Ramené manu policiari de Madrid à Genève le 11 octobre dans un avion médicalisé (le transfert a dû coûter dans les 100'000 balles, d'autant que la France avait refusé le transit de Roro par son territoire), inculpé de gestion fautive, banqueroute frauduleuse, escroquerie, abus de confiance, l'ancien patron du FC Servette, Marc Roger s'est vu refuser ensuite à moult reprises sa mise en liberté provisoire, le 19 octobre, le 14 décembre, le 5 février, le 12 février, le 4 avril, le 20 mai, le 4 juin, le 28 juillet. A chaque fois le même argument pour le même refus : le risque de fuite, chat échaudé craignant l'eau froide, et de collusion (faut dire que du naufrage du Servette, Roro est le seul responsable éventuel à être en tôle). Le dossier ayant été transmis au Ministère public, la Chambre d'accusation a estimé que le risque de fuite était aggravé, et le Tribunal fédéral a confirmé. Pourtant, Roro a tout osé : il a non seulement promis, juré, qu'il ne s'enfuirait pas, mais même assuré qu'il voulait rester à Genève... pour reprendre le Servette, grâce au règlement de créances impayées pour 30 millions de francs.
Le procès de Roro devrait s'ouvrir le 1er septembre, devant la Cour correctionnelle avec jury. Pluie annoncée de témoins (pas moins de 95) plus ou moins crédibles et plus ou moins utiles à la manifestation de la vérité : Pelé, Bernard Tapie, Alain Morisod, Guy Roux (increvable entraîneur de l'AJ Auxerre), Thierry Henry, Patrick Vieira, Claude Makelele (joueurs français), Roman Abramovic (milliardaire russe, président du FC Chelsea), Sepp Blatter (président de la fédération du foot-pognon)... D'ici là, et pendant tout le procès, le bouc émissaire doit rester dans son enclos, estiment les parties civiles. Les avocats de Roger étaient évidemment d'un autre avis, estimant qu'une détention préventive de deux ans est disproportionnée par rapport à la peine encourue, et proposaient sa mise en liberté conditionnelle contre une caution de 40'000 francs, que le parquet estimait insuffisante -sans pour autant s'opposer à la remise du bouc émissaire en stabulation libre, mais moyennant une caution plus élevée. Roro affirme être totalement fauché, mais la justice genevoise a enquêté sur un compte qu'il avait ouvert en 2001 au Luxembourg, et dont la rumeur suggérait qu'il était encore crédité d'un petit million, alors que lui affirmait qu'il était à sec depuis 2003. C'est presque le cas : le compte a été en grande partie vidé avant l'arrivée de Roro au Servette en 2004. Il avait été alimenté en 2001 et 2002 par des commissions versées pour le transfert du joueur Clude Makelele en Espagne.
Dans la même procédure que Roro sont impliqués son ancienne avocate, Marguerite Fauconnet, le patron d'une fiduciaire zurichoise et l'ancien administrateur du Servette FC, Olivier Maus, qui s'est opposé à ce que sa déclaration fiscale soit versée au dossier, a demandé des compléments d'expertise financière (qui lui ont été refusée) et accuse de la faillite du SFC son ancienne équipe dirigeante, dont son ancien président, l'actuel Conseiller national libéral Christian Lüscher, ainsi que les deux anciens administrateurs Olivier Carrard et Alain Rolland (de Jelmoli) que Maus accuse d'avoir tout fait pour repousser une faillite inéluctable, et d'avoir enjolivé la situation du SFC pour pouvoir le fourguer, moribond, à Roger. Même les accusateurs de Marc Roger sont d'accord que "le club a été artificiellement sauvé" en 2004, et que "tout le monde a été dupé", comme le reconnaît le procureur Zanni, pour qui il est "risible de dire qu'on ne savait pas" que le club avait besoin de 15 millions "pour sortir la tête de l'eau"... "J'ai acheté le club en croyant qu'il avait un passif de 4,5 millions de francs. En réalité, il était de 14,5 millions. Les dirigeants du Servette FC qui m'ont vendu le club ont dilapidé l'héritage légué par Canal Plus", a déclaré (en octobre dernier) Marc Roger, qui a promis qu'il allait "prochainement" publier sur internet les preuves comptables qu'il s'est fait avoir par les dirigeants du Servette à l'époque où il l'a acheté. On attend. Avec impatience.
En attendant, Roro est seul à payer les pots cassés. Et ça fait 20 mois qu'il est au gnouf.Au passage, son avocat, Alain Marti, a été inculpé de faux dans les titres, pour avoir produit un document selon lequel un notaire genevois disposerait de l'argent pour "sauver Servette" de la faillite. Et même largement : selon ce "document", près de six milliards de francs seraient en mains du notaire, ce pactole provenant d'une invention géniale d'un Libanais, Joseph Ferraye, qui aurait découvert le moyen d'éteindre les puits de pétrole incendiés en Irak. L'avocat de Roger se trouvait donc à l'automne 2007 inculpé pour avoir produit le document supposé prouver que le notaire détenait cette fortune. L'avocat admet avoir produit le document, mais plaide la bonne foi. Celle du charbonnier, sans doute.
Pour compléter le palmarès de Roro, on l'accuse non seulement d'avoir à lui tout seul coulé le Servette, mais aussi d'avoir payé des hommes de main pour menacer un débiteur récalcitrant, et tenter de lui extorquer 150'000 balles. Dans cette affaire, Marc Roger n'est cependant entendu qu'à titre de témoin, puisque ce sont les hommes de main qui sont passés devant le tribunal en novembre.
Roro n'est d'ailleurs pas seulement accusé devant la justice genevoise, il est aussi de temps à autre accusateur. Le 16 janvier, il est sorti de sa geôle pour accuser devant le Tribunal de police un ancien journaliste du "Temps", contre qui il a porté plainte pour diffamation et qu'il accuse d'avoir par un article paru en décembre 2004 fait capoter le sauvetage du Servette par de mystérieux investisseurs russes, qui étaient (selon Roro) prêts à y balancer trois millions de francs, mais y auraient renoncé après avoir lu dans l'article que Roro était recherché par la police espagnole pour avoir falsifié une lettre de change et avoir été compromis dans la faillite du club de foot FC Lorca.
Pour couronner le tout, le père de Roro s'est lui aussi retrouvé au gnouf, à la mi-novembre, et pour un peu moins de deux ans, pour abus de biens sociaux, faux et usage de faux: il avait utilisé les fonds de deux sociétés, à raison de 2,7 millions d'euros, pour nourrir le club de foot dont il était président, l'Olympique d'Alès (l'argent a servi à payer des loyers, des déménagements et des cadeaux aux joueurs et à leurs proches).
Enfin, Roro a écrit (ou plutôt fait écrire par le journaliste Michel Biet) ses mémoires. Il avait commencé à le faire juste avant son arrestation, en février, mais n'a pas trouvé d'éditeur, parce qu'il demandait une avance excessive sur ses droits d'auteurs. L'agence de presse DATAS a obtenu une copie des Mémoires de Roro, et "Le Courrier" nous en a fait un chti résumé (dans son édition du 25 juin). Roro décrit les réseaux de copinage, les magouilles et les habitudes du "footbusiness", mais n'apporte pas de révélations particulières : il nous décrit un milieu pourri, qu'on savait déjà pourri avant qu'il nous le décrive. Il se présente lui-même comme la victime d'un système mafieux, qu'on sait pertinemment être mafieux. Il regrette d'avoir mis quinze ans pour comprendre qu'il se trouvait dans un "milieu sans foi ni loi", ou "tout est permis pour la vente ou l'achat d'un joueur", et où règnent "les arrangements, les dessous de table, les retro-commissions, les menaces, les parties de poker menteur, les arnaques", avec comme acteurs des joueurs "âpres au gain", des dirigeants, des agents, des "intermédiaires véreux" et des entraîneurs, "prêts à tout, pour toujours plus d'argent", le tout sur fond de retro-commissions, de fraude fiscale, d'évasion fiscale, de transactions en liquide ou par chèques sur des comptes dans des paradis fiscaux... le sport professionnel, quoi, dans toute sa beauté.
Fin mai, la mise aux enchères des reliefs du Servette de Marc Roger (les affaires saisies lors de la faillite de la SA) ont pris des allures de bradage. la machine à imprimer les maillots, qui vaut 10'000 balles, est partie pour 500 balles, la veste de Roro et une vingtaine de survêtements sont partis pour 90 balles, les maillots estampillés du nom des joueurs ont plafonné à quelques dizaines de thunes.
31 octobre 2009
10 octobre 2009
LE DESERT DE LA PRAILLE
Le président de la Fondation du stade, Benoît Génecand, a eu un gros coup de fatigue, et a démissionné. Pas de la fondation du stade, mais de la direction du projet "Praille-Acacias-Vernets" (PAV), où il avait été nommé par le Conseiller d'Etat Mark Muller. Explication de Genecand, sur le fait qu'il reste à la tête de la fondation du stade mais quitte celle du projet PAV : la présidence du Stade "n'a rien de comparable en termes de charges". Sauf de charges sur les caisses publiques, mais ça, c'est pas un problème pour Muller.
Le président du Servette FC, Francisco Vinas, estime que pour couvrir les seuls frais de l'utilisation (location du stade, sécurité, éclairage) du terrain vague de la Praille par le club, il faudrait que les matches attirent 1500 spectateurs payants. Ils n'en attirent souvent pas la moitié, et n'atteignent que très rarement cette fréquentation minimale nécessaire pour que le club ne perde pas de l'argent en utilisant le stade. Quant au stade lui-même, il lui faudrait en gros 14'000 spectateurs par match de l'équipe locale pour être rentable. Or il n'atteint pas le dixième de cette jauge :
Le 28 octobre 2007, Servette reçoit Lugano à la Praille : 2010 spectateurs. Le stade est vide à 93 %
Le 11 novembre, Servette reçoit La Chaux de Fonds à la Praille : 1210 spectateurs. Le stade est vide à 96 %
Le 2 décembre, Servette reçoit Gossau à la Praille : 759 spectateurs. Le stade est vide à 97 %
Le 24 février 2008, Servette reçoit Concordia à la Praille : 1782 spectateurs. Le stade est vide à 94 %
Le 19 mars, Servette reçoit Vaduz à la Praille : 839 spectateurs. Le stade est vide à 97 %.
Le 5 avril, Servette reçoit Schaffhouse à la Praille : 1117 spectateurs. Le stade est vide à 96 %
Le 16 avril, Servette reçoit Locarno à la Praille : 1063 spectateurs. Le stade est vide à 96 %
Le 21 avril, un match de gala avec de nombreuses vedettes du foot (Karembeu, Lizarazu, Zidane, Cantona...) attire 19088 spectateurs à la Praille. Même alors, le stade est au tiers vide.
Le 28 avril, Servette reçoit Lausanne à la Praille : 2011 spectateurs. Le stade est vide à 93 %.
