23 janvier 2013

Fonds de tiroir

Le 21 mars devrait se tenir au Stade de Genève un match amical Italie-Brésil dont le double patron du FC Servette et du Stade de Genève, Yougue Quennec, espère monts et merveilles. Et pognon. Et renommée. Ce pour quoi il a dû payer au moins deux millions de francs pour que ces deux illustres équipes viennent faire joujou à Piogre plutôt qu'à Manchester. Quennec assure que l'opération italo-brésilienne va rapporter des sous (billetterie, droits télé etc...). Du moins s'il arrive à remplir son stade généralement vide à au moins 75 %. Et il assure que si bénéfice il y a, il sera intégralement reversé au Servette FC. Il veut avec cette opération « montrer Genève comme une place qui compte sur la carte géographique du football », commente l'indéfectible supporter du Servette et du Stade dans la « Tribune de Genève ». Une place qui compte, en effet. Qui compte ses sous. Parce qu'on n'est pas sitôt sorti de la promotion du match amical qu'on entre dans un exercice plus commun, s'agissant du stade,  la mendicité. Il veut au moins 30, et jusqu'à 50, millions de francs pour « terminer le stade », Quennec. Ah bon, il est pas encore terminé ce machin, qui a déjà coûté dans les 180 millions ? Et il va les trouver où, ces dizaines de millions, Yougue Quennec ? Allez, un petit effort, devinez, c'est pas difficile... « entre le secteur public et le secteur privé ». Surtout, sans doute, « entre le secteur public et le secteur public ». Auprès des communes et du canton, donc. On se disait aussi, que les bonnes habitudes n'allaient pas se perdre... En ce cas, les nôtres non plus : toute dépense publique de plus d'un million pour le trou de la Praille sera frappée d'un référendum. Nous, on dit ça comme ça, hein, au cas où...

25 décembre 2012

Fonds de tiroir

La société du Sport Toto, le bookmaker sportif suisse officiel, sait quoi faire des bénéfices qu'elle fait sur le dos des parieurs : elle les transforme notamment en petits cadeaux destinés aux politiciens fédéraux pour qu'ils soutiennent le crédit d'un milliard, sous forme de garantie de déficit, proposé pour assurer le financement des Jeux Olympiques d'hiver dans les Grisons en 2022. Si les citoyennes et citoyens des Grisons en veulent, ce qui n'est pas garanti puisqu'ïl semble qu'ils soient « très partagés », comme nous l'écrit « Le Matin Dimanche » de dimanche dernier (qui nous tartine trois pages de promotion du projet). Bon, ben déjà qu'on jouait pas au Sport Toto, si en plus on nous apprend que le pognon qu'on y aurait claqué sert entre autres à offrir des montres à des parlementaires fédéraux pour qu'ils votent une garantie de déficit d'un milliard, on va réfréner toute envie éventuelle de se mettre à y jouer. On n'aura pas trop de mal à se contenir, notez...

Les chefs des départements cantonaux de justice et police se sont mis d'accord : dès l'été prochain, l'alcool sera interdit dans les stades et les patinoires (et à leurs abords) lors des « matches à risque ». Les organisateurs des rencontres de première division devront déposer une demande d'autorisation pour toute la saison sportive. Les compétitions seront classées en vertes, jaunes et rouges, selon leur niveau de dangerosité. L'alcool sera interdit dans les stade et un kilomètre autour lors des rencontres rouges, et des contrôles à l'entrée devront permettre d'identifier les hooligans (il y en aurait un millier en Suisse). Lors des matches verts et jaunes, l'alcool sera autorisé et les contrôles réduits. La conseillère d'Etat vaudoise Jacqueline de Quattro trouve ces recommandations « libérales » : évidemment, puisque le commerce d'alcool par les clubs reste, contrairement aux craintes des clubs, autorisé pour la plupart des matches, et pour tous les matches dans les « zones VIP »  (ces boxes à rupins sont réputés calmes : les parcs à bourges ne sont pas des corralls). Mais les cantons sont tout de même inquiets : ils devront assurer la sécurité lors des déplacements de leurs supporters à l'extérieur, et l'interdiction de l'alcool lors des matches rouges, les plus rentables, reste en travers du foie des clubs. Du coup, on les voit déjà quémander auprès des autorités cantonales : à Genève, le directeur administratif du FC Servette va discuter avec le Conseiller d'Etat Pierre Maudet pour trouver des « arrangements » : « nous sommes incapables de prendre à notre charge l'entier des frais de sécurité ». On se disait aussi que ça allait forcément retomber sur les caisses publiques, ce truc. Bon, de toute façon, si l'on en croit le Conseiller d'Etat fribourgeois Erwin Jutzet, la conférence des chefs de départements cantonaux de justice et police n'a adopté que « des recommandations, que l'on peut suivre ou pas ». Autrement dit : dont on peut se confoutre comme un dealer de sa quinzième interpellation. Sur ce, santé, conservation et vive le sport, école de civilité et d'abstinence !

Les anciens joueurs de l'ancien FC Servette (celui de Marc Roger) veulent relancer l'action en responsabilité civile contre les administrateurs de la société en faillite, et demandent, ensemble, plus de 20 millions à Olivier Maus (qui ne veut pas payer, même s'il en a les moyens, puisque sa famille est en passe de se goinfrer le crodocile Lacoste pour 350 millions de francs) et à Marc Roger (qui n'a évidemment par le premier centime d'euro de cette somme). Maus demande de ne pas être seul en cause, et requiert la participation au procès de l'ancien président du club, un certain Christian Lüscher, et (notamment) des ex-administrateurs du club, Olivier Carrard et Alain Rolland.  Avec Marc Roger, Lüscher et Carrard avaient produit un bilan illusoire pour faire croire que le club n'était plus surendetté, et lui permettre de continuer à participer au championnat. Pour cela, Roger avait été condamné pour faux dans les titres, pas Lüscher ni Carrard. On accuse les frontaliers de prendre les emplois des Genevois ? En tout cas, ils prennent leurs condamnations.

