04 avril 2012

Le Servette FC en cessation de paiements : Y'a des semaines, comme ça...

Y'a des semaines, comme ça, où tout fout le camp : Mark Muller d'abord, le Servette ensuite... Le président de la SA du Servette Football Club (eh oui, amis sportifs: vos clubs ne sont pas des associations, ce sont des sociétés anonymes...) a donc annoncé qu'il était en cessation de paiements. Le club a pour 1,7 million de francs de poursuites, il doit fournir dans les dix jours des garanties financières pour obtenir sa licence pour la saison prochaine et il n'a apparemment plus un radis. L'administrateur du club, Cedric Tonoli, a démissionné de son poste. On cherche un repreneur ou des repreneurs (Marc Roger ? Bulat Chagaev). On s'agite. On pleure. Et on n'oublie qu'une chose : que depuis longtemps, le sort des équipes professionnelles ne se joue plus sur les terrains, dans les stades ou sur les patinoires, mais là où fonctionnent (ou dysfonctionnent) les pompes à fric...

Des p'tits trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous (chanson populaire)...

n devrait verser une larme, mais elle serait de crocodile, alors on s'en abstient (trop de sauriens se sont ébroués à Piogre cette semaine pour qu'on ait le goût de s'y mêler): le spectre de la faillite qui planait sur le Servette FC ne plane plus. Il a fondu sur sa proie. C'est ce qu'il y a de chiant avec les spectres : on n'arrive pas à s'en débarrasser. Une société qui s'occupe du nettoyage du stade, et qui n'avait pas été payée depuis six mois, ce qui la menaçait elle-même de faillite, avait annoncé qu'elle déposerait une requête de mise en faillite du club, pour une facture de l'ordre de 90'000 francs. In extremis, Pishyar a versé un acompte de 30'000 balles pour éviter, un temps, la faillite, mais le spectre planait toujours. Un autre créancier, qui fournissait les maillots du club, a demandé avant-hier la mise en faillite sans poursuite préalable, pour une créance de 285'000 balles. Le président Pishyar a donc posé les plaques et le ballon et est allé trouvé le juge pour annoncer son défaut de paiement.

Le petit frère du spectre genevois, qui planait au dessus du Neuchâtel Xamax, avait déja fondu sur sa proie, l'avait expédié ad patres et expédié son président au trou. On comprend que le précédent, s'il nous avait bien fait marrer, réjouissait peu le président du Servette, qui avait déjà sur le dos la Ligue suisse de football qui exigeait qu'il prouve qu'il avait payé les charges sociales des joueurs et du personnel, et que d'autres créanciers que la société de nettoyage avaient déjà mis le club aux poursuites. L'administrateur du Servette admettait, juste avant de démissionner, avoir « un problème de liquidités » et demandait à ses créanciers « de se montrer patients, de faire des efforts » -bref, de considérer qu'être créancier du Servette est un honneur qui suffit au paiement des créances, et que demander plus serait vulgaire. Un petit chantage affectif pour permettre au club et à Pishyar de ne pas payer leurs factures. Le temps de demander à quelque collectivité publique complaisante de les payer à leur place, comme d'hab'... Mais voilà, elles ont déjà payé, les collectivités publiques (la Ville et le canton), et elles ne veulent plus, en tout cas pas avant de savoir à quoi ont servi les subventions qu'elles ont accordées.
Car nos deux ministres (socialistes) des sports (et de la culture), le Conseiller d'Etat Charles Beer et le Conseiller administratif Sami Kanaan sont un peu fâchés : ils ont l'impression que le demi-million de subventions accordées au FC Servette pour le soutien à la formation et au mouvement juniors a été, au moins partiellement, utilisé pour boucher les trous financier de la SA du club et peut-être faire patienter les créanciers les plus pressés, ceux qui menaçaient de demander la mise en faillite du SFC avant que le président du SFC la demande lui-même. Si cela se confirmait, cela signifierait que les fonds versés par le canton et la Ville pour la formation et les junior auraient été détournés de leur affectation.

Bref, on attend avec gourmandise le rapport de la Cour des Comptes. Et on se prépare aussi à entendre les jérémiades des supporters politiques dans les parlements genevois. On aime bien ricaner avec le sport-pognon, et quelque chose d'impalpable nous dit que dans les prochaines semaines, on va avoir ample occasion de ricaner. Surtout que le SFC avait, cerise sur la gâteau, obtenu la gestion du stade de la Praille. Et que si le SFC est en faillite, il va falloir non seulement trouver un repreneur pour le club, mais aussi pour le stade... Et cette chanson là, on la connaît : Des p'tits trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous...

27 mars 2012

Brèves

Les créanciers du Servette FC de Magic Pilchard s'organisent : fatigués d'attendre que le gros poisson leur paie ce qu'il leur doit, ils ont décidé de faire valoir leurs droits collectivement plutôt que chacun pour soi. Une dizaine d'entreprises créancières se sont donc réunies lundi soir. Ensemble, elles représentent plus de 400'000 balles de créances diverses (plus que le capital, 320'000 balles, de la SA du club. Quatre de ces entreprises ont déjà mis le SFC aux poursuites, l'une d'entre elles avait menacé de le mettre en faillite avant de recevoir un acompte, et le Servette doit en plus une centaine de milliers de francs aux Services Industriels. Quelque chose nous dit qu'on n'a pas fini de rigoler. On a mauvais esprit.

Les Jeux Olympiques d'hiver se dérouleront à Sotchi, en Russie (sur la mer Noire). Et comme tous les jeux olympiques d'hiver et d'été précédents, leur préparation et l'installation des équipements font table rase des droits des habitants du coin (après qu'on leur ait promis monts et merveilles). C'est ainsi que les propriétaires de logements d'une cité d'habitation du quartier Makarenko risque fort de perdre leur logement : la cité doit carrément être rasée pour faire un parking. Les habitants avaient investi tout leur avoir dans l'achat d'un logement (entre 3,5 et 6 millions de roubles), la cité n'est même pas encore achevée (mais une quinzaine de familles y sont déjà installées) et voilà qu'on annonce qu'elle va être démolie au printemps par la société qui édifie les sites olympiques. Prétexte : le quartier a été construit sans base légale, le promoteur est en prison et toutes les collectivités publiques concernées (la Ville de Sotchi, la région, la Russie) jurent qu'elle ne peuvent rien faire. Comme si elles n'étaient pas au courant qu'un quartier entier s'édifiait et qu'on y avait amené gaz, électricité et eau courante. Le Comité international olympique reste d'un calme olympien : il assure qu'il prend « très au sérieux la question des déplacements de personnes en relation avec la construction des sites olympiques ». Il le prend même autant au sérieux que Poutine la question de la liberté des élections présidentielles. C'est dire. Qu'ajouter ? Ah oui, on a failli oublier : « vive le sport ! ».

