09 septembre 2007

Fonds de corbeille

VROUM VROUM
Le Conseil national a accepté de lever l'interdiction de courses
automobiles en Suisse. L'ancien patron d'écurie automobile Peter Sauber
s'en réjouit, avec cet argument curieux que la F1 est un sport écologique
puisque la grande majorité de ceux qui s'y intéressent le regardent à la
télé (mais alors, qu'on les organise en Suisse ou en Patagonie, ça change
quoi ?).
Heureusement, comme le constate Sauber, "il y a encore beaucoup d'obstacles
à franchir" avant qu'une course F1 ait lieu chez nous : d'abord, il y a de
moins en moins de courses F1 organisées en Europe; ensuite, la construction
d'un circuit coûte très cher (plusieurs centaines de millions de francs).
Enfin, parce qu'il y aura "des résistances et oppositions aux émissions
sonores". Pas seulement aux émissions sonores.

LE SPORT QU'ON FAIT ET LE SPORT QU'ON MATE
L'Euro2008 a déjà fait une victime : le marathon de Genève. Le sport qu'on
mate (le sport-pognon) a ainsi repoussé le sport qu'on fait, parce que
l'organisation du premier implique un tel engagement de la police genevoise
qu'elle ne pourra assurer le moindre autre service. Or la quatrième édition
du marathon était prévue en juin 2008, en plein Euro. On a donc dû la
reporter à l'automne suivant. Entre une véritable manifestation sportive et
une pompe à fric, le choix étzait en effet évident.

FONDS DE CORBEILLE
L'Euro 2008 sera l'invité d'honneur des Fêtes de Genève, en août prochain.
Qui se ressemble, s'assemble.

"La culture sera le parent pauvre de l'Euro2008", annonce (à regrets) "Le
Temps" du 16 juin.
Sans blague ?

Jusqu'à 20'000 prisonniers pourraient participer, dans la joie et la bonne
humeur, et sous bonne garde, à la construction des stades prévus pour
l'Euro2012 en Pologne, annonce l'AFP (21 juin)
Et on fait des misères aux Chinois sous le prétexte futile de leurs
quelques lacunes en matière de droit de l'homme, avant les JO de Pékin ?
A Genève, au moins, on n'a pas fait construire le stade par des prisonniers.
On l'a seulement fait payer par les contribuables.

Le Suisse Joseph Blatter, président de la Fédération internationale du
sport-pognon (la FIFA) depuis 1998, apparatchik de la FIFA depuis 32 ans, a
été réélu à la tête de ladite FIFA, le 31 mai, par acclamations. Il était
le seul candidat. Et il est âgé de 71 ans.
Candidature unique, vote unanime, gérontocratie : on a l'amour du sport à
la soviétique, à la FIFA.

On notera la présence de Suisses (d'âge plus ou moins respectable) dans la
nomenklatura sportive internationale : Joseph Blatter préside la fédération
internationale de foot (et siège au Comité international olympique), René
Fasel préside la fédération internationale de hoykey sur glace (et siège
aussi au CIO), Gilbert Felli est directeur exécutif de la commission du CIO
pour les JO de Vancouver (2010) et de Londres (2012), Gianfranco Kasper
préside la fédération internationale de ski (et siège au CIO), Denis Oswald
préside la fédération internationale d'aviron (et siège au CIO), Raphaël
Martinetti préside la fédération internationale de lutte. Toute une série
de fédérations sportives internationales ont par ailleurs le siège en
Suisse, comme le comité international olympique. Finalement, qu'on supporte
de temps à autre les nuisances des compétitions sportives organisées par
ces bureaucrates, ça n'est peut-être que justice...