Le 7 juin, le Portugal et la Turquie se rencontre dans le cadre de l'Eurofoot : 29'106 spectateurs. Le stade est enfin presque plein (à 97 %). Il le restera pour les deux autres matches de l'Euro joués à Genève.
Le 26 juillet, Servette reçoit Lugano à la Praille : 1531 spec tateurs. Le stade est vide à 95 %.
Le président de la Fondation du stade, Benoît Génecand, a eu un gros coup de fatigue, et a démissionné. Pas de la fondation du stade, mais de la direction du projet "Praille-Acacias-Vernets" (PAV), où il avait été nommé par le Conseiller d'Etat Mark Muller. Explication de Genecand, sur le fait qu'il reste à la tête de la fondation du stade mais quitte celle du projet PAV : la présidence du Stade "n'a rien de comparable en termes de charges". Sauf de charges sur les caisses publiques, mais ça, c'est pas un problème pour Muller.
Le président du Servette FC, Francisco Vinas, estime que pour couvrir les seuls frais de l'utilisation (location du stade, sécurité, éclairage) du terrain vague de la Praille par le club, il faudrait que les matches attirent 1500 spectateurs payants. Ils n'en attirent souvent pas la moitié, et n'atteignent que très rarement cette fréquentation minimale nécessaire pour que le club ne perde pas de l'argent en utilisant le stade. Quant au stade lui-même, il lui faudrait en gros 14'000 spectateurs par match de l'équipe locale pour être rentable. Or il n'atteint pas le dixième de cette jauge :
Le 28 octobre 2007, Servette reçoit Lugano à la Praille : 2010 spectateurs. Le stade est vide à 93 %
Le 11 novembre, Servette reçoit La Chaux de Fonds à la Praille : 1210 spectateurs. Le stade est vide à 96 %
Le 2 décembre, Servette reçoit Gossau à la Praille : 759 spectateurs. Le stade est vide à 97 %
Le 24 février 2008, Servette reçoit Concordia à la Praille : 1782 spectateurs. Le stade est vide à 94 %
Le 19 mars, Servette reçoit Vaduz à la Praille : 839 spectateurs. Le stade est vide à 97 %.
Le 5 avril, Servette reçoit Schaffhouse à la Praille : 1117 spectateurs. Le stade est vide à 96 %
Le 16 avril, Servette reçoit Locarno à la Praille : 1063 spectateurs. Le stade est vide à 96 %
Le 21 avril, un match de gala avec de nombreuses vedettes du foot (Karembeu, Lizarazu, Zidane, Cantona...) attire 19088 spectateurs à la Praille. Même alors, le stade est au tiers vide.
Le 28 avril, Servette reçoit Lausanne à la Praille : 2011 spectateurs. Le stade est vide à 93 %.
Le 7 juin, le Portugal et la Turquie se rencontre dans le cadre de l'Eurofoot : 29'106 spectateurs. Le stade est enfin presque plein (à 97 %). Il le restera pour les deux autres matches de l'Euro joués à Genève.
Le 26 juillet, Servette reçoit Lugano à la Praille : 1531 spec tateurs. Le stade est vide à 95 %.
02 octobre 2009
Acharnement thérapeutique
Une subvention pour la Fondation du Stade de la Praille ?
Cet automne, vraisemblablement entre l'élection du Grand Conseil et celle du Conseil d'Etat, le Grand Conseil (l'actuel, sans doute) se prononcera sur une nouvelle proposition de ponction des caisses publiques pour alimenter celles de la fondation privée du stade de Genève. Deux propositions sont en concurrence : celle de la majorité de droite (sans l'UDC, qui s'oppose à tout financement public de la fondation), qui accorde 700'000 francs à la fondation pour lui éviter la faillite, et celle des socialistes et des verts, qui limitent l'aumône à 500'000 francs (pour tenter d'éviter un référendum). Par rapport aux neuf millions sur quatre ans que l'inénarrable Mark Muller demandait initialement, on est certes devenu, enfin, un peu raisonnable dans ce dossier foireux, mais on s'obstine toujours à pratiquer à l'égard d'une fondation privée au bord de la faillite un acharnement thérapeutique absurde, auquel on ne saurait répondre, charitablement, qu'en faisant appel à Exit ou Dignitas. La fondation est au bord de la faillite ? Faisons-lui faire un grand pas en avant...
Les millions de la casserole
Après le racket, le chapardage ; après le pompage de dizaine de millions, le goutte-à-goutte de centaine de milliers de francs… on est apparemment devenus modestes, ou prudents, mais la méthode reste la même : utiliser les caisses publiques pour remplir celles de la fondation du stade. D'autant qu'à la subvention proposée s'ajoutent quelques autres cadeaux publics : le report du remboursement des dettes de la fondation à l'égard de la Ville de Lancy, et le règlement par l'Etat à la place de la fondation de la rente de superficie de 325'000 francs due aux CFF. Ce qui fait qu'au bout du compte, si la proposition de la majorité de la commission des finances du Grand Conseil était acceptée, le cadeau à la fondation dépasserait le million. C'est-à-dire la limite au-delà de laquelle le Comité de citoyennes et citoyens contre tout financement public du stade lancera un référendum. Et ce ne sont pas les " conditions " qu'on fait mine de poser à la fondation pour lui accorder une subvention qui nous dissuaderont de le lancer : la fondation est hors d'état de respecter ces conditions (un nouveau contrat de prestations, un business plan, un " certain dynamisme commercial " et la découverte miraculeuse d'autres " solutions d'assainissement à long terme ", tous engagements qui ne valent pas mieux que ceux pris par la fondation depuis bientôt une décennie, et qu'elle n'a jamais été capable de tenir). Un référendum permettrait certainement (si la subvention est de 700'00 francs) ou peut-être (si elle est de 500'000 francs) aux citoyennes et aux citoyens du canton, et pour la première fois (ceux de la Ville se sont déjà prononcés, et clairement), de dire ce qu'ils pensent de ce morne feuilleton. Et probablement d'en dire qu'il convient d'y mettre fin, et que la seule " solution d'assainissement à long terme " de la Fondation du du stade de la Praille est son abandon pure et simple, total et définitif par les collectivités publiques. On ne va tout de même pas traîner cette casserole pendant encore quarante ans...
Cet automne, vraisemblablement entre l'élection du Grand Conseil et celle du Conseil d'Etat, le Grand Conseil (l'actuel, sans doute) se prononcera sur une nouvelle proposition de ponction des caisses publiques pour alimenter celles de la fondation privée du stade de Genève. Deux propositions sont en concurrence : celle de la majorité de droite (sans l'UDC, qui s'oppose à tout financement public de la fondation), qui accorde 700'000 francs à la fondation pour lui éviter la faillite, et celle des socialistes et des verts, qui limitent l'aumône à 500'000 francs (pour tenter d'éviter un référendum). Par rapport aux neuf millions sur quatre ans que l'inénarrable Mark Muller demandait initialement, on est certes devenu, enfin, un peu raisonnable dans ce dossier foireux, mais on s'obstine toujours à pratiquer à l'égard d'une fondation privée au bord de la faillite un acharnement thérapeutique absurde, auquel on ne saurait répondre, charitablement, qu'en faisant appel à Exit ou Dignitas. La fondation est au bord de la faillite ? Faisons-lui faire un grand pas en avant...
Les millions de la casserole
Après le racket, le chapardage ; après le pompage de dizaine de millions, le goutte-à-goutte de centaine de milliers de francs… on est apparemment devenus modestes, ou prudents, mais la méthode reste la même : utiliser les caisses publiques pour remplir celles de la fondation du stade. D'autant qu'à la subvention proposée s'ajoutent quelques autres cadeaux publics : le report du remboursement des dettes de la fondation à l'égard de la Ville de Lancy, et le règlement par l'Etat à la place de la fondation de la rente de superficie de 325'000 francs due aux CFF. Ce qui fait qu'au bout du compte, si la proposition de la majorité de la commission des finances du Grand Conseil était acceptée, le cadeau à la fondation dépasserait le million. C'est-à-dire la limite au-delà de laquelle le Comité de citoyennes et citoyens contre tout financement public du stade lancera un référendum. Et ce ne sont pas les " conditions " qu'on fait mine de poser à la fondation pour lui accorder une subvention qui nous dissuaderont de le lancer : la fondation est hors d'état de respecter ces conditions (un nouveau contrat de prestations, un business plan, un " certain dynamisme commercial " et la découverte miraculeuse d'autres " solutions d'assainissement à long terme ", tous engagements qui ne valent pas mieux que ceux pris par la fondation depuis bientôt une décennie, et qu'elle n'a jamais été capable de tenir). Un référendum permettrait certainement (si la subvention est de 700'00 francs) ou peut-être (si elle est de 500'000 francs) aux citoyennes et aux citoyens du canton, et pour la première fois (ceux de la Ville se sont déjà prononcés, et clairement), de dire ce qu'ils pensent de ce morne feuilleton. Et probablement d'en dire qu'il convient d'y mettre fin, et que la seule " solution d'assainissement à long terme " de la Fondation du du stade de la Praille est son abandon pure et simple, total et définitif par les collectivités publiques. On ne va tout de même pas traîner cette casserole pendant encore quarante ans...
18 septembre 2009
Fonds de tiroirs
La " Tribune de Genève " nous l'annonçait le 24 juillet : les premiers coups de pioche du Parc Hentsch, qui s'étendra là où s'étendait le stade des Charmilles, sont prévus en 2010... si tout va bien... et si tout va bien, on peut aussi attendre pour 2010 les premiers coups de pioche pour nous débarrasser du stade de la Praille ?
" Il faut détruire le stade de Genève ", clame, héroïque, le promoteur de spectacles Michael Drieberg, dans " Le Matin " du 2 octobre...
... eh, oh, copieur, on était prim's !
Et Drieberg de proposer un vote populaire pour la reconstruction d'un stade plus petit aux Charmilles, avec remplacement du stade de la Praille par des logements et un parc.
Chiche ? On lance une initiative ?
EUROCULTURE
Un livre de poche intitulé "90 minutes" et contenant 90 contributions (en allemand, français et italien) d'écrivains narrant leur relation à la baballe a été distribué, gratuitement et à 20'000 exemplaires, à l'entrée des stades où se jouaient les rencontres accueillies par la Suisse dans le cadre de l'Euro2008. Sachant que ces rencontres ont attiré 350'000 personnes (Soit 17 fois plus que le tirage du bouquin), on se dit que les auteurs de cette intéressante initiative ne sont pas très optimistes quant au goût des supporters de foot pour la lecture. Et que si les textes publiés (1300 signes au maximum) avaient été édités sous forme d'étiquettes collées sur des bouteilles de bière, ils auraient eu plus de succès.
Surtout qu'on aurait pu balancer les bouteilles sur les joueurs et l'arbitre si on n'était pas content du résultat du match, ou de l'arbitrage.
