Un nouvel instrument financier : le trou rentier
Nème épisode d'un feuilleton répétitif, celui du stade de la Praille : Accroché au trou de la Praille comme une huître à son pieu, le Conseil d'Etat propose au Grand Conseil un projet de loi (PL 10433) attribuant à la fondation (privée) (1) du stade une subvention annuelle de l'ordre de plus de deux millions chaque année pendant quatre ans (2), subvention renouvelable mécaniquement pendant toute la durée de vide du stade, soit encore au moins quarante ans. On vous laisse faire vous même la multiplication (quarante fois deux millions, ou plus si entente) pour obtenir le total final de ce nouveau racket des fonds publics. En pleine crise économique et financière, le gouvernement genevois invente un nouvel instrument financier : le trou rentier. A deux millions par an pendant un demi-siècle. C'est beau comme du Madoff. Surtout quand on lit les " conditions " que le Conseil d'Etat fait mine de poser à la fondation :
- d'abord, " la fondation s'engage à restituer la part non utilisée de l'aide financière mise à disposition par l'Etat ", comme si, dans l'état financier où se trouve la fondation, une quelconque part de cette aide allait être " non-utilisée "… de toute façon, " la fondation conserve 25 % de son résultat annuel ", le solde revenant à l'Etat, comme si, à moins de tripatouiller les comptes, le résultat annuel allait être autre chose qu'un déficit;
- ensuite, " la fondation s'engage à ce que les objectifs qu'elle poursuit et les actions qu'elle entreprend s'inscrivent dans une perspective de développement durable " (art. 8 du projet de contrat de prestation ). Il faudra bien qu'on nous explique comment on peut inscrire " dans une perspective de développement durable " la gestion, l'exploitation et l'entretien d'un stade de 30'000 places pour 5000 spectateurs potentiels et 1500 spectateurs réels (dont au moins un quart ne paient pas leur place). Le seul " développement durable " dans lequel puisse s'inscrire le stade a été jusqu'à présent celui du racket des fonds publics.
- enfin, la fondation " s'engage à être le bénéficiaire direct de l'aide financière " de l'Etat (ce qui suggère, pour le moins, l'existence d'un doute à ce sujet ) et à signaler à l'Etat tout " événement exceptionnel et prétéritant la poursuite des objectifs de la fondation ou la réalisation " du contrat de prestation. Il va de soi que l'insolvabilité de la fondation, pas plus que le surdimensionnement du stade. ne peuvent être considérés comme des " événements exceptionnels ", puisqu'ils sont la norme de cet équipement et que, depuis plus de dix ans, ils rendent impossible la réalisation du moindre des objectifs de la fondation et la respect de la moindre des conditions que le Conseil d'Etat fait mine de poser à l'octroi d'une subvention pérenne à la fondation.
Des précautions rhétoriques
Au projet de loi est annexé un projet de contrat de prestation, qui prend quelques précautions au cas où la fondation bénéficiaire des largesses de l'Etat prendrait, elle, quelques libertés (3) avec les conditions qui lui sont posées pour qu'elle puisse en bénéficier. Une décennie d'expérience nous convainc cependant que ces précautions sont purement rhétoriques : quoi qu'ait fait la fondation jusqu'à présent (4), les collectivités publiques ont toujours casqué pour payer les pots cassés. Et ça n'a pas suffi : en juin 2008, un cabinet d'avocat (Mo Costabella Pirkl) mandaté par la fondation décrit en ces termes la situation d'une fondation en état " d'insolvabilité durable " :
- " le coût des travaux final du stade (...) a failli entraîner (la) faillite " de la fondation;
- " le paiement en avance des rentes dues par La Praille S.A. Centre commercial et de loisirs (pour le droit de superficie) a pour effet de priver la FSG d'une source de liquidités indispensable à son fonctionnement " ;
- " l'Event center a été loué à des conditions dictées par l'intérêt de son utilisateur actuel " (le centre commercial);
- les faillites du Servette et de la Société d'exploitation du stade ont eu " pour effet que les nouveaux engagements liés à l'exploitation du stade ont été conclus au nom " de la fondation, qui a également repris totalement ou partiellement certains engagements de la société d'exploitation, mais selon des critères " pas documentés ";
- les liens entre la fondation, les pouvoirs publics et le Crédit Suisse sont à l'origine d'une manière " peu claire de comptabiliser certaines écritures "; faute de documentation, on ne sait par exemple si l'apport, sans contrat, du Fonds d'équipement communal pour régler la dette à l'égard d'Implenia et satisfaire les exigences de l'UEFA doit être considéré comme un prêt, une avance ou une donation. Même remarque pour le paiement par les pouvoirs publics de dettes d'exploitation (droit de superficie aux CFF, taxe d'eau, etc.) ;
- la fondation est " vulnérable, n'a aucune autonomie financière et ne peut pas assurer le paiement de ses charges de base ";
- " il n'y a pas de perspective d'amélioration des revenus d'exploitation ";
- la référence dans la loi du 26 avril 1996 à des " engagements financiers de l'Etat " comme moyen d'assurer " au besoin " la couverture des frais financiers et d'exploitation du stade " ne constitue pas une garantie de passifs ou de subventionnement des pouvoirs publics claire et exécutable au profit de la fondation ";
- " la faillite de la Fondation pourrait être prononcée si d'aventure les dettes d'exploitation, même insignifiantes, ne pouvaient pas être acquittées ". Or on y est : à la date (24 juin 2008) du rapport du cabinet d'avocat, il était " indiscutable que (la) fondation (était) insolvable ". N'importe quelle entreprise privée se trouvant dans la situation actuelle de la fondation du stade serait mise en faillite. Mais on n'a pas affaire à n'importe quelle entreprise (privée ou publique) : on a affaire à un fétiche, à un totem, devant lequel on se prosterne et au pied duquel on dépose comme une offrande tous les fonds publics qu'on arrive à pomper.
Des promesses illusoires
Le prétexte du projet de loi présenté par le Conseil d'Etat, et contre lequel nous lancerons un référendum si, comme probable, il est accepté par un Grand Conseil dansant depuis dix ans autour du totem de la Praille la danse de la pluie de subventions publiques, est donné dans son article 5 : " permettre à la Fondation du stade de Genève de poursuivre l'exploitation du stade de Genève et de le maintenir dans un bon état d'entretien ". Prétexte formalisé dans un " contrat de prestation " par lequel la fondation s'engagerait, les belles promesses rendant les fous joyeux, à
- " optimiser l'utilisation du stade " par l'accueil d'un club résident (dont les matches n'attirent que 1500 personnes au plus, et généralement moins de mille), l'organisation d'autres matchs de football (qui ne remplissent pas plus le stade, sauf événements exceptionnels du genre Euro, qu'on ne reverra plus à Genève avant la disparition du stade, que celle-ci se fasse ou non au terme de sa durée de vie théorique de cinquante ans) et l'organisation d'événements (concerts et locations) qui dans le meilleur des cas ne rempliront le stade que deux ou trois fois par an;
F assurer un accueil optimal du public lors de manifestations - il est vrai que l'accueil sera d'autant plus " optimal " (et coûteux) que le public sera rare (et les rentrées financières congrues);
- améliorer le résultat d'exploitation de la FSG selon un plan financier quadriennal, que la FSG est hors d'état de tenir quel qu'en soit le contenu.
Ces engagements valent ceux, quasi identiques, pris par la fondation depuis bientôt une décennie, et qu'elle n'a jamais été capable de tenir.
Quant au cabinet d'avocat mandaté par la fondation pour lui formuler des propositions " visant à (son) assainissement ", il a en effet, en juin 2008, suggéré quelques mesures, en posant comme condition d'évidence (mais on a vu depuis dix ans que cette évidence a besoin d'être rappelée) le " respect des dispositions légales et statutaires ", dont le constat officiel de l'insolvabilité durable de la fondation, la production d'un bilan intermédiaire crédible (et donc sincère) (5) , et d'un rapport de révision. Les mesures proposées par le consultant sont, notamment, les suivantes :
- racheter (avec quel argent ?) le contrat Event center et les loges, constituer une nouvelle société d'exploitation, élaborer un plan d'exploitation du stade et s'assurer une disponibilité garantie de fond. On peut être certain que ni la fondation actuelle, ni une éventuelle fondation de droit public, ne soit en état de concrétiser de telles propositions sans une aide publique accrue, c'est-à-dire une ponction accrue, et durable, dans les caisses publiques ;
- vendre ou transférer le stade à un tiers ou à l'Etat, après liquidation de la fondation (6). Le transfert à un tiers suppose qu'on trouve ce tiers et la vente du stade qu'on lui trouve un acheteur (même au prix " cassé " de 17 millions, qui est celui que suggérait une étude de 2004 en cas de vente forcée, on ne voit pas le chaland se précipiter); le transfert à l'Etat n'aboutit qu'à faire reprendre le Titanic par un autre armateur : ça n'évite pas le naufrage, ça le fait seulement totalement assumer par la collectivité publique...
- assainir la situation en recomposant totalement les fonds propres afin de payer tous les créanciers (y compris l'Etat et les communes), ou en s'engageant dans une procédure concordataire aboutissant au paiement d'un dividende (soit une partie des dettes, ou encore mettre la fondation en faillite, ce qui ne serait que le constat de sa situation actuelle). Ces deux solutions impliquent la réalisation, plus ou moins forcée, des actifs de la fondation, la nomination d'un organe désigné par un tribunal et une publicité désagréable pour les responsables, privés ou publics, du désastre -on comprend donc qu'ils n'y tiennent guère ;
- conclure un concordat extrajudiciaire en négociant séparément chaque dette, tout en respectant un minimum d'égalité de traitement entre les créanciers.
Une fondation en état de cessation de paiement
La cause réelle du projet de loi est claire, et simple : le stade, et la fondation supposée l'exploiter et l'entretenir, sont en état de cessation de paiement (l'organe de révision a constaté en décembre 2008 que les dettes de la fondation ne sont pas couvertes par ses biens, que ceux-ci soient estimés à leur valeur d'exploitation ou à leur valeur de liquidation, et que la fondation est donc " manifestement surendettée "). Cette situation, dans laquelle la fondation se trouve depuis des années, et qui ironiquement ressemble beaucoup à celle dans laquelle se trouvait le FC Servette au moment de son rachat par Marc Roger, a été camouflée tant qu'on a pu, mais on ne peut plus : " C'est la faillite ou la subvention cantonale ", clament en chœur les stadolâtres, les zautorités et la Tribune de Genève. En réalité, on n'en est plus là : le stade n'est pas " menacé " de faillite, le stade est une faillite. Et on ne met pas une faillite en faillite, sinon pour la constater, et pemettre aux collectivités publiques de se débarrasser, aux enchères ou de gré à gré, du boulet qu'elles traînent à la Praille. Encore que plane une menace : que l'Etat mise lui-même et rachète le stade -acte contre lequel, toutefois, un référendum est possible, comme d'ailleurs contre la transformation de l'actuelle fondation de droit privé en fondation de droit publique, qui ne peut être créée que par une loi contre laquelle nous ne manquerions pas de lancer un référendum, cette substitution en apparence formelle d'un statut public à un statut privé (lui-même purement formel, dès lors que ne siègent plus au Conseil de fondation, en violation de ses statuts, que des représentants de pouvoir publics, et que la fondation ne surnage financièrement que grâce aux apports de fonds publics) ayant pour principal effet de rendre les collectivités publiques mécaniquement responsables des pertes de la fondation, et donc de faire payer, au sens le plus trivial du terme, par les contribuables l'irresponsabilités des scénaristes (privés et publics) de ce triste feuilleton.
Un stade qui vaut dix fois moins que ce qu'il a coûté
Le stade de la Praille a déjà coûté plus de 150 millions de francs; sa construction a coûté 121 millions, dont 102 pour le stade lui-même. En 2004, sa valeur en cas de vente forcée n'était évaluée qu'à 17 millions. En d'autres termes, aujourd'hui, le stade, qui a coûté plus de deux fois plus que prévu, vaut dix fois moins que ce qu'il a coûté. Et son seul maintien en l'état coûte déjà chaque année plus de deux millions de francs, et coûtera de plus en plus cher, au fur et à mesure que le temps fera son effet sur l'état de l'ouvrage, et le renchérissement sur les coûts de son entretien.
Qui a payé ?
Du côté des collectivités publiques :
- Le canton, la Ville de Genève et la Ville de Lancy ont doté ensemble la fondation d'un capital en espèces de 26 millions de francs (vingt millions par l'Etat, trois millions par la Ville de Genève, trois millions par celle de Lancy), plus cinq mille francs chacun ;
- La Confédération a contribué pour cinq millions à la construction du stade ;
- Le fonds d'équipement communal a assuré, pour onze millions, le paiement de la dette de la fondation à l'égard de Zschokke-Implenia, puis, pour neuf millions, la mise en conformité du stade aux exigences de l'UEFA ;
- L'Etat a en outre mis gratuitement à disposition de la fondation les terrains nécessaires à la construction du stade, et a pris à sa charge la rente de droit de superficie à verser aux CFF pour la parcelle mise à disposition du stade.
Au total, la majorité des fonds engloutis dans la construction, l'aménagement, l'équipement et l'adaptation du stade proviennent, à raison d'environ 80 millions de francs (sans compter les mises à disposition et prises en charge gratuites), des collectivités publiques, alors que le stade était supposé ne rien leur coûter.
Du côté des privés :
- le Crédit Suisse a accordé un prêt, sans intérêts mais remboursable en 80 ans à raison de 250'000 francs par an, de 20 millions. Ce prêt doit être remboursé par la Fondation (privée). Si celle-ci est transformée en fondation de droit public, ce sont les caisses publiques qui seront ponctionnées pour le remboursement du prêt. En novembre 2008, le Crédit Suisse s'est déclaré d'accord de " post poser " sa créance de vingt millions, à condition que le canton s'engage à contribuer aux frais de fonctionnement de la Fondation " à hauteur de 900'000 FS par an au moins et pour dix ans au moins ". Petit chantage entre amis, auquel le Conseil d'Etat propose donc que le canton se soumette, en y mettant même un peu du sien puisque le gouvernement propose que le canton s'engage non pour 900'000 francs par an pendant dix ans au moins, mais pour un peu plus de deux millions par an pendant quatre ans au moins -le terme de la proposition du Conseil d'Etat étant finalement le même que celui du chantage du Crédit Suisse : la durée de vie du stade, soit encore, en gros, un demi-siècle. ;
- une souscrpiton pulbique a apporté quatre millions ;
- la Fondation Hippomène (Hentsch) a fait " don à la collectivité ", par le biais de la société immobilière du Servette, des terrains du Stade des Charmilles pour qu'ils soient transformés en parc public (qu'on attend toujours), après un échange de bien-fonds entre l'Etat et la Ville, le premier devenant propriétaire des terrains de la Praille et la Ville des terrains des Charmilles.
L'amortissement du coût de la construction du stade se monte en gros, sur cinquante ans (la durée de vie du machin) à deux millions par an. Soit ce que le Conseil d'Etat propose sous forme de subvention cantonale, le stade étant incapable de payer lui-même l'amortissement de sa propre construction. La fondation se sait insolvable, et sait n'avoir échappé à la faillite que grâce à la complaisance des autorités. Au 31 décembre 2007, la Fondation était en découvert de plus de 5,6 millions de francs. L'organe de révision des comptes de la fondation du stade, la fiduciaire Gestoval, décrit assez clairement la situation dans son rapport de septembre 2008 sur les comptes 2007 (et la situation n'a pas changé, sauf à empirer, depuis) :
" La Fondation du stade de Genève reste confrontée à d'énormes difficultés de trésorerie et se considère comme insolvable (...); elle ne pourra satisfaire à ses engagements à court et moyen terme que si les fonds nécessaires notamment destinés au règlement de ses dettes à court terme sont effectivement mis à disposition et qu'à la condition que son exploitation génère des cash-flows suffisants pour faire face aux engagements de la Fondation. Ces conditions n'étant actuellement pas remplies, la poursuite de l'exploitation est dès lors très fortement menacée. S'il ne devait pas être possible de mettre en place un assainissement avec pour corollaire de nouvelles sources de financement, la continuation de l'exploitation de la Fondation deviendrait impossible et les comptes devraient être établis sur la base des valeurs de liquidation ". Valeurs non précisément estimées dans son rapport par la fiduciaire, puisque en septembre 2008, la Fondation n'avait pas encore, contrairement à ce qui lui impose le Code civil, établi un bilan intermédiaire fondé sur la valeur vénale des biens. Elle le fera quelque temps plus tard, mais en produisant un bilan intermédiaire que l'organe de révision des comptes se refusera à cautionner sans réserves (5) .
Trois piliers fragiles
L'exploitation du stade de Genève doit reposer sur trois piliers, rappelle le Conseil d'Etat. Or les trois piliers sont fragiles, sinon pourris :
- " la présence d'un club résident " ? Le FC Servette a plongé de l'élite du foot suisse en division inférieure, et est menacé de tomber encore plus bas. De toutes façons, le club n'a jamais eu plus de 5000 supporters à Genève depuis la fin des années soixante, même lorsqu'il était champion suisse : ça justifie un stade de 15'000 places, ça remplissait parfois les Charmilles, ça ne les laissait jamais vides, mais ça laisse en moyenne la Praille vide à 90 %:
- " des matchs de football supplémentaire " (équipe de Suisse, matches internationaux) : de toutes façons, ces matches sont en nombre largement insuffisant pour permettre autre chose qu'un " remplissage " exceptionnel, et aléatoire, du stade;
- " d'autres manifestations ", comme les concerts -mais il est parfaitement illusoire d'en attendre autre chose qu'un apport accessoire.
En clair, il est totalement exclu que l'exploitation du stade puisse être rentable, et qu'il finisse par se justifier un jour d'avoir planté à la Praille une enceinte de 30'000 places.
Tais-toi et paie ?
" Le canton a voulu ce stade et il faut le payer ", affirme le Conseiller d'Etat Mark Muller. Le canton a voulu ce stade, vraiment ? Le Conseil d'Etat peut-il nous dire quand les citoyennes et les citoyens du canton se sont-ils prononcés ? ils ne l'ont jamais pu, ni sur le déplacement du stade des Charmilles à la Praille, ni sur le volume du stade (30'000 places, quand la moitié suffisait), ni sur l'aplaventrissement des autorités devant les désirs d'une organisation privée, l'UEFA, qui a imposé des modifications au stade, pour un coût de plusieurs millions. Seules et seuls les citoyennes et citoyens de la Ville ont pu se prononcer. Et quand ils l'ont pu, ils ont dit clairement (à trois contre un...) qu'ils ne voulaient pas payer un machin qui a été posé à la Praille sans que jamais l'avis du "peuple souverain" ait été sollicité. Au point, d'ailleurs, que quand le "peuple souverain" aurait pu se prononcer, sur initiative ou par référendum populaires, tout a été fait, et réussi, pour l'en empêcher...
Nous sommes de ceux qui depuis dix ans annoncent que le stade, d'abord projeté, puis construit, inauguré, mis en service et, aujourd'hui, pratiquement déserté, ne serait jamais, ne pourrait jamais être rentable : un stade de 30'000 places pour un canton de 480'000 habitants, et pour 4500 supporters, relève de l'absurdité -et d'une absurdité durable. Là où un stade de 15'000 places suffisait largement, on en a construit un deux fois plus grand. Qui reste donc vide à 90 % lorsqu'il est utilisé, sauf événements exceptionnells (lesquels n'ont pas besoin du stade pour se dérouler). Le plan financier initial prévoyait un stade rentable à raison de 20 matches du club résident (Servette), vingt matches internationaux et vingt concerts à guichets fermés : du pur Madoff. Le club résident ne remplissait déjà par les Charmilles, il pouvait d'autant moins remplir la Praille qu'il est tombé en division plébéienne (et ne paie que 9000 francs au stade par match qu'il y joue, devant généralement moins d'un millier de spectateurs); les matches internationaux se comptent sur les doigts d'une main et les concerts sur les doigts de l'autre (7).