Le président à vie de la fédération internationale de foot-pognon, Joseph
Blatter, a proposé, et obtenu de la FIFA, que désormais on n'organiserait
plus de matches internationaux au-dessus de 2500 mètres d'altitude "pour
des raisons médicales et dans un souci de mieux protéger les joueurs"
Et pas du tout parce que de tels matches ne rapportent rien. Pour des
raisonss sociales et dans un souci de mieux protéger les caisses publiques,
on pourrait aussi décider de ne plus organiser de matches internationaux
au-dessus de 2500 balles. Mais faut pas rêver.
Jouer en altitude étant supposé malmener les organismes des joueurs qui n'y
sont pas habitués, les stades de La Paz (Bolivie, 3600 m-), Bogota
(Colombie, 2640 m.), Quito (Equateur, 2800 m.), Cuzco (Perou, 3500 m), pour
ne citer que les capitales sud-américaines, seraient mis hors compétition
par la FIFA. Du coup, les présidents péruvien (Alan Garcia) et bolivien
(Evo Morales) ont lancé, soutenus par leurs homologues vénézuélien (Hugo
Chavez) et chilienne (Michelle Bachelet) une offensive pour faire annuler
la décision de la FIFA, soutenue en revanche par les Brésiliens et les
Argentins, l'idole cacochyme du foot brésilien Pelé expliquant que "jouer
en altitude a toujours désavantagé les Brésiliens", ce qui justifie sans
doute qu'on y renonce. Comme, sans plus de doute, il serait justifié de
renoncer à jouer dans des pays chauds pour ne pas désavantager les joueurs
des pays scandinaves, dans des pays froids pour ne pas désavantager les
joueurs des pays africains. Et en Suisse pour ne pas désavantager les
joueurs des pays pauvres ? Un hebdo colombien, "Semana", pose donc la bonne
question : "Si la FIFA interdit de jouer en altitude pour de raisons de
santé, pourquoi ne le fait-elle pas aussi avec les basses températures, la
neige, la pluie et la canicule ?"...
Réponse : parce que les pays qui seraient victimes d'une telle interdiction
sont plus riches que les pays victimes de l'interdiction de jouer en
altitude...

Pendant ce temps, l'ONU décide de s'appuyer sur le sport pour réunir les
populations en conflit dans des pays en crise. On ne ricane pas, côté
hooligans, au fond à droite, c'est officiel : l'ONU a décidé d'investir
dans le domaine du sport en République démocratique du Confo, au Liberia et
en Côte d'Ivoire (après les massacres, le sport) afin de "créer des liens
et des passerrelles entre les gens". L'ONU va pour cela travailler avec la
mafia du foot-pognon, la FIFA, qui organise la Coupe du monde en Afrique
du Sud en 2010. Et pour couronner le tout, le directeur du bureau de l'ONU
pour le "sport au service de la paix et du développement", Djibril Diallo,
a proclamé que le sport était "un outil majeur pour la paix". Comme en
témoigne sans doute la mobilisation de milliers de policierset de soldats
en Suisse pour assurer la sécurité autour de l'Euro 2008.

SPÉLÉOLOGIE FINANCIÈRE
Ce n'est pas le coût de la construction des stades qui constitue pour les
collectivités publiques la charge la plus lourde, mais les frais de
fonctionnement, d'entretien, de rénovation, sur deux ou trois générations :
il faut remettre l'installation aux nomes, la rénover, la réparer,
l'entretenir. Et quand on veut s'en débarrasser, il faut encore payer pour
la démolir. De ce point de vue, l'exemple de la Praille est
particulièrement éclairant : une fois construit le stade, on n'arrête pas
de payer. Et comme la rentabilité d'une installation sportive lourde est
illusoire, et que s'en aporiocher dépend directement de l'existence d'0un
club local résident, classé dans l'"élite" du football national (voire
européen), et disposant d'une "base" de supporters importante, Genève se
retrouve particulièrement mal partie, avec un club relégué en division
inférieure, et qui, même lorsqu'il oeuvrait en division supérieure, ne
mobilisait que moins de 4000 supporters, épour un stade de 30'000 places.
Le trou creusé à la Praille est ainsi voué à s'agrandir, et à s'aprofondir
au fil du temps.