Le Conseiller d'Etat Charles Beer et le Conseiller administratif Sami Kanaan, tous deux socialistes et tous deux « ministres des sports » sont un peu fâchés : ils ont l'impression que le demi-million de subventions accordées au FC Servette pour le soutien à la formation et au mouvement juniors ont été, au moins partiellement, utilisés pour boucher les trous financier de la SA du club . Beer et Kanaan ont donc saisi la Cour des Comptes pour qu'elle se penche sur la comptabilité, apparemment assez inventive, du centre de formation du SFC. Le Servette de Pisghyar a reçu 523'000 balles de subventions du canton (250'000) et de la Ville (273'700) en 2011 pour faire fonctionner son centre de formation et payer ceux qui l'animent, mais le responsable technique du centre n'a pas été payé depuis décembre (et a démissionné) et les entraîneurs du centre attendaient encore le 21 février leurs salaires de janvier. Quant aux joueurs de l'équipe « adulte », certains ont été payée intégralement, d'autres partiellement et attendaient toujours, eux aussi, leurs salaires de janvier. En revanche, les créanciers les plus pressés, ceux qui menaçaient de demander la mise en faillite du SFC, ont été au moins partiellement remboursés. Mais s'ils l'ont été grâce aux fonds versés par le canton et la Ville pour la formation et les juniors, ces fonds auraient alors été détournés de leur affectation (l'administrateur du club a d'ailleur appelé personnellement le Conseil d'Etat pour lui demander de régler les salaires en souffrance...). Et ça la foutrait mal dans le paysage. Bon, bref, on attend avec gourmandise le rapport de la Cour des Comptes. On aime bien rigoler avec le sport.

15 mars 2012

Brèves

Nouvelle du sport créateur de lien social, producteur de respect et terreau de fraternité : les directeurs cantonaux de justice et police ont soumis à consultation de nouvelles mesures de lutte contre le hooliganisme et les violences dans les stades et à leurs alentours. Leurs proposition de révision du «Concordat instituant des mesures contre la violence lors de manifestations sportives» prévoit un régime général d'autorisation préalable des autorités cantonales pour les matches de « super ligue » de foot et de « ligue nationale A » de hockey (on vous fait grâce du nom officiel, forcément en anglais, de ces réjouissances), et éventuellement pour certaines rencontres « à risque » dans les ligues inférieures. En contrepartie de l'autorisation, les autorités pourraient exiger des clubs (et des stades) des mesures de prévention sécuritaire : installation de caméras haute définition, présence d'agents de sécurité en nombre suffisant, interdiction de la vente d'alcool, restrictions dans la vente des billets, contrôles d'identité. Comment croyez-vous que les faîtières du sport professionnel ont réagi à ces propositions ? Vous avez gagné : elles sont contre. Parce que ça va leur coûter des sous. Et que le pognon, dans le sport professionnel, c'est le premier souci des clubs et des stades. Le pognon, pas le sport. Après tout, se foutre sur la gueule à l'entrée du stade, dans le stade et autour du stade, c'est aussi un sport, non ? Et appliquer aux manifestations sportives un régime identique à celui des manifestations politiques, ça serait plutôt rehausser le statut des premières, non ?

Dans le fichier central des supporters violents de foot ou de hockey, que tient la police fédérale depuis 2007, 1198 personnes étaient fichées en octobre 2011 (200 de plus qu'en janvier 2010). Dont seulement 9 femmes et une dizaine de mineurs. Le 70 % de ces hooligans sont fans de foot, 30 % de hockey. Les infractions les plus fréquentes qui leur sont reprochées sont l'émeute, les infractions à la loi sur les explosifs, les dommages à la propriété et les menaces contre les autorités et les fonctionnaires. On dirait presque un casier judiciaire de vieux gauchiste. Mais alors, pourquoi la loi sur les manifestations que propose la droite genevoise ne s'applique-t-elle qu'aux manifestations politiques et pas aux manifestations sportives alors que les directeurs cantonaux de Justice et Police les ont dans le colimateur -ils ont présenté jeudi dernier un nouvel arsenal de mesures préventives et répressives contre la violence dans et hors des stades et des patinoires : introduction d'un régime d'autorisation sous condition pour les matches des divisions supérieures, possibilité d'interdire la vente de boissons alcoolisées, de procéder à des fouilles corporelles (y compris des fouilles « intimes » en cas de soupçon concret) etc... Les coupoles du sport professionnel de masse, l'ASF pour le foot et la SHIF pour le hockey, ont protesté. : ces mesures «bureaucratiques et inutiles» vont rendre plus difficile l'organisation des championnats. Ben voyons. En attendant, nous, on compte fermement sur l'engagement de l'ASF et de la SHIF à nos côtés pour combattre la nouvelle loi genevoise sur les manifestations.

Le spectre de la faillite planait sur le Servette FC. Il s'est un peu éloigné, il plane un peu plus haut, mais il plane toujours. C'est ce qu'il y a de chiant, avec les spectres : on n'arrive pas à s'en débarrasser. Surtout que celui-là, ça fait des plombes qu'il plane sur le Servette FC et le stade, que ce soit ceux de Majid Pishyar aujourd'hui ou ceux de Marc Roger hier. Une société qui s'occupe du nettoyage du stade, et qui n'avait pas été payée depuis six mois, ce qui la menaçait elle-même de faillite, avait annoncé qu'elle déposerait une requête de mise en faillite du club, pour une facture de l'ordre de 90'000 francs. In extremis, Pishyar a versé un acompte de 30'000 balles pour éviter la faillite -on ne sait d'ailleurs pas s'il a payé lui-même ou avec le fric fourni par le «club des 100», une association de supporters friqués. Mais le spectre plane toujours. Le petit frère du spectre, qui planait au dessus du Neuchâtel Xamax, avait déja fondu sur sa proie, l'avait expédié ad patres et expédié son président au trou. On comprend que le précédent, s'il nous a bien fait marrer, a peu réjoui le président du Servette. Surtout qu'il a déjà sur le dos la Ligue suisse de football qui exige qu'il prouve qu'il a payé les charges sociales des joueurs et du personnel, et que d'autres créanciers que la société de nettoyage attendent d'être payés, certains ayant déjà mis le club aux poursuites. L'administrateur du Servette admet avoir « un problème de liquidités » et demande à ses créanciers « de se montrer patients, de faire des efforts », et de considérer qu'être créancier du Servette est un honneur qui suffit au paiement des créances, demander plus, ça serait vulgaire. Un petit chantage affectif pour permettre au club et à Pishyar de ne pas payer leurs factures. Le temps sans doute de demander à quelque collectivité publique complaisante de les payer à leur place, comme d'hab'...