Financièrement, ce stade est un gouffre : il l'est dès sa création (ce que reconnaît le Conseil d'Etat, qui rappelle que "le coût des travaux du stade a failli entraîner sa faillite" -on ne l'a évitée qu'en ponctionnant le fonds d'équipement communal pour payer les factures), il l'est resté (malgré le paiement en avance des rentes de droit de superficie dues par le centre commercial) et le restera tant qu'on ne l'aura pas vendu ou détruit (ce que le Conseil d'Etat admet également, implicitement) : il a déjà coûté au moins 150 millions au lieu des 68 millions prévus; explication de la "Tribune" : c'est parce qu'il est plus grand que prévu (le seul fait de passer d'un stade de 25'000 places, tel qu'initialement prévu, et déjà surdimensionné, à un stade de 30'000 places, a alourdi l'ardoise de douze millions)... mais à qui la faute, sinon à ceux qui, comme la "Tribune", se sont acharnés à défendre l'idée, puis à soutenir la construction, d'un stade de 30'000 places là où 15'000 suffisaient ? Résultat : le mammouth, a englouti, outre les dizaines de millions de fonds publics qu'on y a balancé, la totalité du droit de superficie dû par Jelmoli (ce qui a pour effet, soupire le Conseil d'Etat, "de priver (la fondation) d'une source de liquidités indispensables à son fonctionnement") et du prix des concessions des stands et des buvettes. Financièrement, le stade est un gouffre, architecturalement, un étron; sportivement, un terrain vague. Le meilleur sort qu'on puisse le réserver serait de le vendre pour un fanc symbolique, à qui en voudra, Marc Roger ou Bernard Madoff, peu importe. Mais il vaudrait encore mieux pour tout le monde qu'il soit détruit (une "option trop absurde pour qu'on s'y arrête, selon la "Tribune", qui s'est arrêtée une fois pour toutes à une option encore plus absurde : l'acharnement thérapeuthique et financier). Sinon, qu'en faire ? Une friche post-industrielle ? Un musèe des imbécilités politiques ? Une annexe à Champ-Dollon ? Ou plus raisonnablement, en faire ce à quoi il sert présentement : rien.
Chronologie
Le 26 avril 1996, le Grand Conseil adopte une loi ouvrant un crédit de 20 millions FS pour la reconstruction ou la rénovation du Stade des Charmilles et du Centre sportif de Balexert. Un peu plus d'un an plus tard, le 19 juin 1997, le même Grand Conseil transfère le crédit (et le stade) des Charmilles à la Praille : c'est l'erreur initiale -tout le reste va suivre, de mal en pis.
En février 1998 est constituée la Fondation privée du Stade de Genève. Elle a pour but de " favoriser la pratique et le développement et général de tous les sports athlétiques dans le canton de Genève, et plus particulièrement ceux pratiqués par le Servette Football Club ", d'acquérir les biens et droits immobiliers nécessaires à la construction et à l'exploitation du stade de Genève et à la réhabilitation du Centre sportif de Balexert, d'assurer la construction, le financement, la gestion et l'exploitation du stade " dans l'intérêt général ", et à cet effet de rechercher le financement du projet et d'établir la couverture des frais financiers et d'exploitation " au besoin avec des engagements financiers éventuels de l'Etat ".
Le 27 mai 1999, le Grand Conseil adopte une loi créant une zone de développement 3 affectée à des activités commerciales et administratives, sur laquelle sera implanté le stade, le centre commerciual et le bâtiment de liaison. Le plan localisé de quartier est adopté par le Conseil d'Etat le 8 septembre 1999.
Le 13 mars 2000, nous lançons une initiative populaire cantonale (IN 118) " Pour un projet de stade raisonnable ". Elle aboutit avec 11'000 signatures et est déposée le 12 juillet.
Le 5 octobre 2000, trois mois après l'aboutissement de l'initiative, le DAEL autorise la construction du stade, du centre commercial et du bâtiment de liaison. Les travaux (de démolition) débutent le 20 novembre 2000.
Le 29 mars 2001, la première pierre du stade est posée, six mois après l'aboutissement et le dépôt de l'initiative populaire " pour un stade raisonnable " (de 15'000 places). Mais il aura suffi aux promoteurs du stade et à leurs porte-valise de faire traîner l'examen parlementaire de l'initiative jusqu'au début des travaux, pour pouvoir dire ensuite que l'initiative n'avait plus d'objet et la faire annuler, le 17 avril 2002, par un TF aux ordres, alors que le Conseil d'Etat et le Grand Conseil l'avaient déclarée valide en avril et juin 2001.
En décembre 2002, le Groupe Canal+ se retire de la Société d'exploitation du stade (il en était l'actionnaire majoritaire) et cesse d'être l'opérateur de cette exploitation. La Fondation décide de reprendre le capital action et de prolonger l'existence de la Société d'exploitation.
Le 13 novembre 2003, le Centre commercial est ouvert, quatre mois avant le stade (premier match : le 16 mars 2003). Ce qui illustre l'importance respective du souk et des arènes : les secondes n'étaient qu'un adjuvant au premier.
Le 21 février 2004, la Fondation reprend à sa charge le passif de la Société d'exploitation et la vend à Marc Roger, pour un franc symbolique. A ce moment, le coût de la construction du stade a déjà atteint les 120 millions, mais sa valeur en cas de vente forcée ne dépasse pas les 17 millions de francs.
Le 28 février 2004, Marc Roger acquiert, pour un franc symbolique, 87 % des actions de la S.A. du Servette. Un mois plus tard, il entre au Conseil d'administration et, en juin, en devient le président. Christian Luscher, Alain Rolland et Olivier Carrard quittent le navire.
Le 25 octobre 2004, la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil rend un rapport constatant que la fondation a une dette de 10 millions de francs à l'égard de l'entreprise Zschokke, et qu'en octobre 2000 déjà, avant même que la construction du stade ait commencé, la fondation souffrait d'un manco de 2,7 millions de francs.
Le 1er février 2005, la Fondation prend directement en charge l'exploitation du stade, trois jours avant la dissolution par faillite de la Société d'exploitation.
Le 4 février 2005, la faillite du FC Servette est prononcée. Un mois plus tard, Marc Roger est arrêté.
Le 24 avril 2005, les électrices et électeurs de la Ville de Genève refusent (à trois contre un) une proposition de prêt de 2,5 millions de la Ville à la Fondation du stade.
Le 8 juin 2006, le Grand Conseil modifie les statuts du fonds d'équipement communal, pour permettre (mais apparemment sans le savoir) qu'il soit ponctionné pour payer les dettes de la fondation du stade.
Le 11 décembre 2006, le Fonds d'équipement communal verse, malgré l'opposition de la Ville de Genève, onze millions à la fondation pour lui permettre de régler sa dette à l'égard de Zschokke-Implenia. Une année plus tard, le même fonds est mêmement ponctionné, toujours malgré l'opposition de la Ville de Genève, de 8,8 millions de francs, pour payer à la place de la fondation la mise en conformité du stade aux " exigences " de l'UEFA, dont on apprend au passage qu'elles ont force de loi.
Le 22 décembre 2008, l'organe de révision des comptes constate, ou plutôt confirme, que la fondation est surendettée et, objectivement, en état de cessation de paiement. Un mois auparavant, le Crédit Suisse se déclarait d'accord de "post poser" sa créance de vingt millions, à condition que l'Etat casque au moins 900'000 francs par an pendant au moins dix ans.
" Jusqu'à présent, tout a été fait en sorte pour que l'on évite d'en arriver (...) à dire que les subventions sont nécessaires ", observe (dans la "Tribune" du 7 février) un courageux membre anonyme du Conseil de fondation du stade. Tout, en effet. Tout et n'importe quoi : des prêts qui finissent par devenir des dons, des droits de superficie sur cinquante ans dont on encaisse le loyer semi-séculaire en une seule fois, et l'utilisation à deux reprises en deux ans, pour vingt millions de francs au total) du fonds d'équipement communal pour balancer, en privant les citoyennes et citoyens du droit de lancer un référendum populaire, des millions supplémentaires dans le trou de la Praille : une première fois pour payer les factures de sa construction, une seconde fois pour le mettre " aux normes de l'UEFA ", comme si une collectivité publique était tenue de suivre les ordres d'une organisation privée (par ailleurs milliardaire, mais ne payant pas un sou d'impôt). " Si les synergies pouvant exister entre l'UEFA et le stade de Genève n'ont pas encore toutes été développées, il n'en demeure pas moins que ce potentiel existe ", plaide le Conseil d'Etat à l'appui de son projet de subvention annuelle de deux millions à la fondation du stade. Les " synergies " déjà " développées " entre l'UEFA et le stade ayant déjà coûté au moins onze millions aux collectivités publiques, leur développement ultérieur promet...
Un trou financier durable
Le stade de la Paille ne sera jamais, financièrement, qu'un trou : il est illusoire d'attendre qu'un stade de 30'000 places puisse être autre chose à Genève. Même si Servette redevenait champion suisse (mais l'équipe est plus proche de la chute en ligue inférieure que de l'ascension en ligue supérieure) les 5000 supporters locaux du club local, à supposer qu'il soit " résidant " du stade, ne pourraient peupler celui-ci qu'au sixième de sa capacité. Et on ne le remplira pas non plus en faisant venir Céline Dion une fois par mois. Même pour nous chanter la chanson du film " Titanic " dans un stade en naufrage.
Un stade deux fois trop grand, trois fois trop cher, aux trois quarts vide et ne valant plus que le dixième de ce qu'il a coûté
On se retrouve donc avec un stade deux fois trop grand, trois fois trop cher, vide à 80 % et ne valant que le dixième de ce qu'il a coûté, géré par une fondation surendettée, parfaitement incapable de remplir le rôle que ses statuts lui assignent :
- " favoriser la pratique et le développement en général de tous les sports athlétiques dans le canton de Genève, et plus particulièrement ceux pratiqués par le Servette Football Club ". En fait, les seuls sports athlétiques dont le stade de la Praille " favorise la pratique et le développement en général " sont le lancer de bouée de sauvetage financier, la course d'obstacles démocratiques (avec contournement des obstacles), le saut dans le vide budgétaire, la natation synchronisée en eaux troubles et la pêche aux subventions;
- " acquérir les biens et droits immobiliers nécessaires à la construction et à l'exploitation du stade de Genève et à la réhabilitation du Centre sportif de Balexert ". Dans la réalité, la fondation du stade n'a jamais pu acquérir quoi que ce soit par elle-même, et a toujours dû s'en remettre à la générosité intéressée d'investisseurs et prêteurs privés, et plus encore à la générosité aveugle des collectivités publiques;
- assurer " la construction, le financement, la gestion et l'exploitation (du stade) dans l'intérêt général ", en établissant " que la couverture des frais financiers et d'exploitation est assurée, au besoin avec des engagements financiers éventuels de l'Etat ". En fait, la fondation n'a jamais rien pu assurer de ce qu'elle devait assurer, les engagements financiers " éventuels " de l'Etat ont toujours été rituels, ceux des communes (non prévus aux statuts) s'y sont ajoutés, et la fondation s'est révélée dès le début de son existence parfaitement incapable d'établir la couverture des frais financiers et d'exploitation de son stade. Ce qui a conduit le Conseil de fondation à admettre non seulement l'évidence qu'un " assainissement " est nécessaire, mais qu'il ne pouvait prendre que deux formes : la faillite, ou le concordat. Pour éviter la faillite, et donc obtenir un concordat, le Conseil d'Etat propose de pérenniser, et de légitimer, l'intervention du canton. Parallèlement, le Crédit Suisse " postposerait " (en clair : reportait aux calendes grecques l'exigence de son remboursement) sa créance de 20 millions, la Ville de Lancy ferait une croix sur le remboursement de son prêt de 3 millions et la société Compass, propriétaire et exploitante des buvettes, accepterait le rachat de sa créance, moyennant un abattement. En revanche, il est peu vraisemblable que la fondation puisse bénéficier d'une remise d'impôt : en mai 2008, le Conseiller d'Etat David Niler l'informait en effet qu'elle ne remplissait pas les conditions légales pour pouvoir en bénéficier, compte tenu des actifs " disponibles et réalisables importants qui figurent dans ses états financiers " (une valeur de construction du stade de 55 millions, une valeur de vente forcée de 17 millions).
Fondation de droit privé ou de droit public, blanc bonnet (d'âne) et bonnet blanc
La Fondation du stade est actuellement insolvable, et ne pourra jamais par ses propres forces assumer les tâches que ses propres statuts lui assignent. Que cette fondation reste de droit privé ou devienne de droit public, en quoi certains rêvent de la transformer (le Conseil d'Etat l'avait d'ailleurs proposé en 2005), ne changera rien à cette situation. D'abord parce que même " de droit privé ", la fondation est à la fois totalement dépendante du financement public, et totalement dirigée par des représentants des collectivités publiques (le canton, la Ville de Genève et celle de Lancy) : les privés s'en sont courageusement retirés à temps, en 2003 déjà, contrairement d'ailleurs à ce que les statuts de la fondation prévoient -il devrait y avoir un représentant du Crédit Suisse, un représentant de Jelmoli et un représentant de la fondation Hippomène (Hentsch) au Conseil de fondation. La question se pose d'ailleurs de savoir si une fondation incapable de constituer ses organes conformément à ses statuts ne se trouve pas hors-la-loi et en situation objective de dissolution, et en tous cas hors d'état de recevoir une subvention, régulière ou unique de la part d'une collectivité publique.
En 2004, la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil, décrivant la situation calamiteuse de la Fondation du stade, recommandait sa réorganisation rapide, par exemple sous forme d'une société anonyme de droit public, comme si un changement de statut juridique allait changer les réalités. Surtout, et plus dangereusement, la commission recommandait de " formaliser le fait que le stade est une infrastructure en mains publiques " et d'assurer par les collectivités publiques " le contrôle effectif des opérations ". Or c'est la dernière chose à faire, à moins que l'on veuille (et c'est précisément ce que les partisans du stade veulent) enchaîner les collectivités publiques au béton du stade, comme les mafiosi lestent de béton les pieds de leurs ennemis avant de les balancer à la flotte.Dans tous les cas envisagés par la commission de contrôle de gestion en 2004, le préalable est le même : liquider la fondation de droit privé (avec ou sans faillite) pour la transformer soit en société anonyme de droit public, soit en fondation de droit public, à qui transférer le patrimoine transférable de l'actuelle fondation. Ce préalable est intéressant, parce qu'il suppose l'adoption d'une loi par le Grand Conseil (le Conseil d'Etat a d'ailleurs un projet sous le coude depuis 2005). Et donc la possibilité de lancer un référendum. Possibilité dont nous pouvons d'ores et déjà annoncer que nous ferons usage.
Il ne reste donc à notre sens que deux solutions acceptables : la vente du stade au plus offrant (si on trouve un offrant) et donc sa reprise par des privés, ou sa démolition pure et simple. A l'une ou l'autre de ces conditions, il y a une précondition : la mise en faillite de la Fondation actuelle, et sa dissolution (8), conformément à l'art. 19.g de ses statuts, qui donne au Conseil de fondation l'attribution de requérir " pour de justes motifs " cette dissolution (qui peut également être prononcée de plein droit par l'autorité de surveillance, c'est-à-dire le Conseil d'Etat, sur requête éventuelle " de toute personne intéressée "). Les statuts de la fondation précisent que celle-ci devrait être dissoute au cas où elle " ne pourrait plus continuer son activité et si les événements ou les circonstances le justifient " (on admettra qu'une faillite entre dans ce cadre). En cas de dissolution, l'actif de la fondation, si actif il y a, doit être affecté en premier lieu à la couverture du passif (c'est-à-dire essentiellement le remboursement des dettes) puis, s'il reste un reliquat, ce à quoi même les stadolâtres les plus optimistes ne s'attendent guère, celui-ci serait dévolu au canton.
On notera, incidemment, que le code civil stipule (art. 55 al.3) que les fautes éventuellement commises, dans l'exercice de leurs fonctions, par les responsables d'une personne morale (en l'occurrence, la fondation), engagent " la responsabilité personnelle de leurs auteurs ", et que les victimes d'un dommage peuvent s'en prendre directement à ceux qui les ont causé, si c'est de manière illicite (comme tel serait le cas, y compris pénalement, s'ils concluaient de nouveaux engagements financiers au nom de la fondation, en sachant qu'ils ne pourraient être honorés, ou qu'ils n'avaient pas la capacité de les prendre, ce qui pourrait être le cas d'une fondation dont le Conseil n'est pas constitué conformément à ses statuts). On comprend peut-être mieux certaines réticences, pour user d'un euphémisme, à accepter la mise en faillite de la fondation.
" Il est rapidement apparu aux membres du conseil de fondation (du stade de Genève) que les revenus propres de la fondation ne suffisaient pas à financer l'exploitation et les investissements relatifs à la gestion et à l'exploitation du stade de Genève ", écrit en février 2009 le Conseil d'Etat dans l'exposé des motifs du projet de loi pérennisant le racket des fonds publics à raison de plus de deux millions supplémentaires par an versés dans le trou du stade pendant un demi-siècle pour couvrir le déficit d'exploitation prévu... On aime beaucoup l'usage de l'adverbe " rapidement " pour qualifier une prise de conscience aussi tardive que celle-là : on savait avant même l'inauguration du stade que celui-ci serait incapable de payer ne serait-ce que son propre entretien... Et qu'on ne nous fasse pas croire, comme tente de le faire le Conseil d'Etat, que si le stade est, dans tous les sens du qualificatif, impayable, la faute en incomberait au Servette FC, coupable de n'être pas assez " performant " et d'être tombé en ligue inférieure : même avec un Servette en division d'élite (c'est l'objectif, illusoire, que la fondation et le Conseil d'Etat se donnent pour la saison 2010-11, alors que Servette se traîne encore dans les tréfonds d'une ligue inférieure et est menacé de tomber encore un peu plus bas), le stade de la Praille serait un gouffre. La bonne jauge, pour un stade de foot à Genève, c'était celle des Charmilles : " Avait-on réellement besoin à Genève d'un stade capable d'accueillir un habitant sur quinze, nouveaux-nés et grabataires compris ? ", interrogions nous les Genevois en 2005 ? La réponse officielle a toujours été " oui ". Et le reste. La nôtre a toujours été " non ". Et le reste, la situation actuelle nous donne amplement raison. Au printemps 2005, nous prévenions : " si un coup d'arrêt n'est pas donné au racket des finances publiques, on verra chaque anée les pèlerins de la Praille se présenter devant les collectivités publiques, sébile en main et pleurant famine, pour quémander quelques petits millions supplémentaires ". On croyait la majorité du Grand Conseil décidée à interdire la mendicité à Genève ? Celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros, peut-être; celle de la fondation d'un stade vide qui pompe des millions chaque année dans les caisses publiques, après y avoir pompé des dizaines de millions depuis dix ans, certainement pas. Nous ne demandons finalement que l'application à tous les mendiants de la loi contre la mendicité.
Malgré toutes les raisons objectives que le Grand Conseil aurait de refuser le projet de loi qui lui est soumis par le Conseil d'Etat, nous avons besoin qu'une majorité l'accepte. Parce que nous avons envie de lancer un référendum, donnant ainsi, pour la première fois, aux citoyennes et aux citoyens de tout le canton l'occasion de se prononcer sur le stade de la Praille, son présent, et son avenir -à supposer qu'il en ait un.
