Lausanne, se basant sur une étude comandée par la Fondation du Stade de Genève (qui prêche pour sa paroisse) et des propositions émises par le Servette FC (qui prêche pour la sienne, et avait commencé par réclamer carrément 25 millions) et son cabinet d'architecte (qui voit venir un mandat), il faudrait 5,6 millions de francs pour remettre en état (minimum) le stade de la Praille, et 1,1 million par an (pendant combien de temps ? cinquante ans ?) pour l'entretenir. On les croit sur parole. On ne doute pas de leur objectivité. Non, non, non. Et on en vient tout de suite à la question : qui va payer ? Réponse du Conseiller d'Etat (sortant depuis quelques heures) Charles Beer : le canton. Ou alors, le stade, on le démolit. Ou on le vend. On s'en débarrasse d'une façon ou d'une autre, quoi. Et là, on est d'accord. Parce pour le reste...
Prenant connaissance des propositions de Charles Beer (5,6 millions pour des travaux urgents, 1,1 million par an pour l'entretien), nous nous sommes souvenus de ce film américain des années '80, « un jour sans fin », dont le héros ne cesse de revivre la même journée, du réveil au coucher, sans jamais pouvoir rien en changer. Depuis que le stade a été inauguré, ses gestionnaires et leurs relais politiques nous chantent la même chanson : « ce stade existe, il faut l'assumer ». Oui, ce stade existe, mais jamais les Genevois ne l'ont voulu -il existe parce qu'on le leur a imposé. Pourquoi devraient-ils le payer pendant cinquante ans ? La proposition de Charles Beer satisfait le président de la Fondation du stade (qui n'a pas les moyens d'entretenir le stade, ni de le rénover) et le président du FC Servette (qui exploite l'enceinte, sans arriver à payer son loyer). « ça couvre les travaux urgents », explique Hugh Quennec : refaire la pelouse, installer un chauffage antigel, changer les portes d'entrée et les tourniquets, rénover le système d'éclairage, adapter la « zone VIP » et le système d'affichage publicitaires. Pour l'essentiel, des exigences de la Swiss Football League pour que le Servette puisse jouer en Super League (tout ça à prononcer en anglozurichois) à partir de la saison 2014-2015. Mais c'est quoi, cette Swiss Football League qui pose des exigences à satisfaire par des collectivités publiques ? Une instance officielle ? Un tribunal ? Une administration publique ? Rien de tout cela : une association privée. Qui n'a aucun droit, aucune compétence, aucun pouvoir sur un canton ou une commune, sinon ceux que la complaisance de ces collectivités manifestent à l'égard des coupoles du sport professionnel, de ses associations, ligues, fédérations, comités... et sponsors.
Et la Tribune de Genève de brandir comme argument une comparaison absurde entre le coût de la rénovation du stade et ceux, par exemple, de la rénovation du Grand Théâtre ou du Musée d'Art et d'Histoire, ou du Cycle d'Orientation du Renard, comme si un institution qui produit de la culture, de l'éducation ou quelque contenu que ce soit, et qui, dans le cas du Grand Théâtre, emploie 300 personnes pour emplir sa salle à 80 % de ses capacités, en moyenne annuelle et tous spectacles et concerts confondus, pouvait être comparée à un lieu dont 80 % des places restent inoccupées, qui n'emploie personne et ne produit rien lui-même...
Cela fait onze ans que le mammouth de la Praille barrit pour son fourrage, et onze ans que le canton, la Ville de Genève, la Ville de Lancy, se renvoient le ballot pour savoir qui va payer la nourriture du monstre. Sur lequel, notons-le (une fois de plus) au passage le bon peuple des citoyens contribuables n'a jamais pu se prononcer -sauf une fois, et seulement en Ville, lorsqu'il a refusé à trois contre un d'accorder un prêt (à fonds perdus) à la Fondation du Mammouth. Alors on en est désolés pour les amis des paléobestiaux, mais le destin de ce mammouth comme de tous ses congénères est de finir gelé dans le permafrost, pas d'être enfourragé ad vitam aeternam par les collectivités publiques : c'est soixante ans, la durée de vie d'un stade comme celui de la Praille. On en a tiré onze. En reste cinquante. C'est long, un demi-siècle, à passer à pomper dans les caisses cantonale et municipales pour entretenir la fiction de l'utilité de l'animal.
« Qu'on dise clairement, une fois pour routes, qu'on ne veut plus du Stade, et à ce moment-là, vendons-le ou rasons-le », résume Charles Beer, pour qui sa proposition de faire payer le canton n'a précisément comme alternative que la vente ou la démolition du stade. Chiche ? On démolit ? On vend ? Pour une fois qu'on prône une privatisation, la droite ne va tout de même pas nous le reprocher... Après tout, ce stade, c'est surtout elle qui en voulait, quitte à laisser des élus de gauche se débrouiller avec... Il est vrai qu'elle ne propose de privatiser que ce qui est rentable, pas ce qui ne rapporte que des emmerdements.
« Socialiser les pertes, privatiser les bénéfices » ? Et si, pour une fois, on inversait le prédicat ?