09 mars 2012

Autophagie à Piogre : Le Servette reprend le Servette...

Et un sauveur suprême de plus, un !

Le patron du Servette annonce qu'il est prêt à reprendre le Servette (mais pas avec son argent, avec celui de mystérieux financiers restant anonymes), et le patron du Servette cède le Servette au patron du Servette pour un franc symbolique... Une tautologie, un enfonçage de portes ouvertes, un serpent de lac qui se mort l'appendice caudal ? Pas tout à fait : c'est le patron du Servette Hockey Club (SHC), qui annonce qu'il veut reprendre le Servette Football Club (SFC). La grande famille du sport, quoi. Ce tour de passe-passe a permis un ajournement de faillite, et une semaine de sursis pour le SFC. Hugh Quennec assurerait les charges courantes pendant un mois, le temps de vérifier dans quel état réel est le club de foot. Et après ? On fait quoi ? Qui paie quoi ? Et dans combien de temps tombera la première demande d'aide financière faite au canton et à la Ville ?

Footballeries pascales : cène, trahison, passion, résurrection, ascension, pentecôte...

n ne sait pas qui est derrière Quennec pour la reprise du FC Servette. On finira peut-être par le savoir, mais en attendant, toute l'opération sent furieusement le sauvetage improvisé. Majid Pishyar a été d’accord de renoncer à toutes ses créances ? De toute façon, elles étaient cuites, ses créances, et cuites par ses dettes... alors Quennec peut bien remercier Pisyhyar et en faire le président d'honneur du club (Marc Roger va être jaloux...) et Beer remercier Quennec et Pischyar, et la Tribune commencer à chanter les louanges des uns et des autres, mais si Hugh Quennec met 650'000 balles sur la table pour un mois, il doit encore trouver trois millions avant Pâques pour que le franc de la reprise du club ne soit pas que symbolique. Et comme nous le disent les Evangiles, s'il peut se passer bien des choses avant Pâques (Cène, trahison, tout ça...), c'est rien comparé à ce qui peut se passer après. Pour « sauver Servette », on a donc eu, successivement, un Français (Roger), un Espagnol (Vinas), un Iranien (Pishyar), maintenant un Canadien (Quennec)... Genève est vraiment une ville internationale... Mais quand Quennec aura jeté l'éponge, car il finira bien, comme ses prédécesseurs, par jeter l'éponge, on ira le chercher où, le Sauveur ? Chez les extra-terrestres ? Ou plus trivialement, dans les caisses des collectivités publiques ?
Parce qu'enfin, si on veut bien croire que « le Servette est sauvé » (une fois de plus), reste la question qui devrait fâcher mais qui pour l'instant ne fait que lasser : on fait quoi du stade ? on le fourgue à qui ? son exploitation est gérée depuis juillet 2011 par le SFC, qui doit payer une redevance annuelle de 150'000 francs à la fondation du stade, dans laquelle siègent encore les villes de Lancy et Genève et le canton (mais qu'attendent les collectivités publiques pour se débarrasser de se boulet qui leur a déjà coûté des dizaines de millions ?). Mais le SFC n'a pas payé sa redevance, et c'est une dette qui s'ajoute à toutes les autres. Si le SFC était mis en faillite, le stade n'aurait plus d'exploitant, et c'est la fondation qui devrait se charger, à nouveau, de l'être. Sans en avoir les moyens humains, ni même financiers. Devinez à qui on demandera alors de payer, directement ou non...
Alors on imagine, et sous nos doutes et nos ricanements quelques idées nous viennent, à peine moins absurdes que celle de prendre Genève pour Barcelone ou Manchester. Que le patron du club de hockey prenne la tête du club de foot présage certes d'une campagne coordonnée de mendicité institutionnelle, mais comme le club de hockey veut une nouvelle patinoire et que le club de foot n'arrive pas à remplir son stade, on pourrait vous synergiser tout ça sur le modèle (que nous souffle une copine verte, qu'on ne dénoncera pas) du cirque de Moscou, avec sa scène tournante en fonction des numéros présentés : Tous à la Praille, avec au choix une arène de gazon, une arène de glace et une arène de sable (pour la lutte, on va quand même pas renoncer à en organiser une, de fête fédérale...).
On nous assure que les Genevois tiennent à une grande équipe de foot, que Genève ne peut pas s'en passer... mais alors pourquoi diable cette équipe ne remplit-elle pas le stade, et pourquoi celui.-ci reste en moyenne aux deux tiers vide quand elle y joue ? Parce que le stade est trois fois trop grand ? certes... mais s'il se trouvait, plus simplement, que Genève n'est plus une ville de football, depuis que le football n'est plus un sport mais un commerce ? L'arrivée du patron du Servette Hockey à la tête du Servette Football réjouit le ministre cantonal des sports : « C'est important pour le football genevois et le sport en général ». S'il le dit, Charles... L'esprit de Pâques, sans doute (les chtis lapins et les gros oeufs ont déjà envahis les magasins) : Cène, trahison, passion, résurrection, ascension, pentecôte... Juste un conseil les gars : évitez le chemin de Damas, en ce moment : il est miné.

27 février 2012

Vous avez aimé le stade de la Praille ? vous adorerez la patinoire du Trèfle !

Broutez du Trèfle !