Notre démangeaison référendaire ne peut être satisfaite que si nous pouvons lancer un référendum ; et nous ne pouvons lancer un référendum que contre un projet de loi accepté par le Grand Conseil. Et nous souhaitons pouvoir lancer ce référendum le plus tôt possible. Une campagne référendaire avant les élections cantonales nous satisferait pleinement.
Delendum stadium !
Groupe Facebook "Stade de la Praille : Qu'on en finisse !" : http://www.facebook.com/group.php?gid=52474317486
(1) La Fondation du stade de Genève (FSG) a été créée par le Grand Conseil le 29 janvier 1998, en application d'une loi (N° 7263 du 26 avril 1996) ouvrant un crédit au titre de subvention cantonale pour la reconstruction d'un stade de football aux Charmilles, subvention transformée l'année suivante par une autre loi (7568) en subvention à la construction d'un stade à la Praille.
Le capital de la fondation comprend une dotation immobilière constituée par la cession en droit de superficie des parcelles sur lesquelles il est construit, ainsi que le centre commercial et le bâtiment de liaison, à Lancy, et par les parcelles formant le centre sportif de Balexert, à Vernier. La fondation a en outre bénéficié d'une rente de droit de superficie versée par le centre commercial (mais cette rente, qui aurait dû être versée année après année pendant cinquante ans, a déjà été entièrement versée).
Les buts statutaires de la fondation sont d' " assurer la construction, le financement, la gestion et l'exploitation dans l'intérêt général " du stade de Genève (seul le premier de ces buts, la construction, a été atteint) " et, à cet effet, de rechercher le financement du projet et d'établir que la couverture des frais financiers et d'exploitation est assurée, au besoin avec des engagements financiers de l'Etat ".
La fondation a été créée conjointement par le canton, la Ville, le Crédit Suisse et la fondation Hippomène, du banquier Hentsch. Selon ses statuts, le Conseil de fondaton était composé de dix membres : quatre représentants du canton, désignés par le Conseil d'Etat, un représentant de la Ville de Genève et un représentant de la Ville de Lancy, désignés par leurs Conseils administratifs, deux représentants de la fondation Hippomène, un représentants du Crédit Suisse et un représentant du groupe Jelmoli. Le premier Conseil de fondation a ainsi été composé du directeur financier du Département cantonal de l'Aménagement, nommé Secrétaire du Conseil, du directeur général des Finances du canton, du Conseiller administratif André Hediger, nommé président de la Fondation, d'un représentant du Crédit Suisse, nommé vice-président, et d'un représentant de la Fondation Hippomène, Eric Lehmann. Au moment où nous écrivons, et sauf erreur ou omission, le Conseil de fondation ne se compose plus, en violation de ses statuts, que de cinq personnes : Benoît Genecand (président), Serge Bednarczyk (vice-Président), Michel Bonnefous, Pascal Chobaz et Sami Kanaan. Son secrétaire est le directeur de la Fondation, non-membre du Conseil, Olivier Carnazzola.
(2) (2,360 millions en 2009, 2,330 millions en 2010, 2,180 millions en 2011 et 2,110 millions en 2012, dont chaque année 310'000 en part non monétaire. Cet apport financier de l'Etat correspond au déficit d'exploitation annuel maximum fixé comme objectif. Et si cet objectif n'est pas atteint, on fait quoi ? On tripatouille les comptes pour faire semblant de l'avoir atteint ? On commence en tous cas par des prévisions très optimistes : le produit de la location du stade à des tiers est ainsi supposé augmenter de 55 % en quatre ans...
(3) Le Conseil d'Etat peut, théoriquement, très théoriquement, résilier le contrat de prestation pour la fin d'un mois et exiger la restitution de tout ou partie de l'aide financière si celle-ci n'est pas utilisée " conformément à l'affectation prévue " ou versée " sur la base d'un état de fait inexact ou incomplet ".
(4) L'histoire se répète : "Le Temps" du 5 septembre 2008 écrivait, rendant compte du procès de Marc Roger et de la faillite du Servette : " L'expert judiciaire mandaté pour examiner les comptes du Servette et de la holding de Marc Roger a expliqué que tous les moyens comptables avaient été trouvés pour sortir du surendettement, et cela en violation des principes de périodicité et de prudence. Des principes qui ne semblent pas avoir été appliqués avec plus de rigueur sous l'ancienne administration (celle de Luscher, Carrard & Co, qui aurait du) déposer un avis de surendettement début 2003 déjà au lieu d'attendre la fin de cette même année "… Chacun pourra juger à quel point les pratiques du Servette de 2003 et 2004 ressemblent à celles de la Fondation du stade de Genève : " tous les moyens comptables " utilisés pour " sortir du surendettement ", " violation des principes de périodicité et de prudence ", surendettement et situation objective de faillite dont on reporte constamment la conclusion logique (la faillite, précisément)...comme si on n'avait rien appris, ou ne voulait rien apprendre…
(5) Un tel bilan, arrêté au 30 septembre, a été présenté, mais la fiduciaire agissant en tant qu'organe des comptes a estimé, le 22 décembre 2008, qu'elle n'était en mesure de se prononcer ni sur la valeur d'exploitation des immobilisations corporelles (elles se montent, au bilan, à près de 62 millions de francs -c'est la valeur théorique du stade), compte tenu de l'incapacité de la fondation à générer des " cash-flows suffisant pour faire face à ses engagements ", ni sur la valeur de liquidation de ces immobilisations (50 millions), cette valeur n'ayant pu être démontrée. La fiduciaire constate en outre que les dettes ne sont pas couvertes par les biens, que ceux-ci soient estimés à leur valeur d'exploitation ou à leur valeur de liquidation, et que la fondation est donc " manifestement surendettée ".
(6) Le Code civil (art. 8.a) indique la procédure : en cas de surendettement ou d'insolvabilité vraisemblables, le Conseil de fondation doit dresser un bilan intermédiaire (voir note précédente) fondé sur la valeur vénale des biens, le soumettre à l'organe de révision ou directement à l'autorité de surveillance, qui ordonne au Conseil de fondation de prendre les mesures nécessaires, ou les prend elle-même si le Conseil de fondation ne les prend pas. Au 30 septembre 2008, les valeurs d'exploitation de la fondation se montaient théoriquement à 67 millions de francs, les valeurs de liquidation à 55 millions.
(7)"Lorsque les collectivités publiques subventionnent le Grand Théâtre, personne ne s'en offusque", croit intelligent de proférer un Conseiller d'Etat. Qui oublie que depuis des années, la gauche (une partie d'entre elle, du moins), "s'en offusque", et que le parti du Conseiller d'Etat en question est le premier à se battre pour que chaque demande de subvention, ordinaire, supplémentaire, extraordinaire ou masquée, pour le Grand Théâtre soit acceptée, et que jusqu'à présent, "la gauche" a été bien seule (mais pas très unie) à proposer que le financement du Grand Théâtre passe à la charge du canton. Le Conseiller d'Etat oublie d'ailleurs de préciser que la subvention cantonale pour le Grand Théâtre se monte, princièrement... à 50'000 francs par an. Il oublie surtout d'ajouter que le statut et le rôle du Grand Théâtre n'ont rien à voir avec ceux du stade, et que si dans le premier cas on paie pour une institution qui fonctionne à plein régime, même quand elle est en crise, dans le second on claque des dizaines de millions pour rien :
. Le GTG est propriété publique de la Ville, qui, quand elle paie pour son fonctionnement et son entretien, paie pour quelque chose qui lui appartient; le stade est propriété privée d'une fondation privée;
. Le GTG est une institution qui déploie une activité autonome, qui produit ses propres spectacles, et qui fonctionne en permanence; le stade est un lieu qui ne produit rien, qui ne fait qu'accueillir de temps à autre (une fois par semaine quand tout va bien) des spectacles ou des matches;
. Le GTG est rempli, en moyenne annuelle, à 80 %; le stade est vide, en moyenne annuelle, bisannuelle, quadriennale et bientôt décennale, à 80 %.
- Un spectacle donné au GTG y attire en moyenne 5'000 personnes s'il s'agit d'un ballet, 10'000 s'il s'agit d'un opéra. Un match à la Praille n'attire en moyenne que 1'000 à 1'500 personnes.
. Le GTG emploie 300 personnes à plein temps toute l'année (plus de 400 si on inclut les temporaires et les auxiliaires); le stade en emploie moins d'une dizaine;
. Pour un franc investi dans le GTG, deux reviennent dans les caisses publiques, directement ou indirectement; pour un franc balancé dans le trou de la Praille, les gestionnaires du trou en réclament un autre, à jeter dans le même trou.
(8) En cas de surendettement ou d'insolvabilité vraisemblables, le Conseil de fondation doit dresser un bilan intermédiaire (6) fondé sur la valeur vénale des biens, le soumettre à l'organe de révision ou directement à l'autorité de surveillance, qui ordonne au Conseil de fondation de prendre les mesures nécessaires, ou les prend elle-même si le Conseil de fondation ne les prend pas. Au 30 septembre 2008, les valeurs d'exploitation de la fondation se montaient théoriquement à 67 millions de francs, les valeurs de liquidation à 55 millions.
09 avril 2009
28 mars 2009
EUROSOUK
L'organisme faîtier du secteur touristique suisse, Suisse Tourisme, espèrait pour 2008 une croissance du chiffre d'affaire du secteur, et du nombre de nuitées, supérieures à celle enregistrée entre 2006 et 2007... grâce à l'Eurofoot, qui devait, selon Suisse Tourisme, générer 500'000 nuitées supplémentaires (ce qui ne fait toutefois que 1,5 % du total). Mais comme prudence est mère de sûreté, Suisse Tourisme voulait encore inciter les fans de foot à prolonger leur séjour en Suisse après les matches. C'est raté : la durée moyenne du séjour des visiteurs de l'Eurofoot a été en Suisse de 3,4 nuits (3,6 en Autriche), et ils n'ont dépensé sur sol helvétique que 1621 francs en moyenne (2189 francs en Autriche) Suisse Tourisme espèrait une croissance du nombre de nuitées supérieure en 2008, grâce à l'Euro, à celle observée en 2007. Quant aux hôteliers, ils font grise mine : des quatre villes hôtes de l'Eurofoot en Suisse, seule Bâle a vu le nombre des nuitées hotelières augmenter (de 3,6 % en comparant juin 2008 à juin 2007), mais uniquement grâce à l'augmentation de celles dans les puciers une étoile. A Genève, le recul des nuitées a atteint 4 %, à Zurich 4,8 %, à Berne 12,7 %.
Les commerçants de Nyon et de Genève ont fait suer le burnous de leurs employés en nocturne et le dimanche, pendant l'Eurofoot, les Nyonnais aux environs de l'écran géant du bord du lac, les Genevois un peu partout (aux abords du stade, aux abords des "fans zones", sur le parcours des troupeaux de supporters...). Du 7 au 28 juin à Genève, les magasins situés entre Cornavin et la vieille ville pouvaient rester ouverts en semaine jusqu'à 20 heures, les samedis 21 et 28 juin jusqu'à 18 heures, les samedis 7 et 14 juin jusqu'à 19 heures et le dimanche 15 juin de 11 à 17 heures. Les travailleuses et travailleurs pouvaient bosser jusqu'à 14 heures par jour, six jours de suite. Retour à la semaine de 84 heures. L'Eurofoot, c'est Germinal. Les syndicats ne sont pas contents : ils étaient opposés à ces prolongations, mais c'est la Confédération qui les a autorisées, le canton allant un peu moins loin que ce qui était autorisé (la Confédération autorisait les ouvertures jusqu'à minuit). Compensation salariale : un salaire doublé pour le travail dominical.
Les travailleurs des transports publics ont eux aussi été appelés à bosser plus -et eux non plus ne sont pas très heureux de cette pression supplémentaire. L'Euro2008 avait averti la direction des CFF (et celles des transports publics urbains) en requérant un "engagement maximal" de la part de l'ensemble du personnel des transports publics suisses pendant trois semaines. Les CFF ont fait circuler 2500 trains spéciaux (et les compagnies annexes, BLS et de Suisse orientale, 1300 autres) pendant ces trois semaines de juin, et offert deux millions de places supplémentaires (dont un million pour les voyageurs liés à l'Euro2008), sur les lignes desservant les quatre villes hôte et douze villes accueillant des "arènes" à écran géant. Le trafic régional autour des quatre villes hôtes a fonctionné les jours de matches, 24 heures sur 24. Au passage, les CFF avaient annoncé qu'ils ne prendraient pas de réservations les jours de matches, ce qui perturbait totalement la planification des courses d'école se déroulant dans toute la Suisse à cette période de l'année.
Cette mobilisation des CFF, qui va, concrètement, l'assumer ? Le personnel a dû renoncer à des jours de congé et effectuer des tours de service plus longs. Les contrôleurs se sont vu raboter des jours de congé, sans consultation des syndicats, on a pas de temps à perdre à un "dialogue social" archaïque quand sonne l'heure du foot.
Si les vendeuses et vendeurs, et contrôleurs des transports publics ont été appelés à bosser un peu plus, les maraîchers et puciers de Plainpalais, eux, ont été mis au régime : l'installation du parc à blaireaux de la "fans zone" à Plainpalais a bouffé une partie de l'espace du marché -d'où une solide rogne naissant entre le comité de l'association des marchés et le Conseiller administratif Maudet, qui promettait aux marchands que la "fan zone" n'aurait pas "d'incidence notable" sur les marchés, mais c'est plus d'un mois de perturbations et de réduction de l'espace qu'ils occupent habituellement que les marchands ont eu à subir, dans la meilleure période de l'année pour eux. Et comme ils n'avaient pas pu obtenir les précisions qu'ils demandaient sur ce qui les attendait, ils nourrissaient quelques doutes sur la crédibilité des assurances données en décembre dernier par les zautorités municipales et cantonales, leur promettant que la foire à blaireaux de Plainpalais n'entraînera pratiquement aucune nuisance pour eux. Finalement, un accord a été signé le 18 avril entre la Ville et les marchands de Plainpalais (puciers, maraîchers). La "Fan zone" a été entourée de palissades (c'était bien un parc à blaireaux).
L'installation de la Fan Zone à Plainpalais a eu quelques autres effets collatéraux : le glacier de la plaine a dû plier bagage pour libérer l'espace réservé aux éventuelles évacuations de la Fan Zone. L'indemnisation que lui a proposé la Ville ne couvre évidemment pas les pertes occasionnées, mais tant pis : faut faire de la place au corral.
Une bonne nouvelle, tout de même On a trouvé une utilité sociale à l'Euro 2008 : la décroissance. La perte de productivité du travail entraînée par les discussions, les nuits blanches, les beuveries et autres joyeusetés liées à l'Euro pourrait correspondre à 0,4 % du Produit intérieur brut de la Suisse (et de l'Autriche), soit, pour la Suisse, à environ 1,8 milliard de francs, c'est-à-dire deux ou trois fois plus que ce que les hypothèses les plus optimistes promettent de création de valeur ajoutée brute à l'économie suisse.Selon une étude d'une université allemande, les "bavardages" autour du Mondial de foot de 2006 ont fait perdre un quart d'heure de travail par jour et par travailleur à l'économie allemande. La réduction du temps de travail par le bavardage sur le foot, fallait y penser.
Et puis une autre bonne nouvelle, faut rester positifs : le trafic automobile privé a été limité autour du stade de la Praille. Bon, c'est pas par conviction écologiste, c'est parce que l'UEFA l'a exigé (et que quand l'UEFA exige, villes et cantons s'inclinent).
Travail des enfants, salaires de misères, absence de contrats ou contrats précaires : c'est le contexte de la fabrication des ballons de foot dans la région de Sialkot, au Pakistan, où 75 % des ballons vendus dans le monde sont fabriqués. Du coup, le réseau genevois du commerce équitable (Magasins du monde, Capi Indigo, le Balafon, Heartical, la Calebasse, Ayni) a proposé des ballons certifiés "équitables" et écolos. La matière première du ballon sera payée plus cher que le prix fixé par le "marché", les salaires seront supérieurs de 50 % aux salaires "normaux", le produit fini sera acheté 20 % plus cher que le prix "du marché".
Les commerçants de Nyon et de Genève ont fait suer le burnous de leurs employés en nocturne et le dimanche, pendant l'Eurofoot, les Nyonnais aux environs de l'écran géant du bord du lac, les Genevois un peu partout (aux abords du stade, aux abords des "fans zones", sur le parcours des troupeaux de supporters...). Du 7 au 28 juin à Genève, les magasins situés entre Cornavin et la vieille ville pouvaient rester ouverts en semaine jusqu'à 20 heures, les samedis 21 et 28 juin jusqu'à 18 heures, les samedis 7 et 14 juin jusqu'à 19 heures et le dimanche 15 juin de 11 à 17 heures. Les travailleuses et travailleurs pouvaient bosser jusqu'à 14 heures par jour, six jours de suite. Retour à la semaine de 84 heures. L'Eurofoot, c'est Germinal. Les syndicats ne sont pas contents : ils étaient opposés à ces prolongations, mais c'est la Confédération qui les a autorisées, le canton allant un peu moins loin que ce qui était autorisé (la Confédération autorisait les ouvertures jusqu'à minuit). Compensation salariale : un salaire doublé pour le travail dominical.
Les travailleurs des transports publics ont eux aussi été appelés à bosser plus -et eux non plus ne sont pas très heureux de cette pression supplémentaire. L'Euro2008 avait averti la direction des CFF (et celles des transports publics urbains) en requérant un "engagement maximal" de la part de l'ensemble du personnel des transports publics suisses pendant trois semaines. Les CFF ont fait circuler 2500 trains spéciaux (et les compagnies annexes, BLS et de Suisse orientale, 1300 autres) pendant ces trois semaines de juin, et offert deux millions de places supplémentaires (dont un million pour les voyageurs liés à l'Euro2008), sur les lignes desservant les quatre villes hôte et douze villes accueillant des "arènes" à écran géant. Le trafic régional autour des quatre villes hôtes a fonctionné les jours de matches, 24 heures sur 24. Au passage, les CFF avaient annoncé qu'ils ne prendraient pas de réservations les jours de matches, ce qui perturbait totalement la planification des courses d'école se déroulant dans toute la Suisse à cette période de l'année.
Cette mobilisation des CFF, qui va, concrètement, l'assumer ? Le personnel a dû renoncer à des jours de congé et effectuer des tours de service plus longs. Les contrôleurs se sont vu raboter des jours de congé, sans consultation des syndicats, on a pas de temps à perdre à un "dialogue social" archaïque quand sonne l'heure du foot.
Si les vendeuses et vendeurs, et contrôleurs des transports publics ont été appelés à bosser un peu plus, les maraîchers et puciers de Plainpalais, eux, ont été mis au régime : l'installation du parc à blaireaux de la "fans zone" à Plainpalais a bouffé une partie de l'espace du marché -d'où une solide rogne naissant entre le comité de l'association des marchés et le Conseiller administratif Maudet, qui promettait aux marchands que la "fan zone" n'aurait pas "d'incidence notable" sur les marchés, mais c'est plus d'un mois de perturbations et de réduction de l'espace qu'ils occupent habituellement que les marchands ont eu à subir, dans la meilleure période de l'année pour eux. Et comme ils n'avaient pas pu obtenir les précisions qu'ils demandaient sur ce qui les attendait, ils nourrissaient quelques doutes sur la crédibilité des assurances données en décembre dernier par les zautorités municipales et cantonales, leur promettant que la foire à blaireaux de Plainpalais n'entraînera pratiquement aucune nuisance pour eux. Finalement, un accord a été signé le 18 avril entre la Ville et les marchands de Plainpalais (puciers, maraîchers). La "Fan zone" a été entourée de palissades (c'était bien un parc à blaireaux).