SELECTION NATURELLE
Selon une étude menée durant la Coupe du Monde 2006 en Allemagne, le nombre d'urgences cardiaques a été multiplié par trois pendant les matches, et les jours où l'Allemagne jouait, les cas d'intervention médicale pour raisons d'origine cardiaque étaient multipliés par au moins 2,5 par rapport à un jour normal, voire trois lors des quart et demi finales, Les cardiologues du CHUV, à Lausanne, avaient déjà constaté une augmentation de 60 % des morts subites lors du Mondial 2002. Stress, colère, abus d'alcool ou de tabac décuplent les risques chez les fans. D'où ce titre de "20 Minutes" (du 11 mars) : "L'Eurofoot tuera les coeurs faibles".
Pour les cerveaux faibles, on n'avait même pas attendu le début des compétitions.
Les centres de transfusion sanguine étaient inquiets : on risquait de manquer de dons de sang pendant l'Eurofoot, comme en Allemagne lors du Mondial 2006. Les besoins devaient augmenter du fait de l'arrivée des spectateurs étrangers, mais les donneurs n'étaient pas plus nombreux (ils risquaient même de l'être moins), et un projet de collaboration avec l'UEFA avait échoué, du fait de l'UEFA, qui avait refusé d'offrir des billets pour les matches aux donneurs. C'est pas que l'UEFA soit contre le don du sang, non, c'est simplement qu'elle est contre le don de billets. En fait, les dons, elle y est favorable, l'UEFA. Mais seulement quand elle en bénéficie.
" Il faut détruire le stade de Genève ", clame, héroïque, le promoteur de spectacles Michael Drieberg, dans " Le Matin " du 2 octobre...
... eh, oh, copieur, on était prim's !
Et Drieberg de proposer un vote populaire pour la reconstruction d'un stade plus petit aux Charmilles, avec remplacement du stade de la Praille par des logements et un parc.
Chiche ? On lance une initiative ?
EUROCULTURE
Un livre de poche intitulé "90 minutes" et contenant 90 contributions (en allemand, français et italien) d'écrivains narrant leur relation à la baballe a été distribué, gratuitement et à 20'000 exemplaires, à l'entrée des stades où se jouaient les rencontres accueillies par la Suisse dans le cadre de l'Euro2008. Sachant que ces rencontres ont attiré 350'000 personnes (Soit 17 fois plus que le tirage du bouquin), on se dit que les auteurs de cette intéressante initiative ne sont pas très optimistes quant au goût des supporters de foot pour la lecture. Et que si les textes publiés (1300 signes au maximum) avaient été édités sous forme d'étiquettes collées sur des bouteilles de bière, ils auraient eu plus de succès.
Surtout qu'on aurait pu balancer les bouteilles sur les joueurs et l'arbitre si on n'était pas content du résultat du match, ou de l'arbitrage.
SELECTION NATURELLE
Selon une étude menée durant la Coupe du Monde 2006 en Allemagne, le nombre d'urgences cardiaques a été multiplié par trois pendant les matches, et les jours où l'Allemagne jouait, les cas d'intervention médicale pour raisons d'origine cardiaque étaient multipliés par au moins 2,5 par rapport à un jour normal, voire trois lors des quart et demi finales, Les cardiologues du CHUV, à Lausanne, avaient déjà constaté une augmentation de 60 % des morts subites lors du Mondial 2002. Stress, colère, abus d'alcool ou de tabac décuplent les risques chez les fans. D'où ce titre de "20 Minutes" (du 11 mars) : "L'Eurofoot tuera les coeurs faibles".
Pour les cerveaux faibles, on n'avait même pas attendu le début des compétitions.
Les centres de transfusion sanguine étaient inquiets : on risquait de manquer de dons de sang pendant l'Eurofoot, comme en Allemagne lors du Mondial 2006. Les besoins devaient augmenter du fait de l'arrivée des spectateurs étrangers, mais les donneurs n'étaient pas plus nombreux (ils risquaient même de l'être moins), et un projet de collaboration avec l'UEFA avait échoué, du fait de l'UEFA, qui avait refusé d'offrir des billets pour les matches aux donneurs. C'est pas que l'UEFA soit contre le don du sang, non, c'est simplement qu'elle est contre le don de billets. En fait, les dons, elle y est favorable, l'UEFA. Mais seulement quand elle en bénéficie.
07 septembre 2009
EURODOPE
Le 12 mars, entraîneurs et dirigeants des fédérations de foot des seize pays participant à l'Eurofoot ont signé une charte contre le dopage, prévoyant des tests sanguins en plus des tests d'urine déja pratiqués. Avant que tout test ait été effectué, les patrons du foot européen avaient clamé qu'il n'y a pas, et qu'il n'y aura pas, de dopage dans "leur" sport... c'est dire si ces tests allaient être efficaces. Platini : "il n'y a pas à mon sens de dopage organisé" dans le foot; Kühn : "il est beaucoup plus difficile de se doper" dans le foot que dans d'autres sports, et "en équipe de Suisse, personne n'est dopé". Sur quoi, 300 contrôles antidopages ont été réalisés pendant l'Eurofoot. Tous négatifs, comme prévu, et comme annoncé. Il faudrait donc croire qu'aucun footballeur professionnel ne consomme des "drogues de performance". En fait, la seule chose qu'on doit croire c'est qu'aucun ne s'est fait prendre la dope dans le sang ou la pisse. Parce qu'on peut parfaitement se doper sans être pris : en consommant des substances interdites non décelables, des substances décelables mais non interdites, ou des substances décelables et en principe interdites sauf quand elles sont prescrites dans le cadre d'un traitement médical. Bref, on peut se doper aux hormones de croissance, aux transfusions autologues, à l'ACTH, à l'EPO biosimilaire, à l'insuline, à l'IGF-1, au Néoton, à l'Actovégin, aux hormomnes thyroïdiennes, à l'HMB... sans que cela apparaisse dans les contrôles ultérieurs. Les contrôles sanguins ne permettent pas la mise en évidence de la consommation de substances non hormonales, le dopage par hormone de croissance peut se faire quasiment en toute impunité (il faut être con pour se faire repérer), puisque trois heures après l'administration du produit, le contrôle sanguin ne le révèle plus. Bref, la seule vertu des contrôles effectués dans le foot, largement inférieurs en efficacité à ceux effectués par exemple sur le Tour de France, est une vertu de blanchiment : ça décerne un label de propreté à tous ceux qui ont été contrôlés, y compris ceux qui se sont dopés mais ne se sont pas fait repérer, ou à ceux qui se dopent habituellement mais se sont arrangés pour se faire contrôler à un moment où ils ne se se sont pas dopés.
Personne ne croit d'ailleurs sérieusement que le football professionnel soit préservé du dopage. Sinon, pourquoi la FIFA aurait-elle attendu d'être menacée de se retrouver devant le tribunal arbitral du sport pour mettre son réglement antidopage en conformité avec le code de l'Agence mondiale antidopage ? "Au sein de la FIFA, il y a des intérêts qui ne veulent aucun changement et d'autres qui sont plus progressistes", résumait en novembre le président sortant de l'agence mondiale antidopage, Richard Pound, qui expliquait que les intérêts économiques en jeu expliquent les libertés prises avec les codes : "les gens engagés dans les équipes ne veulent pas prendre le risque de perdre leurs stars pour une 'broutille' comme le dopage" ("Le Temps" du 14 novembre). Faut être con comme Maradona pour se faire piquer, quoi...
Dans le genre faux derche, le président du CIO, Jacques Rogge, a fait fort, dans un entretien au "Monde", en octobre dernier, déclarant : "je trouve que l'opinion publique est trop tolérante vis-à-vis du dopage en général : on a vu des athlètes pris en flagrant délit être encouragés le lendemain". On voit surtout aux JO des athlètes pratiquement tous dopés, et qui ne se distinguent que par la légalité ou non des substances et des méthodes de dopage.
Personne ne croit d'ailleurs sérieusement que le football professionnel soit préservé du dopage. Sinon, pourquoi la FIFA aurait-elle attendu d'être menacée de se retrouver devant le tribunal arbitral du sport pour mettre son réglement antidopage en conformité avec le code de l'Agence mondiale antidopage ? "Au sein de la FIFA, il y a des intérêts qui ne veulent aucun changement et d'autres qui sont plus progressistes", résumait en novembre le président sortant de l'agence mondiale antidopage, Richard Pound, qui expliquait que les intérêts économiques en jeu expliquent les libertés prises avec les codes : "les gens engagés dans les équipes ne veulent pas prendre le risque de perdre leurs stars pour une 'broutille' comme le dopage" ("Le Temps" du 14 novembre). Faut être con comme Maradona pour se faire piquer, quoi...
Dans le genre faux derche, le président du CIO, Jacques Rogge, a fait fort, dans un entretien au "Monde", en octobre dernier, déclarant : "je trouve que l'opinion publique est trop tolérante vis-à-vis du dopage en général : on a vu des athlètes pris en flagrant délit être encouragés le lendemain". On voit surtout aux JO des athlètes pratiquement tous dopés, et qui ne se distinguent que par la légalité ou non des substances et des méthodes de dopage.
28 août 2009
Brèves
EUROTOILE
Le directeur d'une société spécialisée dans la protection contre le piratage internet, Ilion, estime que le site de l'UEFA est "une cible idéale pour les hackers", et celui de la division française d'une société de surveillance informatique, Webensee, qu'avec les JO de Pékin, "l'Euro2008 offrait un terrain de jeu parfait pour les cybercriminels". On rappelle notamment qu'en janvier 2007, 20'000 internautes américains avaient été infectés par un "maliciel" (logiciel mouchard envoyant des données depuis l'ordinateur infecté vers l'ordinateur du "cybermalfrat") en commandant sur le site des "Miami Dolphins" des billets pour la finale du championnat de base-ball. Et après la victoire de la Suisse contre la Turquie à Istambul, en foot, des sites suisses avaient été piratés et des photos d'Atatürk y avaient été collées. Si c'était à la place des photos de Blocher, c'est pas grave.
A vos claviers !
EUROBIDE
Les deux mascottes ridicules de l'Eurofoot, "Trix et Flix", ont fait un bide. Vendue avant les compet' au prix de 16 francs, elles étaient bradées à quatre balles trois semaines plus tard. Sur les 500'000 pièces produites, 450'000 restent sur les bras de ceux qui pensaient les vendre. La Coop en avait encore, à elle seule, 90'000 sur les bras à la fin de l'Euro. Interdiscount offrait 75 % de rabais pour se débarraser des siennes et "faire place au matériel des Jeux Olympiques". Produites par la Warner Bros (le géant du cinéma), les deux machins étaient supposés, selon les promoteurs de l'Eurofoot, "porter l'événement". Le porter où, on sait pas. Aux Cheneviers, sans doute.