Jouez hautbois, résonnez trompettes : le canton, la Ville de Genève (apparemment, la Ville de Lancy compte pour beurre... c'est pourtant sur son sol qu'on va installer la baratte) et le Servette Hockey Club se sont mis d'accord pour construire une nouvelle patinoire, d'ici à on ne sait pas très bien quand (2015 ? 2018 ? 2020 ?) au « Trèfle-Blanc», près du Bachet de Pesay, et ne pas rénover outre mesure la quinquagénaire patinoire des Vernets, pour la rénovation de laquelle on a pourtant déjà claqué une vingtaine de millions de francs (dont une partie consacrée à l'amélioration du confort des fessiers des « VIP »). « L'abandon des Vernets est un bon projet », assure la « Tribune ». Aussi bon sans doute que celui, applaudi par la même «Tribune », du stade des Charmilles. Restent les questions qui fâchent : qui va payer ? Combien ? Et qui va exploiter le futur complexe sportif lancéen ? Marc Roger ? Bulat Chagaev ?

De la bigorexie politique, de ses symptômes et de son traitement

C'est une affection peu connue, mais qui fait des ravages. Elle est même endémique : on l'appelle la bigorexie; ce n'est pas une forme pathologique de bigoterie (quoique...), c'est une addiction au sport. Une toxicomanie reconnue comme telle par l'OMS : la maladie de celles et ceux dont la pratique d'une discipline sportive tourne à l'obsession et bousille la vie -souvent sans même qu'ils et elles s'en rendent compte. Entre 10 et 15 % des sportifs ayant une pratique intensive de leur sport en souffrent, de bigorexie, et sacrifient tout à leur addiction : famille, vie sociale, loisirs, vacances, santé physique et psychique, carrière professionnelle. Toute leur vie est organisée autour de leur sport. Et les symptômes de l'état de manque sont les mêmes que ceux des autres addictions. 43 % des joggeurs, et entre 68 et 74 % des marathoniens en souffrent lorsqu'ils ne joggent ou ne marathonent plus, ou plus assez. Une vraie toxicomanie, mais sans drogue. La libération dans le cerveau d'endomorphines aux mêmes effets que les opiacés en tiendra lieu, et la baisse de la libération de dopamine (provoquée précisément par les endomorphines) produira les mêmes effets de sevrage que ceux d'un sevrage d'héroïne : anxiété, insomnie, douleurs.

Ainsi donc, les choses devraient être claires : la pratique obsessionnelle d'un sport est une toxicomanie à traiter comme telle. Seulement voilà : cette pratique est favorisée par le contexte culturel et médiatique, par le discours tenu sur le sport (qui est comme chacun sait « bon pour la santé » -d'aucuns ajoutant même qu'il éloigne de la toxicomanie, quand il ne fait qu'en remplacer une par une autre-, par le culte de la performance et l'injonction au « dépassement de soi » (comme si on pouvait se dépasser soi-même, ou tirer plus vite que son ombre...). Résultat : il est encore plus difficile de traiter la bigorexie que l'héroïnomanie ou la cocaïnomanie : d'abord, parce que le malade nie sa maladie, et la revendique comme un bienfait, la valorise, avec l'accord de son milieu (d'autant qu'il s'est lui-même coupé de tous ceux qui pouvaient le critiquer et lui faire admettre son comportement comme une addiction). Ensuite parce qu'il est de bon ton, et de bon usage politique, de tartiner sur les vertus du sport. Et de faire claquer ensuite par les collectivités publiques des sommes faramineuses pour que ces fort hypothétiques vertus puissent s'exposer.

Et c'est ainsi que nous apprêtons, à Genève, à édifier un nouveau bigorex-cirque : une patinoire de 10'000 places à Lancy. Le canton de Genève, la Ville de Genève, le club de Hockey en ont décidé ainsi, paraît-il. En oubliant Lancy ? En oubliant que ce ne sont pas eux qui vont décider mais vraisemblablement, après un parcours du combattant qui va durer des années, d'enquête publique en préavis, de préavis en oppositions, d'oppositions en recours et de recours en référendum, le bon peuple ? A qui il faudra bien donner réponses à quelques triviales questions : Combien la Ville de Genève devra-t-elle payer pour une nouvelle patinoire installée hors de son territoire, après qu'on l'ait privée des ressources fiscales de l'imposition au lieu de travail des contribuables habitant précisément hors de son territoire ? Et d'ailleurs, combien va-t-elle coûter, cette patinoire (ou plutôt, ce centre sportif -il n'y manque qu'un centre commercial pour ressembler à la Praille comme un petit frère à son aîné) ? 70 millions ? 100 millions ? Plus ? A quoi va ressembler le « business plan » que le Club présentera? A un plan sur quelle comète ? Il y a en tout cas une question à laquelle nous pouvons déjà donner réponse : si ce « business plan » implique une participation financière de la Ville supérieure au coût d'une votation municipale après lancement d'un référendum, référendum il y aura. Parce que la bigorexie politique, ça se soigne. Par la politique elle-même, en démocratie.

13 janvier 2012

Brèves

En panne de liquidités pour rembourser sa dette (on n'a pas idée...), la Grèce a décidé de vendre (pour les remplacer par des programmes résidentiels ou touristiques ou des espaces dévolus au commerce et aux bureaux) les installations des Jeux Olympiques de 2004 , qui ont coûté un saladier et sont restées pratiquement inutilisées depuis (des installations sportives surdimensionnées, ça devrait rappeler quelque chose aux Genevois, non ?). Bref, la Grèce vend le site des Jeux Olympiques. Quant aux Jeux Olympiques eux-mêmes. il y a déjà quelques dizaines d'années qu'ils ont été vendus par le CIO à ses sponsors. Tout s'emboîte, donc, dans le meilleur des mondes sportifs possibles.

Chouette : « 60 ans après, les Jeux de Genève sont de retour », nous annonce la « Tribune de Genève » du 6 décembre. Qui nous précise que 2012 sera vraiment une grande année sportive avec les jeux olympiques, l'Euro de football et les Jeux de Genève... Mais quel pied on va se prendre ! Rien qu'avec les Jeux de Genève, où des jeunes de 10 à 18 ans vont concourir dans 22 disciplines les 12 et 13 mai. Avec un peu de tout, y compris quelques sports de combat, et nous, on aime voir les jeunes sportifs se taper sur la gueule. Et avec un peu de pot, on va les avoir tous les deux ans, les Jeux de Genève. Qui s'ouvriront aux sportifs de la région. Et y aura à la fin un Champion des Jeux de Genève. Le pied, on vous dit.