L'installation de la Fan Zone à Plainpalais a eu quelques autres effets collatéraux : le glacier de la plaine a dû plier bagage pour libérer l'espace réservé aux éventuelles évacuations de la Fan Zone. L'indemnisation que lui a proposé la Ville ne couvre évidemment pas les pertes occasionnées, mais tant pis : faut faire de la place au corral.
Une bonne nouvelle, tout de même On a trouvé une utilité sociale à l'Euro 2008 : la décroissance. La perte de productivité du travail entraînée par les discussions, les nuits blanches, les beuveries et autres joyeusetés liées à l'Euro pourrait correspondre à 0,4 % du Produit intérieur brut de la Suisse (et de l'Autriche), soit, pour la Suisse, à environ 1,8 milliard de francs, c'est-à-dire deux ou trois fois plus que ce que les hypothèses les plus optimistes promettent de création de valeur ajoutée brute à l'économie suisse.Selon une étude d'une université allemande, les "bavardages" autour du Mondial de foot de 2006 ont fait perdre un quart d'heure de travail par jour et par travailleur à l'économie allemande. La réduction du temps de travail par le bavardage sur le foot, fallait y penser.
Et puis une autre bonne nouvelle, faut rester positifs : le trafic automobile privé a été limité autour du stade de la Praille. Bon, c'est pas par conviction écologiste, c'est parce que l'UEFA l'a exigé (et que quand l'UEFA exige, villes et cantons s'inclinent).
Travail des enfants, salaires de misères, absence de contrats ou contrats précaires : c'est le contexte de la fabrication des ballons de foot dans la région de Sialkot, au Pakistan, où 75 % des ballons vendus dans le monde sont fabriqués. Du coup, le réseau genevois du commerce équitable (Magasins du monde, Capi Indigo, le Balafon, Heartical, la Calebasse, Ayni) a proposé des ballons certifiés "équitables" et écolos. La matière première du ballon sera payée plus cher que le prix fixé par le "marché", les salaires seront supérieurs de 50 % aux salaires "normaux", le produit fini sera acheté 20 % plus cher que le prix "du marché".
11 mars 2009
Brèves
" Il est donc avéré que le stade de Genève est un formidable instrument susceptible d'assurer la promotion de Genève et de son image ", estime le Conseil d'Etat. Pour être avéré, c'est avéré : on est même passé de la promotion aux soldes…
Après le bouillon pris par la pseudo candidature de Genève à l'accueil des Jeux Olympiques d'hiver de 2018, le Conseil d'Etat (ou du moins Mark Muller) a annoncé qu'il s'engageait à " tout mettre en œuvre " pour faire de Genève la candidate idéale pour les JO suivants, ceux de 2022, en constituant à cet effet " un large front politique, national, régional et cantonal " (mais pas municipal ?) " Cela ferait progresser toute la région ", affirme Muller. Pour faire " progresser toute la région ", il y a une méthode encore plus sûre : soutenir la candidature d'Annecy. Parce que si Annecy obtient les jeux en 2018, il n'y a aucune chance pour que Genève, à 50 kilomètres de là, les obtienne quatre ans plus tard, compte tenu du principe d'alternance entre continents que le CIO essaie de respecter. Le CIO délibère sur une candidature sept ans à l'avance, et " Swiss Olympic " deux ans avant le CIO. La candidature de Genève devrait donc être déposée, avec le soutien de la Ville et du canton, en 2013. On a encore un peu de temps pour la saboter. En soutenant fermement celle d'Annecy. Vive la région, bordel !
Après le bouillon pris par la pseudo candidature de Genève à l'accueil des Jeux Olympiques d'hiver de 2018, le Conseil d'Etat (ou du moins Mark Muller) a annoncé qu'il s'engageait à " tout mettre en œuvre " pour faire de Genève la candidate idéale pour les JO suivants, ceux de 2022, en constituant à cet effet " un large front politique, national, régional et cantonal " (mais pas municipal ?) " Cela ferait progresser toute la région ", affirme Muller. Pour faire " progresser toute la région ", il y a une méthode encore plus sûre : soutenir la candidature d'Annecy. Parce que si Annecy obtient les jeux en 2018, il n'y a aucune chance pour que Genève, à 50 kilomètres de là, les obtienne quatre ans plus tard, compte tenu du principe d'alternance entre continents que le CIO essaie de respecter. Le CIO délibère sur une candidature sept ans à l'avance, et " Swiss Olympic " deux ans avant le CIO. La candidature de Genève devrait donc être déposée, avec le soutien de la Ville et du canton, en 2013. On a encore un peu de temps pour la saboter. En soutenant fermement celle d'Annecy. Vive la région, bordel !
10 mars 2009
Euromafias
EUROMAFIAS
On est rassurés : à coups de dizaines de millions, la paix a été conclue entre les familles de la mafia du foot pognon, l'UEFA (faîtière du foot européen), la FIFA (faîtière du foot international) et le G14 (lobby des clubs les plus riches, et donc les plus puissants, d'Europe). Le G14 va se dissoudre, et se transformer en une Association européenne des clubs (ECA), de droit suisse, qui se substituera au "Forum des clubs" de l'UEFA, s'ouvrira à une centaine de clubs européens de 53 pays, et enverra quatre représentants au Conseil stratégique de l'UEFA. Les bagarres entre le G14 et l'UEFA (ou la FIFA) étaient saignantes : le G14 réclamait pas moins d'un milliard de dollars d'indemnités rétroactives à la FIFA, pour les clubs ayant eu à déplorer en dix ans des blessures de joueurs lors de tournois internationaux organisés par la FIFA. Pour calmer le jeu, l'UEFA va claquer 157 millions de FS, et la FIFA 122 millions, ces modestes contributions étant allouées aux clubs qui "mettent à disposition" leurs joueurs pour les compétitions européennes et internationales, jusqu'en 2014. Ce sont donc les grands, gros et riches clubs, qui n'en auraient pas besoin qui vont en bénéficier. Comme disait l'autre, "l'argent va là où est déjà l'argent".
Faut dire que le foot professionnel, ça mobilise un paquet de pognon. Le foot professionnel est devenun une sorte d'archétype du libéralisme sauvage : la dérégulation règne, et la seule loi est celle du plus fort -c'est à dire celle du plus riche.
Lors de la saison 2006-7, vingt clubs ont généré des revenus de plus de 150 millions de francs suisses, dix des revenus de plus de 250 millions et deux de plus de 500 millions : en tête, le Real Madrid, avec 561,6 millions, et Manchester, avec 507,5 millions, suivis de près de Barcelone (467,1 millions), Chelseau (455,6 millions) et Arsenal (424,9 millions). Les clubs anglais croulent sous le pognon, et placent trois des leurs dans les cinq clubs les plus riches d'Europe -et donc du monde, et quatre autres dans les quinze suivants. Espagnols (deux clubs dans les cinq plus riches, trois dans les vingt plus riches) et Italiens suivent (quatre dans les vingt plus riches). Les vingt clubs les plus riches constituent ensemble une masse financière de 6 milliards de francs.
En France, l'attribution des droits de diffusion du Championnat de Ligue 1 avait vu, en 2004, Canal+ sortir 1,8 milliard d'euros sur trois ans pour s'adjuger ces droits, face à TPS. Mais ça ne suffisait pas à la Ligue de football professionnel, qui pour les droits 2008-2011 a organisé des enchères où on ne vend plus que des "lots" (il y en a douze : les dix meilleurs matches, les matches du samedi soir...), et où les enchère se poursuivent tant que la Ligue n'est pas satisfaite du montant atteint. Quant aux budgets des équipes de Ligue 1, ils vont de 25 (Auxerre) à 155 millions (Lyon) d'euros.
Par ailleurs, selon le magazine "Forbes", une dizaine de footballeurs ont engrangé des revenus supérieurs à 17 millions de dollars US en 2007. En tête du classement, David Beckham s'est fait plus de 50 millions de francs suisses, dont 38 en contrats publicitaires. Il est suivi, de loin, par Ronaldinho (34 millions FS), Michael Ballack (33,4 millions), Thierry Henry et Ronaldo (25 millions). Le joueur français le mieux payé est Djibril Cissé, qui se fait environ 6 millions brut par an. Une misère. Selon le journal sportif allemand "Sport Bild", les 26 joueurs allemands sélectionnés pour l'Eurofoot touchent ensemble 163 millions de francs de salaire et gratifications diverses par an. Le salaire global des joueurs de la seule équipe anglaise de Chelsea totalise 464 millions.
Au total, le "marché" du foot européen lors de la saison 2006-7 a pesé 22 milliards de francs, soit 1,6 milliard de plus que la saison précédente. Les cinq championnats nationaux les plus importants (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et France) pèsent 11,5 milliards, et la seule Bundesliga allemande a dégagé 340 millions de bénéfices.
L'Eurofoot a aussi été l'occasion pour les lobbies rôdant autour des parlementaires, et pour les grandes entreprises planant au-dessus des lobbies, de distribuer le genre de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les votes. Par exemple des billets pour les matches, dans des carrés VIP. Dans l'EuroJulie du 12 juin, on apprend ainsi que l'UDC Parmelin s'est fait inviter par EOS et le PDC Darbellay par le Crédit Suisse. Mais les grandes entreprises râlent quand même : les billets sont rtares, et s'il faut se les payer au marché noir, ils sont chers. Des dizaines de grandes entreprises désireuses de faire de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les affaires, sous forme de billets de l'Eurofoot, sont démarchées par des "revendeurs non autorisés" qui essaient de leur fourguer des billets pour des prix allant jusqu'à 200'00 balles pour la finale viennoise, en passant par 60'000 balles pour un France-Italie, par exemple. Une multinationale américaine basées à Genève aurait ainsi payé 90'000 francs pour dix billets de demi-finale -des billets dont on n'est même pas sûr qu'ils seront valables, l'UEFA ayant annoncé qu'elle ne laissera pas entrer dans les stades de porteurs de billets qui n'auraient pas été vendus par les vendeurs quelle a autorisés. Quand on détient un monopole, on le défend...
L'Euro2008 n'était pas terminé que les pontes de l'UEFA començaient déjà à ouvrir les caisses de l'Euro2012, organisé par la Pologne et l'Ukraine (si Poutine n'envoie pas ses chars avant) : un chantier de 46 milliards d'euros, pour des travaux d'infrastructure (stades, aéroports, hôtel.s, routes etc...) , dont sept milliards pour les seules infrastructures de Kiev, 20 milliards avec celles des cinq autres villes ukrainiennes, plus 26 milliards pour les villes polonaises (l'Union européenne en financera la plus grande partie, sans avoir aucune capacité de régulation et de contrôle sur l'UEFA, grande organisatrice et grande bénéficiaire de manifestations payées par les collectivités publiques (locales, régionales, nationales, européenne). L'UEFA, organisation sans but lucratif (on ne ricane pas, dans le fond), et ne payant pas d'impôts (on ne pleure pas, devant), réalise un chiffre d'affaire de plus d'un milliard par an (plus de deux milliards les années d'Eurofoot, probablement plus de trois milliards en 2008). Surtout, elle entend maîtriser les droits de retransmission TV, sa principale source de revenus, dont le montant a littéralement explosé : l'équivalant de 6,9 millions d'euros en 1988, de 28,3 millions en 1992, de 80 millions en 1996, de 140 millions en 2000, de 560 millions d'euros en 2004 et de 1,3 milliard en 2008... En quatre ans, de 2004 à 2008, les droits commerciaux sont passée de 183 à 250 millions d'euros (461 millions de recettes de sponsoring et merchandising lors de l'Eurofoot 2008). Il n'y a guère que les entrées payantes dans les stades qui plafonnent (autour de 80 millions habituellement, 150 millions pour l'Euro) -c'est d'ailleurs normal, les matches et le jeu sont ce qui importe le moins dans l'Eurofoot. Mais l'opacité la plus totale règne sur le montant réel des contrats passés avec les sponsors et les partenaires privés. On ne sait qu'une chose : ils se chiffrent en dizaines de millions d'euros.
Or aucun organisme de surveillance n'encadre la bénéficiaire (l'UEFA) de cette masse financière.
On est rassurés : à coups de dizaines de millions, la paix a été conclue entre les familles de la mafia du foot pognon, l'UEFA (faîtière du foot européen), la FIFA (faîtière du foot international) et le G14 (lobby des clubs les plus riches, et donc les plus puissants, d'Europe). Le G14 va se dissoudre, et se transformer en une Association européenne des clubs (ECA), de droit suisse, qui se substituera au "Forum des clubs" de l'UEFA, s'ouvrira à une centaine de clubs européens de 53 pays, et enverra quatre représentants au Conseil stratégique de l'UEFA. Les bagarres entre le G14 et l'UEFA (ou la FIFA) étaient saignantes : le G14 réclamait pas moins d'un milliard de dollars d'indemnités rétroactives à la FIFA, pour les clubs ayant eu à déplorer en dix ans des blessures de joueurs lors de tournois internationaux organisés par la FIFA. Pour calmer le jeu, l'UEFA va claquer 157 millions de FS, et la FIFA 122 millions, ces modestes contributions étant allouées aux clubs qui "mettent à disposition" leurs joueurs pour les compétitions européennes et internationales, jusqu'en 2014. Ce sont donc les grands, gros et riches clubs, qui n'en auraient pas besoin qui vont en bénéficier. Comme disait l'autre, "l'argent va là où est déjà l'argent".
Faut dire que le foot professionnel, ça mobilise un paquet de pognon. Le foot professionnel est devenun une sorte d'archétype du libéralisme sauvage : la dérégulation règne, et la seule loi est celle du plus fort -c'est à dire celle du plus riche.
Lors de la saison 2006-7, vingt clubs ont généré des revenus de plus de 150 millions de francs suisses, dix des revenus de plus de 250 millions et deux de plus de 500 millions : en tête, le Real Madrid, avec 561,6 millions, et Manchester, avec 507,5 millions, suivis de près de Barcelone (467,1 millions), Chelseau (455,6 millions) et Arsenal (424,9 millions). Les clubs anglais croulent sous le pognon, et placent trois des leurs dans les cinq clubs les plus riches d'Europe -et donc du monde, et quatre autres dans les quinze suivants. Espagnols (deux clubs dans les cinq plus riches, trois dans les vingt plus riches) et Italiens suivent (quatre dans les vingt plus riches). Les vingt clubs les plus riches constituent ensemble une masse financière de 6 milliards de francs.
En France, l'attribution des droits de diffusion du Championnat de Ligue 1 avait vu, en 2004, Canal+ sortir 1,8 milliard d'euros sur trois ans pour s'adjuger ces droits, face à TPS. Mais ça ne suffisait pas à la Ligue de football professionnel, qui pour les droits 2008-2011 a organisé des enchères où on ne vend plus que des "lots" (il y en a douze : les dix meilleurs matches, les matches du samedi soir...), et où les enchère se poursuivent tant que la Ligue n'est pas satisfaite du montant atteint. Quant aux budgets des équipes de Ligue 1, ils vont de 25 (Auxerre) à 155 millions (Lyon) d'euros.
Par ailleurs, selon le magazine "Forbes", une dizaine de footballeurs ont engrangé des revenus supérieurs à 17 millions de dollars US en 2007. En tête du classement, David Beckham s'est fait plus de 50 millions de francs suisses, dont 38 en contrats publicitaires. Il est suivi, de loin, par Ronaldinho (34 millions FS), Michael Ballack (33,4 millions), Thierry Henry et Ronaldo (25 millions). Le joueur français le mieux payé est Djibril Cissé, qui se fait environ 6 millions brut par an. Une misère. Selon le journal sportif allemand "Sport Bild", les 26 joueurs allemands sélectionnés pour l'Eurofoot touchent ensemble 163 millions de francs de salaire et gratifications diverses par an. Le salaire global des joueurs de la seule équipe anglaise de Chelsea totalise 464 millions.
Au total, le "marché" du foot européen lors de la saison 2006-7 a pesé 22 milliards de francs, soit 1,6 milliard de plus que la saison précédente. Les cinq championnats nationaux les plus importants (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et France) pèsent 11,5 milliards, et la seule Bundesliga allemande a dégagé 340 millions de bénéfices.
L'Eurofoot a aussi été l'occasion pour les lobbies rôdant autour des parlementaires, et pour les grandes entreprises planant au-dessus des lobbies, de distribuer le genre de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les votes. Par exemple des billets pour les matches, dans des carrés VIP. Dans l'EuroJulie du 12 juin, on apprend ainsi que l'UDC Parmelin s'est fait inviter par EOS et le PDC Darbellay par le Crédit Suisse. Mais les grandes entreprises râlent quand même : les billets sont rtares, et s'il faut se les payer au marché noir, ils sont chers. Des dizaines de grandes entreprises désireuses de faire de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les affaires, sous forme de billets de l'Eurofoot, sont démarchées par des "revendeurs non autorisés" qui essaient de leur fourguer des billets pour des prix allant jusqu'à 200'00 balles pour la finale viennoise, en passant par 60'000 balles pour un France-Italie, par exemple. Une multinationale américaine basées à Genève aurait ainsi payé 90'000 francs pour dix billets de demi-finale -des billets dont on n'est même pas sûr qu'ils seront valables, l'UEFA ayant annoncé qu'elle ne laissera pas entrer dans les stades de porteurs de billets qui n'auraient pas été vendus par les vendeurs quelle a autorisés. Quand on détient un monopole, on le défend...
L'Euro2008 n'était pas terminé que les pontes de l'UEFA començaient déjà à ouvrir les caisses de l'Euro2012, organisé par la Pologne et l'Ukraine (si Poutine n'envoie pas ses chars avant) : un chantier de 46 milliards d'euros, pour des travaux d'infrastructure (stades, aéroports, hôtel.s, routes etc...) , dont sept milliards pour les seules infrastructures de Kiev, 20 milliards avec celles des cinq autres villes ukrainiennes, plus 26 milliards pour les villes polonaises (l'Union européenne en financera la plus grande partie, sans avoir aucune capacité de régulation et de contrôle sur l'UEFA, grande organisatrice et grande bénéficiaire de manifestations payées par les collectivités publiques (locales, régionales, nationales, européenne). L'UEFA, organisation sans but lucratif (on ne ricane pas, dans le fond), et ne payant pas d'impôts (on ne pleure pas, devant), réalise un chiffre d'affaire de plus d'un milliard par an (plus de deux milliards les années d'Eurofoot, probablement plus de trois milliards en 2008). Surtout, elle entend maîtriser les droits de retransmission TV, sa principale source de revenus, dont le montant a littéralement explosé : l'équivalant de 6,9 millions d'euros en 1988, de 28,3 millions en 1992, de 80 millions en 1996, de 140 millions en 2000, de 560 millions d'euros en 2004 et de 1,3 milliard en 2008... En quatre ans, de 2004 à 2008, les droits commerciaux sont passée de 183 à 250 millions d'euros (461 millions de recettes de sponsoring et merchandising lors de l'Eurofoot 2008). Il n'y a guère que les entrées payantes dans les stades qui plafonnent (autour de 80 millions habituellement, 150 millions pour l'Euro) -c'est d'ailleurs normal, les matches et le jeu sont ce qui importe le moins dans l'Eurofoot. Mais l'opacité la plus totale règne sur le montant réel des contrats passés avec les sponsors et les partenaires privés. On ne sait qu'une chose : ils se chiffrent en dizaines de millions d'euros.