19 décembre 2013
A propos des grand'messes sportives
Panem, circenses et pecunia
Des stades surdimentionnés construits en des temps records et à des coûts maximaux, des aéroports qui ne seront utiles que le temps des jeux du cirque, les droits des travailleurs et des habitants écrasés sous les pelleteuses et noyés dans le béton, la répression policière, le matraquage propagandiste : c'est la réalité de l'organisation des grand'messes « sportives » qui vont se dérouler ces prochains mois, des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi au Mondial de foot brésilien. Il paraît que la France entière était, ou devrait être (en tout cas a-t-elle été sommée de l'être) après que son équipe de foot ait gagné son ticket pour le festival mondial de balle au pied qui se tiendra au Brésil. Il paraît qu'il devrait en être de même pour la Suisse. Il paraît surtout qu'il serait inconvenant de s'interroger, comme le fait un ouvrage qui vient de sortir*, et comme le fera un débat qui se tiendra autour de cet ouvrage**, sur ce qui « se cache derrière l'organisation des grands événements sportifs», qui y gagne, et qui en fait les frais... Donc, forcément, antisportifs primaires comme on est, puisqu'il ne faut pas s'interroger, on s'interroge...
* « La Coupe est pleine », CETIM, Genève, 2013 (on peut le commander au CETIM www.cetim.ch
Soudain, l'été dernier...
Soudain, l'été dernier, dans toutes les villes du Brésil, des centaines de milliers de personnes (au total, dans toutes les manifs, des millions de personnes) descendaient dans la rue pour clamer leur indignation face à la comparaison des moyens gigantesques consacrés par les pouvoirs publics à l'organisation et aux infrastructures de la Coupe du Monde de foot, avec les moyens dérisoires dont disposent les services publics les plus essentiels, et la situation calamiteuse des écoles, du logement et des structures sanitaires du pays. A Sotchi, où vont se dérouler dans deux mois les Jeux Olympiques d'hover, il est vrai qu'on n'a pas eu connaissance de manifestations comparables -le régime de Poutine ayant il est vrai une conception plus... disons plus restreinte des libertés politiques que le régime du Parti des Tracvailleurs brésilien...
Mais au Brésil comme en Russie, pour le Mondial de foot comme pour les JO d'hiver, on vide les caisses publiques pour complaire aux coupoles du sport-business, le FIFA et le CIO, deux associations dont les décisions, les statuts et les intérêts prennent subitement force de lois et de constitutions nationales.
Au nom du « sport », au Brésil comme en Russie, comme en Chine hier, le rouleau compresseur passe sur les sites des compétitions sportives, et les quartiers populaires des villes-hôtes : destructions d'immeubles, voire de quartiers entiers, expulsions d'habitants, expropriations arbitraires, opérations foncières spéculatives arasent l'habitat pour les jeux du cirque. Quant aux infrastructures, elles sont édifiées par des travailleurs sous payés, soumis à des cadences infernales. Le tout sur fond de corruption galopante. Et finalement, ce sont des zones de non-droit qui sont constituées pendant toute la période des compétitions, où les lois du pays ne s'appliquent pas, mais où règnent les volontés de la FIFA, du CIO et des sponsors. Quant à ce qui se passe une fois les compétitions terminées : les villes se retrouvent avec des équipements totalement surdimensionnés et des dettes colossales.
A Genève d'ailleurs, et toutes proportions gardées, on ne fait guère mieux : combien de dizaines de millions de francs les collectivités publiques genevoises, qui crient famine et à qui la droite veut imposer des régimes minceurs et des réductions de prestations, ont-elles balancés dans le trou financier du Stade de la Praille ? Et combien de dizaines de millions de francs les partisans du resserrement des budgets publics attendent de ces mêmes budgets (y compris de celui de la Ville de Genève, qu'ils attaquent à la hache) pour financer une nouvelle patinoire ?
Les gouvernements des pays-hôtes sont totalement complices de cette situation ravageuse. Mais pas seulement eux : nos gouvernements aussi, d'autant, s'agissant de la Suisse, que les faîtières du sport professionnel, à commencer par le Comité International Olympique, coulent des jours fiscalement et politiquement heureux sur les rivages de nos lacs. Et puis, en deça des gouvernants, il y a les gouvernés : l'entreprise de production de profits délirants à partir des grandes manifestations sportives se double d'une opération, plus réussie encore, de crétinisation de masse -il ne sera besoin, pour le vérifier, que de contempler la régression collective des foules lors du Mondial de foot : du darwinisme à l'envers, le retour au chaînon manquant...
Quant à la vieille antienne du « sport école de fraternité et de respect », de grâce, qu'on cesse de nous la réchauffer à chaques jeux du stade... à la fin du match qualifiant leur pays pour le Mondial, joueurs et supporters croates ont entonné des chants oustachis c'est-à-dire, pour être clair : des chants fascistes.... « Les Dieux du Stade » de Leni Riefenstahl, il est vrai, est un film nazi...