On va croire qu'on a une dent contre le sport (c'est même pas vrai d'abord, c'est pas une dent, c'est un plombage), mais on ne peut quand même pas manquer de vous transmettre cette info : alors que la consommation d'alcool est rigoureusement interdite dans les stades au Brésil, elle sera autorisée dans les stades qui accueilleront, toujours au Brésil, le Mondial de foot en 2014. Le fournisseur officiel de bibine (Budweiser) de la Fédération international de foot, la FIFA, peut roter de plaisir. « Le Temps » nous explique que la Coupe du Monde (c'est-à-dire la FIFA) a besoin de « maximiser les profits ». Et l'alcool, on le sait depuis la prohibition, ça maximise les profits. On va donc abreuver les supporters. Mais on a pris des précautions gigantesques : les boissons seront vendues dans des gobelets en plastique. Qu'importe le gobelet, pourvu qu'on ait la cuite...

Le coût de l'engagement de la police cantonale pour assurer la sécurité lors des événements sportifs s'élevait à 1,06 million de francs en 2009, à 1,8 million (75 % d'augmentation en un an...) en 2010, on ne sait pas de combien mais on sait que ça a encore augmenté en 2011, et que ça va encore augmenter en 2012. Les maniaques des zéconomies budgétaires pourraient trouver là de quoi grapiller quelques fifrelins, en laissant les supporters des équipes de foot ou de hockey se taper joyeusement sur la gueule, non ? au lieu d'accumuler les heures supplémentaires de policiers, jusqu'à déployer par exemple 170 gendarmes, en rappelant la quasi totalité du personnel en congé, le 6 novembre dernier, on pourrait laisser les hooligans s'ébattre... ou faire payer les frais de mobilisation des policiers par les clubs (bon, il est vrai qu'ils ne paient déjà pas ce qu'ils devraient)... mais on attenterait à la dignité de la vache sacrée sportive... et puis, même si on réussissait à les faire payer, les clubs, vous les verriez rappliquer devant le Grand Conseil ou le Conseil Municipal pour demander une subvention, que les adorateurs de la vache leur verseraient sans barguigner... Au fait, les adorateurs de la vache, qui sont prêts à faire payer son fourrage par la commune ou le canton, ce seraient-y pas les mêmes qui veulent des budgets é-qui-li-brés, et sont prêts à sucrer les subventions culturelles ou sociales ? Ben oui, ce sont les mêmes...

On est bien contents, la relève est assurée: selon une enquête réalisée en 2010 par la Conférence des directeurs du sport universitaire suisse, les étudiant-e-s genevois sont les moins sportifs du pays : 13 % d'entre eux ne pratiquent jamais aucun sport (contre 4 % à Saint-Gall ou à Lugano et 8 % en moyenne suisse), et 39 % en font moins de deux heures par semaine (ou pas du tout), ce qui est aussi un record national. Comme quoi faut pas désespérer des générations montantes: c'est pas parce qu'on les gave de sport à la télé et dans les journaux qu'elles font forcément ce qu'on les somme de faire.

Ils sont contents, les dirigeants du Genève Servette Hockey Club : le truc qu'ils ont créé, l'association «Genève Futur Hockey», a reçu un demi-million de la Ville de Genève. Et c'est un demi-million que le GSHC n'aura plus à verser au GFH. Et c'est donc une sorte de subvention indirecte au club. Pour recevoir ce pognon, l'association a dû réviser ses statuts : ils permettaient la nomination de sa présidence par le club professionnel lui-même et accordait un droit de veto au président du club. On nous assure que ce n'est plus le cas. Mais les autres clubs de hockey qui devaient faire partie de l'association se demandent comment l'argent versé à- celle-ci sera dépensé, pour qui, et pour quoi faire. On n'a pas idée de poser des questions aussi indiscrètes. Même si un club comme celui des Trois-Chênes ne dispose que d'un budget de 300'000 francs pour 270 joueurs, alors que « Genève Futur Hockey » recevra 500'000 balles pour 70 juniors et leurs « coaches ». « Qu'on ne viennent plus nous dire que le Genève Futur Hockey est une coquille vide », plaide le président du Genève Servette Hockey Club. Ben non, on ne le dira plus. C'est plus une coquille vide : on l'a remplie avec des fonds publics.

23 octobre 2011

Fonds de tiroir

« Neuchâtel Xamax est maintenu sous perfusion pour des raisons sportives », titre « Le Matin Dimanche » de dimanche dernier, en nous annonçant que la « Swiss Football League » (la coupole nationale du foot) a payé à la place du club des factures impayées par son impayable président, Bulat Chagaev. Des factures de la société Syconcept, qui gère les écrans géants dans le stade de la Maladière. Ecrans géants qui permettent de passer les pubs de la SFL. Pubs qui rapportent du pognon à la SFL, et ecrans qui paraît-il sont indispensables à la tenue de matches dans un stade de foot. Nous, on croyait que pour jouer au foot, il fallait un ballon, deux fois onze joueurs et des arbitres. On apprend maintenant qu'il faut aussi des écrans. Et des pubs. Et que ce sont là les « raisons sportives » pour lesquelles les factures du club ont été payées (mais en puisant dans un compte alimenté par les droits télé des matches joués par Xamax) par la Souisse Fottball Ligue. Ce qui a fait râler les autres créanciers de Bulat Chagaev, qui, eux, attendent d'être payés. Et ouala. Bulat Chagaev, ça doit être un nom d'emprunt : enlève ton masque, Marc Roger, on t'a reconnu.

Début septembre, une rencontre de 4ème ligue de foot, entre les FC vaudois Le Talent et Cugy, a fini en bagarre générale, après que deux joueurs se soient castagnés et qu'une vingtaine de supporters aient envahis le terrain de Saint-Barthélémy (le premier qui dit que c'était un nom prédestiné est un antisportif huguenot primaire). L'un des joueurs a été blessé par une arme de poing ou un objet contondant et l'entraîneur de l'une des équipes a abreuvé les joueurs de l'autre d'injures racistes. Bon, bref, vive le sport école de civilité, quoi...