Or aucun organisme de surveillance n'encadre la bénéficiaire (l'UEFA) de cette masse financière.
21 février 2009
Delenda Stadium !
Stade de la Praille :
les mendiants reviennent et le Conseil d'Etat invente le trou rentier
Nème épisode d'un feuilleton répétitif, celui du stade de la Praille : Accroché au trou de la Praille comme une huître à son pieu, le Conseil d'Etat propose au Grand Conseil un projet de loi attribuant à la fondation (privée) du stade une subvention annuelle de l'ordre de plus de deux millions chaque année pendant quatre ans, subvention renouvelable mécaniquement pendant toute la durée de vide du stade, soit encore au moins quarante ans. On vous laisse faire vous même la multiplication (quarante fois deux millions, ou plus si entente) pour obtenir le total final de ce nouveau racket des fonds publics. Bref, le Conseil d'Etat, en pleine crise économique, invente un nouvel instrument financier : le trou rentier. A deux millions par an pendant un demi-siècle. C'est beau comme du Madoff.
Mendicité en bande organisée
On croyait la droite et le Conseil d'Etat décidés à interdire la mendicité à Genève ? Celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros, peut-être; celle des stadolâtres qui pompent des millions chaque année, après en avoir pompé des dizaines de millions depuis dix ans, certainement pas. La bande organisée de mendiants institutionnels qui campe à la Praille a donc convaincu le Conseil d'Etat de proposer que la République accorde à la Fondation des mendiants une subvention annuelle de plus de deux millions pendant quatre ans, renouvelables jusqu'à ce qu'après cinquante ans d'acharnement budgétaire et thérapeutique, le monstre consente finalement à disparaître du paysage qu'il sinistre. Le prétexte du projet de loi présenté par le gouvernement est donné dans son article 5 : " permettre à la Fondation du stade de Genève de poursuivre l'exploitation du stade de Genève et de le maintenir dans un bon état d'entretien ". Mais au-delà du prétexte, il y a la cause réelle : le stade, et la fondation supposée l'exploiter et l'entretenir, sont en état de cessation de paiement. Financièrment, ce stade est un gouffre. Il l'a toujours été et le restera pour les collectivités publiques tant qu'on ne l'aura pas vendu ou détruit. " C'est la faillite ou la subvention cantonale ", clament en chœur les stadolâtres, les zautorités et la Tribune de Genève. Chantage aussi imbécile que le projet sur lequel il porte : le stade de la Praille n'est pas menacé de faillite , il est une faillite. Et on ne met pas une faillite en faillite. En revanche, et aussi absurde qu'il y paraisse, on peut faire sombrer un trou dans un gouffre : il suffit que ce trou soit celui, financier, du stade de la Praille depuis dix ans, et que ce gouffre soit celui de l'incompétence des uns, et de la lâcheté des autres.
Delenda stadium !
les mendiants reviennent et le Conseil d'Etat invente le trou rentier
Nème épisode d'un feuilleton répétitif, celui du stade de la Praille : Accroché au trou de la Praille comme une huître à son pieu, le Conseil d'Etat propose au Grand Conseil un projet de loi attribuant à la fondation (privée) du stade une subvention annuelle de l'ordre de plus de deux millions chaque année pendant quatre ans, subvention renouvelable mécaniquement pendant toute la durée de vide du stade, soit encore au moins quarante ans. On vous laisse faire vous même la multiplication (quarante fois deux millions, ou plus si entente) pour obtenir le total final de ce nouveau racket des fonds publics. Bref, le Conseil d'Etat, en pleine crise économique, invente un nouvel instrument financier : le trou rentier. A deux millions par an pendant un demi-siècle. C'est beau comme du Madoff.
Mendicité en bande organisée
On croyait la droite et le Conseil d'Etat décidés à interdire la mendicité à Genève ? Celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros, peut-être; celle des stadolâtres qui pompent des millions chaque année, après en avoir pompé des dizaines de millions depuis dix ans, certainement pas. La bande organisée de mendiants institutionnels qui campe à la Praille a donc convaincu le Conseil d'Etat de proposer que la République accorde à la Fondation des mendiants une subvention annuelle de plus de deux millions pendant quatre ans, renouvelables jusqu'à ce qu'après cinquante ans d'acharnement budgétaire et thérapeutique, le monstre consente finalement à disparaître du paysage qu'il sinistre. Le prétexte du projet de loi présenté par le gouvernement est donné dans son article 5 : " permettre à la Fondation du stade de Genève de poursuivre l'exploitation du stade de Genève et de le maintenir dans un bon état d'entretien ". Mais au-delà du prétexte, il y a la cause réelle : le stade, et la fondation supposée l'exploiter et l'entretenir, sont en état de cessation de paiement. Financièrment, ce stade est un gouffre. Il l'a toujours été et le restera pour les collectivités publiques tant qu'on ne l'aura pas vendu ou détruit. " C'est la faillite ou la subvention cantonale ", clament en chœur les stadolâtres, les zautorités et la Tribune de Genève. Chantage aussi imbécile que le projet sur lequel il porte : le stade de la Praille n'est pas menacé de faillite , il est une faillite. Et on ne met pas une faillite en faillite. En revanche, et aussi absurde qu'il y paraisse, on peut faire sombrer un trou dans un gouffre : il suffit que ce trou soit celui, financier, du stade de la Praille depuis dix ans, et que ce gouffre soit celui de l'incompétence des uns, et de la lâcheté des autres.
Delenda stadium !
10 janvier 2009
Jeux Olympitres divers
Et une baudruche de moins, une…
Genève a donc renoncé à se porter candidate pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2018. En fait, ce projet stupide n'avait jamais été porté que par quelques allumés jobinesques (plus Mark Muller, probablement soucieux de faire oublier le piètre bilan de sa politique du logement), mais il avait été annoncé à grande coups de trompettes médiatiques par le quotidien local d'Edipresse (qui s'était déjà illustré dans son rôle de partenaire de l'Eurofoot, et précédemment de thuriféraire du Stade de la Praille). Mais voilà : faute de soutien populaire, de soutien politique (MediaMark mis à part) et même du soutien de Swiss Olympic, le soufflé retombe et la baudruche se dégonfle. Pas de JO d'hiver 2018 à Genève, donc. Mais peut-être à Annecy. Il est vrai que la République a pris l'habitude d'exporter ses nuisances en France voisine... On construit la région comme on peut.
Ouf…
Deux visionnaires, le directeur de l'Hôtel de Rhône, Marco Torriani, et le président de Genève Tourisme, Jean-Pierre Jobin, avaient eu une idée de génie, reprise (c'est dire si c'est une idée de génie) par Mark Muller et la " Tribune de Genève " : faire organiser les Jeux Olympiques d'hiver 2018 à Genève. C'est vrai que ça manquait à notre station de sports d'hiver. Torriani et Jobin ont donc monté un comité exploratoire, pompé 200'000 balles au Sport Toto, et sont allés quémander des soutiens moraux divers et variés. Ils n'en ont guère obtenu, sinon celui de Mark Muller, toujours partant pour soutenir ce genre de foutaises (invariablement présentées comme autant de projets ambitieux et enthousiasmant). Dans la Tribune du 27 juin, le rédac'chef nous avait carrément éjaculé un édito orgasmique : Non seulement " l'Euro2008 est un succès total que même le fiasco du Bout-du-Monde ne peut entamer " (faudra qu'on nous explique comment un succès contenant un fiasco peut être total...), et l'image de la baudruche à Jobin sur le jet d'eau fut " parfaite ", mais " dans la griserie de l'instant " (raaaah lovely) " un seul projet semble désormais capable de satisfaire l'appétit des nouveaux rois de l'événement " et de leurs porte-plumes : les JO 2018, qui auraient ramené " l'Euro aux dimensions d'une belle fête foraine " (c'était donc autre chose ?), et auraient permis en prime aux fétichistes de la bagnole et aux drogués du béton de nous coller une traversée routière de la rade, une troisième voie autoroutière et un nouvel aéroport. Et pourquoi pas une " fan zone " de curling au Bout-du-Monde ? Bref, on l'a échappé belle. Et on s'est économisé un référendum.
Genève a donc renoncé à se porter candidate pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2018. En fait, ce projet stupide n'avait jamais été porté que par quelques allumés jobinesques (plus Mark Muller, probablement soucieux de faire oublier le piètre bilan de sa politique du logement), mais il avait été annoncé à grande coups de trompettes médiatiques par le quotidien local d'Edipresse (qui s'était déjà illustré dans son rôle de partenaire de l'Eurofoot, et précédemment de thuriféraire du Stade de la Praille). Mais voilà : faute de soutien populaire, de soutien politique (MediaMark mis à part) et même du soutien de Swiss Olympic, le soufflé retombe et la baudruche se dégonfle. Pas de JO d'hiver 2018 à Genève, donc. Mais peut-être à Annecy. Il est vrai que la République a pris l'habitude d'exporter ses nuisances en France voisine... On construit la région comme on peut.
Ouf…
Deux visionnaires, le directeur de l'Hôtel de Rhône, Marco Torriani, et le président de Genève Tourisme, Jean-Pierre Jobin, avaient eu une idée de génie, reprise (c'est dire si c'est une idée de génie) par Mark Muller et la " Tribune de Genève " : faire organiser les Jeux Olympiques d'hiver 2018 à Genève. C'est vrai que ça manquait à notre station de sports d'hiver. Torriani et Jobin ont donc monté un comité exploratoire, pompé 200'000 balles au Sport Toto, et sont allés quémander des soutiens moraux divers et variés. Ils n'en ont guère obtenu, sinon celui de Mark Muller, toujours partant pour soutenir ce genre de foutaises (invariablement présentées comme autant de projets ambitieux et enthousiasmant). Dans la Tribune du 27 juin, le rédac'chef nous avait carrément éjaculé un édito orgasmique : Non seulement " l'Euro2008 est un succès total que même le fiasco du Bout-du-Monde ne peut entamer " (faudra qu'on nous explique comment un succès contenant un fiasco peut être total...), et l'image de la baudruche à Jobin sur le jet d'eau fut " parfaite ", mais " dans la griserie de l'instant " (raaaah lovely) " un seul projet semble désormais capable de satisfaire l'appétit des nouveaux rois de l'événement " et de leurs porte-plumes : les JO 2018, qui auraient ramené " l'Euro aux dimensions d'une belle fête foraine " (c'était donc autre chose ?), et auraient permis en prime aux fétichistes de la bagnole et aux drogués du béton de nous coller une traversée routière de la rade, une troisième voie autoroutière et un nouvel aéroport. Et pourquoi pas une " fan zone " de curling au Bout-du-Monde ? Bref, on l'a échappé belle. Et on s'est économisé un référendum.
04 janvier 2009
HOHL DE GARE
A Genève, l'un des heureux bénéficiaires des millions pompés dans les caisses publiques pour financer les à- côtés de l'Eurofoot est un député radical, Frédéric Hohl, mandaté (apparemment sans réel appel d'offre) et financé (apparemment sans publication d'une adjudication) à hauteur de 800'000 francs par le canton (plus 400'000 de la Loterie romande et du Sport Toto et 470'000 francs de l'UEFA), sans compter la prise en charge par l'Etat et la Ville de la sécurité, des transports, de la voirie, de l'espace (la Plaine de Plainpalais) et de l'accueil. Frédéric Hohl est député (radical) au Grand Conseil. Le député Frédéric Hohl est mandataire du canton pour l'organisation des à-côtés de l'Eurofoot, en plus d'être producteur de la Revue genevoise, ancien président des Fêtes de Genève, ancien directeur d'exploitation d'Expo02. Le député Frédéric Hohl est patron de la société NEPSA, qui a conclu avec le canton, dont le député Frédéric Hohl est législateur, un contrat assurant à la société de Frédéric Hohl, la moitié des bénéfices éventuels tirés de la "Fan Zone" de Plainpalais et de ses troquets (avec le Coca officiel du sponsor et la bière officielle du sponsor, et pas d'autre coca et pas d'autre bière, et pas le droit de venir avec sa boisson et son casse-croûte), que la Ville a "louée" presque gratuitement au canton (500'000 francs, soit le 30 % du tarif normal pour trois semaines de squat légal), canton qui l'a refourguée à Hohl). La location de la Plaine de Plainpalais, du Bout-du-Monde et des Vernets représente, au tarif préférentiel accordé par la Ville, une facture de 700'000 francs (en gros) que le canton n'avait pas budgetée, puisqu'il comptait carrément sur la mise à disposition gratuite de l'espace public, et que Hohl n'a jamais eu l'intention de payer, puisqu'il est toujours parti du principe qu'une collectivité publique (la Ville ou le canton, il s'en fout, il est pas sectaire, Hohl) allait le faire pour lui... Mais Frédéric Hohl a sous-traité une partie de son mandat à d'autres mandataires, des sociétés privées logées à la même adresse que la sienne, et appartenant à des amis ou des collaborateurs :
- la société Skynight de Christian Kupferschmid s'occupait de la technique, de la sono et des lumières
- la société DPO (de Christian Kupferschmid aussi,) de la sécurité
- la société APSA de Patrick Abegg (co-administrateur avec Hohl et Kupferschmid de CPF Genève Organisation, qui détient la moitié de DPO) de la programmation musicale
- GL Events, du montage des tentes et pavillons de la Fan Zone...
"Ce n'est pas parce que ces sociétés ont la même adresse qu'elles ont un lien entre elles", déclare le porte-parole de Mark Muller, Laurent Forestier. Ben voyons, c'est un pur hasard si toutes les sociétés mandatées et sous-mandatées pour l'organisation des à-côtés de l'Euromachin sont logées à la même adresse. Y'avait pas d'autre adresse de libre dans toute le canton, c'est la crise, on doit tous loger dans le même immeuble.
Le petit montage de Hohl lui permettait, selon ses détracteurs (lui le nie), de court-circuiter l'accord passé avec le canton : par la facturation (gonflée ou non) de prestations fournies par ses sociétés proches de sa propre société, il réduirait comptablement ses bénéfices, et donc la part qu'il doit en reverser à l'Etat, tout en encaissant les subventions de l'Etat (votées par le Grand Conseil dont il est membre), de la Loterie romande, du Sport-Toto et de l'UEFA, et en bénéficiant de la quasi gratuité de services cantonaux et municipaux, et de services privés, alors que les 40 emplacements loués à des restaurateurs et petites entreprises diverses l'ont été par Hohl, et à son profit, à raison d'au moins 35'000 francs l'emplacement. La société APSA aura eu l'exclusivité de la vente des bières (5 francs la petite cannette), dont les bénéfices ne reviendront à l'Etat qu'à raison de 25 %, au lieu de 50 % que Hohl aurait du reverser si sa société n'avait pas sous-.traité le marché à APSA (qui rétrocécera la moitié de ses bénefs à NEPSA). Frédéric Hohl se défend : les accusations portées contre lui sont mensongères et relèvent de la "cabale politique". Même si tel était le cas, à qui la faute ? Quand on accumule les casquettes, faut pas s'étonner d'avoir la migraine. Pour se laver de tout soupçon, le député Hohl a demandé à l'Etat de faire toute la lumière sur l'application du contrat passé avec l'entrepreneur Hohl (qui affirmait, une semaine après le début de la fête à beaufs, avoir déjà perdu 400'000 balles). Il n'y a effectivement peut-être rien, également, à lui reprocher (mais on n'en pas sûrs) -sauf qu'en tant que député, Hohl aurait du avoir l'élégance de ne même pas prendre part au concours lancé par le canton pour l'organisation des "animations extra-sportives" de l'Eurofoot. Il est vrai que parler d'élégance à propos de l'Eurofoot est à peu près aussi pertinent qu'évoquer les droits humains à propos des JO de Pekin. Et que le député Hohl vivant, comme il le reconnaît lui-même, des marchés publics, s'il s'abstenait d'y revendiquer sa place parce qu'il est député, l'entrepreneur Hohl, pourrait fermer boutique.
Hohl n'est d'ailleurs pas content que les media aient, quoique prudemment, évoqué les quelques questions embarrassantes que pose le montage financier de l'Eurofoot. Et comme il n'est pas content, Hohl, il se venge en faisant circuler des rumeurs, voire de fausses informations, sur le compte de l'un des journalistes, Didier Tischler, à l'origine de la mise en éviedence du montage financier. Hohl a donc sorti un document présenté comme un document de police portant sur un hypothétique passé judiciaire de Tischler. Or le journaliste a un casier judiciaire vierge, et il semble bien qu'aucune trace de délit n'apparaisse dans son dossier de police (lequel ne serait d'ailleurs accessible qu'à un policier tenu au secret de fonction). Il semble donc bien que Hohl ait montré à des journalistes et à des collaborateurs de l'organisation de l'Eurofoot un document bidon. Et tout ça pourrait finir au tribunal.
L'Eurofoot terminé, Hohl la joue profil bas : "Nous avons réalisé un bénéfice en termes d'image" (ça doit être l'effet baudruche...), mais pas en termes de pognon : "Nous allons équilibrer notre budget", ajoutait Hohl deux jours après la fin des festivités, on a jamais vu des comptes bouclés aussi vite -ou alors, ils étaient bouclés avant que la fête ne commence ?. Hohl précisait (juste avant de partir en vacvances) que si lui "équilibrera" son budget, ça ne sera pas le cas des collectivités publiques : le canton, qui aurait eu droit à une partie des excédents s'il y avait eu des excédents, ne touchera rien du tout : "Nous n'avons pas réalisé de bénéfices, donc il n'y aura pas de bénéfices pour l'Etat non plus". La société de Hohl, NEPSA, avait pour l'ensemble des festivités, un budget de 4 millions et demi (pour la Fan Zone, le Fan Village, le Fan Club). Les huits bars gérés par la société du copain de Hohl, mandaté par Hohl, auraient rapporté 1,2 million (ça paraît léger, vu une fréquentation de près de 700'000 personnes sur les trois sites à bibine), dont la moitié couvrira les frais. Hohl a encore encaissé le prix de la location des stands d'artisanat (une vingtaine, à 4000 balles pièce), une commission sur la vente des boissons par APSA aux tenanciers des stands, et 5000 nuitées du camping. Et l'Etat devra même payer à la place de NEPSA la location de l'espace public de la Ville, facturé 700'000 francs, alors que cet espace a été quasiment intégralement utilisé par NEPSA et ses sous-traitants.
Du coup, toute une série de politiciens qui roupillaient profondément quand il aurait fallu s'inquiéter du racket et des prébendes en train de se répartir, se sont réveillés fin juillet pour crier au scandale (il est vrai qu'il y a des élections en automne) : le MCG Cerutti, candidat à l'exécutif de Vernier, trouve subitement "indécent que les pouvoirs publics paient la facture d'une fête organisée par un privé" , le libéral Ivan Slatkine trouverait "un peu fort que les Genevois paient une facture due à un oubli au niveau du business plan" et not'bon Maire, Manu, estime qu'il n'y a "aucune raison que l'on fasse des cadeaux à une société privée qui a fait des bénéfices" (ou alors, qu'elle prouve le contraire).