Des stades surdimentionnés construits en des temps records et à des coûts maximaux, des aéroports qui ne seront utiles que le temps des jeux du cirque, les droits des travailleurs et des habitants écrasés sous les pelleteuses et noyés dans le béton, la répression policière, le matraquage propagandiste : c'est la réalité de l'organisation des grand'messes « sportives » qui vont se dérouler ces prochains mois, des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi au Mondial de foot brésilien. Il paraît que la France entière était, ou devrait être (en tout cas a-t-elle été sommée de l'être) après que son équipe de foot ait gagné son ticket pour le festival mondial de balle au pied qui se tiendra au Brésil. Il paraît qu'il devrait en être de même pour la Suisse. Il paraît surtout qu'il serait inconvenant de s'interroger, comme le fait un ouvrage qui vient de sortir*, et comme le fera un débat qui se tiendra autour de cet ouvrage**, sur ce qui « se cache derrière l'organisation des grands événements sportifs», qui y gagne, et qui en fait les frais... Donc, forcément, antisportifs primaires comme on est, puisqu'il ne faut pas s'interroger, on s'interroge...
* « La Coupe est pleine », CETIM, Genève, 2013 (on peut le commander au CETIM www.cetim.ch
Soudain, l'été dernier...
Soudain, l'été dernier, dans toutes les villes du Brésil, des centaines de milliers de personnes (au total, dans toutes les manifs, des millions de personnes) descendaient dans la rue pour clamer leur indignation face à la comparaison des moyens gigantesques consacrés par les pouvoirs publics à l'organisation et aux infrastructures de la Coupe du Monde de foot, avec les moyens dérisoires dont disposent les services publics les plus essentiels, et la situation calamiteuse des écoles, du logement et des structures sanitaires du pays. A Sotchi, où vont se dérouler dans deux mois les Jeux Olympiques d'hover, il est vrai qu'on n'a pas eu connaissance de manifestations comparables -le régime de Poutine ayant il est vrai une conception plus... disons plus restreinte des libertés politiques que le régime du Parti des Tracvailleurs brésilien...
Mais au Brésil comme en Russie, pour le Mondial de foot comme pour les JO d'hiver, on vide les caisses publiques pour complaire aux coupoles du sport-business, le FIFA et le CIO, deux associations dont les décisions, les statuts et les intérêts prennent subitement force de lois et de constitutions nationales.
Au nom du « sport », au Brésil comme en Russie, comme en Chine hier, le rouleau compresseur passe sur les sites des compétitions sportives, et les quartiers populaires des villes-hôtes : destructions d'immeubles, voire de quartiers entiers, expulsions d'habitants, expropriations arbitraires, opérations foncières spéculatives arasent l'habitat pour les jeux du cirque. Quant aux infrastructures, elles sont édifiées par des travailleurs sous payés, soumis à des cadences infernales. Le tout sur fond de corruption galopante. Et finalement, ce sont des zones de non-droit qui sont constituées pendant toute la période des compétitions, où les lois du pays ne s'appliquent pas, mais où règnent les volontés de la FIFA, du CIO et des sponsors. Quant à ce qui se passe une fois les compétitions terminées : les villes se retrouvent avec des équipements totalement surdimensionnés et des dettes colossales.
A Genève d'ailleurs, et toutes proportions gardées, on ne fait guère mieux : combien de dizaines de millions de francs les collectivités publiques genevoises, qui crient famine et à qui la droite veut imposer des régimes minceurs et des réductions de prestations, ont-elles balancés dans le trou financier du Stade de la Praille ? Et combien de dizaines de millions de francs les partisans du resserrement des budgets publics attendent de ces mêmes budgets (y compris de celui de la Ville de Genève, qu'ils attaquent à la hache) pour financer une nouvelle patinoire ?
Les gouvernements des pays-hôtes sont totalement complices de cette situation ravageuse. Mais pas seulement eux : nos gouvernements aussi, d'autant, s'agissant de la Suisse, que les faîtières du sport professionnel, à commencer par le Comité International Olympique, coulent des jours fiscalement et politiquement heureux sur les rivages de nos lacs. Et puis, en deça des gouvernants, il y a les gouvernés : l'entreprise de production de profits délirants à partir des grandes manifestations sportives se double d'une opération, plus réussie encore, de crétinisation de masse -il ne sera besoin, pour le vérifier, que de contempler la régression collective des foules lors du Mondial de foot : du darwinisme à l'envers, le retour au chaînon manquant...
Quant à la vieille antienne du « sport école de fraternité et de respect », de grâce, qu'on cesse de nous la réchauffer à chaques jeux du stade... à la fin du match qualifiant leur pays pour le Mondial, joueurs et supporters croates ont entonné des chants oustachis c'est-à-dire, pour être clair : des chants fascistes.... « Les Dieux du Stade » de Leni Riefenstahl, il est vrai, est un film nazi...
27 octobre 2013
Fonds de tiroir
Ouverte en 1958, la
patinoire genevoise des Vernets est à bout de souffle. Depuis six
ans, les collectivités publiques (la Ville de Genève,
essentiellement) ont consacré plus de vingt millions à la
maintenir à peu près en état (son dernier lifting a coûté 7,5
millions), mais elle ne remplit plus les exigences catégoriques de
la Ligue Nationale de hockey, qui exige (de quel droit, au juste)
que ces exigences soient respectés d'ici à la saison 2015-2016 :
l'éclairage et l'affichage doivent être remplacés, la salle des
media déplacée, les bancs de pénalités et les vestiaires
agrandis... il faudrait mettre 15 à 20 millions pour satisfaire
ces exigences. Ou 30 millions pour construire une nouvelle
patinoire. Qui va les mettre, ces millions ? Le club résident, le
Servette Hockey Club, ne veut évidemment pas payer. Et s'adresse
aux collectivités publiques. Sur lesquelles attendent les «
partenaires privés ». Le canton, lui renvoie tout financement à
2018, la Ville de Lancy n'a pas les moyens de payer, la Ville de
Genève a déjà payé (et le projet de nouvelle patinoire n'est pas
implanté en Ville...). Voila. Les mendiants du sport font la
manche pendant que les collectivités publiques rabotent tous leurs
budgets, et on se dit qu'on est assez bien partis pour être
témoinf d'un «feuilleton patinoire» ressemblant comme deux
cristaux de glace au feuilleton du Stade de Genève...