La menace d'une interdiction de vente d'alcool dans les stades (et autour) des grands matches de foot ou de hockey continue de faire hoqueter. Pour de bonnes, saines et désintéressées raisons : «le match de foot et de hockey ne se conjugue que rarement sans sa bière et sa saucisse » clame le responsable de la communication du groupe (de brasseurs) Felschlösschen. Dont « Le Matin Dimanche » nous précise, au cas où on en douterait, qu'il est « aussi un partenaire financier important du sport suisse ». Un partenaire désintéressé, qui aime le sport pour la beauté du sport, bien sûr,  mais qui précise qu'il y a « un rapport direct entre les quantités vendues et les montants rétrocédés aux clubs ». Les quantités de quoi ? De bibine. Et de bibine avec alcool, pas de la bibine pour gonzesses, parce que quand on échange l'une contre l'autre, « la consommation diminue sérieusement ». En clair: le spectateur et le supporter ne boivent pas de la bière, mais de l'alcool. Et comme moins d'alcool=moins de consommation, et moins de consommation=moins de pognon redistribué aux clubs, les clubs, eux aussi, nous font une crise de delirium très mince. Bon, nous, hein, ce qu'on on dit, on n'aime ni le sport, ni la pistrouille de chez Feldmachin, alors tant qu'on nous empêche pas de nous bourrer la gueule à la slivo dans un rade balkanique...

29 novembre 2012

Fonds de tiroir

Le double patron du Servette Hockey-Club et du Servette Football-Clug, Hugh Quennec, a annoncé à la « Tribune » qu'il était « en contact avec des partenaires russes, du Moyen-Orient et coréens », « très intéressés » à soutenir les deux clubs, ou l'un ou l'autre. Le pognon qui arrivera, s'il arrive, il est prévu de le laver et de le désodoriser avant usage ou de l'injecter tout de suite dans les clubs ?

Pas content de l'arbitre lors du match Suisse-Norvège, l'entraîneur de l'équipe de Suisse, Ottmar Hitzfeld, lui a adressé un doigt d'honneur. Et deux jours plus tard, ce dégonflé s'en excuse : « Mon doigt d'honneur était déplacé ». Et déplacé où, au juste, galopin ?

On a comme une impression de déjà vu  : le coût de l'organisation éventuelle en Suisse des jeux Olympiques d'hiver en 2022 a pris l'ascenseur avant même que les citoyennes et citoyens des Grisons se soient prononcés sur cette proposition. Les seules mesures de sécurité coûteraient 410 millions de francs, dont 250 millions à la charge des collectivités publiques (il est prévu de mobiliser pas moins de 2500 policiers et 5000 soldats pour l'occasion...). A lui seul, le canton des Grisons devrait casquer pour 180 millions. Et c'est un crédit global d'un milliard qui devrait être débloqué par le parlement.. Mais comme les partisans de ce projet se doutent bien que le peuple renâclera à cette ponction dans les caisses publiques, le Conseiller fédéral Ueli Maurer (qui est non seulement notre inénarrable ministre de la Défense, mais aussi celui des Sports...) a annoncé que le crédit, proposé aux Chambres fédérales l'été prochain, serait purement et simplement soustrait au référendum... comme naguère, à Genève, certain crédit pour le renflouement du Stade de Genève... c'est une manie, décidément, que de vouloir puiser dans les caisses publiques pour alimenter celles du sport-pognon, en privant les citoyennes et citoyens de la polssibilité de se prononcer sur ce racket... Une manie, mais une sale manie...
Le financement d'éventuels Jeux Olympiques d'hiver en Suisse a du plomb dans l'aile : le seul parti qui soit prêt à accorder un milliard de francs pour que se déroulent les JO d'hiver 2022 dans les Grisons est le petit Parti bourgeois démocratique (PBD). Tous les autres partis sont, soit opposés à ce projet, comme les Verts et le PS, soit partisans du projet mais opposés à le financer. Au fond, les raisons pour lesquelles les uns et les autres refuseront de financer l'organisation des JO d'hiver en Suisse, on avoue qu'on s'en contrefout. Ce qui compte, c'est qu'en refusant ce financement, ils condamnent ce projet nuisible à tout points de vue : financier, certes (le fric claqué là-dedans, on en a un besoin plus urgent ailleurs), mais aussi environnemental (pour l'environnement, les JO sont une véritable calamité, où qu'ils se déroulent)...

 La Ville de Zurich va, peut-être, se doter du stade le plus cher de Suisse, pour remplacer le Hardturm, fief du Grasshoper, démoli en 2008. Le nouveau projet est d'un stade de 19500 spectateurs (moins que le stade de Genève et ses 30'000 places, alors que la ville de Zurich est deux fois plus peuplée que celle de Genève, et le canton près de trois fois plus peuplé...), pour lequel un crédit de 230 millions sera déposé, dont 150 millions pour la construction et 80 millions pour le rachat du terrain au Crédit Suisse. La Municipalité prévoit pour ce stade un déficit d'exploitation annuel de 6,3 à 8,3 millions (au moins, elle n'essaie pas, contrairement à ce qui fut fait à Genève, de faire croire que l'exploitation du machin ne sera pas déficitaire). Un siège dans le nouveau stade coûterait donc 11'000 balles, ce qui en ferait le pose-cul de footballeux le plus cher de Suisse. Et on est bien contents, à Genève, d'apprendre qu'en matière de construction de stade, on a trouvé encore plus cons que nous.