06 septembre 2007

Euroro

La justice genevoise a confisqué la caution de 300'000 francs qui avait été
versée par l'ancien patron du Servette (et de la SA d'exploitation du
stade), Marc Roger, en échange de sa libération provisoire -suivie de sa
fuite en France, d'où il ne pouvait être extradé, et conclue par une
escapade en Espagne, où il a été coffré sur mandat international. La
justice espagnole a donné son accord à l'extradition de Roro, demandée par
la Suisse. L'avocat espagnol de Marc Roger ne se faisait d'ailleurs pas
d'illusions sur ses chances d'éviter son extradition (il a quand même fait
recours contre la décision espagnole) et déclarait que le Bouc émissaire
était "prêt à revenir en Suisse" (mais pas en avion), et était même "plutôt
en forme". Après quoi, sans doute pour attester de la bonne forme de
l'animal, il a produit un certificat médical tenant de l'inventaire vésalien :
Roro souffre de troubles respiratoire, d'hypertension artérielle, de
surpoids, d'un taux trop élevé de cholestérol et de dépression. Un vrai
sportif, quoi. La justice espagnole a admis que l'état de santé de Roro
était incompatible avec son transport en avion vers la Suisse. Le transport
du malade extradé devra donc se faire en train ou en bagnole. Problème :
pour aller d'Espagne en Suisse, faut passer par la France. Dont Roger est
ressortissant. Et qui n'extrade pas ses ressortissants. Si Roro sautait du
train ou de la bagnole ou s'annonçait simplement à la frontière française
en tant que ressortissant français extradé d'Espagne vers la Suisse, il
pourrait rester en France. Libre ou pas, mais en France. Et la justice
genevoise se retrouverait le bec dans l'eau. L'office fédéral de la justice
négocie certes avec les autorités françaises la garantie qu'elles ne
s'opposeront pas à l'extradition de Roger, mis cette garantie n'est pas
acquise. L'avocat des joueurs (plaignants contre Roro) du Servette
s'inquiète et propose... un transfert en bateau. Comment aller en bateau
d'Espagne en Suisse quand on ne navigue pas sur Alinghi ? Et Me Canonica de
suggérer une croisière méditerranéenne d'Espagne vers l'Italie (encore
faudrait-il ne pas passer par les eaux territoriales françaises, Roro est
capable de se foutre à l'eau pour peu qu'elle soit française), puis le
train et la bagnole d'Italie vers la Suisse.
Le feuilleton de la faillite du Servette tourne carrément à la farce.
Quant à l'extradition, elle aurait pu être contestée si les délits
poursuivis n'existaient pas en droit espagnol ou si les conditions de
détention en Suisse violaient les droits de l'homme, mais les délits
retenus contre Roger existent en Espagne et la Suisse n'est pas une
dictature militaire. Seulement, et en 2008, une dictature médiatique du
foot pognon, mais c'est pas une violation des droits de l'homme.
Roro avait pourtant commencé par refuser son extradition, en invoquant des
motifs aussi sérieux que sa gestion du Servette et du Stade : la peur de
l'avion, la claustrophobie et ses ennuis cardiaques. Résultat : il sera
extradé en train. Pourquoi pas en char à boeufs ? Parce qu'on n'a pas
trouvé de char. Les boeufs, on les avait déjà : les supporters du Servette
et les contribuables qui ont, les uns et les autres (les uns étant
d'ailleurs aussi parmi les autres) payé les conneries de Roro, et la
connerie plus gtrande encore de ceux qui lui ont filé les clefs du stade et
du club.
Bref, on attend Roro à Genève d'ici la mi-août (s'il ne trouve pas le moyen
d'échapper d'ici là). Il est inculpé de gestion déloyale, banqueroute
frauduleuse abus de confiance et faux dans les titre. Ses parrains et
soutiens genevois, eux, ne sont inculpés de rien : la connerie n'est pas un
délit.

03 septembre 2007

Europoulets

Une soixantaine de pandores de la Brigade d'intervention ont envahi le 7
mai la gare de Cornavin (une semaine avant, une quinzaine de poulets
vaudois s'étaient livrés au même exercice dans la gare de Lausanne). Pas de
panique, c'était un exercice, dans la perspective de l'Euro2008 : nos
gendarmes ont simulé l'encadrement de supporters arrivés en masse par le
rail. On entraîne donc nos gentils gendarmes à accueillir gentiment les
gentils supporters des gentilles équipes du gentil Eurofoot. Et si les
supporters sont pas gentils ? Ben... Comme le suggère le commandant des
pandores de Piogre, "tout dépend des équipes que l'on recev ra : si c'est
le Liechtenstein contre les Iles Féroé, cela devrait aller". Si les phoques
des Féroé sont de bonne humeur. Et si c'est Serbie-Croatie, on fait quoi ?
On appelle l'OTAN ?
On saura en décembre, après tirage au sort des groupes du tour final de
l'Euro, quelles équipes s'affronteront dans quelles villes. On considère
généralement que les supporters européens les plus violents se trouvent en
Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Pologne, mais on en
a quand même quelques centaines dans notre beau pays (où 600 supporters
violents sont interdits de stade). Dans l'Union européenne, 10'000
interdictions de stade sont en vigueur contre des hooligans et des
supporters violents. 16'000 policiers suisses seront mobilisés dans les
villes hôtes et ailleurs. 15'000 soldats pourront leur donner un coup de
main, ainsi que des flics français et allemands (on évalue le besoin de
tels renforts étrangers dans une fourchette de 400 et 650 policiers pour
Genève seulement), et des policiers en civils originaires des pays dont les
équipes seront sur le stade, et spécialistes du hooliganisme ("spotters").
A Genève, les 1650 gendarmes, policiers et employés de la police seront
privés de congés pendant toute la période de l'Euro. Dans les stades, la
surveillance sera effectuée par des privés, sous la responsabilité de
l'Association suisse de football. Les policiers ne pénétreront dans les
stades qu'en cas de grabuge