On se sert un grand verre de Champagne pour saluer le refus par les Zurichois (de la Ville), même à une courte majorité, du projet de nouveau stade de foot de 19'000 places, pour 216 millions, à l'emplacement du défunt stade du Hardturm. Y'a des votes, comme ça, qui vous consolent de la victoire des saucisses à Lüscher... et vous inspirent pour le sort à réserver à l'étron de la Praille.
Bonne question du « Temps » de samedi : «Combien de morts sont-ils acceptables pour assurer le plein succès d'une Coupe du monde de football ? »... à Qatar, où doit avoir lieu en 2022 la Coupe du Monde de football, on fait travailler dur les ouvriers, par des températures jusqu'à 50°, sur les chantiers des infrastructures nécessaires à la fête à neuneu. On les fait même travailler si dur, les ouvriers (immigrants, les ouvriers : pas fous, les qataris ne font pas ce genre de boulots...), qu'il en meure un à deux par jour. Rien qu'en juillet, 32 ouvriers népalais sont morts, 119 depuis le début de l'année -les Népalais forment l'un des gros contingents des travailleurs immigrants exploités (salaires de misères, conditions d'hygiène scandaleuses, absence de droits syndicaux et même de droit du travail...) pour le Mondial de foot). Avec 80 Indiens, morts aussi depuis le début de l'année, plus de 200 ouvriers d'autres pays. A raison d'un à deux ouvriers morts par jour jusqu'en 2022, on en sera à 4000 le jour du premier match. La coupole du foot-pognon international, la FIFA, s'inquiète. Pas de la santé ou de la vie des ouvriers qui construisent les stades, mais du confort des joueurs et du public. Elle envisage donc de déplacer la coupe en hiver mais la fédération anglaise de foot s'y oppose, elle a son championnat à vendre pendant cette période et elle en attend 3,5 milliards pour la saison; opposition également du Comité international olympique, qui ne veut pas de concurrence avec les Jeux d'hiver qui lui rapportent deux milliards; opposition aussi de la chaîne télé américaine Fox Sports, qui ne veut pas d'une concurrence entre le foot à la mondiale et le foot américain. Pour les travaux, qui vont continuer toute l'année pendant encore huit ans, elle dit rien, la FIFA. Les ouvriers vont donc continuer à bosser en plein été qatari. Et à tomber comme des mouches. Le foot ressemble de plus en plus à l'armée : on savait déjà qu'il rendait con et que le fric qui y circule puait. On sait désormais qu'il tue aussi...
On se sert un grand verre de Champagne pour saluer le refus par les Zurichois (de la Ville), même à une courte majorité, du projet de nouveau stade de foot de 19'000 places, pour 216 millions, à l'emplacement du défunt stade du Hardturm. Y'a des votes, comme ça, qui vous consolent de la victoire des saucisses à Lüscher... et vous inspirent pour le sort à réserver à l'étron de la Praille.
Bonne question du « Temps » de samedi : «Combien de morts sont-ils acceptables pour assurer le plein succès d'une Coupe du monde de football ? »... à Qatar, où doit avoir lieu en 2022 la Coupe du Monde de football, on fait travailler dur les ouvriers, par des températures jusqu'à 50°, sur les chantiers des infrastructures nécessaires à la fête à neuneu. On les fait même travailler si dur, les ouvriers (immigrants, les ouvriers : pas fous, les qataris ne font pas ce genre de boulots...), qu'il en meure un à deux par jour. Rien qu'en juillet, 32 ouvriers népalais sont morts, 119 depuis le début de l'année -les Népalais forment l'un des gros contingents des travailleurs immigrants exploités (salaires de misères, conditions d'hygiène scandaleuses, absence de droits syndicaux et même de droit du travail...) pour le Mondial de foot). Avec 80 Indiens, morts aussi depuis le début de l'année, plus de 200 ouvriers d'autres pays. A raison d'un à deux ouvriers morts par jour jusqu'en 2022, on en sera à 4000 le jour du premier match. La coupole du foot-pognon international, la FIFA, s'inquiète. Pas de la santé ou de la vie des ouvriers qui construisent les stades, mais du confort des joueurs et du public. Elle envisage donc de déplacer la coupe en hiver mais la fédération anglaise de foot s'y oppose, elle a son championnat à vendre pendant cette période et elle en attend 3,5 milliards pour la saison; opposition également du Comité international olympique, qui ne veut pas de concurrence avec les Jeux d'hiver qui lui rapportent deux milliards; opposition aussi de la chaîne télé américaine Fox Sports, qui ne veut pas d'une concurrence entre le foot à la mondiale et le foot américain. Pour les travaux, qui vont continuer toute l'année pendant encore huit ans, elle dit rien, la FIFA. Les ouvriers vont donc continuer à bosser en plein été qatari. Et à tomber comme des mouches. Le foot ressemble de plus en plus à l'armée : on savait déjà qu'il rendait con et que le fric qui y circule puait. On sait désormais qu'il tue aussi...
