Le sport, vous dites ? Eh non, le pognon...
La Justice helvétique va devoir traiter une plainte déposée par la
Coupole internationale du foot business, la FIFA, pour le «
mauvais comportement présumé de cerrtaines personnes dans le cadre
de l'attribution des Mondiaux » de foot 2018 et 2022 au Qatar et à
la Russie. Le « mauvais comportement » en question, c'est l'achat,
par les Qataris et les Russes, des voix nécessaires pour que leur
soient attribués les jeux du cirque footballistique. Une enquête
interne de la FIFA avait pourtant, tout en relevant des «
irrégularités », permis à la Coupole de ne pas remettre en cause
ces deux attributions, à deux puissances (l'une politique, l'autre
financière) qu'elle n'avait pas du tout envie de titiller. Pour le
foot continental, on note la défection, au motif ou au prétexte
d'Ebola,, du Maroc pour organiser la Coupe d'Afrique. Et il y a
aussi des trous dans les Jeux Olympiques, d'hiver et d'été. Et là,
ce sont les défections de villes candidates qui ont été annoncées.
Alors quoi, ça va mal pour le sport mondial ? Voui : l'essentiel
est menacé. L'essentiel vous dites ? Le sport ? Eh non, banane,
le pognon...
« Si elle imaginait sa propre existence, la connerie ne serait
plus elle-même » (Georges Picard)
Premier épisode : Le Maroc ayant déclaré forfait pour
l'organisation de la Coupe d'Afrique de foot, en raison de la peur
d'une contamination des foules par le virus Ebola, la faîtière
continentale de ballopied (la CAF) devait choisir un autre pays.
On connaît les critères d'une parfaite rectitude qui guident les
choix des faitières (continentales ou internationales) sportives
en ce qui concerne la démocratie, les droits humains, la
transparence financière, tout ça... Et on n'a pas été déçus : la
CAF a choisi la Guinée équatoriale et son président, Teodoro
Obiang Nguema, 72 ans dont 35 ans au pouvoir (après un coup
d'Etat, forcément, contre son oncle), dictateur « népotique et
prédateur » (dixit Le Monde) d'un pays où la violence à l'égard
des opposants, de la société civile et de la presse est
quotidienne, la corruption omniprésente et la misère massive. Le
choix rêvé pour une «grande fête du foot» dont le clan au pouvoir,
les entreprises qui lui sont liées et la faîtière continentale du
foot profiteront plein pot, et que la plèbe regardera passer. Et
paiera. La routine, quoi...
Deuxième épisode : Oslo a retiré sa candidature pour les JO
d'hiver 2022 pour des raisons financières (la foire sportive des
neiges coûte trop cher pour ce qu'elle vaut aux yeux des
Norvégiens), mais « personne ne doit s'inquiéter pour les Jeux »,
a assuré le président du Comité International Olympique : il reste
les deux candidatures de deux célèbres stations de sport d'hiver,
Pekin et Almaty (Kazakhstan). Ouagadougou n'était pas candidate.
Et à propos du respect des Droits de l'Homme, le CIO assure qu'il
prend « très au sérieux l'application de la Charte Olympique
durant les jeux ». Avant et après les Jeux, il s'en fout. On se
sent très Norvégiens, du coup. Ou Parisiens : la Maire de Paris,
Anne Hidalgo, a renvoyé dans les cordes François Hollande qui
s'était déclaré « favorable » à ce que la Ville de Paris se porte
candidate à l'organisation des Jeux Olympiques d'été de 2024, au
prétexte que « ce sera un moment de ferveur », que ça fera « le
plein d'équipements, d'emplois et d'industries qui pourront se
montrer ». A quoi Hidalgo a fort pertinemment répondu que la «
course au toujours plus » à laquelle se livrent les villes
organisatrices leur laisse surtout des équipements
surdimensionnés, et inutiles une fois les jeux passés.
Dernier épisode : la plainte de la FIFA auprès de la justice
suisse, pour corruption (mais sans prononcer le terme) dans
l'attribution des Mondiaux de foot 2018 et 2022 au Qatar (où les
ouvriers tombent comme des mouches pour construire les stades) et
à la Russie. Et elle est bien emmerdée, la justice suisse. Parce
que si jamais la plainte devait aboutir à la confirmation
officielle de ce que tout le monde sait, que des voix nécessaires
au Qatar et à la Russie pour se voir attribuer chacun leur Mondial
ont été achetées et que cette attribution est donc nulle et non
avenue, on imagine la colère poutinienne et émirienne. Et c'est
teigneux, la Russie. Et c'est très riche, le Qatar. Et ils
dépensent du pognon, en Suisse, les oligarques et les émirs. Et
les fédérations sportives internationales sont bien une
soixantaine à avoir posé leur sièges et leurs comptes en banque en
Suisse, où elles ont rapporté près d'un milliard et demi de francs
à l'économie en 2011. Dès lors, les paris sont ouverts : la
justice suisse ira-t-elle jusqu'au bout de son travail, ou
enterrera-t-elle le dossier sous le gazon d'un stade?
Tiens, celui de Genève, par exemple, qui ne sert pas à grand
chose, pourrait servir à cela. Avant que le canton qui veut le
reprendre dans le cadre d'une nouvelle répartition des tâches
entre lui et les communes ne s'aperçoive qu'en fait, il ne
reprendrait qu'un terrain vague avec un trou au milieu et des
dizaines de millions déjà balancés dedans.