17 octobre 2012

Les Jeux Olympiques d'hiver 2022 en Suisse ? C'est la luge finale...

Le Conseil d'Etat des Grisons a envie d'organiser, avec une facture (sous-estimée) de quatre milliards de francs, et une garantie de déficit d'un milliard accordée par la Confédération,  les Jeux Olympiques d'hiver 2022 à Saint-Moritz. Plus sensées, que les Grisons (mais aussi que Genève et le Valais, qui furent un temps candidats à la candidature), Lucerne et la Suisse centrale avaient renoncé à se porter candidates à l'organisation de cette fête du sport-pognon, de ses sponsors et de ses pharmaciens experts en dopage. Le CIO attribuera les Jeux en 2015. Il reste donc aux opposants à l'organisation en Suisse de cette foire moins de trois ans pour renvoyer ce funeste projet à ses expéditeurs réels : les offices du tourisme. Avec prière d'en faire ce qu'il mérite : des confettis.

Pas plus de JO dans les Grisons que de Gripen au-dessus


Des Jeux Olympiques d'hiver à Saint-Moriz, qui les avaient déjà accueillis il y a des décennies, du temps où ces Jeux étaient encore des jeux (ou des joutes) et leurs participants des amateurs ? L'idée titille donc à la fois le secteur local du tourisme, le gouvernement cantonal grison et le Conseil fédéral. Sans qu'il soit évident que la population des Grisons (et pas seulement les hôteliers de Saint-Moritz ou Davos) la soutienne, et que le Comité international olympique y soit sensible, d'autant que, pour leur donner une petite couleur dans l'air du temps, les promoteurs du projet assurent qu'il sera compatible avec le «développement durable», ce qui le rendrait parfaitement inintéressant du seul point de vue qui intéresse le CIO et ses sponsors : le point de vue financier, celui, bien entendu, des profits que l'on peut en tirer -parce que celui du coût pour les collectivités publiques organisatrices, le CIO s'en bat les lattes avec toute la componction qu'on lui connaît.
Le coût pour les collectivités publiques de l'organisation des JO d'Hiver à Saint Moritz est estimé, par ses partisans eux-mêmes, à plus de quatre milliards d'investissements, dont une partie serait assumée par la Confédération, c'est-à-dire par toute la Suisse. Le seul soutien officiel à la candidature grisonne a été estimé par le Conseiller fédéral Ueli Maurer à 30 millions : c'est le prix du lobbying, de la pub, du racolage des pontes du Comité international olympique.  Quant aux promesses d'organiser en Suisse des « Jeux Verts » et modestes, on ne peut guère qu'en ricaner : il y a toujours plus d'athlètes, de disciplines, de journalistes, de public, de mercantilisme et de sponsoring autour des grandes manifestations sportives en général, et des JO en particulier, et une candidature « verte et modeste » n'aurait aucune chance d'être retenue par le Comité olympique, sauf évidemment à n'être « verte et modeste » que dans le discours tenu pour la faire accepter par le bon peuple des communes, des villes, du canton et du pays organisateurs.

« Les Jeux Olympiques ne sont clairement pas une priorité pour le pays », a fort judicieusement déclaré le Conseiller national (vert) genevois Ueli Leuenberger. Non seulement parce qu'ils se terminent toujours par des déficits gigantesques pour ceux qui les ont organisés (mais pas pour le CIO), comme Vancouver qui s'est retrouvée avec une ardoise d'un milliard, mais aussi parce qu'avec les quatre milliards (au moins) que l'exercice coûterait, on aurait bien mieux à faire que le financer, et financer de grosses infrastructures avec l'espoir qu'elles doperont le tourisme (alors qu'on vient d'accepter l'initiative Weber qui veut précisément mettre fin à ce genre de fuite en avant).

Fort heureusement, le ministre en charge du dossier, au Conseil fédéral, c'est l'inénarrable Ueli Maurer, et pour les adversaires de l'organisation des JO en Suisse le dossier est entre les meilleures mains possibles, celles d'un ministre UDC. Parce qu'il faut bien le reconnaître : en ce moment, la gauche doit une fière chandelle au vivier politique de ce parti : c'est un ministre UDC, Ueli Maurer, qui est en train d'abolir l'armée à la place du GSSA, et une ministre ex-UDC, Evelyne Widmer-Schlumpf, qui est en train d'abolir le secret bancaire à la place de Jean Ziegler... On peut donc accorder à Ueli Maurer une confiance totale pour plomber le dossier des JO d'hiver 2022 avec la même efficacité qu'il a déployée pour plomber celui de l'achat de nouveaux avions de combat.
Logiquement, il ne devrait pas plus y avoir de Jeux Olympiques dans les Grisons que de Gripen au-dessus...

19 juillet 2012

Brèves


Une manifestation syndicale a dénoncé lundi 14 mai, à Lausanne, devant le siège du Comité International Olympique (CIO), la désignation d'une entreprise minière australo-britannique, Rio Tinto, comme fournisseur officiel des médailles des prochains Jeux Olympiques d'été à Londres. Rio Tinto s'est rendue coupable de lock out contre près de 800 travailleurs au Québec, parce qu'ils refusaient de voir les salariés partant à la retraite être remplacés par des temporaires payés moitié moins. Rio Tinto, présente dans une quarantaine de pays, est aussi dénoncée pour ses activités polluantes et son mépris des populations locales. Les syndicats exigent du CIO qu'il respecte et fasse respecter de ses fournisseurs les droits fondamentaux et les principes de la charte olympique. Pis quoi encore ? D'ailleurs, le directeur de la communication du CIO a précisé que le CIO n'avait aucune intention d'exiger quoi que ce soit de Rio Tinto, qui n'est même pas sponsor des Jeux mais seulement fournisseur de médailles. Y'a une médaille pour l'hypocrisie ? Et c'est aussi Rio Tinto qui la fournit ? 