23 septembre 2013
Fonds de tiroir
Le 22 septembre, les
Zurichois et choises (celles et ceux de la Ville, c'est un vote
municipal) se prononceront, pour la troisième fois en dix ans, et
la deuxième fois s'agissant du stade du Hardturm, sur la
construction d'un stade de football. Le projet soumis au vote est
en fait celui, remanié pour être rendu acceptable, qui avait été
refusé. Ia donc été repris, expurgé de ses éléments annexes
(commerces, hôtels) pour n'être plus qu'un projet de stade de
foot. Avec tout de même des logements au-dessus du stade, ce qui a
justifié le soutien que le PS a apporté au projet -alors que le
PLR le combat. Faut aimer, habiter au-dessus d'un stade... Le
Hardturm était un stade privé, dont le Grasshoper club était
résident (alors que l'équipe rivale, le FC Zurich, était résidente
d'un stade public, le Letzigrund). Les deux stades montrant des
signes de vieillesse, les « décideurs » ont donc décidé de les
remplacer. Chose faite pour le Letzigrund, à faire pour le
Hardturm. Le 22 septembre, 1er jour du calendrier républicain, la
ville votera donc sur un crédit de 220 millions, pour un stade de
19'000 places, plus, histoire sans doute d'appâter le client, un
crédit de 103 millions pour 160 appartements à loyer modéré. Le
Conseil municipal a accepté les deux crédits, un référendum a été
lancé, soutenu par les verts libéraux et l'ancien maire socialiste
Elmar Lederberger, qui considèrent que la construction d'un
deuxième stade après celle du Letzigrund encore neuf, ne se
justifie guère, et qu'on ne voit pas pourquoi ce sont les caisses
publiques qui devraient être mises à contribution alors que les
clubs, les deux clubs d'« élite » de Zurich, le FC et le GC,
seraien co-résidents du stade en ne participant pas d'un fifrelin
à l'opération. Ils ont de la chance, les Zurichois, de pouvoir
voter sur le projet d'un nouveau stade, alors qu'à Genève, tout a
été fait (et tout sera encore fait) pour qu'ils ne puissent pas en
faire autant...
03 juillet 2013
Fonds de tiroir
Dimanche prochain, on vote en Suisse sur des enjeux politiques
importants (le droit d'asile, l'élection populaire du
gouvernement)... et à Zurich, sur le moyen de contenir les
débordements des supporters sportifs et hooligans, les premiers
refusant évidemment d'être assimilés aux seconds. L'objet soumis au
vote est l'adhésion de Zurich à un concordat intercantonal sur le
hooliganisme, adopté par les directrices et directeurs cantonaux de
Justice et Police, mais refusé à Bâle, et auquel le canton de Zurich
devrait lui aussi adhérer. Ce concordat prévoit l'interdiction de
l'alcool dans les stades et autour lors des matches « à risque » (ce
qui ne devrait plus concerner Servette...), la vérification des
identités, la possibilités de fouilles corporelles etc... Les
référendaires considèrent par exemple que l'interdiction de l'alcool
« punirait une masse pacifiste » sans garantie de résultat. Parce
que la « masse pacifiste » en question ne conçoit pas d'assister à
un match sans bibine ? A l'exception des Verts et de la gauche
alternative, tous les partis zurichois prônent l'acceptation du
concordat, auquel les deux clubs « phares » de Grasshoper et de
Zurich se gardent bien de s'opposer (Grasshoper le soutient même),
malgré la grogne de leurs supporters. Voila, c'était une petite
bouffée d'air frais (quoique légèrement alcoolisé) dans le débat
politique -et rien de tel que les supporters sportifs pour nous la
fournir...
06 avril 2013
Quand le trou de la Praille engloutit le Servette : Le stade maudit...
Que faire d'un stade que la Fondation qui le gère qualifie elle-même d'enceinte « le plus souvent vide et tristement silencieuse » ? S'agissant du Stade de la Praille, c'est la question qui se pose (et que nous posons) depuis sa construction (à laquelle, rappelons-le au passage, nous étions tout de même quelques uns à nous opposer). Une réponse a été suggérée par une équipe française, Evian-Thonon-Gaillard (ETG), qui joue (encore) en division d'élite, qui n'a, elle, pas de stade digne de ce nom, et qui depuis la proclamation de l'existence de la « Grande Genève », se sent, logiquement, chez elle à Genève. Ce qui nous fait une équipe sans stade et un stade sans public, qui auraient bien voulu convoler afin de remplir le stade vide par les supporters de l'équipe sans stade. L'équipe française a donc demandé à la coupole du foot européen (l'UEFA) et à son président, Michel Platini, d'être autorisée à jouer à la Praille. Ce que l'UEFA avait déjà refusé en 2010. Et qu'elle a donc nouveau refusé.