Le directeur d'une société spécialisée dans la protection contre le piratage internet, Ilion, estime que le site de l'UEFA est "une cible idéale pour les hackers", et celui de la division française d'une société de surveillance informatique, Webensee, qu'avec les JO de Pékin, "l'Euro2008 offrait un terrain de jeu parfait pour les cybercriminels". On rappelle notamment qu'en janvier 2007, 20'000 internautes américains avaient été infectés par un "maliciel" (logiciel mouchard envoyant des données depuis l'ordinateur infecté vers l'ordinateur du "cybermalfrat") en commandant sur le site des "Miami Dolphins" des billets pour la finale du championnat de base-ball. Et après la victoire de la Suisse contre la Turquie à Istambul, en foot, des sites suisses avaient été piratés et des photos d'Atatürk y avaient été collées. Si c'était à la place des photos de Blocher, c'est pas grave.
A vos claviers !
EUROBIDE
Les deux mascottes ridicules de l'Eurofoot, "Trix et Flix", ont fait un bide. Vendue avant les compet' au prix de 16 francs, elles étaient bradées à quatre balles trois semaines plus tard. Sur les 500'000 pièces produites, 450'000 restent sur les bras de ceux qui pensaient les vendre. La Coop en avait encore, à elle seule, 90'000 sur les bras à la fin de l'Euro. Interdiscount offrait 75 % de rabais pour se débarraser des siennes et "faire place au matériel des Jeux Olympiques". Produites par la Warner Bros (le géant du cinéma), les deux machins étaient supposés, selon les promoteurs de l'Eurofoot, "porter l'événement". Le porter où, on sait pas. Aux Cheneviers, sans doute.
24 août 2009
EUROPROXOS
Profitant de l'Euro2008, une coalition de 25 organisations (www.traitedesfemmes2008.ch) a mené avant et pendant l'Euro, une campagne contre la traite des femmes. La coalition rappelle que chaque pays dont l'équipe de foot participe à l'Euro2008 (y compris la Suisse) est soit un pays d'origine, soit un pays de destination de ce trafic. Comme l'événement a attiré en Suisse et en Autriche des dizaines de milliers de personnes, en très grande majorité des hommes, dont de nombreux clients potentiels de prostituées pouvant avoir été victimes de la traite (celle-ci n'épargnant pas la Suisse, où selon l'Ofice fédéral de la police entre 1500 et 3000 victimes de la traite sont acheminées chaque année), le moment était particulièrement bien choisi : "Je compte sur une hausse du chiffre d'affaire de 10 à 15 %" pendant l'Eurofoot, se réjouissait le patron de plusieurs lupanars alémaniques, Ingo Heidbrink. Fléau mondial, la traite des êtres humains frappe, selon l'OIT, 2 millions et demi de personnes chaque année, dont 80 % de femmes et de filles, et rapporterait 35 milliards de dollars par an.
Les responsables policiers genevois et suisses estimaient qu'il ne devait pas se produire une aggravation de la traite des femmes pendant l'Euro 2008, mais la Brigade des moeurs qui, à Genève, sera chargée de surveiller le marché local du sexe pendant cette période chaude reconnaît être en sous-effectifs (elle est composée d'une vingtaine de policiers, dont cinq, en temps "normal", affectés au contrôle de la prostitution). En novembre 2006, une motion socialiste s'inquiétait de ce manque de moyens. Le porte-parole de la police admettait qu'on pourrait "rencontrer durant l'Euro quelques cas de prostitution illégale", et la coordinatrice d'Aspasie, l'association qui défend les travailleuses du sexe, évoque de petites structures "issues de la misère".
Un spot contre la prostitution forcée avait été tourné pour pouvoir être diffusé à la télé, dans les stades, les UBS Arenae et dans les "Fan Zone" de l'Eurofoot. Mais pas dans la "*Fan Zone de Genève" : le canton, qui avait pourtant contribué financièrement à cette action a ensuite estimé qu'il n'y avait "aucun lien entre prostitution et football" et qu'il ne fallait pas contribuer à faire croire qu'il pourrait y en avoir un (c'est Mark Muller qui cause). C'est bien connu, le supporter bande mou.
Cela étant, il n'y a pas que les supporters qui se laissent guider par leurs couilles : les joueurs aussi. Neuf joueurs du FC Thoune (six de l'équipe en fonction et trois anciens) ont été poursuivis pour abus sexuels sur une supportrice mineure (elle avait quinze ans au moment des faits). Quatorze personnes ont été inculpées dans cette affaire (les joueurs actifs, les anciens et des supporters), trois personnes, dont un joueur, sont accusées d'avoir contraint l'adolescente à des actes sexuels. Du coup, les responsables des clubs suisses ont tous protesté de leur vigilance : le président du Lausanne-Sport a déclaré que le club avait rendu les joueurs "attentifs à leurs obligations", et que les joueurs et les membres de l'encadrement doivent "signer un engagement éthique" portant notamment sur les moeurs et le dopage. Même type d'engagement au Servette. Et la "Swiss Football League" a transmis aux clubs des directives rappelant les obligations des joueurs : non, on ne culbute pas les supportrices mineures sur la pelouse. Quant aux joueurs du FC Thoune poursuivis pour abus sexuels, quatre d'entre eux n'ont été condamnés qu'à des peines pécuniaires (de 2700 à 4950 francs), aux frais de justice et mille francs d'indemnités à la jeune fille victime (consentante, paraît-il). Ils ont probablement écopé d'une peine si légère en plaidant l'irresponsabilité : des joueurs de foot, on ne peut pas leur demander de savoir ce qu'ils font.
En Autriche, un programme avait été prévu pour lutter contre l'augmentation des violences conjugales pendant l'Eurofoot (augmentation à laquelle on s'attendait, comme pendant tous les grands événements sportifs du même genre). En Allemagne, les violences domestiques ont augmenté de 30 % duant la Coupe du monde de foot 2006, et dans près de la moitié des cas, la hausse de la consommation d'alcool peut être incriminée.
Quant à la Suisse, elle n'avait strictement rien prévu pour lutter contre le phénomène : "nous n'avons malheureusement ni les moyens, ni le temps" de faire quelque chose, a déclaré le délégué genevois à la violence domestique. En revanche, le temps et les moyens n'ont pas manqué pour organiser, encadrer, promouvoir et annoncer les innombrables à-côtés de la fête à blaireaux.
La moitié des Européens fans de foot préfèrent regarder un match important plutôt que d'avoir des relations sexuelles, affirme une étude de l'organisme britannique Sirc réalisée pour Canon.
ça ne les a pas empêché de se faire baiser par l'UEFA, comme tout le monde.
Début septembre 2007, à l'occasion de la Coupe du Monde féminine de foot en Chine, la Fédération intenationale du foot pognon (la FIFA) et l'UNICEF ont lancé une campagne ("Goals for Girls") sur les "valeurs du sport et notamment du football afin de promouvoir l'éducation, l'égalité des sexes et les droits de la femme", qui, à constater le comportement des supporteurs -et désormais teuses- de foot dans les stades ont en effet bien besoin d'être promues et promus. Il faut "montrer comment les jeunes filles et les femmes peuvent lutter contre la discrimination des sexes", expliquent la FIFA et l'UNICEF. On voit pas comment on pourrait le montrer par le foot, sinon en réalisant l'égalité dans la connerie, le dopage et la violence, mais bon : c'est pas du militantisme, c'est de la promo...
Les responsables policiers genevois et suisses estimaient qu'il ne devait pas se produire une aggravation de la traite des femmes pendant l'Euro 2008, mais la Brigade des moeurs qui, à Genève, sera chargée de surveiller le marché local du sexe pendant cette période chaude reconnaît être en sous-effectifs (elle est composée d'une vingtaine de policiers, dont cinq, en temps "normal", affectés au contrôle de la prostitution). En novembre 2006, une motion socialiste s'inquiétait de ce manque de moyens. Le porte-parole de la police admettait qu'on pourrait "rencontrer durant l'Euro quelques cas de prostitution illégale", et la coordinatrice d'Aspasie, l'association qui défend les travailleuses du sexe, évoque de petites structures "issues de la misère".
Un spot contre la prostitution forcée avait été tourné pour pouvoir être diffusé à la télé, dans les stades, les UBS Arenae et dans les "Fan Zone" de l'Eurofoot. Mais pas dans la "*Fan Zone de Genève" : le canton, qui avait pourtant contribué financièrement à cette action a ensuite estimé qu'il n'y avait "aucun lien entre prostitution et football" et qu'il ne fallait pas contribuer à faire croire qu'il pourrait y en avoir un (c'est Mark Muller qui cause). C'est bien connu, le supporter bande mou.
Cela étant, il n'y a pas que les supporters qui se laissent guider par leurs couilles : les joueurs aussi. Neuf joueurs du FC Thoune (six de l'équipe en fonction et trois anciens) ont été poursuivis pour abus sexuels sur une supportrice mineure (elle avait quinze ans au moment des faits). Quatorze personnes ont été inculpées dans cette affaire (les joueurs actifs, les anciens et des supporters), trois personnes, dont un joueur, sont accusées d'avoir contraint l'adolescente à des actes sexuels. Du coup, les responsables des clubs suisses ont tous protesté de leur vigilance : le président du Lausanne-Sport a déclaré que le club avait rendu les joueurs "attentifs à leurs obligations", et que les joueurs et les membres de l'encadrement doivent "signer un engagement éthique" portant notamment sur les moeurs et le dopage. Même type d'engagement au Servette. Et la "Swiss Football League" a transmis aux clubs des directives rappelant les obligations des joueurs : non, on ne culbute pas les supportrices mineures sur la pelouse. Quant aux joueurs du FC Thoune poursuivis pour abus sexuels, quatre d'entre eux n'ont été condamnés qu'à des peines pécuniaires (de 2700 à 4950 francs), aux frais de justice et mille francs d'indemnités à la jeune fille victime (consentante, paraît-il). Ils ont probablement écopé d'une peine si légère en plaidant l'irresponsabilité : des joueurs de foot, on ne peut pas leur demander de savoir ce qu'ils font.
En Autriche, un programme avait été prévu pour lutter contre l'augmentation des violences conjugales pendant l'Eurofoot (augmentation à laquelle on s'attendait, comme pendant tous les grands événements sportifs du même genre). En Allemagne, les violences domestiques ont augmenté de 30 % duant la Coupe du monde de foot 2006, et dans près de la moitié des cas, la hausse de la consommation d'alcool peut être incriminée.
Quant à la Suisse, elle n'avait strictement rien prévu pour lutter contre le phénomène : "nous n'avons malheureusement ni les moyens, ni le temps" de faire quelque chose, a déclaré le délégué genevois à la violence domestique. En revanche, le temps et les moyens n'ont pas manqué pour organiser, encadrer, promouvoir et annoncer les innombrables à-côtés de la fête à blaireaux.