Les fans, les joueurs, les employés, les supporters et les hooligans non
répertoriés comme tels n'auront à l'occasion de l'Euro2008 besoin que d'un
seul visa pour la Suisse et l'Autriche -quand encore ils auront besoin d'un
visa. Ce visa austro-suisse sera un visa "Schengen" spécial, portant
l'indication Euro2008.

30 août 2007

Eurobaston

Le 5 avril, le quart de finale de la Coupe de l'UEFA entre Séville et
Tottenham a été ouvert par des affrontements entre supporters anglais et
policiers espagnols. Bilan : 8 blessés.
Le 10 avril, le quart de finale de la Ligue des champions entre Manchester
et Rome a été marqué par des violences : 18 personnes ont été arrêtées, et
un blessé a du être hospitalisé.
Le 15 avril, à Agrinio (Grèce), lors d'un match de 3ème division, une
bagarre générale entre joueurs et supporters des deux équipes a fait trois
blessés graves. Le même week-éend, des incidents violents se sont aussi
produits à Kalamata, Larissa, Thessalonique et Athênes, où, fin mars, un
supporter de 25 ans avait été tué dans des affrontements entre plusieurs
centaines de hooligans.
Le 26 avril, plusieurs supporters valaisans interdits de stade se sont
défoulés dans la gare d'Aarau et se sont affrontés à la police. 25
supporters ont été arrêtés, un policier a été blessé. Début avril, lors
d'une rencontre entre deux équipes juniors valaisannes à Vouvry, un joueur
d'une quinzaine d'années a été passé à tabac par des supporters de l'équipe
adverse.
Le FC Zurich a envoyé à quatre de ses supporters les plus excités une
amende de 10'000 balles qui lui (au club, donc) a été infligée à cause de
leurs "débordements" lors de matches à Zurich. La commission de discipline
de la Souisse Foutbol Ligue avait puni le FC Zurich après que ces
supporters aient lancé des objets ou allumé des feux d'artifice interdits
dans les stades ou jouait le club.
Si on peut même plus rigoler, alors...

26 août 2007

EUROBOURRAGE DE CRANE (ET VIDAGE DE CAISSES PUBLIQUES)