Le Servette FC n'est pas seulement menacé de relégation en ligue B (voui, on sait, ça s'appelle plus comme ça, mais on s'en fout) : il est aussi perclu de dettes, dont celle représentée par le « loyer » en retard que réclame la Fondation du Stade de Genève -à quoi s'ajoute le « défaut d'entretien » de cette infrastructure mégalomaniaque, dont le coût d'entretien contribue à plomber les finances de l'équipe résidente, qui n'en ont vraiment pas besoin. En clair : le Stade de Genève est un gouffre financier, qui menace d'engloutir le SFC (en plus de la centaine de millions de francs de fonds publics qu'il a déja consumée), au bénéfice tout relatif d'un contrat d'exploitation du stade, contrat dont on se demande qui il désigne comme exploitant et qui y est exploité.
La question qui se pose toujours à propos de ce stade, et à laquelle personne n'a jamais été foutu de répondre, est : plutôt que construire un équipement lourd et coûteux sans savoir si on en a l'utilité, pour se demander une fois qu'il est construit à quoi on va bien pouvoir l'utiliser, comment le remplir et à qui le fourguer, est-ce qu'il n'aurait pas été plus intelligent de se demander avant de le construire si on en avait besoin ? Faute d'avoir été capable de répondre à cette question, la Grande, la moyenne et la petite Genève s'en posent maintenant une autre: comment se débarrasser de ce machin ? Questions auxquelles on en ajoutera une nouvelle : la fonction de la « Grande Genève » est-elle de trouver une utilité aux machins dont la petite Genève ne sait pas quoi faire ? Le regretté Mark Muller avait un jour affirmé que « personne (ou presque) ne souhaite enterrer le stade ». L'enterrer, non, par respect pour la nappe phréatique. Mais le vendre pour un franc ou un euro symboliques, le découper, le cramer, le laisser pourrir sur pieds, oui. Après tout, sa durée de vie est estimée à cinquante ans, on en a déjà tiré dix (puisque le stade a été inauguré en 2003), il ne nous en reste donc que quarante à tirer, compte non tenu d'une possible libération conditionnelle (tremblement de terre, tsunami, carbonation du béton...)
Il se trouve que la Ville a réussi à se désengager partiellement de ce foutoir, un peu contrainte par un référendum que nous fûmes quelques uns à lancer contre un prêt que le Conseil administratif et le Conseil municipal voulaient accorder à la Fondation du Stade, et que les électrices et électeurs de la Ville ont refusé à une majorité de trois contre un, d'accorder. La Ville reste représentée au Conseil de la Fondation, mais on n'attend fort heureusement d'elle pas plus de soutien que cela au monument d'inutilité présomptueuse qui trône à la Praille. La Ville de Genève ne se retrouve donc pas, ou plus, dans la situation de celle de Lancy, qui sait que les prêts qu'elle a consenti à la Fondation ne seront jamais remboursés. Est-ce vraiment le moment pour nous (à supposer qu'il y ait un moment pour cela), fût-ce avec les meilleures intentions du monde, et en tenant le discours critique que tiennent les attendus d'une résolution présentée par «Ensemble à gauche», de remettre, les pieds, les mains ou la tête pensante dans l'engrenage d'un soutien à la Fondation du Stade en soutenant et en demandant à la Ville de Genève de soutenir la proposition française de faire du stade de Genève celui de Evian-Thonon-Gaillard ? La Fondation du stade est évidemment d'accord que les Chablaisiens utilise le stade, mais elle serait d'accord avec n'importe quelle proposition d'utilisation qui pourrait donner au moins l'illusion que cet équipement ait une utilité qui justifie les plus de 100 millions qu'il a coûté aux collectivités publiques.
Le président du Servette FC, Hugh Quennec, a de son côté, après avoir rejeté la responsabilité du merdier sur ses prédécesseurs (qui en avaient fait autant de leurs prédécesseurs, soit dans l'ordre chronologique : Christian Lüscher, Marc Roger, Madjid Pyshiar), annoncé un rapport sur l'état des lieux... et une demande de mise à contribution des caisses publiques. Une de plus. Le président du club se plaint qu'on lui ait fourgué un stade « ni fini, ni entretenu » qu'il se retrouve seul à devoir payer et pour lequel il faut disposer de deux millions de francs par an (sans compter les vingt millions qu'il faudrait pèour le rendre « viable »). Mais qui l'a obligé à le reprendre ? Il l'a voulu, il l'a, pour 32 ans (c'est la durée du contrat d'exploitation qui lie le club et la fondation du stade), qu'il se démerde avec. Non mais. Parce qu'on le voit venir, avec ses gros sabots et sa grosse sébile, auprès du canton (ou des villes), quémander une subvention, un prêt, une aumône... ou quelques dizaines de millions pour construire un nouveau bâtiment adjacent...
Alors quand le MCG opposé à l'utilisation d'un stade genevois par des Français, les accuse de vouloir faire « main basse sur le stade », on ne peut s'empêcher de se dire : « si au moins c'était leur intention, on pourrait s'en débarrasser en le leur fourguant »... après tout, on a bien essayé de le fourguer à un Iranien... Laissons donc, faute de pouvoir nous en débarrasser, végéter la cuvette de la Praille : telle qu'elle est, «le plus souvent vide et silencieuse», elle est un témoin de nos propres âneries, un monument absurde, mais indispensable à l'édification du bon peuple.