Hohl a tout de même commencé à faire ses comptes : les sponsors ont rapporté 50'000 francs, la pub sur les écrans géants 100'000 francs. La "Fan Zone" a été visitée par 626'000 personnes en 25 jours (soit en gros 25'000 par jour, alors qu'elle pouvait en contenir plus de 60'000), la discothèque des Vernets par 38'000 personnes et le "Fan Village"... par 24'000 personnes (alors qu'on en attendait vingt fois plus). Les victimes du racket (les tenanciers des stands loués à prix d'or -36'000 francs pour trois semaines- au Bout du Monde, que les loueurs faisaient passer pour une "Fan Zone" officielle de l'UEFA, ce qu'elle n'était pas) demandent le remboursement de cette location. Mais si le Fan Village a été déserté, c'est la faute au mauvais temps, explique Hohl. La météo était différente à Plainpalais et au Bout-du-Monde ? L'avocat des commerçants rackettés du Bout du Monde, Christian Grobet, a saisi le Tribunal administratif et la Cour des Comptes, et a demandé au Conseil d'Etat (qu'il a prévenu qu'il pourrait être tenu pour responsable de la situation des commerçants) copie des contrats de concession entre NEPSA (la société du copain de Hohl mandaté par Hohl pour "gérer" les parcs à bestiaux, alors que le bénéficiaire d'une concession de l'Etat ne peut en principe pas conclure une "sous-concession", même au profit de copains). Le porte-parole du Conseiller d'Etat Mark Muller, responsable du dossier (mais payé par l'Etat), mais en vacance, a renvoyé la décision à fin juillet. Mi-août, on attend toujours. Bonnes vacances, les rackettés...
La Cour des Comptes a donc été saisie par les victimes du Bout-du-Monde, qui lui demandent de lancer un audit sur les relations entre l'Etat, la société Nepsa de Hohl et ses sous-traitants, comme Apsa. Le dossier adressé à la Cour (qui à la mi-août n'avait toujours pas décidé de s'en saisir ou non, vu qu'elle est en principe vouée à contrôler le fonctionnement de l'Etat et des organismes publics, et que le conflit dont elle est saisie à propos de l'Eurofoot oppose des privés -mais l'une des sociétés mises en cause, NEPSA, était mandataire de l'Etat, et l'autre mandataire de ce mandataire) accuse les organisateurs du "Fan Village" d'avoir donné de fausses garanties, octroyé des concessions non conformes aux dispositions de la loi sur le domaine public, d'avoir reçu des dessous de table, de tenir des comptes non transparents... Les commerçants demandent le remboursement intégral du coût de location (généralement 36'000 francs) et une indemnisation pour le manque à gagner. Ils demandent aussi que le contrat d'organisation de manifestation signé entre le Conseil d'Etat et Hohl soit rendu public. Ils estiment que le fait que les subventions versées à Hohl, n'aient pas été soumises au Grand Conseil constitue une violation de la loi (une de plus dans le feuilleton du stade et de l'Eurofoot...)
L'Etat fera réaliser un audit au bouclement des comptes de Nepsa, en principe cet automne, mais les sous.traitants ne seront pas audités, à moins que la Cour des comptes décide de les auditer eux aussi. On n'a peut être pas fini de rigoler.
- la société Skynight de Christian Kupferschmid s'occupait de la technique, de la sono et des lumières
- la société DPO (de Christian Kupferschmid aussi,) de la sécurité
- la société APSA de Patrick Abegg (co-administrateur avec Hohl et Kupferschmid de CPF Genève Organisation, qui détient la moitié de DPO) de la programmation musicale
- GL Events, du montage des tentes et pavillons de la Fan Zone...
"Ce n'est pas parce que ces sociétés ont la même adresse qu'elles ont un lien entre elles", déclare le porte-parole de Mark Muller, Laurent Forestier. Ben voyons, c'est un pur hasard si toutes les sociétés mandatées et sous-mandatées pour l'organisation des à-côtés de l'Euromachin sont logées à la même adresse. Y'avait pas d'autre adresse de libre dans toute le canton, c'est la crise, on doit tous loger dans le même immeuble.
Le petit montage de Hohl lui permettait, selon ses détracteurs (lui le nie), de court-circuiter l'accord passé avec le canton : par la facturation (gonflée ou non) de prestations fournies par ses sociétés proches de sa propre société, il réduirait comptablement ses bénéfices, et donc la part qu'il doit en reverser à l'Etat, tout en encaissant les subventions de l'Etat (votées par le Grand Conseil dont il est membre), de la Loterie romande, du Sport-Toto et de l'UEFA, et en bénéficiant de la quasi gratuité de services cantonaux et municipaux, et de services privés, alors que les 40 emplacements loués à des restaurateurs et petites entreprises diverses l'ont été par Hohl, et à son profit, à raison d'au moins 35'000 francs l'emplacement. La société APSA aura eu l'exclusivité de la vente des bières (5 francs la petite cannette), dont les bénéfices ne reviendront à l'Etat qu'à raison de 25 %, au lieu de 50 % que Hohl aurait du reverser si sa société n'avait pas sous-.traité le marché à APSA (qui rétrocécera la moitié de ses bénefs à NEPSA). Frédéric Hohl se défend : les accusations portées contre lui sont mensongères et relèvent de la "cabale politique". Même si tel était le cas, à qui la faute ? Quand on accumule les casquettes, faut pas s'étonner d'avoir la migraine. Pour se laver de tout soupçon, le député Hohl a demandé à l'Etat de faire toute la lumière sur l'application du contrat passé avec l'entrepreneur Hohl (qui affirmait, une semaine après le début de la fête à beaufs, avoir déjà perdu 400'000 balles). Il n'y a effectivement peut-être rien, également, à lui reprocher (mais on n'en pas sûrs) -sauf qu'en tant que député, Hohl aurait du avoir l'élégance de ne même pas prendre part au concours lancé par le canton pour l'organisation des "animations extra-sportives" de l'Eurofoot. Il est vrai que parler d'élégance à propos de l'Eurofoot est à peu près aussi pertinent qu'évoquer les droits humains à propos des JO de Pekin. Et que le député Hohl vivant, comme il le reconnaît lui-même, des marchés publics, s'il s'abstenait d'y revendiquer sa place parce qu'il est député, l'entrepreneur Hohl, pourrait fermer boutique.
Hohl n'est d'ailleurs pas content que les media aient, quoique prudemment, évoqué les quelques questions embarrassantes que pose le montage financier de l'Eurofoot. Et comme il n'est pas content, Hohl, il se venge en faisant circuler des rumeurs, voire de fausses informations, sur le compte de l'un des journalistes, Didier Tischler, à l'origine de la mise en éviedence du montage financier. Hohl a donc sorti un document présenté comme un document de police portant sur un hypothétique passé judiciaire de Tischler. Or le journaliste a un casier judiciaire vierge, et il semble bien qu'aucune trace de délit n'apparaisse dans son dossier de police (lequel ne serait d'ailleurs accessible qu'à un policier tenu au secret de fonction). Il semble donc bien que Hohl ait montré à des journalistes et à des collaborateurs de l'organisation de l'Eurofoot un document bidon. Et tout ça pourrait finir au tribunal.
L'Eurofoot terminé, Hohl la joue profil bas : "Nous avons réalisé un bénéfice en termes d'image" (ça doit être l'effet baudruche...), mais pas en termes de pognon : "Nous allons équilibrer notre budget", ajoutait Hohl deux jours après la fin des festivités, on a jamais vu des comptes bouclés aussi vite -ou alors, ils étaient bouclés avant que la fête ne commence ?. Hohl précisait (juste avant de partir en vacvances) que si lui "équilibrera" son budget, ça ne sera pas le cas des collectivités publiques : le canton, qui aurait eu droit à une partie des excédents s'il y avait eu des excédents, ne touchera rien du tout : "Nous n'avons pas réalisé de bénéfices, donc il n'y aura pas de bénéfices pour l'Etat non plus". La société de Hohl, NEPSA, avait pour l'ensemble des festivités, un budget de 4 millions et demi (pour la Fan Zone, le Fan Village, le Fan Club). Les huits bars gérés par la société du copain de Hohl, mandaté par Hohl, auraient rapporté 1,2 million (ça paraît léger, vu une fréquentation de près de 700'000 personnes sur les trois sites à bibine), dont la moitié couvrira les frais. Hohl a encore encaissé le prix de la location des stands d'artisanat (une vingtaine, à 4000 balles pièce), une commission sur la vente des boissons par APSA aux tenanciers des stands, et 5000 nuitées du camping. Et l'Etat devra même payer à la place de NEPSA la location de l'espace public de la Ville, facturé 700'000 francs, alors que cet espace a été quasiment intégralement utilisé par NEPSA et ses sous-traitants.
Du coup, toute une série de politiciens qui roupillaient profondément quand il aurait fallu s'inquiéter du racket et des prébendes en train de se répartir, se sont réveillés fin juillet pour crier au scandale (il est vrai qu'il y a des élections en automne) : le MCG Cerutti, candidat à l'exécutif de Vernier, trouve subitement "indécent que les pouvoirs publics paient la facture d'une fête organisée par un privé" , le libéral Ivan Slatkine trouverait "un peu fort que les Genevois paient une facture due à un oubli au niveau du business plan" et not'bon Maire, Manu, estime qu'il n'y a "aucune raison que l'on fasse des cadeaux à une société privée qui a fait des bénéfices" (ou alors, qu'elle prouve le contraire).
Hohl a tout de même commencé à faire ses comptes : les sponsors ont rapporté 50'000 francs, la pub sur les écrans géants 100'000 francs. La "Fan Zone" a été visitée par 626'000 personnes en 25 jours (soit en gros 25'000 par jour, alors qu'elle pouvait en contenir plus de 60'000), la discothèque des Vernets par 38'000 personnes et le "Fan Village"... par 24'000 personnes (alors qu'on en attendait vingt fois plus). Les victimes du racket (les tenanciers des stands loués à prix d'or -36'000 francs pour trois semaines- au Bout du Monde, que les loueurs faisaient passer pour une "Fan Zone" officielle de l'UEFA, ce qu'elle n'était pas) demandent le remboursement de cette location. Mais si le Fan Village a été déserté, c'est la faute au mauvais temps, explique Hohl. La météo était différente à Plainpalais et au Bout-du-Monde ? L'avocat des commerçants rackettés du Bout du Monde, Christian Grobet, a saisi le Tribunal administratif et la Cour des Comptes, et a demandé au Conseil d'Etat (qu'il a prévenu qu'il pourrait être tenu pour responsable de la situation des commerçants) copie des contrats de concession entre NEPSA (la société du copain de Hohl mandaté par Hohl pour "gérer" les parcs à bestiaux, alors que le bénéficiaire d'une concession de l'Etat ne peut en principe pas conclure une "sous-concession", même au profit de copains). Le porte-parole du Conseiller d'Etat Mark Muller, responsable du dossier (mais payé par l'Etat), mais en vacance, a renvoyé la décision à fin juillet. Mi-août, on attend toujours. Bonnes vacances, les rackettés...
La Cour des Comptes a donc été saisie par les victimes du Bout-du-Monde, qui lui demandent de lancer un audit sur les relations entre l'Etat, la société Nepsa de Hohl et ses sous-traitants, comme Apsa. Le dossier adressé à la Cour (qui à la mi-août n'avait toujours pas décidé de s'en saisir ou non, vu qu'elle est en principe vouée à contrôler le fonctionnement de l'Etat et des organismes publics, et que le conflit dont elle est saisie à propos de l'Eurofoot oppose des privés -mais l'une des sociétés mises en cause, NEPSA, était mandataire de l'Etat, et l'autre mandataire de ce mandataire) accuse les organisateurs du "Fan Village" d'avoir donné de fausses garanties, octroyé des concessions non conformes aux dispositions de la loi sur le domaine public, d'avoir reçu des dessous de table, de tenir des comptes non transparents... Les commerçants demandent le remboursement intégral du coût de location (généralement 36'000 francs) et une indemnisation pour le manque à gagner. Ils demandent aussi que le contrat d'organisation de manifestation signé entre le Conseil d'Etat et Hohl soit rendu public. Ils estiment que le fait que les subventions versées à Hohl, n'aient pas été soumises au Grand Conseil constitue une violation de la loi (une de plus dans le feuilleton du stade et de l'Eurofoot...)
L'Etat fera réaliser un audit au bouclement des comptes de Nepsa, en principe cet automne, mais les sous.traitants ne seront pas audités, à moins que la Cour des comptes décide de les auditer eux aussi. On n'a peut être pas fini de rigoler.
25 novembre 2008
EURORACKET
Et allez donc, pourquoi se géner, on ne change pas une méthode qui gagne et un racket qui marche : 7,8 millions de plus ont été balancés dans le trou de la Praille. Des millions puisés dans les caisses publiques, en l'ocurrence celles du Fonds d'équipement communal, alimenté par les communes et le canton, et dont les décisions (celle-là a été prise le 19 février) ne sont pas, suprême avantage, susceptibles d'être contestées par référendum populaire (ce à quoi, d'ailleurs, la Constituante devrait remédier). Et à quoi ont-ils servis, ces millions, s'ajoutant aux millions déjà rackettés dans le même fonds il y a un an pour payer les dettes de la Fondation du stade ? A rien d'utile : à financer l'installation d'une nouvelle tribune pour les media, d'un centre de presse et d'un "espace d'accueil" pour les sponsors, et de la sonorisation et l'éclairage de l'esplanade. Tout ça imposé par contrat à la Fondation du Stade par l'UEFA, qui ne paye pas un rond, impose ses conditions et a reçu presque gratuitement (sauf une location de 450'000 francs par match, et une participation d'un million et demi aux quinze millions investis) un stade clés en main et flambant neuf , pour en user à sa guise pendant un mois.. Ces travaux ne devaient coûter que 6,8 millions et être payé par le Sport Toto et la Confédération, mais comme d'hab, ça a coûté plus du double et ça a été payé essentiellement par les collectivités publiques. Les arracheurs de dents de service ont tenté de se justifier : "ces travaux sont d'intérêt public", a déclaré Laurent Forestier, le porte-parole du Conseiller d'Etat Mark Muller, lequel "espère vraiment que ce sera la dernière rallonge". Ben voyons... ça fait bientôt dix ans qu'on nous annonce "la dernière rallonge", avant d'en demander une autre. Au passage, le Conseiller d'Etat Muller a poussé à la démission le protégé du Conseiller d'Etat Moutinot, Jean-Pierre Carera, président de la Fondation du Stade, à qui les faux derches gouvernementaux font jouer le rôle de fusible. Carera avait assuré, le 6 décembre, deux mois avant le nouveau racket du FEC, qu'"il n'y aura pas de nouvelle rallonge". La différence entre Carera et Muller, c'est que le premier peut être lourdé par le second, dont on ne pas se débarrasser avant les prochaines élections cantonales. Ce qui évidemment ne l'a pas empêché de proclamer son intention de jouer une "transparence totale" dans le dossier du financement de l'Eurofoot. Après avoir pompé huit millions en toute transparence dans le fonds d'équipement communal, histoire de se soustraire à un référendum populaire.
Le Fonds d'équipement communal avait pourtant fait mine (mais seulement fait mine) de refuser de verser les 7,8 millions directement à la fondation du stade, ce qui aurait obligé les autorités cantonales à déposer un crédit devant le parlement. Vu le parlement dont Genève est gratifiée, il aurait accepté -mais nous aurions lancé un référendum, avec toutes les chances qu'il aboutisse. Lors de la séance du 19 février, les représentants des communes, sauf la représentante de la Ville, Sandrine Salerno, qui s'y est opposée au nom du respect de la volonté populaire (et parce qu'elle estime que le canton ne peut pas utiliser la part des ressources du FEC qui revient à l'Etat pour payer les factures du stade), se sont abstenus sur la proposition du Conseil d'Etat. Proposition qui a donc été votée par les seuls représentants de l'Etat, les deux Conseillers d'Etat Verts Hiler et Cramer, contre la seule opposition de la représentante de la Ville. Et c'est comme cela, brave gens, qu'on vous prive de la possibilité de dire par un vote ce que vous en pensez : par un tour de passe-passe au terme duquel, parce qu'ils sont deux, les représentants du canton imposent leur seule volonté à la volonté de la seule représentante de la seule Ville en l'absence de toute trace de volonté des autres communes, qui se sont lamentablement dégonflées.
La nouvelle ponction dans le fonds d'équipement communal avait pourtant, avant d'être effectuée, suscité quelques réactions négatives -qui ne l'ont pas empêchée, mais retardée. Le président du FEC avait écrit au Conseiller d'Etat Mark Muller pour lui dire ses réserves, tout en lui confirmant qu'il versera en bloc 17 millions au canton, libre à celui-ci de les utiliser comme bon lui semble, mais tout de même en respectant les règles légales : pas d'utilisation avant le début 2008, et utilisation pour des projets cantonaux inscrits au budget.
De son côté, la responsable des finances de la Ville, Sandrine Salerno, s'était opposée (mais elle a été la seule à le faire) à l'utilisation du FEC pour payer les factures d'une fondation de droit privé, et avait demandé au canton, s'il tenait vraiment à ponctionner ses caisses pour payer ses factures, de le faire conformément aux usages, en déposant un projet de loi. Elle croit quoi, Sandrine ? Qu'elle a affaire à des démocrates ? Déposer un projet de loi, c'est justement ce que le canton voulait à toute force éviter, puisqu'un projet de loi est susceptible de référendum, et que le dernier référendum lancé contre le financement public du stade a tourné à la confusion des partisans de ce financement.
La dernière rallonge financière accordée au stade (pour le conformer aux desiderata de l'UEFA) a fait monter à 16,5 millions de francs le coût de son adaptation à l'Euro2008. Pour trois matches jouée à Genève. Ces matches ont rassemblé 90'000 spectateurs. Ce qui nous fait un coût d'adaptation du stade équivalant en gros à 170 francs par spectateur. Comme lesdits spectateurs n'auront pas payé ce prix pour obtenir un billet, et que plusieurs centaines d'entre eux n'ont rien payé du tout, qui paiera la différence ? Ben... le contribuable... en toute transparence...
Michel Bonnefous, président de la société organisatrice de la Coupe de l'America, a intégré le Conseil de fondation du stade, ainsi que deux nouveaux membres, Sami Kanaan en tant que représentant de la Ville, et Serge Bednarczyk. Après la démission forcée de Carera, c'est un ancien directeur de l'UBS, Benoît Genecand, qui a pris la tête de la Fondation, élu à l'unanimité à sa présidence. Un banquier, en effet, ça s'y connaît, en pompes à fric. Et un banquier de l'UBS, en trous financiers. Ce qui n'empêche pas que le nouveau président se fixe un objectif hors d'atteinte : "faire du stade un lieu de rencontre beaucoup plus sexy et qui puisse faire rêver".
"Le budget consacré à l'Euro est en passe d'être respecté", a assuré, la fête terminée, le coordinateur cantonal de la chose pour Genève, Michael Kleiner. Le budget en question s'élève à 16 millions -soit en gros, et au plus, la moitié de ce que coûtera réellement l'Eurofoot aux collectivités publiques genevoises, puisqu'au budget s'ajoute tout ce qui n'a pas été budgeté (comme les 700'000 francs de la location du domaine public de la Ville -Plainpalais, Vernets, Bout-du-Monde), et tout ce qui l'a été sur d'autres postes que l'Euro.