La moitié des Européens fans de foot préfèrent regarder un match important plutôt que d'avoir des relations sexuelles, affirme une étude de l'organisme britannique Sirc réalisée pour Canon.
ça ne les a pas empêché de se faire baiser par l'UEFA, comme tout le monde.
Début septembre 2007, à l'occasion de la Coupe du Monde féminine de foot en Chine, la Fédération intenationale du foot pognon (la FIFA) et l'UNICEF ont lancé une campagne ("Goals for Girls") sur les "valeurs du sport et notamment du football afin de promouvoir l'éducation, l'égalité des sexes et les droits de la femme", qui, à constater le comportement des supporteurs -et désormais teuses- de foot dans les stades ont en effet bien besoin d'être promues et promus. Il faut "montrer comment les jeunes filles et les femmes peuvent lutter contre la discrimination des sexes", expliquent la FIFA et l'UNICEF. On voit pas comment on pourrait le montrer par le foot, sinon en réalisant l'égalité dans la connerie, le dopage et la violence, mais bon : c'est pas du militantisme, c'est de la promo...
20 août 2009
EUROTERRORISME
Soupçon d'inquiétude à la police fédérale : sur les forums internet "djihadistes", on pouvait lire des messages du genre "Transformons les deux pays les plus sûrs d'Europe en enfer, comme l'enfer irakien ou afghan". C'est vrai que l'Autriche est un des pays les plus sûrs d'Europe : les enfants y vivent protégés dans des caves pendant des années. En Suisse, la gare de Zurich aurait été évoquée (sur un site internet djihadiste) comme cible possible d'un attentat. Des craintes ont été également exprimés d'actions du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), la Turquie jouant plusieurs de ses matches en Suisse, où réside une assez importante communauté kurde de Turquie. Finalement, ces craintes étaient aussi injustifiées que les espoirs de voir l'équipe de Suisse passer le cap des éliminatoires de la compétition. Le ministère autrichien de l'Intérieur s'était d'ailleurs fait rassurant : "aucun élément ne permet de conclure à une menace terroriste pesant sur l'Autriche ou la Suisse durant l'Euro". Même optimiste de Samuel Schmid : "Il n'y a aucun indice concret de plans d'attentats pendant l'Euro". Mais le Conseiller fédéral n'en avait pas moins pris, au cas où, de solides résolutions : Quand un journaliste de la "Tribune" (du 31 mai) lui demandait : "Un avion rempli de passagers ne répond pas aux appels des chasseurs. Ordonnez-vous qu'il soit abattu ?", Sami répondait "Oui", parce que "Dans cet avion il y a des terroristes (comment il le sait, puisque l'avion ne répond pas ?) et des personnes innocente. Mais au sol, il y a aussi des milliers d'innocents". Bref : tuez les tous en vol, Dieu reconnaîtra les siens au sol.
Et comme on n'est jamais trop prudent, un porte-parole de la police fédérale, Jürg Bühler, ajoutait que ladite police ne surveillait pas seulement les islamistes, mais aussi les gauchistes : "Nous gardons à l'oeil des groupes d'êxtrême-gauche". Que le Securitas infiltré dans le comité contre les racket de la Praille et de l'Eurofoot se dénonce !
Et comme on n'est jamais trop prudent, un porte-parole de la police fédérale, Jürg Bühler, ajoutait que ladite police ne surveillait pas seulement les islamistes, mais aussi les gauchistes : "Nous gardons à l'oeil des groupes d'êxtrême-gauche". Que le Securitas infiltré dans le comité contre les racket de la Praille et de l'Eurofoot se dénonce !
01 août 2009
EUROBASTONS
La venue de dizaines de milliers de supporters tchèques, turcs et portugais à Genève, en sus des supporters vivant déjà dans la région, inquiètait ? Y'a pas de raison, assuraient leurs représentants : "nous avons des problèmes de violence entre clubs tchèques, mais très peu avec l'équipe nationale", affirmait la représentante des supporters tchèques. Pour son collègue turc, "le foot, c'est une fête, pas la guerre". Sauf évidemment si les Kurdes avaient utilisé (ils auraient dû) l'événement pour se rappeler au bon souvenir de la Turquie. Les autorités genevoises assuraient, par la voix de Mark Muller, n'avoir identifié, sur les trois matches joués à Genève, que deux matches à "risque faible" (Portugal-République tchèque et République tchèque-Turquie) et un match à "risque moyen" (Turquie-Portugal), pour lesquels les effectifs policiers locaux devraient suffire, surtout qu'en réserve se tenaient les CRS français et que l'armée suisse était prête à prendre en charge des tâches policières normales (la régulation du trafic, la "surveillance de certains lieux") pour en décharger la police genevoise. En fait, la prévision d'un EWurofoot sans baston a été la seule, du moins à Genève, qui se soit réalisée.
De toutes façons, les supporters étaient accueillis à Genève les bras ouverts. Ils ne doivent pas "être considérés comme une menace", avait proclamé le coordinateur de l'Euro2008 pour Genève, Michael Kleiner. Ben non, ils ne sont ni immigrants, ni requérants d'asile, ni mendiants. Et ils étaient même consommateurs.
A Bâle, Zurich, Genève, mais aussi dans le canton de Vaud (qui n'accueillait, heureusement pour lui, aucun match), les supporters ne pouvaient pas se masquer le visage (c'est dommage, de si belles têtes d'intellectuels), et pouvaient être amendés (jusqu'à 10'000 balles) s'ils le font. Même avec un masque de "Kobi" Kuhn ?
En tous cas, des hooligans, on n'a pas ça à Genève. Ou presque pas : selon le commandant de la gendarmerie genevoise, Genève ne compterait que dix hooligans potentiellement dangereux (on veut les noms !). Selon les estimations policières, il y aurait en Suisse entre 1500 et 2000 supporters violents, dont 264 étaient répertoriés début février dans la base de données "Hoogan".
A Berne, le club "phare" local, les Young Boys, a eu une riche idée : donner une "deuxième chance" aux supporters interdits de stade, en leur permettant d'assister, à condition d'être parrainés et accompagné de leur parrain, aux matches dans le stade de Suisse, stade que les pupilles et leurs parrains devront quitter au plus tard une demie-heure après la fin du match. On les materne, ces petits jeunes, c'est de la bonne graine, ça, Monsieur...
Petite chronique des bastons ordinaires :
Le 27 octobre, quatre personnes sont blessées dans une bagarre après un match à Wünnewil (Fribourg), entre l'équipe locale et le FC Schönberg, dont les joueurs ont saccagé les vestiaires. L'arbitre a été blessé. Dix jours plus tard, tous les matches sont annulés à Fribourg, du fait d'une grève de protestation des arbitres.
Le 11 novembre, un supporter de l'équipe romaine de la Lazio est tué par un policier après une rixe avec des supporters de l'équipe turinoise de la Juventus. Il s'ensuit trois heures de violents affrontements à Rome entre des centaines de supporters et la police. Les affrontements font une cinquantaine de blessés parmi les policiers. Les supporters ont dévasté les locaux du Comité olympique italien, incendié des voitures, cassé des vitrines, attaqué une caserne des carabiniers et un commissariat de police.
A Rome, 66 supporters de l'AS Rome ou de la Lazio se sont vu interdire l'accès au stade à la suite d'actes racistes. Dès 1990, un groupe néo-fasciste paramilitaire, le "Mouvement occidental", organise les skinheads, dont des supporters des deux clubs romains : on les verra à chaque match brandir des drapeaux à croix celtiques ou gammées, pousser des cris de singe à l'encontre des joueurs "de couleur", et autres joyeusetés du même tonneau.
Une soixantaine de supporters nord-irlandais en état d'ébriété (c'est pas un pléonasme ?) ont été empêchés le 18 novembre de prendre l'avion pour Las Palmas (Canaries) où leur sélection affrontait l'Espagne en match de qualifications à l'Euro-2008.
Le même 18 novembre, à Bâle, un match entre Servette et Concordia dégénère : les supporters servettiens (il en reste donc) affrontent dans les tribunes le service de sécurité du stade du Rankhof. Des coups sont échangés, des objets arrachés au stade lancés sur le terrain, la police intervient et un supporter servettien est interpellé (non, c'est pas Marc Roger, il était déjà au trou)
Le 1er décembre, le gardien du FC Lucerne, qui jouait contre Sion au stade de Tourbillon, s'est pris une "GameBoy" sur la gueule, lancée depuis la tribune des supporters "ultras" valaisans. On se félicite de ce que la miniaturisation des consoles de jeux ait fait des progrès : y'a vingt ans, il se serait pris une Amiga ou un Commodore dans la tronche.
Quant au gardien du Neuchâtel Xamax, dans le même stade de Tourbillon, il s'était pris une grosse clef d'hôtel à boule, en fer, quelques semaines auparavant.
Le 26 janvier, à Sankt Margrethen, une bagarre générale entre joueurs et spectateurs turcs et albanais lors d'un tournoi amateurs a fait un blessé (un adolescent de 16 ans, dont la machoire a été fracturée).
Le 12 avril, des échauffourées ont opposé à Saint-Gall des supporters des clubs de St-Gall et de Berne (Young Boys). Des pierres et des bouteilles ont été lancées contre le train spécial des Bernois. Plusieurs personnes ont été interpellées.
Le 3 mai, des heurts entre supporters, et entre supporters et policiers, ont fait plus de 45 blessés à Berne et à Bâle. A Berne, la police a dû faire usage de gaz et de balles en caoutchouc contre une centaine de supporters bernois et neuchâtelois, et à Bâle, des jets de fumigènes et de feux de bengales par des supporters zurichois sur des supporters bâlois ont fait deux blessés, avant que des affrontements avec la police à l'extérieur du stade fassent 45 blessés, dont un policier.
Le même jour, les joueurs du FC Etoile-Laconnex Juniors A2 essuient une pluie d'injures et de menaces de la part de leurs adveraires du FC Vernier. La semaine suivante, ce sont les joueurs de Vernier qui sont accueillis par les supporters de Laconnex en étant aspergés de bière. e Conseiller administratif Alain-Dominique Mauris s'inquiète : des supporters de foot viennent au stade avec des battes de baseball -d'une utilité contestable dans un match de foot, et qu'il est assez vraisemblable en revanche de supposer être prévues pour être utilisées à taper sur la gueule des supporters adverses. Une dizaine d'actes de violence ont été signalés en six mois dans la commune. Que fait Cerutti ?
Le 8 mai, des supporters bâlois pillent le rayon alcool d'une Coop à la gare de Neuchâtel, après un match entre Bâle et Xamas.
Le 10 mai, pour la finale du championnat de Ligue A (pardon pour l'archaisme) à Bâle, entre Bâle et Berne, la vente de boissons alcoolisées a été interdite dans le stade.