Le Conseil d'Etat genevois a adopté un arrêté visant à  «aménager les conditions-cadres favorables au bon déroulement de l'Eurofoot 2012 et des manifestations liées à cet évènement » . Concrètement, ça veut dire quoi, l'Eurofoot se déroulant en Pologne et en Ukraine, et pas à Genève ? Ben, il s'agit, nous dit le communiqué du Conseil d'Etat, de  « rappeler les différentes dispositions légales et réglementaires en matière, notamment, d’ordre, de sécurité, de tranquillité et de salubrité publics, de débits de boissons, de vente d’alcool sur la voie publique ou encore de commerce itinérant»... Bref, un petit catalogue des nuisances, incivilités, tapages et perturbations diverses liées à la «grande fête du foot», même quand elle se déroule à quelques milliers de kilomètres de chez nous. De la délinquance transfrontalière, quoi. Mais qu'en disent Gominator et son MCG ? Et quand proposeront-ils de mettre les supporters bruyants dans des containers près de l'aéroport ?

On appelle ça le « calcioscomesse » : c'est le scandale des matches truqués en Italie (mais on sait que la pratique consistant à payer des joueurs pour qu'ils fassent perdre un match à leur équipe afin que les parieurs, mafieux ou non, qui ont misé sur leur adversaire puissent empocher le gros lot, n'est pas une exclusivité italienne). Et puis, il y en a un qui rêve tout haut, c'est le Premier ministre italien, Mario Monti, qui suggère « une suspension totale (du foot en Italie) pour deux ou trois ans », et qui pense que cette abstinence footeuse profiterait « à la maturité politique de nos concitoyens ». Bien sûr, que cela profiterait à leur maturité politique, mais qui s'y intéresse, à leur maturité politique ? Et qui en profiterait, de leur maturité politique ? Certainement pas les réseaux mafieux qui gèrent les paris sur les marches truqués... et certainement pas non plus le petit monde du foot professionnel, italien ou non. car comme l'écrit l'historien du sport Fabien Archambault : « le football (en Italie) est un système industriel où les enjeux symboliques, au-delà des enjeux financiers, sont très importants. Du coup, il est hors de question de le laisser aux mains du hasard ». D'où la manipulation des matches : on sait jamais, si on ne les manipulait pas, peut-être que les meilleurs gagneraient toujours... Ah oui, encore un truc : selon le procureur Di Martino, le « Calcioscomesse » a été en partie organisé en Suisse, et ses profits en partie planqués en Suisse. Ah ben ça, pour une surprise, c'est une surprise...

Les polices des grandes villes suisses sont inquiètes : la Swiss Football League a décidé de faire commencer les matches de Super League deux heures plus tard le samedi, à 19 heures 45. Et donc de les faire terminer deux heures plus tard, les spectateurs quittant le stade croisant alors les gens sortant faire la fête. D'où un risque accru de conflits dans les zones de concentration, comme les gares, entre des supporters déjà un peu (ou beaucoup) bourrés et des teufeurs pas toujours encore sobres. Bon, et alors ? il est où le risque ?  le sport, c'est plus une école de civilité suivie studieusement par de gentils supporters ?

Dans la nuit de samedi à dimanche, à 1 heure 69 minutes et 59 secondes, on recevra une seconde de temps supplémentaire pour rattraper le temps universel (le temps courant prend une demie-seconde de retard chaque année par rapport à celui mesuré par les horloges atomiques). Voilà, on a gagné une seconde. mais qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en faire ?


08 juillet 2012

Fonds de tiroir

A la demande de la Ville et du canton de Genève, la Cour des Comptes genevoise s'est penchée sur les comptes du FC Servette. Résultat : comme on le savait déjà, la comptabilité du club était plus qu'approximative. Comme on s'en doutait, les subventions destinées à l'association devant assurer la relève des jeunes (une sorte d'« académie de formation ») ont été en partie (un tiers, apparemment) engloutis dans la société anonyme du club. Et comme certains (de mauvais esprits antisportifs, cela va sans dire) le recommandaient avant la Cour des Comptes, la Ville et le canton auraient du, et pu, se montrer un tantinet plus curieux et exigeants avant de filer du pognon aux gestionnaires de l'Acadmémie, qui se trouvaient, O surprise, être les mêmes que ceux du club... Mais c'est quand même marrant : quand des doutes étaient exprimés sur le fonctionnement financier du club, ceux qui les exprimaient étaient accusés de n'être que des antisportifs primaires et footophobes pulsionnels. Et maintenant que ces doutes sont confirmés par la Cour des Comptes, on n'entend plus guère ceux qui se sont battus pour qu'on file du pognon dans un vase percé communiquant avec un trou...

Une manifestation syndicale a dénoncé lundi 14 mai, à Lausanne, devant le siège du Comité International Olympique (CIO), la désignation d'une entreprise minière australo-britannique, Rio Tinto, comme fournisseur officiel des médailles des prochains Jeux Olympiques d'été à Londres. Rio Tinto s'est rendue coupable de lock out contre près de 800 travailleurs au Québec, parce qu'ils refusaient de voir les salariés partant à la retraite être remplacés par des temporaires payés moitié moins. Rio Tinto, présente dans une quarantaine de pays, est aussi dénoncée pour ses activités polluantes et son mépris des populations locales. Les syndicats exigent du CIO qu'il respecte et fasse respecter de ses fournisseurs les droits fondamentaux et les principes de la charte olympique. Pis quoi encore ? D'ailleurs, le directeur de la communication du CIO a précisé que le CIO n'avait aucune intention d'exiger quoi que ce soit de Rio Tinto, qui n'est même pas sponsor des Jeux mais seulement fournisseur de médailles. Y'a une médaille pour l'hypocrisie ? Et c'est aussi Rio Tinto qui la fournit ? 