Une fort opportune étude du bureau zurichois Rütter+Partner (sur)évalue à
une fourchette de 1,1 à 1,5 milliard le chiffre d'affaire de l'euro2008
pour la Suisse. La valeur ajoutée de l'événement serait comprise dans une
fourchette de 637 à 859 millions, et les dépenses des visiteurs dans une
fourchette de 250 à 400 millions (le nombre de visiteurs étrangers étant
évalué entre 1 et 1,4 millions, pour 2,8 à 5,4 millions de visiteurs au
total). Tout cela est bien beau, mais d'une part la même étude constate que
pour les collectivités publiques, l'Euro2008 aboutira à un déficit d'au
moins 30 millions (les investissements publics s'élevant à au moins 140
millions, et les rentrées fiscales à au plus 110 millions), et d'autre part
une étude allemande sur les retombées économiques du Mondial allemand de
2006 constate que ces retombées ont été bien moindre que prévues, et qu'en
particulier celles dans le secteur du tourisme avaient été largement
surestimées : si un événement sportif majeur attire des spectateurs
étrangers, il pousse d'autres touristes à renoncer à se déplacer dans la
région sinistrée. Le seul domaine où le Mondial de foot semble avoir eu
quelque effet, c'est la démographie : dans plusieurs villes allemandes,
neuf mois après l'événement, on a constaté un "baby boom" (plus 20 % de
naissances à Berlin, par rapport à l'année précédente, par exemple).
Economiquement, cepenant, le Mondial n'a eu aucun effet sur la conjoncture
allemande : les bénéfices supplémentaires enregistrés dans certains
secteurs (le commerce de détail par exemple) et sous-secteurs (la
gastronomie, les articles de sport) ne se traduisent que par des retombées
tout à fait margin ales sur l'ensemble de l'économie. En Suisse, les
prévisions de Rütter+Partner sont contestées pour leur optimisme excessif
: pour un porte-parole de la Migros ("20minutes.ch" du 14 mai), le
doublement escompté du chiffre d'affaire est "illusoire". En revanche,
comme il pourrait être moins illusoire dans certains secteurs très
particuliers, les collectivités publiques organisatrices ont décidé de
soutenir financièrement une campagne contre la traite des femmes et la
prostitution forcée, après analyse des faits lors du Mondial allemand de
2006. Il faut donc bien admettrre que certains secteurs de l'économie vont
effectivement profiter de l'Euro2008, même si selon le service de
coordination contre la traite d'être humains ne prévoit pas une "flambée de
la prostitution forcée" pendant l'Euro 2008. Logique : on s'est déjà fait
baiser avant.
En Autriche également, on a produit des prédictions très optimistes sur
l'impact économique de l'Euro : des recettes de 320 millions d'euros, 5400
nouveaux emplois, dont un e moitié de longue durée, des centaines de
milliers de nuitées.

Le directeur des opérations de l'UEFA, Martin Kallen, ayant annoncé que le
tournoi austro-suisse serait "le plus réussi de l'histoire", ce qui est
assez logique puisque c'est le dernier en date, le président de l'UEFA,
Michel Platini, a nuancé : "il a du dire la même chose avant l'Euro 2004 au
Portugal, et il dira sans doute la même chose avant l'Euro 2012 organisé
par la Pologne et l'Ukraine"... C'est ce qu'il y a de bien avec l'UEFA : on
a affaire à des optimistes. Près de leurs sous, mais optimistes quand même.

Du côté des organisateurs suisses de la foire à beaufs, on est aussi
optimistes, mais on prend des précautions, au cas où l'enthousiasme
spontané des masses ne serait pas au rendez-vous. On lance donc une
campagne destinée à réveiller cett enthousiasme, ou à le susciter, ou à
faire croire qu'il est là. ça s'appelle (en anglo-zurichois, forcément, vu
qu'en français ou en italien, ça a tout de suite l'air de la chanson :
tarte) "Play Football Switzerland on Tour", ça dure 140 jours et ça doit
"ancrer le football d'un point de vue émotionnel dans toutes les régions du
pays" et y laisser "une trace tangible au-delà de l'Euro". Quelle genre de
trace, on sait pas, mais une trace.
Au cas où on aurait oublié que l'Euromachin est une grosse affaire de gros
sous, la campagne "Play Football Switzerland on Tour" est soutenue par le
Crédit Suisse et Oechsner Sport". Et bien sûr, la SSR, jamais en reste de
soutien à la ringardise.

31 juillet 2007

Euromarché (noir)