Assurer la sécurité publique pendant l'Euro a coûté des dizaines de millions (au moins 92 millions et demi, alors qu'on n'en avait budgétés au départ que cinq) à la Confédération, aux cantons et aux communes, y compris à ceux et celles qui n'ont pas accueilli de matches (mais des "fans zone" avec écrans géants et baraques à saucisses). Dans le seul canton de Fribourg, la facture se monte à au moins 2 millions et demi. Dans le canton de Vaud, même facture. La Confédération ne verse que dix millions et demi, et aux seuls quatre cantons-hôtes (Bâle, Berne, Genève, Zurich), en plus des frais qu'elle assume directement (genre mobilisation de l'armée). Du coup, les autres cantons réclamaient, eux aussi, des sous à Maman Helvetia. Officiellement, la sécurité coûtera 82,5 millions à la Confédération, aux cantons et aux communes, plus dix millions de réserve. A Genève, le budget "sécurité" dépassait les sept millions. "On donne beaucoup d'argent aux villes-hôtes : Genève a reçu plus de 2 millions de francs", se justifiait Michel Platini, ci-devant président de l'UEFA : "beaucoup d'argent" selon Platini, c'est moins de la moitié de ce que va coûter à Genève la seule sécurité. Et en tout, Genève va claquer vingt fois plus pour l'Euro2008 que le "beaucoup d'argent" qu'elle aura reçu de la princière UEFA). La Ville de Genève (qui, dans son magazine "Vivre à Genève" s'en montre toute fière) a assumé l'intensification par la Voirie du ramassage des déchets et de la fréquence du nettoiement des sites touchés par l'Euro, ce qui a nécessité un renforcement du personnel et du matériel, ainsi que l'installation de onze chiottes mobiles; elle a devoir payé en plus la mobilisation au sein d'un "groupe circulation" d'une vingtaine d'agents de sécurité municipaux pour "canaliser la circulation des véhicules", l'organisation de patrouilles d'ASM à pied, à vélo et en roller le long des itinéraires piétons, la mobilisation des pompiers du SIS au sein du dispositif "Osiris" des situation exceptionnelles, la mobilisation des gardes dans la zone du Bout du monde, et de la Protection civile pour le montage et le démontage des installations du Bout-du-Monde et de Plainpalais, l'accueil des campeurs et la surveillance du site. ça a coûté combien, tout ça ? Et la mise à disposition de l'Euro 2008 de tout ou partie du temps de tavail de dizaines de fonctionnaires, ça équivaut à quel coût pour la collectivité ? A au moins un million et demi pour la seule Ville de Genève...
L'engagement de Swisscom, "sponsor national" de l'Eurofoot, aura coûté également fort cher (plusieurs dizaines de millions de francs) pour assurer les télécommunications dans les quatre stades hôtes et dans une vingtaine d'autres sites, garantir la transmission vers l'Autriche des images télé de tous les matches joués en Suisse, répondre aux besoins des organisateurs (plusieurs centaines de personnes), des media (8000 journalistes accrédités), des équipes, des bénévoles et du public. 300 techniciens auront été mobilisés dans les stades, 1300 employés impliqués dans l'événement. Un service public (Swisscom) au service d'une organisation privée (l'UEFA), c'est du New Public Management ou on ne s'y connaît pas.
Bon, d'accord, on ne s'y connaît pas.
Certaines communes et certains cantons en fait encore plus que ce que l'UEFA et ses commis politiques leur demandaient : Lugano a ainsi payé les billets d'avion qui ont permis à l'équipe de Suède, qui séjournait à Lugano, d'aller jouer ses matches en Autriche. Ce beau geste coûtera autour de 80'000 balles aux contribuables luganais. A Neuchâtel, la Ville a "adapté" le site d'entraînement réservé à l'équipe du Portugal. Dans le canton de Vaud, la collectivité a offert des prestations de relations publiques aux équipes de France et de Hollande, qui séjournaient dans le canton. A Genève, en revanche, on assure (mais les promesses, dans le feuilleton de l'Euroracket, ne valent pas grand chose) qu'aucune dépense particulière n'a été consentie pour l'équipe qui séjournait dans le canton (mais s'entraînait à Nyon). Il est vrai qu'il s'agit de l'équipe de Turquie. Des gens carrément pas de chez nous.
L'UEFA, qui fait raquer les collectivités publiques pour l'organisation à son profit de l'Euro2008, est particulièrement soucieuse de contrôler les droits de diffusion et de marketing liés à ladite compétition. Disons que, d'une main l'UEFA puise dans les caisses publiques, et que de l'autre elle tape sur tous ceux qui auraient l'impudence de vouloir saisir l'occasion de l'Euro pour se faire un peu de pub. Depuis l'Euro2004, au Portugal, c'est une entreprise mise en place par l'UEFA ("Euro 2008 SA) qui gère les droits de diffusion (y compris de la diffusion des matches, puisque l'UEFA s'est instituée productrice des images de télé) et de marketing, et réprime le "marketing parasitaire" (il y en a donc un autre ?) de tous ceux qui tentent d'obtenir une petite part d'un gâteau que l'UEFA entend bien se réserver. Un réseau mondial de juristes veille : la porte-parole d'Euro2008 SA annonce à mi-décembre que la société est déjà intervenue auprès de 250 contrevenants (contrevenants à quoi, au juste ?) par des lettres de mise en demeure, et que cinq cas ont débouché sur des actions en justice. L'UEFA accusait en outre publiquement la Migros de se faire de la pub sur le dos de l'Euro2008 en proposant des jeux en marge de la compétition (du genre "championnat des supporters", à la télévision) alors qu'elle avait été écartée du choix des sponsors officiels de la compétition au prétexte que les distributeurs ne constituent pas un bon partenaire pour ce genre d'événements. De leur côté, les responsables de l'organisation des à-côtés de l'Euro2008 à Genève commençaient à trouver l'UEFA et Euro2008 S.A. un tantinet encombrantes, procédurières, maniaques : "des dizaines de pages de document réglementent le moindre détail". Et "Le Temps" de se demander (le 17 décembre) si, "à force d'obstination mercantile", l'UEFA ne serait pas en train de dresser contre elle "une grande partie de l'opinion publique". Certes. Mais c'était juste un peu tard pour se poser la question.
Le coordinateur de l'Eurofoot pour Genève, Michael Kleiner, et les fonctionnaires impliqués dans l'organisation du machin, se donc mis, deux mois avant le raoût, à critiquer l'UEFA et les conditions qu'elle imposait aux villes hôtes. Des conditions tellement draconiennes que les autorités genevoises ont pris une décision dont l'héroïsme impressionne : tenir leurs "événements promotionnels" sur la plaine de Plainpalais, et pas dans le Stade de la Praille, vu que l'UEFA, qui s'est arrogée la maîtrise de cette espace payé par la collectivité imposait des tarifs de location prohibitifs (une réception coûtant jusqu'à 3000 balles par invité). Les représentants de l'UEFA "arrivent avec des contrats fleuves où tout est prévu et imposé : clause sur la sécurité, sur la décoration, sur la publicité. Les autorités signent et (les représentants de l'UEFA) décident de tout". Et Michael Kleiner, un tantinet jésuite, de s'interroger : "Comment expliquer aux contribuables (genevois) que nous utilisons leur argent pour louer à des prix prohibitifs des surfaces dans leur propre stade, via une société mandatée par l'UEFA afin de vendre des espaces (...) qui, en réalité, appartiennent (aux Genevois)". Et alors ? Qu'est-ce que c'est que ces scrupules tardifs ? Comment a-t-on expliqué aux Genevois qu'on allait pomper des dizaines de millions dans les caisses publiques pour construire un stade inutile ? On ne leur a rien expliqué du tout, on s'est contenté de leur bourrer le mou en affirmant que le stade était indispensable, qu'il ne coûterait rien et qu'il serait toujours plein...
L'UEFA a aussi fait raquer les sponsors (ils servent à ça, d'ailleurs). La firme horlogère vaudoise Hublot a ainsi payé entre trois et cinq millions pour être, avec Coca-Cola, l'UBS et les chocolats Ferrero, sponsor national suisse de l'Euro. Mais Hublot, au moins, a décidé d'offrir les espaces publicitaires qu'elle a acheté à l'organisation "Football contre le racisme en Europe" (FARE), qui il est vrai a beaucoup de boulot pour civiliser les supporters de foot. L'exemple de Hublot devrait être suivi : on attend donc que l'UBS offre désormais ses espaces publicitaires à la Banque Alternative, Coca Cola aux associations de lutte contre la malbouffe et Ferrero à la fondation Max Havelaar.
Les sponsors de l'Euro2008 n'étaient pas contents : des entreprises (et pas les plus petites : Swiss, par exemple, ou Migros) récupéraient le bruit médiatique autour de l'Euro pour en tartiner leurs propres campagnes promotionnelles (Swiss s'intitulait "compagnie aérienne officielle des fans", Migros organisait un "Euro des supporters"...). L'UEFA avait carrément exigé de la Suisse qu'elle adopte une loi contre le marketing sauvage pendant l'Eurofoot, c'est-à-dire l'exploitation de la compétention sportive sans, crime de lèse-majesté, versement de royalties à l'UEFA. Mais, surprise : les exigences de l'UEFA n'ont pas été entérinées par la Suisse officielle, et la loi contre le "marketing sauvage" avait sombré en procédure de consultation. L'UEFA a donc dû intervenir elle-même auprès de 430 entreprises pour leur demander de cesser d'utiliser l'image de l'Eurofoot. Dure est la loi du marché dans la jungle du sport pognon.
Ayant fait raquer ses sponsors, l'UEFA les couve ensuite, et va jusqu'à les protéger comme une hypothétique indépendance de comportement des spectateurs des matches : la porte-parole de l'UEFA, Pascale Vögeli, a rappelé en mai que tout détenteur d'un ticket d'entrée pour un match avait noué une "relations contractuelle" avec l'UEFA, que pendant le tournoi les stades accueillant les matches devenaient juridiquement des spaces privés dont l'UEFA usait à son gré, selon ses règles. On ne pouvait être plus clair. Et donc, si un groupe de supporters arborait des accessoires portant le logo de marques qui n'étaient pas des sponsors officiels du tournoi, lesdits supporters pouvaient se voir confisquer ces accessoires. l'EUFA avait même prévu d'expédier des "contrôleurs" dans les "Fan zones" et les lieux de retransmission publique, pour y faire régner l'ordre des marques. Big Sponsor is watching you.
A Bâle, un petit brasseur local, Istvan Akos, avait décidé de distribuer des T-shirt à l'effigie de sa propre marque, "Unser Bier", pendant l'Euro, y compris dans les zones soumises au monopole visuel des sponsors (en l'occurrence, la bière Carlsberg). Intervention immédiate de l'UEFA : les gens qui porteront ces T-Shirts seront carrément interdits d'entrée dans les zones officielles. Istvan Akos a également sillonné le Rhin, sous les yeux du public (qui applaudissait) et des organisateurs, sur un rafiot aux couleurs de sa bière. On aurait aimé que le brasseur de la bière "Calvinus" en fasse autant à Genève mais bon... Toujours à Bâle, où trois restaurateurs ont été punis par la fermeture de leurs terrasses pour avoir refusé de vendre la bière-sponsor, de petites fêtes de "résistance" au diktat du sponsor ont été organisées, et une Conseillère nationale verte a ouvert un "jardin à bière" pour signifier que Bâle est "plus que seulement de la Carlsberg".
Même la police genevoise s'est fait engueuler par l'UEFA : elle avait fait confectionner (pour ses collaborateurs) des T-Shirts et des casquettes aux couleurs de l'Euro2008 par un fabriquant que l'UEFA n'avait pas autorisé à utiliser son logo. L'opération a coûté 10'000 balles, pour 500 T-Shirt et 300 casquettes. La police devra utiliser ses fanfreluches à d'autres occasions, ou les distribuer gratuitement.
L'UEFA ayant décidé de produire elle-même les images télé des matches, elle entendait se substituer à l'organisme suisse de défense des droits d'auteurs, la SUISA, et attribuer ses propres licences pour la retransmission des matches de l'Euro2008, parallèlement à la SUISA. Parallèlement, mais à un prix explosé : la SUISA accordait des licences à 160 francs pour l'ensemble des compétitions de l'Euro2008, l'UEFA voulait taxer jusqu'à 200 balles... mais par match. Las ! Elle a été déboutée par le Tribunal administratif fédéral.
Si l'UEFA n'a pas été autorisé à attribuer ses propres licences pour la retransmission des matches, elle a tout de même réussi à choisir ce qui sera retransmis. En clair : à sélectionner les "bonnes" images (celles qui lui servent" et les "mauvaises" (celles qui risquent de déplaire). Les télés nationales suisse et autrichienne ne pouvaient, éventuellement, transmettre leurs propres images que dans leur pays. Résultat : Des images de supporters croates allumant des feux de bengale pendant le match Allemagne-Croatie, ou d'un supporter croate pénétrant sur le terrain et oursuivi par des flics, ont été censurées. Et les télés nationales suisse et autrichienne ont râlé contre cette censure. Après en avoir accepté, sinon le principe, du moins l'éventualité. Cocus et faux derches, donc. De leurs molles protestations, l'UEFA n'avait de toute façon cure : son porte-parole expliquait suavement dans "Le Temps" du 17 juin que "le vrai débat est celui de ces petites télévisions publiques qui n'ont plus beaucoup de ressources et deviennent dépendantes des producteurs d'images sportives", comme l'est désormais l'UEFA. Le directeur de l'information à la télé publique autrichienne a déclaré que les télés publiques devaient "réfléchir si (elles allaient) continuer à accepter" cette situation...que personne ne doute que sa télé va, comme toutes les autres, continuer à accepter. Jusqu'en 2004, les images des Eurofoots étaient produites par l'Union européenne de radiodiffusion (UER). L'Euro2008 a été le premier où les images étaient produites directement par l'UEFA, qui a créé une filiale, UMET-UEFA, gérant les aspects techniques et mettant le matériel à disposition.
Le premier test après l'Euro a été celui des JO de Pekin. Parce que là aussi, l'organisateur (le CIO, comme l'UEFA) se fait producteur d'images. Il a créé avec le comité d'organisation des jeux une organisation (le BOB, Beijing olympic broadcasting) qui va produire le signal télévisuel fourni aux chaînes qui détiennent les droits de diffuser.
Après plusieurs mois de bras de fer, la Confédération a réussi à imposer à l'UEFA le principe de la fiscalisation des primes reçues par les joueurs des équipes en lice en Suisse pendant l'Euro : elle les imposera à hauteur de 20 % sur les primes reçues au cours de la compétition. L'UEFA demandait à ce qu'ils soient carrément dispensés de taxation sur leurs primes. Or les montants en jeu méritent tout de même un minimum d'attention du fisc : chaque équipe qualifiée recevra de l'UEFA 7,5 millions d'euros pour sa participation au tournoi, plus un million par victoire, plus deux millions pour les quart de finales, trois millions pour les demi-finales et 7,5 millions pour le vainqueur...
Cela dit, c'est pas avec le produit de l'imposition des joueurs qu'on va remplir les caisses publiques : le montant total des recettes fiscales que pourraient toucher l'Autriche et la Suisse se situera, modestement, entre quatre et huit millions de francs. Même pas ce que coûte à la Confédération (dix millions) la campagne de marketing de "Suisse Tourisme"...
Les joueurs, pourtant, recevront (du moins certains d'entre eux) de jolies primes: les Turcs recevront chacun environ 725'000 francs pour avoir réussi à aller jusqu'aux demi-finales; les Russes, qui sont dans le même cas, recevront 195'000 francs. Eliminés en quart de finales, les Croates toucheront 486'000 francs. Les Espagnols, vainqueurs du tournoi, recevront, eux, 347'000 francs -et les Allemands, qu'ils ont battus, à peu près autant.
Quant à l'UEFA elle-même, rappelons qu'elle ne paie pas un sou d'impôt, en tant que "société d'utilité publique". Statut que l'administration fédérale des contributions semble vouloir lui contester, comme à d'autres fédérations du sport professionnel (la FIVB -Volleyball- ou la FIG -gymnastique) au prétexte mesquin que la moitié de son chiffre d'affaire 2008 (trois milliards de prévus) proviendra de la commercialisation de droits TV, qu'il s'agit donc d'une activité économique et que ça exclut l'exemption d'impôts. Du coup, mobilisation générale chez ces philanthropes : si vous nous imposez, on part ailleurs ousque y'aura pas d'impôts à payer. Une soixantaine de fédérations et associations sportives internationales ont leur siège en Suisse, dont une quarantaine dans le canton de Vaud, qui s'inquiète : les retombées économques de leur présence sont évaluées (à la louche) à 200 millions par an, et elles emploient un millier de personnes -qui sont imposées comme contribuables individuels quand elles habitent en Suisse. En mars 2006, la Conseillère nationale vaudoise Géraldine Savary (PS) déposait une initiative parlementaire demandant la publication des bilans annuels, des salaires des dirigeants et de l'échelle des salaires des organisations sportives internationales implantées en Suisse. En octobre 2007, cette proposition était rejetée par la Commission de l'économie du Conseil national, mais à une seule voix de majorité, ce qui laissait craindre au gouvernement vaudois une acceptation en plénière, d'où un lobbying insistant auprès des parlementaires fédéraux, sur le thème : "touchez pas aux vaches sacrées sportives".
Malgré ses déboires dans la crise des "subprimes", l'UBS avait encore du pognon à foutre en l'air, mais pas trop, tout de même : Elle sponsorisait les "amphithéâtres de l'Euro", dits "UBA Arena", installés dans seize villes suisses pendant un mois (en Romandie : à Bienne, la Chaux de Fonds, Lausanne, Nyon et Sion), mais les groupes qui y jouaient devant 5000 à 6000 personnes au maximum (dont 1200 places assises payantes, entre onze et seize balles) n'étaient pas payés, au motif que ces machins étaient "un tremplin pour se faire connaître"."Tout a été investi dans les infrastructures", y'a plus un rond pour payer les artistes, expliquait le porte-parole de l'organisateur. On pouvait pas demander un chti coup de main à "Chauffe Marcel" Ospel, l'ex-patron de l'UBS à plus de 20 millions annuels de salaires et gratifications diverses ?
Les concerts des "UBS Arena" ont d'ailleurs été revus à la baisse, pour cause de nuisances sonores, et ne duraient plus qu'une demie-heure avant les matches, priorité étant donnée à un programme télé spécialement produit par la SSR, "Arena TV", qui, lui, durait 70 minutes.
Les UBS Arena ont produit un intéressant règlement pour leurs parcs à bestiaux : y étaient interdits les cloches, les mégaphones, les klaxons à gaz, les crécelles, les parapluies, les caméras vidéos, les boissons autres que celles des marques des sponsors. Il était également interdit de se tenir debout sur les places assises, de répandre des liquides, de faire ses besoins hors des toilettes (on pouvait chier dans son froc, quand même ?). Il était en revanche prescrit de trier ses déchets et de se soumettre à la fouille. Pas de doute, l'Eurofoot, ça va être une grande fête populaire.
Les retombées économiques de l'Eurofoot ne sont pas quantifiables, estiment l'institut zurichois BAK et le secrétariat autrichien à l'économie : l'événement ne devrait pas faire augmenter le produit intérieur brut de la Suisse et de l'Autriche, ni le PIB genevois, de plus de 0,1 % (un pour mille, donc, mais l'Union industrielle autrichienne espère que ça montera à 0,21 %, et le cabinet Rütter+Partner suggère une fourchette de 0,14 à 0,18 % duPIB, soit entre1,1 et 1,5 milliard), ce qui relativise beaucoup les promesses faites et les assurances données pour justifier l'organisation du machin en Suisse ("ça va doper l'économie !"). Et non seulement l'Eurofoot n'amènera, dans le mailleur des cas, que un pour mille de PIB de plus (un effet "quasiment invisible" et "à peine quantifiable" à l'échelle macroéconomique, selon Rütter+Partner), mais l'effet sera ponctuel : les emplois créés seront temporaires, comme les dépenses supplémentaires de consommation. Quant aux rentrées fiscales, l'Union industrielle autrichienne les estime à 25 millions, et Rütter+Partner entre 80 et 110 millions (entre Confédération, cantons et communes). Soit bien moins que le coût de l'Eurofoot pour les caisses publiques. A Genève, les retombées économiques mesurables et directes de l'Eurofoot, c'est-à-dire celles amenées par les "visiteurs" et les dépenses supplémentaires des indigènes, devraient se situer entre 22 et 40 millions. Soit de toutes façons moins que ce que l'"événement" aura coûté aux caisses publiques municipales et cantonales genevoises, entre subventions directes et indirectes, dépenses de sécurité et de voirie, heures supplémentaires du personnel public mobilisé, aménagement des parcs à bestiaux de Plainpalais et du Bout-du-Monde, adaptation du stade aux exigences de l'UEFA etc...