Le Conseil d'Etat genevois a adopté un arrêté visant à  «aménager les conditions-cadres favorables au bon déroulement de l'Eurofoot 2012 et des manifestations liées à cet évènement » . Concrètement, ça veut dire quoi, l'Eurofoot se déroulant en Pologne et en Ukraine, et pas à Genève ? Ben, il s'agit, nous dit le communiqué du Conseil d'Etat, de  « rappeler les différentes dispositions légales et réglementaires en matière, notamment, d’ordre, de sécurité, de tranquillité et de salubrité publics, de débits de boissons, de vente d’alcool sur la voie publique ou encore de commerce itinérant»... Bref, un petit catalogue des nuisances, incivilités, tapages et perturbations diverses liées à la «grande fête du foot», même quand elle se déroule à quelques milliers de kilomètres de chez nous. De la délinquance transfrontalière, quoi. Mais qu'en disent Gominator et son MCG ? Et quand proposeront-ils de mettre les supporters bruyants dans des containers près de l'aéroport ?

On appelle ça le « calcioscomesse » : c'est le scandale des matches truqués en Italie (mais on sait que la pratique consistant à payer des joueurs pour qu'ils fassent perdre un match à leur équipe afin que les parieurs, mafieux ou non, qui ont misé sur leur adversaire puissent empocher le gros lot, n'est pas une exclusivité italienne). Et puis, il y en a un qui rêve tout haut, c'est le Premier ministre italien, Mario Monti, qui suggère « une suspension totale (du foot en Italie) pour deux ou trois ans », et qui pense que cette abstinence footeuse profiterait « à la maturité politique de nos concitoyens ». Bien sûr, que cela profiterait à leur maturité politique, mais qui s'y intéresse, à leur maturité politique ? Et qui en profiterait, de leur maturité politique ? Certainement pas les réseaux mafieux qui gèrent les paris sur les marches truqués... et certainement pas non plus le petit monde du foot professionnel, italien ou non. car comme l'écrit l'historien du sport Fabien Archambault : « le football (en Italie) est un système industriel où les enjeux symboliques, au-delà des enjeux financiers, sont très importants. Du coup, il est hors de question de le laisser aux mains du hasard ». D'où la manipulation des matches : on sait jamais, si on ne les manipulait pas, peut-être que les meilleurs gagneraient toujours... Ah oui, encore un truc : selon le procureur Di Martino, le « Calcioscomesse » a été en partie organisé en Suisse, et ses profits en partie planqués en Suisse. Ah ben ça, pour une surprise, c'est une surprise...

28 juin 2012

Plus que quatre jours de diarrhée footeuse...

Tenir, tenir...

Une demie-finale de tirée, en reste une demain, et dimanche, on en aura donc enfin, et c'est pas trop tôt, fini avec l'Eurofoot. Mais pas avec le sport professionnel, ses jeux du cirque, ses préparations médicamenteuses, les masses de pognon qui s'y investissent et la décérébration collective qui l'accompagne. On en aura fini avec l'Eurofoot, mais Juillet, c'est le mois du Tour de France. Et du pot belge. Bah, au moins, à la télé, les retransmissions de la «  grande boucle »  nous font voir de beaux paysages, et c'est toujours ça que celles des matches de foot dans les cuvettes des stades ne peuvent nous proposer...


Eurofoot : vous préférez une finale Espagne-Allemagne à Gernika ou Espagne-Italie sur l'Ebre ?


e ne sont que des matches de foot, 20 grands garçons courant après une baballe avec pour ambition ultime de l'expédier dans une cage gardée par un autre grand garçon. Un jeu, rien qu'un jeu, mais devenu par la grâce des media un spectacle mondial, et par la graisse de l'économie du sport professionel un marché considérable. Mais quel est l'enjeu du spectacle, et que vend-on sur ce marché encombré de corruption, de spéculation et de dopage, ? A prendre au pied de la lettre et au pied du mot le langage guerrier des innombrables commentateurs de la baballe, il doit être considérable, cet enjeu : ce ne sont que défenses enfoncées, batailles et combats (le football n'est donc plus un jeu ?), proclamation  qu'il « faut bien un vainqueur» (ah bon ? et pourquoi diable ?)... Il est loin, le temps du précepte « L'essentiel, c'est de participer »... l'essentiel, aujourd'hui, dans le sport comme dans le plus pur libéralisme, c'est de gagner, et peu importe la manière. Que le plus fort, ou le plus malin, ou le plus riche, gagne, et malheur aux vaincus.


Mais qu'est-ce que cela aurait changé à la situation de la Grèce, si elle avait battu l'Allemagne ? Qu'est-ce que cela changera à la situation de l'Espagne et qu'est-ce que cela aurait changé à celle du Portugal d'aller entendre les hymnes nationaux des finalistes  (et chanter le sien) à Kiev dimanche ? Qu'est-ce que le résultat du match de demain changera à la situation des Italiens ?  Est-ce que l'obsession de « discipline budgétaire » d'Angela Merkel se sera dissipée  si l'Allemagne n'est pas championne du monde (ou si elle l'est) ? Evidemment que non. Evidemment que rien n'aura été changé à rien. Et que les habitants de l'Ukraine n'auront rien gagné à ce que leurs potentats co-organisent la fête à neuneu (le contexte ukrainien est calamiteux ? Et alors ? Tout le monde s'en fout, du contexte ukrainien...). Et même les plus abrutis des supporters de foot le savent bien, une fois sortis de leurs transes : leur exubérance de chaînon manquant entre préhominiens et hominiens tient de tout, sauf de la raison.