Le président du FC Sion, Christian Constantin, vire à gauche. Si, si. Bon, c'est pas par conviction politique, c'est parce qu'il a une dent contre les faîtières du foot mondial, l'UEFA et la FIFA, qui ont beau engranger des milliards (2,3 milliards d'euros prévus en 2001-12 pour l'UEFA) mais ne paient pas un fifrelin d'impôt fédéral (et, pour l'UEFA, pas plus d'impôt cantonal) au prétexte qu'elles sont « d'utilité publique ». Constantin en veut à la FIFA d'avoir sanctionné son club pour l'engagement d'un gardien étranger dans des conditions contraires aux réglements de la FIFA, qui comme chacun sait s'imposent aux lois nationales. Et du coup, il rejoint la gauche dans sa revendication d'assujettir la FIFA (et l'UEFA, et toutes les autres faîtières sportives) à l'impôt, comme de vulgaires entreprises commerciales -qu'elles sont. La FIFA, qui ne paie ue les impôts cantonaux et municipaux à Zurich, en a payé pour un peu plus de trois millions en quatre ans (2007-2010), alors que si elle avait été traitée pour ce qu'elle est, elle aurait dû en payer soixante fois plus. La FIFA ne paie pas non plus d'impôts dans les pays où elle organise la Coupe du Monde, et qu'elle laissent se charger des infrastructures nécessaires pendant qu'elle encaisse les benefs (2,3 milliards pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud). Voilà, voilà... mais c'est marrant, quand même : on peut peut plus parler de sport sans parler aussi de pognon... fatalitas...

Le samedi 10 septembre, à l'aube du jour du match entre Servette et Bâle à la Praille, trois supporters du Servette ont été interpellés par la police : ils venaient de planquer dans les chiottes des engins pyrotechniques pour foutre un peu de feu à la partie. Un quatrième supporter sera interpellé après le match pour avoir effectivement bengalisé son coin de tribunes. Aucun supporter bâlois, en revanche, n'a été surpris en train de franchir les limites du bon goût sportif -dont on sait qu'elles sont assez larges. Quant au match, Servette s'est fait éclaffer en prenant quatre buts sans en marquer aucun. Résumé des courses : 4:0 pour Bâle au football, 4:0 pour Servette au bengale. Un match nul comme un autre, quoi.

« Autant l'affirmer sans ambage, la saga de Bulat Chagaev à la tête du Neuchâtel Xamax, ça suffit ! Il faut que le sulfureux Tchètchène s'en aille, et vite ! », implore l'édito du « Courrier » du 12 septembre. En rappelant qu'à l'arrivée de Chagaev, une seule opposition s'était manifestée: celle du professeur Patrick Vincent. Et qu'à l'exception des Verts, personne ne l'avait écoutée, cette voix. Du moins tant qu'on croyait qu'il avait du pognon, Chagaev. Mais maintenant, on a des doutes : il a été viré d'un club de foot pour non respect de ses engagements financiers, à Neuchâtel ses fournisseurs ne sont pas payés... alors là, on s'inquiète. Parce qu'un butor riche, on supporte. Mais un butor fauché, c'est plus rien qu'un butor. Tchetchène, en plus. Résultat : le « club des amis » du Xamax, qui réunissait 160 personnes la saison dernière (chacune paie 10'000 balles pour soutenir le club) n'en réunissait plus que 25 l'été dernier. Du coup, Chagaev, qui les soupçonnait d'être amis du club sans l'être de son président, leur a interdit l'entrée du stade. A notre avis, ça a plutôt dû les soulager, les amis du club, de ne plus pouvoir mettre les pieds, ni le reste, au stade de Grozneuche...

26 septembre 2011

Fonds de tiroir

Le centre commercial de la Praille n'est pas content de l'horaire de certains matches joués par Servettte dans le stade voisin, et voudrait bien qu'on les change, ces horaires, pour que les matches ne commencent pas alors que le centre commercial est encore ouvert. Parce qu'il a la trouille, le centre commercial : les matches contre Lausanne, Grasshoper ou Bâle risquent d'être « chauds », question état d'esprit et taux d'alcoolémie de certains supporters... or il est prévu qu'ils commencent à 17 heures 45 le samedi, où le centre commercial est ouvert jusqu'à 18 heures... et on s'inquiète pour la sécurité des marchandises, de la clientèle et des bagnoles dans les parkings... Ah ben vous l'avez voulu, le stade à côté du centre commercial, ça a même été le moyen de faire accepter le centre commercial (Jelmoli était au départ l'un des investisseurs dans la construction du stade, parce qu'il savait que qu'en faisant passer le stade, on faisait en même temps passer le souk), alors maintenant ça serait bien de l'assumer... et d'assumer les dommages collatéraux du sport-pognon : pas seulement les trous financiers du stade, mais aussi les trous dans les neurones des supporters...

315'000 personnes se sont blessées en Suisse en 2009 en faisant du sport, dont plus de 90'000 en pratiquant des « jeux de balles » (foot, tennis etc...), plus de 90'000 également en pratiquant des sports d'hiver, et environ 10'000 en pratiquant des sports de montagne -qui ont tué 70 personnes cette année là. Y'a pas à dire, le sport, c'est la santé.

Vous vous souvenez de Marc Roger ? Mais oui, allez, vous savez bien, l'ancien patron du FC Servette et du Stade de la Praille, bouc-émissaire officiel de toutes les foirades du sport-pognon local... eh bien Marc Roger vient de se prendre une baffe de plus. Faut dire qu'il les a collectionnées. Il avait sollicité de pouvoir bénéficier de l'assistance juridique pour pouvoir faire recours au Tribunal fédéral contre une décision de la justice genevoise lui imposant de rembourser à un ancien mécène du SFC, Olivier Maus, une avance d'un million et demi de francs que ce dernier avait consenti pour que le club puisse obtenir sa licence de jeu, et que Roger considérait comme un don alors que Maus affirmait qu'il ne s'agissait que d'un prêt. Mais pouvoir faire recours du TF, Roger devrait débourser 12'000 balles. Et, totalement ruiné, il ne pouvait donc faire recours qu'en bénéficiant de l'assistance juridique. Qui lui a été refusée. Il ne fera donc pas recours. Et reste avec sa dette d'un million et demi, devenu deux millions avec les intérêts, à rembourser à l'un des plus gros contribuables de Genève. Et l'un des plus élégants, aussi, à voir comment il s'acharne sur un type déjà au fond du trou pour tenter de lui faire cracher un pognon dont lui, le gros contribuable, n'a absolument pas besoin...