Des billets pour la demi-finale bâloise de l'Euro2008 sont déjà en vente
sur internet pour 6500 francs le jeu de quatre, soit douze fois plus cher
que leur prix normal. Ces billets sont soit mis en vente par des
particuliers les ayant obtenu normalement, ou par des revendeurs plus ou
moins légaux sachant où s'approvisionner au noir. En Angleterre, des sites
internet de vente non autorisée opérant à grande échelle font déjà l'objet
d'enquête.
C'est pas juste, faut pas tuer le petit commerce, il est inséparable de la
beauté du foot. Pour certains, il en est même le seul intérêt.
C'est ainsi que des entreprises sont prêtes à débourser des sommes
"colossales" (selon Le Matin du 29 avril) pour obtenir des places VIP
lors des matches de l'Euro 2008, histoire de s'en servir pour appâter des
clients, réceptions dans de grands hôtels à la clef (et escort girls en
prime ?). Les 80'000 billets VIP disponibles, distribués par la société
américaine IMG, sont en vene depuis la mi-avril, mais des arrangements se
négocient depuis le début de l'année, par des filières parallèles,
notamment des sociétés installées dans des paradis fiscaux (genre
Lichtenstein), qui proposaient mi-avril les trois matches du premier tour
dans le groupe de la Suisse pour 18'000 balles la place (3000 francs de
plus que le prix officiel) , avec réception dans un grand hôtel de Bâle.
Dans les coulisses de l'UEFA, on admet qu'il est possible que des
fédérations nationales de foot, malgré l'interdiction qui leur en est
faite, alimentent ce marché noir (ou gris foncé).
Quant au spectateur de base, il aura été convié à la loterie : l'UEFA a
reçu 8,7 millions de demandes de billets, pour 350'000 billets disponibles.
Sur 24 demandes, 23 n'auront donc pas été satisfaites ailleurs que sur le
marché noir. A Genève, 750 billets sont réservés à la population du canton
pour chacun des trois matches diputés à la Praille, les 7, 11 et 15 juin
2008. ça fait 2250 billets en tout, pour le vulgaire. Pour l'élite, le
Conseil d'Etat dispose de 40 billets par match à distribuer à ses petits
copains. La Fédération suisse de foot dispose en outre de 19 % des places
pour chaque match de l'équipe de Suisse, tous disputés à Bâle.
Au total, sur 1,05 million de places, un tiers sont attribuées par tirage
au sort au "grand public", 38 % aux fédérations de foot des pays qualifiés,
14 % aux sponsors, le reste se partageant entre happy few : invités
spéciaux, notables de l'UEFA et leurs copains, villes hôtes, propriétaires
des stade. Le marché noir va quant à lui se nourrir des reliefs de ces
attributions.

29 juillet 2007

Euroracket

L'Autriche investira officiellement l'équivalent de 220 millions de francs
dans l'organisation de l'Euro2008, la Suisse 182 millions. Il faut
évidemment placer l'expression "au moins" avant le chiffre officiel. Et
attendre les comptes pour savoir ce que le machin aura réellement coûté aux
collectivités publiques.

Le 17 juin, les citoyennes et yens de la Ville de Berne ont accepté, à une
courte majorité, un crédit de 5,2 millions de francs pour l'accompagnement
des matches de l'Euro2008. La votation avait, loyalement, été organisée par
les autorités bernoises sans attendre un référendum populaire, exercice
auquel s'étaient non seulement bien gardées de se livrer les autorités
genevoises, mais qu'elles avaient même rendu impossible en noyant les
crédits consentis à l'Euro dans le budget ordinaire du canton, contre
lequel aucun référendum ne peut être lancé.
Comme quoi la Sarine n'est pas seulement une frontière linguistique, mais
aussi une frontière politique, entre ceux pour qui "démocratie" est un mot
et ceux pour qui ce mot est aussi une pratique.

25 juillet 2007

EUROPROPAGANDE : LA SSR EMBARQUEE

Garde à vous ! C'est le mot d'ordre imposé par la radio et la télé publique
suisse (SSR SRG Idée Suisse) à ses collaborateurs, à propos de l'Euro 2008.
La SSR a passé un accord avec la société Euro2008 SA, et entend bien faire
en sorte que cet accord ait force de loi supérieure à la liberté d'informer
-et plus encore, évidemment, à celle de critiquer. Une missive adressée au
personnel pose clairement le diktat : "L'Eurol va devenir au cours des 13
prochains mois le sujet dominant pour tous les services des sports, mais
les émissions d'information, de divertissement et les programmes culturels
reprendront eux aussi ici et là les divers éléments marquants de cette
manifestation. "We light the Euro fire", telle est la devise que s'est
donnée la SRG SSR Idée suisse pour les mois à venir". "We light the Euro
fire" : on a bien fait d'appeler le swiss public network "idée suisse". Et
on fait bien de mettre au pas les quelques journalistes qui pourraient, à la
SSR, avoir encore quelques bribes de morceau de fantôme d'esprit critique.
Et de préciser que les collaborateurs de la SSR SRG Swiss idea devront
désormais et jusqu'au 29 juin 2008 utiliser un papier à en-tête et des
enveloppes portant le logo de l'Euro.
Le service public va donc rouler pour l'UEFA. Le pire, c'est qu'on n'est
même pas surpris de cet aplaventrissement. Ni qu'il se manifeste en anglo-zurichois dans le texte.