Il n'empêche : la mobilisation tripale et tribale, autour des marches de foot, de tout ce qui peut se ramasser de religiosité bas de gamme et de xénophobie ordinaire pose questions -à commencer par celle-ci : qu'est-ce qui peut bien provoquer la transformation d’individus ordinairement intelligents en primates éructants, au bord du suicide quand « leur » équipe perd et au-delà de l'épectase quand elle gagne ? Cela doit bien se situer quelque part, du côté du cerveau reptilien ou de la réminiscence infantile, cette insulte à Darwin, cette déchirure dans le continuum de l'évolution de l'espèce censée nous avoir mené au glorieux statut d'homo sapiens sapiens, d'humain qui sait qu'il sait...  mais alors pourquoi ne sommes-nous pas tous frappés de cette régression ? Pourquoi quelques-uns d'entre nous en sommes préservés alors que tant d'autres, et quelques uns, et même quelques unes que nous ne soupçonnions pas vulnérables à cette régression, la subissent au point de perdre avant, pendant et après match tout langage articulé (les klaxons en tiendront lieu), ou, pire, de n'en garder que ce qui est nécessaire pour proférer des énormités que seule la vacuité de leur prétexte sauve de l'odieux, sans les sauver du ridicule ?

06 juin 2012

L'Eurofoot débute dans deux jours en Pologne et en Ukraine : Du pain, des jeux et des prisons

Hier soir, au Conseil Municipal de la Ville de Genève, une majorité a refusé de traiter avant l'ouverture de l'Eurofoot, vendredi, une résolution socialiste exprimant, en termes pourtant mesurés, la distance que peut prendre une ville comme Genève avec l'état des libertés politiques dans l'un des deux pays organisateurs de la grande fête du ballon rond : l'Ukraine. Elle ne mangeait pourtant pas de pain, ni d'ailleurs de jeux, la résolution : elle demandait simplement que les retransmissions des matches se déroulant en Ukraine, sur écran géant à Genève soient complétées d'un avertissement du genre: « le match que vous regardez se déroule dans un pays ne respectant pas les libertés démocratiques ». Ben non : apparemment, dire l'évidence, ce serait déjà trop dire en pleine footerie européenne.

Etre antisportifs pour les mêmes raisons qu'être anticléricaux et antiracistes ...

'Ukraine a investi dix milliards d'euros dans l'organisation chez elle d'une partie de l'Eurofoot, alors qu'elle rame déjà pour rembourser, au titre de sa dette, un montant équivalent et que personne ne croit un instant qu'elle récupérera les ressources investies  grâce aux spectateurs venus de l'étranger et à leurs dépenses. Les travaux d'infrastructures ont été terminés à temps, mais leur coût a explosé, et il y entre de toute évidence une part importante de dessous de tables et de corruption. Accessoirement, une partie de la population locale fait les frais des mesures prises pour accueillir les spectateurs étrangers : ainsi, les cités universitaires de Kiev ont été réquisitionnées, et leurs habitants étudiants expulsés, sans solutions de relogement. Et pour couronner le tout, en Pologne et en Ukraine, les groupes d'« ultras », chaînons manquants entre les supporters basiques et les hooligans, se distinguent par leur violence, leur racisme, leur antisémitisme...

Pour le pouvoir ukrainien actuel, mais aussi pour une bonne partie de l'opinion publique, et même de l'opposition, l'organisation avec la Pologne de l'Eurofoot 2012 est l'évènement le plus important (ou, avec la « révolution orange » de 2004, l'un des deux plus importants) depuis le retour à l'indépendance, à la chute de l'Union Soviétique. Un événement si important qu'il importe peu au pouvoir, au gouvernement, au président, de savoir ce que leurs homologues européens pensent d'eux : ils savent que ce qui va compter, ce sont les matches, le tintouin autour des matches, les exaltations des supporters, le ramdam continental autour de la baballe -bref, la routine médiatique de toutes les grandes compétitions sportives internationales.

Au premier coup de sifflet du premier match de la compétition, qui, sinon des antisportifs primaires, secondaires et tertiaires dans notre genre, se préoccupera de l'état des libertés politiques en Ukraine ? Du sort de l'ancien Premier ministre Ioulia Timochenko ? (elle n'est pas franchement de notre famille politique, mais elle est en prison depuis l'automne 2011, victime d'une vengeance du pouvoir en place, et elle est si mal en point, et si maltraitée qu'il a fallu début mai, sur pression européenne, la transférer dans un hôpital. Et menacée encore d'au moins deux procès, l'un pour fraude fiscale, l'autre pour complicité de meurtre. Rien que cela...).

La Chancelière allemande et son gouvernement, le président de la Commission européenne et sa commissaire aux sports, le gouvernement français annoncent qu'ils ne se rendront pas en Ukraine tant que Ioulia Timochenko y était persécutée ? Le président Ianoukovitch, son gouvernement, son ministre des Affaires étrangères s'en foutent ouvertement : «  Le sport, c'est le sport, la politique, c'est la politique », savonne le ministre... « Tous les billets de tous les matches en Ukraine ont été vendus », se rengorge le président... et ils ont raison :  le sort des libertés politiques en général, et celui de Ioulia Timochenko en particulier, ne pèsera pas lourd lorsque l'Eurofoot commencera.

« Le sport, c'est le sport, la politique, c'est la politique » , en effet : et quand la seconde est inavouable, le premier la recouvre. Au fait, a-t-il jamais servi à autre chose qu'à cela, depuis qu'il a cessé d'être le plaisir désargenté de jouer pour le plaisir de jouer ? Depuis qu'il a été pris en mains par des Etats, des sponsors, des investisseurs ? Depuis qu'il est devenu la dernière et la plus puissante des religions décérébrantes  ?