Le 20 mai, des centaines de supporters saint-gallois furieux de la relégation de leur équipe en division inférieure ont saccagé le stade de l'Espenmoos (qui accueillait son dernier match) et affronté la police. Des pavés, des fusées et des pétards ont été lancés, un feu a été allumé dans la tribune principale du stade, dont le mobilier a été pillé et saccagé.Trois policiers et quatre agents de sécurité ont été blessés, 59 supporters ont été arrêtés, une dizaine de battes de base-ball ont été saisies, et entre 100'000 et 200'000 francs de dégats ont été causés.
Le 11 juin, après l'élimination de la Suisse par la Turquie dans le tour préliminaire de l'Euro, une centaine de supporters suisses ont été arrêtés, à Bâle, Berne, Aarau, Zurich et Winterthur. A Aarau, quelques centaines de Suisses ont provoqué quelques centaines de Turcs qui célébraient pacifiquement la victoire de leur équipe; à Berne, des échauffourées se sont produites entre supporters suisses et policiers, qui ont dû faire usage de balles en caoutchouc.
La fédération de foot de Croatie a écopé d'une amende de 20'000 francs pour la punir du comportement xénophobe de supporters croates, lors du quart de finale de l'Eurofoot contre la Turquie (qui y a éliminé la Croatie).
Face à la violence sur et autour des stades, qu'ils attribuent spécifiquement aux joueurs et aux supporters étrangers", des responsables de clubs de foot suisses ont eu une idée géniale : celle de créer en Suisse un championnat "séparé" (dans des clubs séparés,peut-être, et éventuellement dans des quartiers réservés, qu'on pourrait appeler des ghettos ?) pour les clubs étrangers en général, voire les clubs "balkaniques" en particulier, "pour qu'ils se molestent entre eux". A Genève, cette idée (émanant de responsables de clubs alémaniques, en particulier des régions de Bâle et de Zurich) laisse perplexe : il y a 40 % d'étrangers dans le foot à Genève, et la menace de retraits de points au classement suffit à calmer les équipes les plus agitées et leurs supporters, d'où qu'ils viennent - la violence étant aussi le fait de joueurs et de supporters suisses.
Selon une étude de l'Université de Neuchâtel et du Fonds national, le milieu des supporters militants de foot est dominé par de jeunes "ultras" machos, chauvins, potentiellement violents, mais suisses et bien intégrés. Sans blague ? Et nous qui croyions avoir affaire à de vieux intellectuels féministes étrangers vivant en communauté...
L'association "Juris Conseil Junior" a édité un guide juridique des "droits et obligations" des jeunes" fréquentant les manifestations de l'Eurofoot. On leur signalait qu'à partir de 16 ans (mais pas en dessous) ils ont le droit de boire de la bière, du vin ou du cidre, mais pas des alcools forts, qu'ils ne pourraient pas accéder avant 18 ans aux clubs éphémères installés dans les "fan's zones" (du genre du "Fan Club 08" des Vernets), que la loi punit les injures et incitations à la haine raciale même exprimées sous forme de SMS ou de MMS. Mais que si ils se font coffrer pour avoir, complètement bourrés, injurié les nègres de l'équipe adverse, les chtis supporters mineurs peuvent demander la présence de leurs parents une fois amenés au poste. Surtout si les parents, aussi cons que leur progéniture, ont déjà été coffrés pour les mêmes raisons que leurs gniards.
De toutes façons, les supporters étaient accueillis à Genève les bras ouverts. Ils ne doivent pas "être considérés comme une menace", avait proclamé le coordinateur de l'Euro2008 pour Genève, Michael Kleiner. Ben non, ils ne sont ni immigrants, ni requérants d'asile, ni mendiants. Et ils étaient même consommateurs.
A Bâle, Zurich, Genève, mais aussi dans le canton de Vaud (qui n'accueillait, heureusement pour lui, aucun match), les supporters ne pouvaient pas se masquer le visage (c'est dommage, de si belles têtes d'intellectuels), et pouvaient être amendés (jusqu'à 10'000 balles) s'ils le font. Même avec un masque de "Kobi" Kuhn ?
En tous cas, des hooligans, on n'a pas ça à Genève. Ou presque pas : selon le commandant de la gendarmerie genevoise, Genève ne compterait que dix hooligans potentiellement dangereux (on veut les noms !). Selon les estimations policières, il y aurait en Suisse entre 1500 et 2000 supporters violents, dont 264 étaient répertoriés début février dans la base de données "Hoogan".
A Berne, le club "phare" local, les Young Boys, a eu une riche idée : donner une "deuxième chance" aux supporters interdits de stade, en leur permettant d'assister, à condition d'être parrainés et accompagné de leur parrain, aux matches dans le stade de Suisse, stade que les pupilles et leurs parrains devront quitter au plus tard une demie-heure après la fin du match. On les materne, ces petits jeunes, c'est de la bonne graine, ça, Monsieur...
Petite chronique des bastons ordinaires :
Le 27 octobre, quatre personnes sont blessées dans une bagarre après un match à Wünnewil (Fribourg), entre l'équipe locale et le FC Schönberg, dont les joueurs ont saccagé les vestiaires. L'arbitre a été blessé. Dix jours plus tard, tous les matches sont annulés à Fribourg, du fait d'une grève de protestation des arbitres.
Le 11 novembre, un supporter de l'équipe romaine de la Lazio est tué par un policier après une rixe avec des supporters de l'équipe turinoise de la Juventus. Il s'ensuit trois heures de violents affrontements à Rome entre des centaines de supporters et la police. Les affrontements font une cinquantaine de blessés parmi les policiers. Les supporters ont dévasté les locaux du Comité olympique italien, incendié des voitures, cassé des vitrines, attaqué une caserne des carabiniers et un commissariat de police.
A Rome, 66 supporters de l'AS Rome ou de la Lazio se sont vu interdire l'accès au stade à la suite d'actes racistes. Dès 1990, un groupe néo-fasciste paramilitaire, le "Mouvement occidental", organise les skinheads, dont des supporters des deux clubs romains : on les verra à chaque match brandir des drapeaux à croix celtiques ou gammées, pousser des cris de singe à l'encontre des joueurs "de couleur", et autres joyeusetés du même tonneau.
Une soixantaine de supporters nord-irlandais en état d'ébriété (c'est pas un pléonasme ?) ont été empêchés le 18 novembre de prendre l'avion pour Las Palmas (Canaries) où leur sélection affrontait l'Espagne en match de qualifications à l'Euro-2008.
Le même 18 novembre, à Bâle, un match entre Servette et Concordia dégénère : les supporters servettiens (il en reste donc) affrontent dans les tribunes le service de sécurité du stade du Rankhof. Des coups sont échangés, des objets arrachés au stade lancés sur le terrain, la police intervient et un supporter servettien est interpellé (non, c'est pas Marc Roger, il était déjà au trou)
Le 1er décembre, le gardien du FC Lucerne, qui jouait contre Sion au stade de Tourbillon, s'est pris une "GameBoy" sur la gueule, lancée depuis la tribune des supporters "ultras" valaisans. On se félicite de ce que la miniaturisation des consoles de jeux ait fait des progrès : y'a vingt ans, il se serait pris une Amiga ou un Commodore dans la tronche.
Quant au gardien du Neuchâtel Xamax, dans le même stade de Tourbillon, il s'était pris une grosse clef d'hôtel à boule, en fer, quelques semaines auparavant.
Le 26 janvier, à Sankt Margrethen, une bagarre générale entre joueurs et spectateurs turcs et albanais lors d'un tournoi amateurs a fait un blessé (un adolescent de 16 ans, dont la machoire a été fracturée).
Le 12 avril, des échauffourées ont opposé à Saint-Gall des supporters des clubs de St-Gall et de Berne (Young Boys). Des pierres et des bouteilles ont été lancées contre le train spécial des Bernois. Plusieurs personnes ont été interpellées.
Le 3 mai, des heurts entre supporters, et entre supporters et policiers, ont fait plus de 45 blessés à Berne et à Bâle. A Berne, la police a dû faire usage de gaz et de balles en caoutchouc contre une centaine de supporters bernois et neuchâtelois, et à Bâle, des jets de fumigènes et de feux de bengales par des supporters zurichois sur des supporters bâlois ont fait deux blessés, avant que des affrontements avec la police à l'extérieur du stade fassent 45 blessés, dont un policier.
Le même jour, les joueurs du FC Etoile-Laconnex Juniors A2 essuient une pluie d'injures et de menaces de la part de leurs adveraires du FC Vernier. La semaine suivante, ce sont les joueurs de Vernier qui sont accueillis par les supporters de Laconnex en étant aspergés de bière. e Conseiller administratif Alain-Dominique Mauris s'inquiète : des supporters de foot viennent au stade avec des battes de baseball -d'une utilité contestable dans un match de foot, et qu'il est assez vraisemblable en revanche de supposer être prévues pour être utilisées à taper sur la gueule des supporters adverses. Une dizaine d'actes de violence ont été signalés en six mois dans la commune. Que fait Cerutti ?
Le 8 mai, des supporters bâlois pillent le rayon alcool d'une Coop à la gare de Neuchâtel, après un match entre Bâle et Xamas.
Le 10 mai, pour la finale du championnat de Ligue A (pardon pour l'archaisme) à Bâle, entre Bâle et Berne, la vente de boissons alcoolisées a été interdite dans le stade.
Le 20 mai, des centaines de supporters saint-gallois furieux de la relégation de leur équipe en division inférieure ont saccagé le stade de l'Espenmoos (qui accueillait son dernier match) et affronté la police. Des pavés, des fusées et des pétards ont été lancés, un feu a été allumé dans la tribune principale du stade, dont le mobilier a été pillé et saccagé.Trois policiers et quatre agents de sécurité ont été blessés, 59 supporters ont été arrêtés, une dizaine de battes de base-ball ont été saisies, et entre 100'000 et 200'000 francs de dégats ont été causés.
Le 11 juin, après l'élimination de la Suisse par la Turquie dans le tour préliminaire de l'Euro, une centaine de supporters suisses ont été arrêtés, à Bâle, Berne, Aarau, Zurich et Winterthur. A Aarau, quelques centaines de Suisses ont provoqué quelques centaines de Turcs qui célébraient pacifiquement la victoire de leur équipe; à Berne, des échauffourées se sont produites entre supporters suisses et policiers, qui ont dû faire usage de balles en caoutchouc.
La fédération de foot de Croatie a écopé d'une amende de 20'000 francs pour la punir du comportement xénophobe de supporters croates, lors du quart de finale de l'Eurofoot contre la Turquie (qui y a éliminé la Croatie).
Face à la violence sur et autour des stades, qu'ils attribuent spécifiquement aux joueurs et aux supporters étrangers", des responsables de clubs de foot suisses ont eu une idée géniale : celle de créer en Suisse un championnat "séparé" (dans des clubs séparés,peut-être, et éventuellement dans des quartiers réservés, qu'on pourrait appeler des ghettos ?) pour les clubs étrangers en général, voire les clubs "balkaniques" en particulier, "pour qu'ils se molestent entre eux". A Genève, cette idée (émanant de responsables de clubs alémaniques, en particulier des régions de Bâle et de Zurich) laisse perplexe : il y a 40 % d'étrangers dans le foot à Genève, et la menace de retraits de points au classement suffit à calmer les équipes les plus agitées et leurs supporters, d'où qu'ils viennent - la violence étant aussi le fait de joueurs et de supporters suisses.