Stade de la Praille : une offre française refusée...et des perspectives en eau de boudin...
Que faire d'un stade que la Fondation qui le gère qualifie elle-même
d'enceinte « le plus souvent vide et tristement silencieuse » ?
S'agissant du Stade de la Praille, c'est la question qui se pose (et
que nous posons) depuis sa construction (à laquelle, rappelons-le au
passage, nous étions quelques uns à nous opposer). Une réponse a été
suggérée par des élus français de la région genevoise et une équipe
française, Evian-Thonon-Gaillard (ETG), qui joue (encore) en
division d'élite, qui n'a pas de stade digne de ce nom et qui depuis
la proclamation de l'existence de la « Grande Genève » se sent,
logiquement, chez elle à Genève, a demandé à la coupole du foot
européen (l'UEFA) et à son président, Michel Platini, d'être
autorisée à jouer à la Praille. Ce que l'UEFA avait déjà refusé en
2010. Et qu'elle a donc nouveau refusé. On a donc une équipe sans
stade et un stade sans public, qui voudraient convoler afin de
remplir le stade vide par les supporters de l'équipe sans stade. Une
jolie histoire de vases communiquants et de baignoires qui se vident
et se remplissent.
Mais de vases communicants vaseux et de baignoires d'eau de boudin.
Le stade de la Praille, ou « comment s'en débarrasser ? »
Si navrante qu'elle soit, et celle du Stade de Genève l'est à souhait, une saga doit avoir une fin. Heureuse ou non, mais une fin. Or s'agissant de celle-là, la question qui se pose toujours, et à laquelle personne n'a jamais été foutu de répondre, est : « plutôt que construire un équipement lourd et coûteux sans savoir si on en a l'utilité, et se demander une fois qu'il est construit à quoi on va bien pouvoir l'utiliser et comment le remplir, et à qui le fourguer, est-ce qu'il n'aurait pas été plus intelligent de se demander avant de le construire si on en avait besoin ? », ce qui nous aurait évité de nous demander maintenant comment on va pouvoir s'en débarrasser. Questions auxquelles on ajoutera celle-ci : « la fonction de la «Grande Genève», et de l'une ou l'autre de ses communes, de l'un ou l'autre de ses parlements, ou de son gouvernement, est-elle de trouver une utilité aux machins dont la petite Genève ne sait pas quoi faire ? ». Le regretté Mark Muller avait un jour affirmé que « personne (ou presque) ne souhaite enterrer le stade ». L'enterrer, non, par respect pour la nappe phréatique. Mais le vendre, le découper, le cramer, le laisser pourrir sur pieds, oui. Après tout, sa durée de vie de ce machin est estimée à cinquante ans, on en a déjà tiré dix (le stade a été inauguré en 2003), il nous en reste quarante à tirer, compte non tenu d'une possible libération conditionnelle.
Il se trouve que, quelque peu contrainte par un référendum que nous fûmes quelques uns à lancer contre un prêt que la Ville voulait accorder à la Fondation du Stade, et que les électrices et électeurs de la Ville ont refusé à une majorité de trois contre un d'accorder, la Ville de Genève a réussi à se désengager partiellement de ce foutoir. Elle reste représentée au Conseil de la Fondation, mais on n'attend fort heureusement d'elle pas plus de soutien que cela à ce monument d'inutilité présomptueuse. La Ville de Genève ne se retrouve donc pas, ou plus, dans la situation de celle de Lancy, qui sait que les prêts qu'elle a consenti à la Fondation ne seront jamais remboursés. Est-ce vraiment le moment pour nous (à supposer qu'il y ait un moment pour cela) de remettre, fût-ce avec les meilleures intentions du monde, et en tenant un discours critique) de remettre, les pieds, les mains ou la tête pensante dans l'engrenage d'un soutien à la Fondation du Stade ? Cette fondation est évidemment d'accord que les Chablaisiens utilisent le stade, parce qu'en fait, elle serait d'accord avec n'importe quelle proposition d'utilisation qui pourrait donner au moins l'illusion que cet équipement ait une utilité qui justifie les, à la louche, 100 millions qu'il a coûté jusqu'à présent aux collectivités publiques. « Jusqu'à présent », parce que ce n'est vraisemblablement pas fini : La Fondation du Stade de Genève, propriétaire du trou du même nom, a mis en demeure le Servette FC, désormais exploitant du même trou, de lui payer 212'000 francs, soit des impayés de 2012 et la redevance annuelle de 2013. Et le club est emmerdé: l'hiver n'amène pas de recettes, le public se fait rare et l'organisation du match Brésil-Italie, match amical et exhibitionniste sans aucun enjeu mais sur lequel le club compte pour remplir le stade, coûte un saladier (rien que pour refaire la pelouse, c'est 260'000 balles). Alors le président du club se plaint qu'on lui ait fourgué un stade « ni fini, ni entretenu », qu'il se retrouve seul à devoir payer, ce pourquoi il faudrait disposer de deux millions de francs par an (sans compter les vingt millions qu'il faudrait pour le rendre « viable »). Mais qui l'a obligé à le reprendre, ce stade ? Il l'a voulu, il l'a, pour 32 ans (c'est la durée du contrat d'exploitation qui lie le club et la fondation du stade), qu'il se démerde avec. Non mais... Parce qu'on le voit venir, avec ses gros sabots et sa grosse sébile, auprès du canton (ou des villes), quémander une subvention, un prêt, une aumône...