Et l'on s'étonnera, et nous blâmera, de nous sentir requis d'être antisportifs pour les mêmes raisons qu'être anticléricaux et antiracistes ...

26 mai 2012

Brèves


Une centaine de supporters genevois ont causé dimanche des heurts à Lausanne en marge du match opposant Lausanne-Sport au FC Servette. La police a dû faire usage d’un camion-pompe et de  balles en caoutchouc. A l’entrée du stade, peu avant les fouilles, des fans du FC Servette ont provoqué une bousculade afin de pénétrer de force dans l’enceinte. Auparavant, certains d’entre eux avaient lancé des engins pyrotechniques dans les broussailles, provoquant un début d’incendie dans un talus. Et au terme du match, perdu 3 à 1 par Servette, une centaine de supporters genevois ont cherché la confrontation avec le service de sécurité du stade, s'en sont pris à du matériel, à des barrières et ont lancé des bouteilles. Comme disait en substance une résolution du Conseil Municipal de Genève, le soutien au foot professionnel, ça socialise les jeunes, ça leur donne un modèle. La preuve : lors du match entre Servette et Lausanne Sports, l'attaquant lausannois Mat Moussilou, congolais, a été l'objet d'insultes racistes de la part de supporters genevois. Des supporters de foot racistes ? Non, c'est pas possible...

Certains membres du « club des 100 »  (une réunion de mécènes du FC Servette), regroupés danms l'« association SFC » ont entendu dire que « la recherche de soutiens financiers » au club qui vient juste d'échapper à la faillite était « plus compliquée que prévu », et proposent donc d'entrer dans le capital de la Société anonyme du club, mais le « club des 100 » ne veut pas de cette solution et assure qu'il n'y a aucun problème dans la récolte des fonds, et que celle-ci se monte, après trois semaines, à environ un million et demi de francs. Et on est prié de le croire sur parole. D'ailleurs, personne ne ment dans le milieu du foot-pognon. Personne, jamais. Sinon, ça se saurait, non ?

La catastrophe économique, sociale et politique grecque peut-elle avoir du bon ? ou en tout cas, des effets collatéraux sur lesquels on ne versera pas une larme ? celui-ci, par exemple: la suspension de toutes les compétitions nationale d'athlétisme pour protester contre les coupes budgétaires opérées, au nom de l'austérité (et du remboursement de la dette de 350 milliards d'euros) par le ministère de la culture et des sports, qui a ratiboisé l'année dernière le tiers des subventions qu'il accordait au sport, et devrait récidiver cette année. Si on en faisait autant à Piogre, est-ce que le FC Servette, le HC Servette, leurs supporters, leur porte-voix politiques et le Stade de Genève nous lâcheraient la grappe ? 

Lundi dernier, lors d'un match à la Praille entre Servette (qui a perdu) et Thoune, des supporters servettiens de la «Section Grenat»  (en avant, marche !) s'en sont pris à d'autres supporters servettiens, d'origine brésilienne, qui occupaient avec drapeau et tambours les gradins habituels de ladite « Section Grenat », pour qui « les mecs avec leurs tam-tams n'ont rien à faire là ». Surtout s'ils sont basanés. Zont qu'à retourner dans leur jungle, les métèques, non mais. « Noms d'oiseaux et bras d'honneur ont fusé », témoigne un spectateur. Quant au porte-parole du Servette, il se contente de déclarer que « le stade est grand, chacun devrait y trouver sa place dans la respect des autres ». C'est vrai que le stade est grand. Très grand. Beaucoup trop grand. Et aux trois quarts vide. Comme le cerveau des supporters ? On l'a pas dit. Mais on l'a pensé très fort.

Dans une centaine de jours, les Jeux Olympiques d'été s'ouvriront à Londres. Et les Londoniens trinquent. Depuis longtemps, mais ça s'accélère et s'alourdit encore au rythme des derniers chantiers: réfection des chaussées et trottoirs, échanfaudages sur les façades des principaux édifices, paralysie des lignes de metro... dans les quartiers populaires (pour ne pas dire pauvres) proches du « parc olympique » , protégé de la racaille locale par des palissades de trois mètres de haut, les habitants attendent encore que se réalisent les promesses d'emplois pour les chômeurs du coin et d'aménagements de leurs quartiers. La Mairie de Hackney où un centre aquatique destiné aux JO a été implanté (pour 370 millions de francs) râle : ce centre est inutilisable pour un usage populaire, et il faudra en construire un à côté, pour la population de la commune. Le Comité londonien avait estimé le coût de l'organisation des JO pour les collectivités publiques à 2,25 milliards de livres. On en est presque à quatre fois plus (9,3 milliards, soit 13,5 milliards de francs). C'est un dixième des coupes imposées par le gouvernement dans les budgets sociaux, éducatifs et sanitaires, et dont la population la plus pauvre souffre le plus directement. Ces milliards manquent cruellement, et les prestations qu'ils finançaient manquent encore plus cruellement -mais quoi, le principe, c'est bien toujours « du pain et des jeux», non ? Même si le pain est sec et les jeux pourris...
Dimanche s'est couru à Bahrein un grand prix de formule 1. Qui a gagné ? On s'en fout. On sait en revanche qui a perdu : d'abord, tué par la police, un opposant au régime du roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa. Ensuite, le mouvement des Jeunes du 14 mai, qui réclame, l'impudent, une monarchie constitutionnelle (même pas une république) et le respect des choix démocratiques. Il y a un an déjà, la répression du mouvement d'opposition avait fait 35 morts, en février et mars, et plus de 60 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement. C'est quand même pas quelques dizaines de morts d'arabes, chiites en plus, tués par la police ou l'armée, qui vont arrêter un grand prix de Formule 1, non ? Les bagnoles de course passent, la démocratie trépasse et alors ? Y'a quand même encore des coins comme Bahrein où on respecte les vraies valeurs, celles qui font vroum vroum... 
Le 1er avril dernier, autour du match de foot Lausanne-Servette, à Lausanne, de graves débordements de supporters (et de bière) avaient contraint la police lausannoise à intervenir, avec tirs de balles en caoutchouc, suivie des pompiers et de la voirie. Six semaines après les faits, la police, les pompiers et la voirie ont envoyé la facture (80'000 balles, voirie non comprise) à la Ville. Qui avait assuré que ce serait aux clubs de payer. Et qui aujourd'hui admet que « le système de responsabilité financière des clubs (n'étant pas en place », c'est la Ville elle-même qui paiera. Et pourquoi pas les supporters ? Ben... parce que ce sont de bon gars, finalement. Forcément, des fans de foot, ça peut être quoi d'autre ? C'est quand même pas le black block. Juste le naze bock...