« Nouveaux soupçons de corruption à la FIFA » (la fédération internationale du foot-pognon, donc), titre la «Tribune » : le secrétaire général de la fédération thaïlandaise de foot, et membre du comité exécutif de la FIFA, a trouvé le moyen de faire développer, grâce à une aide de la FIFA (pour un million de dollars) des infrastructures footballistiques sur des terrains lui appartenant. Et on apprend par ailleurs, au moment où la Jeunesse Socialiste dépose à Berne une pétition pour abolir les privilèges fiscaux accordés à la FIFA, que celle-ci paie un loyer dérisoire pour un restaurant sélect qu'elle exploite à Zurich à côté du siège qu'elle s'est fait construire pour 240 millions de francs. Le sport populaire avance à grands pas.

Le « sport-pognon », ça existe pas, c'est rien que des menteries, de la diffamation produite par des antisportifs pour abaisser la religion médiatique du temps : le sport professionnel. Bon, cela dit, un contrat de cinq ans portant sur 140 millions de francs, et valable dès le championnat 2012-13, a été signé entre le comité (pardon : le « commitee ») de la Swiss Football League et la société Cinetrade (Teleclub, Swisscom TV), c'est-à-dire une entreprise de télé payante, qui retransmettra les 180 marches de la saison matches en direct, le service public (la SSR) n'ayant plus que les droits de 36 matches par saison -et encore, sous réserve d'un accord financier. Et c'est pas du sport pognon, ça ? Meuh non, c'est les lois du marché, zêtes bouchés ou quoi ?

21 juin 2011

FC Servette et Stade de la Praille : De la mendicité des mammouths

Les hurlements de joie et les klaxons des supporters bourrés ne s'étaient même pas encore estompés, après le retour du FC Servette en ligue A, que le président dudit FC Servette, et désormais, en plus, exploitant du stade de la Praille, réclamait 2 millions et demi à la Ville et au canton. Sinon, lui, il ne paiera pas pour les investissements « nécessaires ». Na ! Il ne sait pas que la mendicité est interdite à Genève et que le chantage, c'est une mauvaise manière, Pishar ? Ou alors, en tant que mendiant millionnaire à la légèreté de «mammouth » pour reprendre l'expression de l'éditorialiste du « Matin Dimanche », il a acheté une dispense de respect de cette interdiction et une autorisation générale de paître dans les finances publiques ?

Les mammouths, les fantômes et le permafrost

A propos des « deux mammouths dans un magasin de porcelaine » que sont, selon elle (mais nous partageons ce constat paléontologico-économico-sportif), Majid Pishar, patron du FC Servette, et Bulat Chagaev, patron du Xamax, qui l'un et l'autre exigent des communes et/ou du canton dans lequel ils s'ébrouent qu'elles et ils leur fassent quelques petits cadeaux (2,5 millions pour Pishar, une pelouse pour Chagaev), Ariane Dayer se demandait dans le Matin Dimanche de dimanche dernier si c'est « le foot qui a besoin de la politique ou le contraire » ? Ben, les deux, ma colonelle, ou alors peut-être que tout dépend de quel foot et de quelle politique on parle... parce que si c'est du foot pognon de Pishar et Chagaev et de l'aplaventrissement des zautorités devant leurs clubs (dont on rappellera utilement au passage qu'ils sont des sociétés anonymes, pas des associations sans but lucratif), on se contentera de constater que l'un (le sport) se nourrit de la pusillanimité de l'autre (la politique)... Et qu'apparemment, il bouffe bien. Majid Pishar exige donc deux millions et demi de la Ville et du canton de Genève, sous peine de renoncer à assurer les « investissements nécessaires » pour rendre « compétitif » le club dont il est propriétaire. Et ces exigences, Charles Beer pour le canton, Sami Kanaan pour la Ville, en ont pris connaissance non de la bouche de Pishar (qui apparemment ne parle d'ailleurs toujours pas la langue du lieu -encore un problème d'intégration, que fait l'UDC ?), mais des colonnes de la Tribune de Genève, bulletin officiel des supporters du Servette, du stade, de Pishar et de tout ce qui va avec. Le montage que propose Pishar (qui demande aussi des sous aux milieux privés, mais qui sait qu'il les obtiendra plus facilement des «politiques ») est du même type que celui qu'ont proposé (et obtenu) les dirigeants de l'autre Servette, celui du Hockey : on ne subventionne pas le club, on subventionne ce que le club devrait subventionner, son centre de formation, ses juniors, sa « Maison du Servette » (puisque comme dirait Claudel, le foot,, y'a des maisons pour ça...) bref : tout ce qui fait joli dans le tableau panégyrique à la gloire du sport-qui-tisse-le-lien-social, et, surtout, tout ce qui permet au club de de ne plus avoir à payer pour ce que la Ville et le canton seraient d'accord de financer. Le résultat est le même, en moins compromettant politiquement, que si les collectivités publlques payaient directement : c'est deux millions et demi de plus pour le club, ou pour Pishar, qu'on les lui donne ou qu'on lui permette de les économiser. Est-ce que ça lui permettrait de payer le personnel de sa boîte, qu'il refuse de payer, ou de régler les factures du Servette ou du stade qui restent impayées depuis janvier, comme nous l'apprenait Le Temps du 11 juin ? Et le quotidien d'ajouter : «les fantômes du passé ressurgissent ». Parce que quelqu'un pensait sérieusement qu'ils avaient disparu ? qu'on les avait exorcisés ? Les fantômes n'ont-ils pas l'éternité pour eux, même lorsqu'ils hantent les stades de foot, la sébile à la main ? En attendant que les hurlements des fantômes de la Praille cessent de résonner dans les colonnes de la « Julie », on se réjouit d'avance d'apprendre par quel nouveau tour de passe-passe nos zautorités vont réussir à sortir les millions que réclame le patron du Servette, sans les soumettre à référendum populaire. En les intégrant purement et simplement aux budgets municipal et cantonal ? Parce que si Pishar astique sa sébile, nous, on pourrait dépoussièrer nos stands de récolte de signatures... sport pour sport, le nôtre coûte moins cher à la collectivité, n'engraisse aucun mammouth et, écologiquement responsable, sauvegarde le permafrost de la Praille.