Mais quand le MCG opposé à l'utilisation d'un stade genevois par des Français, les accuse de vouloir faire « main basse sur le stade », on ne peut s'empêcher de se dire : « Bon sang ! si au moins c'était leur intention, aux Français, de faire main basse sur le stade ! on pourrait s'en débarrasser en le leur fourguant » ... après tout, on a bien essayé de le fourguer à un Iranien, après un Marseillais...
Mais de vases communicants vaseux et de baignoires d'eau de boudin.
Le stade de la Praille, ou « comment s'en débarrasser ? »
Si navrante qu'elle soit, et celle du Stade de Genève l'est à souhait, une saga doit avoir une fin. Heureuse ou non, mais une fin. Or s'agissant de celle-là, la question qui se pose toujours, et à laquelle personne n'a jamais été foutu de répondre, est : « plutôt que construire un équipement lourd et coûteux sans savoir si on en a l'utilité, et se demander une fois qu'il est construit à quoi on va bien pouvoir l'utiliser et comment le remplir, et à qui le fourguer, est-ce qu'il n'aurait pas été plus intelligent de se demander avant de le construire si on en avait besoin ? », ce qui nous aurait évité de nous demander maintenant comment on va pouvoir s'en débarrasser. Questions auxquelles on ajoutera celle-ci : « la fonction de la «Grande Genève», et de l'une ou l'autre de ses communes, de l'un ou l'autre de ses parlements, ou de son gouvernement, est-elle de trouver une utilité aux machins dont la petite Genève ne sait pas quoi faire ? ». Le regretté Mark Muller avait un jour affirmé que « personne (ou presque) ne souhaite enterrer le stade ». L'enterrer, non, par respect pour la nappe phréatique. Mais le vendre, le découper, le cramer, le laisser pourrir sur pieds, oui. Après tout, sa durée de vie de ce machin est estimée à cinquante ans, on en a déjà tiré dix (le stade a été inauguré en 2003), il nous en reste quarante à tirer, compte non tenu d'une possible libération conditionnelle.
Il se trouve que, quelque peu contrainte par un référendum que nous fûmes quelques uns à lancer contre un prêt que la Ville voulait accorder à la Fondation du Stade, et que les électrices et électeurs de la Ville ont refusé à une majorité de trois contre un d'accorder, la Ville de Genève a réussi à se désengager partiellement de ce foutoir. Elle reste représentée au Conseil de la Fondation, mais on n'attend fort heureusement d'elle pas plus de soutien que cela à ce monument d'inutilité présomptueuse. La Ville de Genève ne se retrouve donc pas, ou plus, dans la situation de celle de Lancy, qui sait que les prêts qu'elle a consenti à la Fondation ne seront jamais remboursés. Est-ce vraiment le moment pour nous (à supposer qu'il y ait un moment pour cela) de remettre, fût-ce avec les meilleures intentions du monde, et en tenant un discours critique) de remettre, les pieds, les mains ou la tête pensante dans l'engrenage d'un soutien à la Fondation du Stade ? Cette fondation est évidemment d'accord que les Chablaisiens utilisent le stade, parce qu'en fait, elle serait d'accord avec n'importe quelle proposition d'utilisation qui pourrait donner au moins l'illusion que cet équipement ait une utilité qui justifie les, à la louche, 100 millions qu'il a coûté jusqu'à présent aux collectivités publiques. « Jusqu'à présent », parce que ce n'est vraisemblablement pas fini : La Fondation du Stade de Genève, propriétaire du trou du même nom, a mis en demeure le Servette FC, désormais exploitant du même trou, de lui payer 212'000 francs, soit des impayés de 2012 et la redevance annuelle de 2013. Et le club est emmerdé: l'hiver n'amène pas de recettes, le public se fait rare et l'organisation du match Brésil-Italie, match amical et exhibitionniste sans aucun enjeu mais sur lequel le club compte pour remplir le stade, coûte un saladier (rien que pour refaire la pelouse, c'est 260'000 balles). Alors le président du club se plaint qu'on lui ait fourgué un stade « ni fini, ni entretenu », qu'il se retrouve seul à devoir payer, ce pourquoi il faudrait disposer de deux millions de francs par an (sans compter les vingt millions qu'il faudrait pour le rendre « viable »). Mais qui l'a obligé à le reprendre, ce stade ? Il l'a voulu, il l'a, pour 32 ans (c'est la durée du contrat d'exploitation qui lie le club et la fondation du stade), qu'il se démerde avec. Non mais... Parce qu'on le voit venir, avec ses gros sabots et sa grosse sébile, auprès du canton (ou des villes), quémander une subvention, un prêt, une aumône...
Mais quand le MCG opposé à l'utilisation d'un stade genevois par des Français, les accuse de vouloir faire « main basse sur le stade », on ne peut s'empêcher de se dire : « Bon sang ! si au moins c'était leur intention, aux Français, de faire main basse sur le stade ! on pourrait s'en débarrasser en le leur fourguant » ... après tout, on a bien essayé de le fourguer à un Iranien, après un Marseillais...
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