18 mai 2012

Mondial 2014 de foot : Main basse sur le Brésil


Comme nul n'est censé l'ignorer, la prochaine coupe mondiale de foot, le « Mondial » (comme s'il était évident que ce machin résumait la planète) se déroulera et déroulera ses fastes, son fric et sa dope, au Brésil. Et le Brésil s'y prépare, sous la houlette tout sauf désintéressée de la coupole du foot professionnel international, la Fédération internationale de football (FIFA) et de son parrain haut-valaisan, Sepp Blatter. « Le Brésil s'y prépare », cela signifie : évacuation des habitants de quartiers entiers, violation des droits humains et des droits syndicaux, surexploitation des travailleurs, coupes dans les budgets sociaux pour financer les infrastructures sportives et touristiques... Il paraît que le Brésil a un gouvernement (et une présidente) de gauche. Face au foot-pognon mondialisé, il apparaît surtout que la gauche est aussi veule que la droite. 

Des chômeurs regarderont à la télé des millionnaires courant après un ballon

Souvenez-vous du Mondial 2010, en Afrique du Sud : ce fut une véritable opération de pillage des caisses publiques du pays par les organisateurs des joutes, leurs sponsors et les media. L'Afrique du Sud y avait perdu près de trois milliards de francs, la Coupole du foot (la FIFA, donc) y avait gagné plus de trois milliards de francs. Un transfert modèle, sur le dos des travailleuses et des travailleurs sud-africains, surexploités pendant tout le temps où ils mettaient sur pieds et sur béton toute l'infrastructure nécessaire à la « grande fête du sport ». Eh bien, pour le Mondial brésilien de 2014, l'histoire bégaie : sur les chantiers du Mondial, les salaires versés sont inférieurs au minimum vital. Les syndicats demandent un salaire minimum de 1100 reals par mois (environ 635 US$) mais le salaire minimum réel plafonne à 650 reals (environ 400 US$), et pour s'assurer que l'impudente revendication de pouvoir vivre de son travail ne perturbera pas les réjouissances fotballeuses, le droit de grève sera drastiquement limité pendant les trois mois précédant la compétition, et pendant toute la durée de celle-ci -il ne faudrait pas que les spectateurs et les téléspectateurs soient informés de la situation réelle des gens qui ont travaillé pour le spectacle... Enfin, le Mondial va déloger plus de 150'000 personnes des zones où sévira la fièvre du ballon rond et des favelas qui font tache dans le paysage touristique qu'on veut présenter, et il va de plus priver les marchands de rue (qui habitent ces favelas) de leur gagne-pain (en plus de leur logement) afin d'assurer le respects des droits exclusifs des sponsors de la FIFA.

« La FIFA met le Brésil en coupe réglée », résume Solidar Suisse (l'ex Oeuvre suisse d'entraide ouvrière, OSEO), qui lance une campagne pour exiger de la Coupole qu'elle fasse respecter les droits fondamentaux des travailleuses et des travailleurs brésiliens et des populations locales, victimes à la fois de la rapacité de la FIFA elle-même, de celle des sponsors et de l'incroyable veulerie des autorités brésiliennes. Il y a sans doute quelque feinte naïveté dans une campagne qui demande aux organisateurs d'une calamité de « promouvoir le fair-play à l'égard de la population locale » frappée par cette calamité, mais il y a surtout la volonté de mettre la FIFA face à ses propres discours sur le fair-play et la grande fraternité du sport, et à sa propre pratique : l'organisation «sportive» est en fait une multinationale qui va engranger des milliards de francs, ou de dollars, ou d'euros, grâce au Mondial et grâce à l'exploitation de ceux qui vont le rendre possible sur place, mais cette multinationale ne paie pas, et ne veut pas payer d'impôt, ni au Brésil où elle va sévir, ni en Suisse où elle siège.

Les milliards que le Brésil va consacrer à l'organisation du Mondial, pour les beaux yeux de la FIFA, de ses sponsors et des chaînes télés qui retransmettront les matches en faisant exploser les tarifs des publicités qui encadreront et farciront les retransmissions, ces milliards de dépenses somptuaires seront compensés par des coupes dans des programmes sociaux autrement plus urgents et plus essentiels que des joutes organisées dans les moindres détails par la FIFA, et se résumant en cette formule : « des chômeurs regardant à la télé des millionnaires courant après un ballon ».

Il y a 50 millions de pauvres au Brésil. Il y en aura encore plus après le Mondial. Mais ils auront pu croire leur pays devenu le centre du monde, alors qu'il n'aura été qu'un champ mis en coupe réglée par la FIFA.

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