12 juin 2011

Fédération internationale du foot-pognon (FIFA) : Circulez, y'a rien à voir...

Unique candidat restant à sa propre succession (« un couronnement sans opposant, c'est comme un mandat frauduleux », estimait le président de la fédération anglaise de foot, qui a vainement plaidé pour un report de l'élection), le Suisse Sepp Blatter a donc été réélu pour un quatrième mandat (le dernier, a-t-il promis, juré) à la présidence de la Fédération internationale du foot-pognon, la FIFA, avec un score nord-coréen (186 suffrages sur 203 votants) malgré les accusations de corruption dont cette coupole sportive fait l'objet. Lui s'en est sorti (« il est intouchable car il n'a jamais touché, mais il sait qui a touché », commente un ancien cadre de la FIFA) , pas le Quatari Mohammed Bin Hammam, qui a dû se retirer de la course à la présidence. Les deux candidats avaient fait campagne en promettant de restaurer l'éthique sportive et d'en finir avec la corruption. Personne ne les a cru, l'un des deux a été éjecté de la course, l'autre, dans l'appareil depuis bientôt quarante ans et à sa tête depuis vingt ans comme secrétaire général, puis directeur exécutif puis président, a été réélu. « C'est une journée formidable pour la FIFA car elle a démontré l'unité de notre famille », a résumé le padrino réélu. Circulez, y'a rien à voir, sport-business as usual.

La FIFA : Milliardaire, corrompue... et « d’utilité publique »...

Les principaux « partenaires économiques » (les sponsors, quoi) de la Fédération Internationale de football «amateur» (amateur de quoi ? de pognon ?) ne sont pas contents : l'image de la FIFA se dégrade au fur et à mesure que tombent comme à Gravelotte les révélations sur ses dirigeants (10 d'entre eux, sur 24, sont soupçonnés de corruption) et sur les achats de votes de représentants de fédérations nationales -mais soyons clairs : ce n'est pas la corruption qui gène Visa, Coca-Cola. Adidas, Sony, Hyundai, ou Emirate, c'est qu'elle s'étale au grand jour. D'ailleurs, aucun des ces aimables philanthropes n'a menacé de retirer ses billes financières de la FIFA. C'est d'ailleurs grâce à eux que les revenus quadriennaux de la FIFA ont dépassé les quatre milliards de dollars. Et comme on peut légitimement douter que ces multinationales soutiennent cette autre multinationale pour l'amour du sport, on se dit qu'elles trouvent leur intérêt à poursuivre ce soutien intéressé. Le porte-parole de Coca-Cola, lié à la FIFA depuis 1978, la joue pourtant alarmiste : « les allégations actuelles (de corruption) sont angoissantes et très mauvaises pour le sport ». Le président de la ffédération danoise de foot, au nom de tous les pays scandinaves, a réclamé la création d'une commission indépendante chargée de faire la lumière sur ces allégation. Ces Scandinaves croient au Père Noël ? la FIFA n'a aucun intérêt à « faire la lumière » sur ses propres pratiques et celles de ces dirigeants. Certes, elle va, comme l'y invitait Micheline Calmy-Rey, « prendre au sérieux » les accusations de corruption -mais c'est parce qu'elle sait qu'elles ne sont pas sans fondement, et qu'il importe de tout faire pour qu'elles ne perturbent pas le business du foot. Il faudra rassurer les sponsors et les chaînes de télévision qui achètent les droits de retransmission des jeux du cirque. Et on s'en tiendra là : « faire le ménage » au sein de la coupole du foot, ce serait tuer le foot business... or les dirigeants de la FIFA, et la FIFA elle-même, en vivent, du foot business, et ils ne sont pas du genre à égorger la poule aux oeufs d'or avant qu'elle ait pondu tout ce qu'elle peut pondre. « Ne laissez pas l'argent abimer votre idéal », plaidait Micheline Calmy-Rey -mais l'argent n'abime pas l'idéal du foot, il l'achète, et un idéal qui s'achète, c'est bien un idéal qui se vend, au plus offrant. Sepp Blatter, bottant en touche, a fait accepter le principe de l'attribution des coupes du monde non plus par le comité exécutif de la FIFA, mais par son assemblée générale (ou le délégué d'une île pacifique de quelques milliers d'habitants, dont 50 footballeurs, pèse autant que celui du Brésil et de ses millions de footballeurs amateurs et professionnels). Et après ? ça fera simplement plus de votants à corrompre, ça coûtera un peu plus cher, mais le jeu continuera à en valoir la chandelle, et la triche. Milliardaire et corrompue, se souciant comme de son dernier maillot des droits de la personne humaine (elle vient d’attribuer la Coupe du monde 2022 au Qatar, un pays où les femmes et les migrants sont traités comme des citoyens de seconde zone, où l’homosexualité est punissable et qui ne connaît ni la liberté de la presse ni la liberté d’opinion), la FIFA continue de jouir dans notre pays, puisqu'elle y est installée comme n'importe quel évadé fiscal, d'un statut d'organisme « d’utilité publique ». Cette belle oeuvre charitable à engrangé un bénéfice de 2,35 milliards de francs lors de la Coupe de monde de football en Afrique du Sud, et a versé plus de 50 millions de francs de bonus à Sepp Blatter (dont le salaire annuel dépasse le million de francs) et ses autres dirigeants, alors que l'organisation de la Coupe a creusé un trou de 3 milliards dans les finances de l’Etat sud-africain, dont 40% des habitants vivent dans une pauvreté absolue. Le même destin attend le Brésil, qui accueillera la Coupe du monde en 2014. Le statut « d’utilité publique » de la FIFA lui a permis de ne payer entre 2007 et 2010 que soixante fois moins d'impôts (3 millions au lieu de 180 millions) que ce qu'elle aurait dû payer si elle avait été taxée comme une entreprise lucrative, ce qu'elle est. Voilà pourquoi Solidar Suisse et la Jeunesse socialiste suisse lancent une pétition qui invite le Conseil fédéral et le Parlement à « mettre fin aux privilèges fiscaux (allègements et exonérations) accordés à la Fédération de football association (FIFA)» : Signez la pétition! (www.solidar.ch/petition-fifa.html)