Selon une étude de l'Université de Neuchâtel et du Fonds national, le milieu des supporters militants de foot est dominé par de jeunes "ultras" machos, chauvins, potentiellement violents, mais suisses et bien intégrés. Sans blague ? Et nous qui croyions avoir affaire à de vieux intellectuels féministes étrangers vivant en communauté...
L'association "Juris Conseil Junior" a édité un guide juridique des "droits et obligations" des jeunes" fréquentant les manifestations de l'Eurofoot. On leur signalait qu'à partir de 16 ans (mais pas en dessous) ils ont le droit de boire de la bière, du vin ou du cidre, mais pas des alcools forts, qu'ils ne pourraient pas accéder avant 18 ans aux clubs éphémères installés dans les "fan's zones" (du genre du "Fan Club 08" des Vernets), que la loi punit les injures et incitations à la haine raciale même exprimées sous forme de SMS ou de MMS. Mais que si ils se font coffrer pour avoir, complètement bourrés, injurié les nègres de l'équipe adverse, les chtis supporters mineurs peuvent demander la présence de leurs parents une fois amenés au poste. Surtout si les parents, aussi cons que leur progéniture, ont déjà été coffrés pour les mêmes raisons que leurs gniards.
27 juillet 2009
EUROPOULETS
Le droit de manifester a été fortement restreint pendant l'Eurofoot : le Département des Institutions a édicté une directive stipulant que, sauf exception, aucune manifestation imprévue ne serait autorisée sur la voie publique en juin, compte tenu de la mobilisation des forces de police autour de l'Eurofoot et de ses à-côtés. En Ville, des manifestations régulières (la Fête de la Musique, les Promotions) ont certes été maintenues, mais des manifestations prévues (y compris des tournois de foot) ont été déplacées (Pro Velo), repoussées (Gena Festival à Avully) ou suspendues (la Ville est à vous).
Comment nos zautorités auraient-elles fait si l'actualité politique avait eu le mauvais goût de ne pas se plier au calendrier des festivités footballistiques, et provoquait des manifestations ? Elles auraient été emmerdées (surtout si les organisateurs de manifestations de protestation ou de soutien ne demandaient pas d'autorisation, vu qu'ils avaient la quasi-certitude de ne pas l'obtenir) ? la Ville avait annoncé qu'elle donnerait son accord pour de telles manif's imprévues provoquées par les tumultes du monde, mais à la condition que le canton soit lui aussi d'accord. "Le droit constitutionnel de manifester sera maintenu", assurait le Secrétaire adjoint du département des institutions, Nicolas Bolle, qui ajoutait cependant que "chaque demande sera examinée attentivement". Autant ne pas déposer de demande -et même, utiliser intentionnellement les moments de rassemblement autour de l'Euro pour y greffer la manif. Hélas (trois fois), tel ne fut pas le cas.
Pourtant, y'aurait eu des squats à tenter...
La majorité de droite du Grand Conseil genevois a accordé au Conseil d'Etat (dit "de centre gauche") un crédit de 5 millions pour doter, hors de toute base légale utilisable, huit sites "sensibles" de caméras de surveillance en prévision de l'Eurofoot -mais les caméras resteront après, premiers fils d'une toile de vidéosurveillance plus étendue. La gauche s'est opposée à cette proposition, mais l'intellectuel de service, Eric Stauffer, du MCG, lui a répondu que "ceux qui sont contre sont ceux qui ont quelque chose à se reprocher".
La police genevoise avait commencé fin janvier à s'entraîner pour l'Euro2008 : à la Gare Cornavin, le 23 janvier, des policiers déguisés en supporters et des policiers déguisés en policiers ont fait mumuse pour tester le dispositif d'encadrement des premiers par les seconds. Au Stade de la Praille, où le 10 avril des policiers déguisés en supporters ont fait mine d'affronter des policiers déguisés en policiers. Explication de la police : 30'000 personnes à la Praille pendant les matches, et une activité "festive" presque 24 heures sur 24 pendant trois semaines, ça équivaut aux Fêtes de Genève plus la Lake Parade. Et faut se préparer. D'ailleurs, on avait préparé une prison provisoire "spéciale Euro", sur le modèle des prisons temporaires créées en Allemagne pendant le Mondial 2006 (elles avaient accueilli 400 supporters). A Genève, la prison temporaire (Champ-en-jachère-Dollon ?) était installée à Palexpo dans la halle 7 et pourrait être réutilisée pour le Mondial de hockey en 2009. C'est "pour le bien de la collectivité", expliquait le porte-parole de Palexpo. On est sauvés, Palexpo veut notre bien. De toutes façon, on pouvait pas mettre les supporters violents à Champ-Dollon, ousque ce ne sont pas les clients qui sont bourrés, mais la prison elle-même. D'ailleurs, une fois terminé, l'Eurofoot est venu au secours de Champ-Dollon : douze des cabanes en bois utilisées comme lieux de rétention provisoire à Palexpo, dans le cadre de l'Eurofoot, vont être mises à disposition de Champ-Dollon, au cas où. Au cas où quoi ? Non, pas en cas de surpopulation, c'est promis, assure le directeur Franziskakis. Juste en cas d'"événement exceptionnel", comme un incendie. Provoqué par exemple par une mutinerie elle-même provoquée par la surpopulation, on joue un peu sur les mots, là...
Les gendarmes genevois toucheront une indemnité spéciale, forfaitaire, pour leur service pendant l'Eurofoot, et leurs heures supplémentaires seront payées. L'Union du personnel du corps de police réclamait le versement d'une prime exceptionnelle pour la surcharge de travail pendant l'Eurofoot. A l'occasion du G8, une prime de 2500 francs avait été octroyée aux gendarmes et policiers genevois. Si une prime équivalente était versée pendant l'Eurofoot, et on ne voit pas au nom de quoi elle ne le serait pas, la facture de l'Eurofoot pour les collectivités publiques s'alourdirait d'au moins un million.
La police lucernoise s'est quant à elle fait la main, le 1er décembre, sur des manifestants n'ayant rien à voir avec l'Euro, mais ayant eu le mauvais goût de défiler en ville pour protester contre les menaces de fermeture d'un centre alternatif, alors que l'UEFA s'apprêtait à organiser à Lucerne le pince-fesse du tirage au sort des matches de l'Euro. Pour les flics lucernois, c'était une sorte d'exercice grandeur nature avant l'Euro, où une partie d'entre eux ont prêté main-forte aux flics des villes-hôtes alémaniques. Donc, bilan du test (ou on a scrupuleusement respecté les consignes énoncées pour les matches de l'Euro) : dispersion de la manif en tirant des balles de caoutchouc, 245 personnes arrêtées, emmenées dans un abri PC transformé en prison, fouillées, parfois désabillées et photographiées (parfois à poil, y compris les filles de moins de 18 ans, dénudées devant des policiers et des employés de la protection civile, certaines étant en outre l'objet de fouilles intimes). Des personnes ont été enchaînées pendant des heures, entassées dans de petites cellules sans sanitaires.
Des accords de coopération ont été signés avec la France et l'Allemagne pour que des policiers français et allemands (entre 500 et 1000 au total) puissent renforcer les flics suisses pendant l'Euro. A Genève, des agents français pouvaient être engagés pour une durée maximale de 48 heures, pour les matches Portugal-Turquie du 7 juin, République tchèque-Portugal le 11 juin et Turquie-République tchèque du 15 juin. Les Allemands sont allés s'ébrouer à Bâle et à Zurich. Berne a bénéficié de renforts des polices argovienne, soleuroise et de Suisse centrale. Avec tout ça, la Suisse était prête à tout. Mais les polices cantonales avaient averti : avant, pendant et après les matches de l'Euro, on sera aux abonnés absents pour tout ce qui relève de nos tâches habituelles. La police zurichoise a annoncé que les jours des matches, elle ne pourra assurer qu'un service minimum. Et elle a aussi annoncé qu'elle testait un drone (avion sans pilote) embarquant une camera pour pouvoir identifier les situations critiques.
Heureusement, quand les polices d'Etat menacent d'être débordées, les polices privées veillent : Securitas annonçait vouloir engager 400 personnes pour Vaud, le Valais et Genève (la moitié à Genève), et Protectas 1000 personnes pour toute la Suisse, dont 300 en Romandie. Les deux poulaillers privés n'avaient, fin mars, trouvé que la moitié de ce nouveau personnel. En attendant, ce sont bien des "agences de sécurité" privées -plus clairement dit : des polices privées- qui ont assuré la "sécurité" de la "fan zone" de Plainpalais. Et les organisateurs du parc à bestiaux ont été "très satisfaits" des prestations de Python Sécurité et AS Sécurité. Ils ont raison : obliger les vieilles dames avec des cannes et les jeunes mères avec poussettes à faire le tour de la plaine squattée par le parc à beaufs, ça méritait toutes les félicitations.
Et puis, notre glorieuse armée était sur le pied de guerre : en 2006, le Conseiller fédéral Samuel Schmid avait annoncé que 15'000 soldats seraient¨ mis à disposition des cantons pendant l'Eurofoot. La plus forte mobilisation depuis la Guerre Mondiale. On en avait tiré fort judicieusement la conclusion que l'armée se cherchait, et trouvait là où elle pouvait, des missions pouvant justifier son existence. Mais en réalité, des 15'000 soldats annoncés, on n'en a mobilisé que quelques centaines. A Genève, la gendarmerie a annoncé qu'elle comptait sur le renfort d'une seule compagnie, soit une centaine de troufions, chargés de régler la circulation et d'accomplir des tâches purement logistiques. C'est pour ça qu'on a besoin d'une armée, pour faire le boulot d'une police municipale ? Ben oui, c'est pour ça...
Et c'est pour ça aussi qu'on a besoin d'hélicoptères militaires : un Super Puma de l'armée, équipé d'une caméra embarquée, a remplacé à Genève les drones (avions sans pilotes) utilisés dans les autres villes-hôtes. Explication : l'aéroport est trop proche. Et la baudruche à Jobin aussi ?