23 juillet 2007

Euroramdam

A Genève, en plus du reste, une boîte de nuit sera spécialement aménagée à
la patinoire des Vernets pour que les supporters puissent boire et se
secouer jusqu'au bout de la nuit (la voirie les rammassera au matin).
Si la plaine de Plainpalais est surpeuplée, s'il pleut, s'il grèle, si...
les euromaniaques pourront suivre les matches sur l'écran des Vernets :
c'est une "soupage de sécurité", explique le député radical Frédéric Hohl,
organisateur de l'"événement", qui ajoute que tous les soirs une réunion
sera organisée (avec la police, entre autres) pour savoir si on ouvre ou
non le parc à beauf des Vernets en plus opu à la place de celui de
Plainpalais. Aux riverains de Plainpalais, on a une bonne nouvelle a donner :
après deux heures du matin le week end et onze heures du soir la semaine,
ujn peu de tranquillité reviendra. Un peu. Réaction des riverains :
"limiter le bruit (en le déplaçant aux Vernets), c'est toujours mieux que
de nous proposer d'aller nous installer ailleurs", ce que les braves
organisateurs du machin n'avaient pas hésité à suggérer aux malheureux
habitants.

Dans 17 villes triées par les organisateurs, une "UBS Arena" sera installée
paer la société Perron8, mandatée par la banque UBS, pour permettre au bon
peuple de "vivre l'Euro comme s'ils (les habitants) y étaient" : des écrans
de 45 m2, des arènes jusqu'à 1000 places assises et 10'000 debout (on n'a
pas les chiffres pour les places couchées). Six villes ont déjà été
désignées (Bienne, Kreuzlingen, Locarno, Lugano, Sion et Soleure), trois
ont le bonheur d'avoir déjà été mises hors course (dont Montreux et
Martigny), mais les masochistes de ces villes peuvent encore espérer la
mise en oeuvre d'un projet privé (il leur faudra se payer une licence
auprès de l'UBS). Plusieurs villes "sélectionnées" par l'UBS (heureux pays,
où une banque privée "sélectionne" des municipalités...) ont refusé le
cadeau : Fribourg, Delémont, Schaffhouse. Et Lucerne a fait savoir qu'elle
n'en voulait pas. La principale raison de ces refus tient aux coûts élevés
générés par ces sites, coûts évidemment à la charge des communes, et se
montant à plus de 100'000 francs par site.

Pour l'installation des "UBS Arena" dans 17 villes, les organisateurs
annoncent que des sponsors privés assureront "l'essentiel des coûts". Pour
l'accessoire, qui risque de coûter aussi cher (voire plus) que l'essentiel,
on fera comme d'habitude appel aux caisses publiques ?
Et dans les villes qui n'auront pas été retenues par les organisateurs pour
l'installation de ces parcs à beaufs, des privés pourront toujours monter
leurs propres parcs, mais à condition de se payer une licence. Y'a pas de
petit profit dans le sport pognon.

18 juillet 2007

Moins d'un an de sursis

Le 7 juin, dans les quatre villes hôtes de l'Eurobeauf (Bâle, Berne, Genève
et Zurich), les organisateurs du machin ont installé des compteurs à
rebours "se mettant en branle sous le regard émus des officiels locaux"
(Le Temps du 7 juin). A 18 heures ce jour là, il restait encore
31'536'000 secondes avant le coup d'envoi du premier match.
Et le délégué du Conseil fédéral pour l'Euro2008 de prédire : "Au final, je
suis persuadé que tout le monde sera emballé". Personne n'ayant d'ailleurs
le choix.
Si on n'a pas le choix d'être ou non emballés (on est déjà ficelés), on a
encore le choix de s'emballer nous mêmes ou de nous y refuser. Un sondage
(sans représentativité, et par internet) auprès des lecteurs de
20minutes.ch, a priori plutôt sensibles à ce genre d'événements, signale
que si 43 % d'entre eux se "réjouissent" à l'avance de l'Euro2008, 30 %
s'en foutent et 27 % y sont allergiques. "La sauce tarde à prendre, surtout
à Genève", observe, contrit, le prébendier de service (le député radical Frédéric
Hohl, organisateur des à-côtés festifs du machin). Normal, c'est pas une
sauce, c'est un bouillon de onze heures.