Le Tribunal fédéral a annulé partiellement le règlement zurichois contre le hooliganisme, adopté en prévision de l'Euro2008, et mis également hors-jeu le dispositif genevois. Le contrôle judiciaire de la garde à vue (24 heures au maximum) des supporters arrêtés était jugé insuffisant par le TF, qui trouvait discutable le principe même de l'emprisonnement avant toute commission de délit, et qui précisait que tout individu arrêté doit pouvoir recourir immédiatement contre son arrestation et sa détention auprès d'un juge ou d'un tribunal, ce que ni le règlement zurichois, ni le règlement genevois ne permettaient. A Zurich comme à Genève, les réglements ne satisfaisaient pas aux exigences posées par la Convention européenne des droits de l'Homme, puisqu'ils ne prévoyaient de premiers recours qu'auprès d'autorités administratives ou politiques. A Genève, le règlement prévoyait qu'un recours doit être déposé d'abord auprès du Département cantonal (celui des Institutions), et, en deuxième instance, auprès du Tribunal administratif. Procédure trop lente, et insatisfaisante au regard de la Convention européenne, estime le TF. Du coup, Genève a du revoir sa copie : le supporter mis en garde à vue a inalement pu saisir la justice, et celle-ci (en l'occurence le Tribunal administratif) avait 24 heures pour rendre une décision. Restait un problème : celui de la détention de mineurs. Pour la présidente du Tribunal de la jeunesse, Sylvie Wegelin, il ne pouvait être question "de mettre les jeunes ailleurs qu'à la Clairière" -mais celle-ci est déjà surpeuplée, et ses cellules dédoublées.
Comment nos zautorités auraient-elles fait si l'actualité politique avait eu le mauvais goût de ne pas se plier au calendrier des festivités footballistiques, et provoquait des manifestations ? Elles auraient été emmerdées (surtout si les organisateurs de manifestations de protestation ou de soutien ne demandaient pas d'autorisation, vu qu'ils avaient la quasi-certitude de ne pas l'obtenir) ? la Ville avait annoncé qu'elle donnerait son accord pour de telles manif's imprévues provoquées par les tumultes du monde, mais à la condition que le canton soit lui aussi d'accord. "Le droit constitutionnel de manifester sera maintenu", assurait le Secrétaire adjoint du département des institutions, Nicolas Bolle, qui ajoutait cependant que "chaque demande sera examinée attentivement". Autant ne pas déposer de demande -et même, utiliser intentionnellement les moments de rassemblement autour de l'Euro pour y greffer la manif. Hélas (trois fois), tel ne fut pas le cas.
Pourtant, y'aurait eu des squats à tenter...
La majorité de droite du Grand Conseil genevois a accordé au Conseil d'Etat (dit "de centre gauche") un crédit de 5 millions pour doter, hors de toute base légale utilisable, huit sites "sensibles" de caméras de surveillance en prévision de l'Eurofoot -mais les caméras resteront après, premiers fils d'une toile de vidéosurveillance plus étendue. La gauche s'est opposée à cette proposition, mais l'intellectuel de service, Eric Stauffer, du MCG, lui a répondu que "ceux qui sont contre sont ceux qui ont quelque chose à se reprocher".
La police genevoise avait commencé fin janvier à s'entraîner pour l'Euro2008 : à la Gare Cornavin, le 23 janvier, des policiers déguisés en supporters et des policiers déguisés en policiers ont fait mumuse pour tester le dispositif d'encadrement des premiers par les seconds. Au Stade de la Praille, où le 10 avril des policiers déguisés en supporters ont fait mine d'affronter des policiers déguisés en policiers. Explication de la police : 30'000 personnes à la Praille pendant les matches, et une activité "festive" presque 24 heures sur 24 pendant trois semaines, ça équivaut aux Fêtes de Genève plus la Lake Parade. Et faut se préparer. D'ailleurs, on avait préparé une prison provisoire "spéciale Euro", sur le modèle des prisons temporaires créées en Allemagne pendant le Mondial 2006 (elles avaient accueilli 400 supporters). A Genève, la prison temporaire (Champ-en-jachère-Dollon ?) était installée à Palexpo dans la halle 7 et pourrait être réutilisée pour le Mondial de hockey en 2009. C'est "pour le bien de la collectivité", expliquait le porte-parole de Palexpo. On est sauvés, Palexpo veut notre bien. De toutes façon, on pouvait pas mettre les supporters violents à Champ-Dollon, ousque ce ne sont pas les clients qui sont bourrés, mais la prison elle-même. D'ailleurs, une fois terminé, l'Eurofoot est venu au secours de Champ-Dollon : douze des cabanes en bois utilisées comme lieux de rétention provisoire à Palexpo, dans le cadre de l'Eurofoot, vont être mises à disposition de Champ-Dollon, au cas où. Au cas où quoi ? Non, pas en cas de surpopulation, c'est promis, assure le directeur Franziskakis. Juste en cas d'"événement exceptionnel", comme un incendie. Provoqué par exemple par une mutinerie elle-même provoquée par la surpopulation, on joue un peu sur les mots, là...
Les gendarmes genevois toucheront une indemnité spéciale, forfaitaire, pour leur service pendant l'Eurofoot, et leurs heures supplémentaires seront payées. L'Union du personnel du corps de police réclamait le versement d'une prime exceptionnelle pour la surcharge de travail pendant l'Eurofoot. A l'occasion du G8, une prime de 2500 francs avait été octroyée aux gendarmes et policiers genevois. Si une prime équivalente était versée pendant l'Eurofoot, et on ne voit pas au nom de quoi elle ne le serait pas, la facture de l'Eurofoot pour les collectivités publiques s'alourdirait d'au moins un million.
La police lucernoise s'est quant à elle fait la main, le 1er décembre, sur des manifestants n'ayant rien à voir avec l'Euro, mais ayant eu le mauvais goût de défiler en ville pour protester contre les menaces de fermeture d'un centre alternatif, alors que l'UEFA s'apprêtait à organiser à Lucerne le pince-fesse du tirage au sort des matches de l'Euro. Pour les flics lucernois, c'était une sorte d'exercice grandeur nature avant l'Euro, où une partie d'entre eux ont prêté main-forte aux flics des villes-hôtes alémaniques. Donc, bilan du test (ou on a scrupuleusement respecté les consignes énoncées pour les matches de l'Euro) : dispersion de la manif en tirant des balles de caoutchouc, 245 personnes arrêtées, emmenées dans un abri PC transformé en prison, fouillées, parfois désabillées et photographiées (parfois à poil, y compris les filles de moins de 18 ans, dénudées devant des policiers et des employés de la protection civile, certaines étant en outre l'objet de fouilles intimes). Des personnes ont été enchaînées pendant des heures, entassées dans de petites cellules sans sanitaires.
Des accords de coopération ont été signés avec la France et l'Allemagne pour que des policiers français et allemands (entre 500 et 1000 au total) puissent renforcer les flics suisses pendant l'Euro. A Genève, des agents français pouvaient être engagés pour une durée maximale de 48 heures, pour les matches Portugal-Turquie du 7 juin, République tchèque-Portugal le 11 juin et Turquie-République tchèque du 15 juin. Les Allemands sont allés s'ébrouer à Bâle et à Zurich. Berne a bénéficié de renforts des polices argovienne, soleuroise et de Suisse centrale. Avec tout ça, la Suisse était prête à tout. Mais les polices cantonales avaient averti : avant, pendant et après les matches de l'Euro, on sera aux abonnés absents pour tout ce qui relève de nos tâches habituelles. La police zurichoise a annoncé que les jours des matches, elle ne pourra assurer qu'un service minimum. Et elle a aussi annoncé qu'elle testait un drone (avion sans pilote) embarquant une camera pour pouvoir identifier les situations critiques.
Heureusement, quand les polices d'Etat menacent d'être débordées, les polices privées veillent : Securitas annonçait vouloir engager 400 personnes pour Vaud, le Valais et Genève (la moitié à Genève), et Protectas 1000 personnes pour toute la Suisse, dont 300 en Romandie. Les deux poulaillers privés n'avaient, fin mars, trouvé que la moitié de ce nouveau personnel. En attendant, ce sont bien des "agences de sécurité" privées -plus clairement dit : des polices privées- qui ont assuré la "sécurité" de la "fan zone" de Plainpalais. Et les organisateurs du parc à bestiaux ont été "très satisfaits" des prestations de Python Sécurité et AS Sécurité. Ils ont raison : obliger les vieilles dames avec des cannes et les jeunes mères avec poussettes à faire le tour de la plaine squattée par le parc à beaufs, ça méritait toutes les félicitations.
Et puis, notre glorieuse armée était sur le pied de guerre : en 2006, le Conseiller fédéral Samuel Schmid avait annoncé que 15'000 soldats seraient¨ mis à disposition des cantons pendant l'Eurofoot. La plus forte mobilisation depuis la Guerre Mondiale. On en avait tiré fort judicieusement la conclusion que l'armée se cherchait, et trouvait là où elle pouvait, des missions pouvant justifier son existence. Mais en réalité, des 15'000 soldats annoncés, on n'en a mobilisé que quelques centaines. A Genève, la gendarmerie a annoncé qu'elle comptait sur le renfort d'une seule compagnie, soit une centaine de troufions, chargés de régler la circulation et d'accomplir des tâches purement logistiques. C'est pour ça qu'on a besoin d'une armée, pour faire le boulot d'une police municipale ? Ben oui, c'est pour ça...
Et c'est pour ça aussi qu'on a besoin d'hélicoptères militaires : un Super Puma de l'armée, équipé d'une caméra embarquée, a remplacé à Genève les drones (avions sans pilotes) utilisés dans les autres villes-hôtes. Explication : l'aéroport est trop proche. Et la baudruche à Jobin aussi ?
Le Tribunal fédéral a annulé partiellement le règlement zurichois contre le hooliganisme, adopté en prévision de l'Euro2008, et mis également hors-jeu le dispositif genevois. Le contrôle judiciaire de la garde à vue (24 heures au maximum) des supporters arrêtés était jugé insuffisant par le TF, qui trouvait discutable le principe même de l'emprisonnement avant toute commission de délit, et qui précisait que tout individu arrêté doit pouvoir recourir immédiatement contre son arrestation et sa détention auprès d'un juge ou d'un tribunal, ce que ni le règlement zurichois, ni le règlement genevois ne permettaient. A Zurich comme à Genève, les réglements ne satisfaisaient pas aux exigences posées par la Convention européenne des droits de l'Homme, puisqu'ils ne prévoyaient de premiers recours qu'auprès d'autorités administratives ou politiques. A Genève, le règlement prévoyait qu'un recours doit être déposé d'abord auprès du Département cantonal (celui des Institutions), et, en deuxième instance, auprès du Tribunal administratif. Procédure trop lente, et insatisfaisante au regard de la Convention européenne, estime le TF. Du coup, Genève a du revoir sa copie : le supporter mis en garde à vue a inalement pu saisir la justice, et celle-ci (en l'occurence le Tribunal administratif) avait 24 heures pour rendre une décision. Restait un problème : celui de la détention de mineurs. Pour la présidente du Tribunal de la jeunesse, Sylvie Wegelin, il ne pouvait être question "de mettre les jeunes ailleurs qu'à la Clairière" -mais celle-ci est déjà surpeuplée, et ses cellules dédoublées.
Inscription à :
Articles (Atom)