A Genève, le "laboratoire d'économie appliquée" de l'Université situe le chiffre d'affaire net, direct et indirect, de l'Euro dans une fourchette de 70 à 110 millions, la création de valeur ajoutée entre 40 et 60 millions, et les rentrées d'impôt direct(canton et commune) entre 2,1 et 3,1 millions. Une poussière, un vingtième, en gros, de ce que le machin aura coûté aux caisses publiques (16,6 millions sur le budget cantonal, huit millions pompés dans le fonds d'équipement communal, plus les coûts liés à la mobilisation des services publics...)
Sitôt l'Eurofoot terminé, on a commencé à faire les comptes dans les villes-hôt es. Et A Bâle, on s'est aperçu que si les fast-food et bistrots du centre-villes ont vu leur chiffre d'affaire augmenter, les restaurants ont vu le le leur baisser de 15 à 30 %, voire 50 %, et qu'au total, seul un établissement sur quatre a tiré profit de l'Eurofoot. Même constat à Zurich et à Berne. Et aussi à Genève (et dans la région), où l'on estime déjà que les hôtels n'ont pas vu leur chiffre d'affaire s'accroître : ils étaient déjà remplis par la conférence annuelle de l'OIT, et une bonne partie des supporters (ceux des pays d'où provient l'immigration genevoise, les Portugais et les Turcs, notamment) ont logé chez des parents ou des amis. En réalité, les résultats ont même été mauvais. Sauf à Bâle, le nombre de nuitées vendues en Suisse a diminué de 2,6 % en juin 2008 par rapport à juin 2007. A Genève, le recul a atteint 4 %, à Zurich 4,8 %, à$ Berne 12,7 %. A Bâle, elles ont certes augmenté de 3,6 %, mais uniquement grâce à celle passées dans les hôtels les plus bas de gamme (une étoile), qui sont aussi les seuls à avoir vu le nombre de leurs nuitées augmenter à Genève (de 1 % par rapport à juin 2007 pour les deu étoiles). Le président de la société des hôteliers genevois se dit très surpris, le directeur de Genève Tourisme pas vraiment déçu.
Par ailleurs, selon le Secrétariat d'Etat suisse à l'économie, l'Euro2008 aurait du faire monter le cours du franc suisse par rapport au dollar et à l'euro, du moins si les prévisions de 1,4 million de visiteurs étrangers, d'un milliard et demi de chiffre d'affaire et de 7300 emplois temporaires créés s'étaient réalisées.
Finalement, les organisateurs, forcément (auto)satisfaits, de l'Eurofoot helvéto-autrichien ont annoncé que la durée moyenne du séjour des visiteurs des stades a été de 3,4 nuits en Suisse et 3,6 en Autriche, et qu'ils ont dépensé chacun 2189 francs en Autriche et 1621 francs en Suisse.
Fin juillet, l'UEFA, elle, criait victoire. Elle pouvait : l'Eurofoot a généré des recettes records de 2,14 milliards de francs, soit 50 % de plus (ou près d'un milliard de plus) qu'au Portugal en 2004. Les seuls droits de retransmission télévisée ont amené 1,3 milliard (les marches ont été suivie en moyenne par 155 millions de téléspectateurs). Le sponsoring et le merchandising ont ramené 461 millions, le programme "VIP" our les enreprises 215 millions, la billetterie la plus petite part : 149 millions. Ce qui confirme que l'Eurofoot n'était pas une manifestation sportive, mais un bazar commercial (tant pis pour le pléonasme). Le bénéfice net atteint 412 millions. Quelle part pour la Suisse et l'Autriche ? Rien. Ou alors une "image positive" (qu'elle avait déjà) et les "retombées financières" de l'installation de l'UEFA sur son sol (Eurooot ou non). L'Eurofoot a coûté au moins 180 millions aux collectivités publiques suisses (Confédération, cantons, communes), dont au moins 72 millions à la Confédération. A Genève, les collectivités publiques y auront claqué une trentaine de millions.
Finalement, c'est Adidas qui a remporté la coupe : le fabriquant de cothurnes sportives sponsorisait cinq équipes (Allemagne, Espagne, France, Grèce, Roumanie), dont la tenante du titre (la Grèce) et les deux finalistes (l'Espagne et l'Allemagne). Nike en sponsorisait autant (la Croatie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie et la Turquie), comme Puma (l'Autriche, l'Italie, la Pologne, la Suisse et la République Tchèque), et Umbro sponsorisait la Suède). On croit que l'Eurofoot oppose des équipes nationales de foot ? Ben non : ça oppose des fabriquants de godasses. Nike a payé 69 millions pour pouvoir être le sponsor de l'équipe de France entre 2011 et 2018 (les Français étaient sous contrat avec Adidas), et Adidas espère en 2008 un chiffre d'affaire, pour ses seuls produits "foot", de près de deux milliards de francs.
Le Fonds d'équipement communal avait pourtant fait mine (mais seulement fait mine) de refuser de verser les 7,8 millions directement à la fondation du stade, ce qui aurait obligé les autorités cantonales à déposer un crédit devant le parlement. Vu le parlement dont Genève est gratifiée, il aurait accepté -mais nous aurions lancé un référendum, avec toutes les chances qu'il aboutisse. Lors de la séance du 19 février, les représentants des communes, sauf la représentante de la Ville, Sandrine Salerno, qui s'y est opposée au nom du respect de la volonté populaire (et parce qu'elle estime que le canton ne peut pas utiliser la part des ressources du FEC qui revient à l'Etat pour payer les factures du stade), se sont abstenus sur la proposition du Conseil d'Etat. Proposition qui a donc été votée par les seuls représentants de l'Etat, les deux Conseillers d'Etat Verts Hiler et Cramer, contre la seule opposition de la représentante de la Ville. Et c'est comme cela, brave gens, qu'on vous prive de la possibilité de dire par un vote ce que vous en pensez : par un tour de passe-passe au terme duquel, parce qu'ils sont deux, les représentants du canton imposent leur seule volonté à la volonté de la seule représentante de la seule Ville en l'absence de toute trace de volonté des autres communes, qui se sont lamentablement dégonflées.
La nouvelle ponction dans le fonds d'équipement communal avait pourtant, avant d'être effectuée, suscité quelques réactions négatives -qui ne l'ont pas empêchée, mais retardée. Le président du FEC avait écrit au Conseiller d'Etat Mark Muller pour lui dire ses réserves, tout en lui confirmant qu'il versera en bloc 17 millions au canton, libre à celui-ci de les utiliser comme bon lui semble, mais tout de même en respectant les règles légales : pas d'utilisation avant le début 2008, et utilisation pour des projets cantonaux inscrits au budget.
De son côté, la responsable des finances de la Ville, Sandrine Salerno, s'était opposée (mais elle a été la seule à le faire) à l'utilisation du FEC pour payer les factures d'une fondation de droit privé, et avait demandé au canton, s'il tenait vraiment à ponctionner ses caisses pour payer ses factures, de le faire conformément aux usages, en déposant un projet de loi. Elle croit quoi, Sandrine ? Qu'elle a affaire à des démocrates ? Déposer un projet de loi, c'est justement ce que le canton voulait à toute force éviter, puisqu'un projet de loi est susceptible de référendum, et que le dernier référendum lancé contre le financement public du stade a tourné à la confusion des partisans de ce financement.
La dernière rallonge financière accordée au stade (pour le conformer aux desiderata de l'UEFA) a fait monter à 16,5 millions de francs le coût de son adaptation à l'Euro2008. Pour trois matches jouée à Genève. Ces matches ont rassemblé 90'000 spectateurs. Ce qui nous fait un coût d'adaptation du stade équivalant en gros à 170 francs par spectateur. Comme lesdits spectateurs n'auront pas payé ce prix pour obtenir un billet, et que plusieurs centaines d'entre eux n'ont rien payé du tout, qui paiera la différence ? Ben... le contribuable... en toute transparence...
Michel Bonnefous, président de la société organisatrice de la Coupe de l'America, a intégré le Conseil de fondation du stade, ainsi que deux nouveaux membres, Sami Kanaan en tant que représentant de la Ville, et Serge Bednarczyk. Après la démission forcée de Carera, c'est un ancien directeur de l'UBS, Benoît Genecand, qui a pris la tête de la Fondation, élu à l'unanimité à sa présidence. Un banquier, en effet, ça s'y connaît, en pompes à fric. Et un banquier de l'UBS, en trous financiers. Ce qui n'empêche pas que le nouveau président se fixe un objectif hors d'atteinte : "faire du stade un lieu de rencontre beaucoup plus sexy et qui puisse faire rêver".
"Le budget consacré à l'Euro est en passe d'être respecté", a assuré, la fête terminée, le coordinateur cantonal de la chose pour Genève, Michael Kleiner. Le budget en question s'élève à 16 millions -soit en gros, et au plus, la moitié de ce que coûtera réellement l'Eurofoot aux collectivités publiques genevoises, puisqu'au budget s'ajoute tout ce qui n'a pas été budgeté (comme les 700'000 francs de la location du domaine public de la Ville -Plainpalais, Vernets, Bout-du-Monde), et tout ce qui l'a été sur d'autres postes que l'Euro.
Assurer la sécurité publique pendant l'Euro a coûté des dizaines de millions (au moins 92 millions et demi, alors qu'on n'en avait budgétés au départ que cinq) à la Confédération, aux cantons et aux communes, y compris à ceux et celles qui n'ont pas accueilli de matches (mais des "fans zone" avec écrans géants et baraques à saucisses). Dans le seul canton de Fribourg, la facture se monte à au moins 2 millions et demi. Dans le canton de Vaud, même facture. La Confédération ne verse que dix millions et demi, et aux seuls quatre cantons-hôtes (Bâle, Berne, Genève, Zurich), en plus des frais qu'elle assume directement (genre mobilisation de l'armée). Du coup, les autres cantons réclamaient, eux aussi, des sous à Maman Helvetia. Officiellement, la sécurité coûtera 82,5 millions à la Confédération, aux cantons et aux communes, plus dix millions de réserve. A Genève, le budget "sécurité" dépassait les sept millions. "On donne beaucoup d'argent aux villes-hôtes : Genève a reçu plus de 2 millions de francs", se justifiait Michel Platini, ci-devant président de l'UEFA : "beaucoup d'argent" selon Platini, c'est moins de la moitié de ce que va coûter à Genève la seule sécurité. Et en tout, Genève va claquer vingt fois plus pour l'Euro2008 que le "beaucoup d'argent" qu'elle aura reçu de la princière UEFA). La Ville de Genève (qui, dans son magazine "Vivre à Genève" s'en montre toute fière) a assumé l'intensification par la Voirie du ramassage des déchets et de la fréquence du nettoiement des sites touchés par l'Euro, ce qui a nécessité un renforcement du personnel et du matériel, ainsi que l'installation de onze chiottes mobiles; elle a devoir payé en plus la mobilisation au sein d'un "groupe circulation" d'une vingtaine d'agents de sécurité municipaux pour "canaliser la circulation des véhicules", l'organisation de patrouilles d'ASM à pied, à vélo et en roller le long des itinéraires piétons, la mobilisation des pompiers du SIS au sein du dispositif "Osiris" des situation exceptionnelles, la mobilisation des gardes dans la zone du Bout du monde, et de la Protection civile pour le montage et le démontage des installations du Bout-du-Monde et de Plainpalais, l'accueil des campeurs et la surveillance du site. ça a coûté combien, tout ça ? Et la mise à disposition de l'Euro 2008 de tout ou partie du temps de tavail de dizaines de fonctionnaires, ça équivaut à quel coût pour la collectivité ? A au moins un million et demi pour la seule Ville de Genève...
L'engagement de Swisscom, "sponsor national" de l'Eurofoot, aura coûté également fort cher (plusieurs dizaines de millions de francs) pour assurer les télécommunications dans les quatre stades hôtes et dans une vingtaine d'autres sites, garantir la transmission vers l'Autriche des images télé de tous les matches joués en Suisse, répondre aux besoins des organisateurs (plusieurs centaines de personnes), des media (8000 journalistes accrédités), des équipes, des bénévoles et du public. 300 techniciens auront été mobilisés dans les stades, 1300 employés impliqués dans l'événement. Un service public (Swisscom) au service d'une organisation privée (l'UEFA), c'est du New Public Management ou on ne s'y connaît pas.
Bon, d'accord, on ne s'y connaît pas.
Certaines communes et certains cantons en fait encore plus que ce que l'UEFA et ses commis politiques leur demandaient : Lugano a ainsi payé les billets d'avion qui ont permis à l'équipe de Suède, qui séjournait à Lugano, d'aller jouer ses matches en Autriche. Ce beau geste coûtera autour de 80'000 balles aux contribuables luganais. A Neuchâtel, la Ville a "adapté" le site d'entraînement réservé à l'équipe du Portugal. Dans le canton de Vaud, la collectivité a offert des prestations de relations publiques aux équipes de France et de Hollande, qui séjournaient dans le canton. A Genève, en revanche, on assure (mais les promesses, dans le feuilleton de l'Euroracket, ne valent pas grand chose) qu'aucune dépense particulière n'a été consentie pour l'équipe qui séjournait dans le canton (mais s'entraînait à Nyon). Il est vrai qu'il s'agit de l'équipe de Turquie. Des gens carrément pas de chez nous.
L'UEFA, qui fait raquer les collectivités publiques pour l'organisation à son profit de l'Euro2008, est particulièrement soucieuse de contrôler les droits de diffusion et de marketing liés à ladite compétition. Disons que, d'une main l'UEFA puise dans les caisses publiques, et que de l'autre elle tape sur tous ceux qui auraient l'impudence de vouloir saisir l'occasion de l'Euro pour se faire un peu de pub. Depuis l'Euro2004, au Portugal, c'est une entreprise mise en place par l'UEFA ("Euro 2008 SA) qui gère les droits de diffusion (y compris de la diffusion des matches, puisque l'UEFA s'est instituée productrice des images de télé) et de marketing, et réprime le "marketing parasitaire" (il y en a donc un autre ?) de tous ceux qui tentent d'obtenir une petite part d'un gâteau que l'UEFA entend bien se réserver. Un réseau mondial de juristes veille : la porte-parole d'Euro2008 SA annonce à mi-décembre que la société est déjà intervenue auprès de 250 contrevenants (contrevenants à quoi, au juste ?) par des lettres de mise en demeure, et que cinq cas ont débouché sur des actions en justice. L'UEFA accusait en outre publiquement la Migros de se faire de la pub sur le dos de l'Euro2008 en proposant des jeux en marge de la compétition (du genre "championnat des supporters", à la télévision) alors qu'elle avait été écartée du choix des sponsors officiels de la compétition au prétexte que les distributeurs ne constituent pas un bon partenaire pour ce genre d'événements. De leur côté, les responsables de l'organisation des à-côtés de l'Euro2008 à Genève commençaient à trouver l'UEFA et Euro2008 S.A. un tantinet encombrantes, procédurières, maniaques : "des dizaines de pages de document réglementent le moindre détail". Et "Le Temps" de se demander (le 17 décembre) si, "à force d'obstination mercantile", l'UEFA ne serait pas en train de dresser contre elle "une grande partie de l'opinion publique". Certes. Mais c'était juste un peu tard pour se poser la question.
Le coordinateur de l'Eurofoot pour Genève, Michael Kleiner, et les fonctionnaires impliqués dans l'organisation du machin, se donc mis, deux mois avant le raoût, à critiquer l'UEFA et les conditions qu'elle imposait aux villes hôtes. Des conditions tellement draconiennes que les autorités genevoises ont pris une décision dont l'héroïsme impressionne : tenir leurs "événements promotionnels" sur la plaine de Plainpalais, et pas dans le Stade de la Praille, vu que l'UEFA, qui s'est arrogée la maîtrise de cette espace payé par la collectivité imposait des tarifs de location prohibitifs (une réception coûtant jusqu'à 3000 balles par invité). Les représentants de l'UEFA "arrivent avec des contrats fleuves où tout est prévu et imposé : clause sur la sécurité, sur la décoration, sur la publicité. Les autorités signent et (les représentants de l'UEFA) décident de tout". Et Michael Kleiner, un tantinet jésuite, de s'interroger : "Comment expliquer aux contribuables (genevois) que nous utilisons leur argent pour louer à des prix prohibitifs des surfaces dans leur propre stade, via une société mandatée par l'UEFA afin de vendre des espaces (...) qui, en réalité, appartiennent (aux Genevois)". Et alors ? Qu'est-ce que c'est que ces scrupules tardifs ? Comment a-t-on expliqué aux Genevois qu'on allait pomper des dizaines de millions dans les caisses publiques pour construire un stade inutile ? On ne leur a rien expliqué du tout, on s'est contenté de leur bourrer le mou en affirmant que le stade était indispensable, qu'il ne coûterait rien et qu'il serait toujours plein...
L'UEFA a aussi fait raquer les sponsors (ils servent à ça, d'ailleurs). La firme horlogère vaudoise Hublot a ainsi payé entre trois et cinq millions pour être, avec Coca-Cola, l'UBS et les chocolats Ferrero, sponsor national suisse de l'Euro. Mais Hublot, au moins, a décidé d'offrir les espaces publicitaires qu'elle a acheté à l'organisation "Football contre le racisme en Europe" (FARE), qui il est vrai a beaucoup de boulot pour civiliser les supporters de foot. L'exemple de Hublot devrait être suivi : on attend donc que l'UBS offre désormais ses espaces publicitaires à la Banque Alternative, Coca Cola aux associations de lutte contre la malbouffe et Ferrero à la fondation Max Havelaar.
Les sponsors de l'Euro2008 n'étaient pas contents : des entreprises (et pas les plus petites : Swiss, par exemple, ou Migros) récupéraient le bruit médiatique autour de l'Euro pour en tartiner leurs propres campagnes promotionnelles (Swiss s'intitulait "compagnie aérienne officielle des fans", Migros organisait un "Euro des supporters"...). L'UEFA avait carrément exigé de la Suisse qu'elle adopte une loi contre le marketing sauvage pendant l'Eurofoot, c'est-à-dire l'exploitation de la compétention sportive sans, crime de lèse-majesté, versement de royalties à l'UEFA. Mais, surprise : les exigences de l'UEFA n'ont pas été entérinées par la Suisse officielle, et la loi contre le "marketing sauvage" avait sombré en procédure de consultation. L'UEFA a donc dû intervenir elle-même auprès de 430 entreprises pour leur demander de cesser d'utiliser l'image de l'Eurofoot. Dure est la loi du marché dans la jungle du sport pognon.
Ayant fait raquer ses sponsors, l'UEFA les couve ensuite, et va jusqu'à les protéger comme une hypothétique indépendance de comportement des spectateurs des matches : la porte-parole de l'UEFA, Pascale Vögeli, a rappelé en mai que tout détenteur d'un ticket d'entrée pour un match avait noué une "relations contractuelle" avec l'UEFA, que pendant le tournoi les stades accueillant les matches devenaient juridiquement des spaces privés dont l'UEFA usait à son gré, selon ses règles. On ne pouvait être plus clair. Et donc, si un groupe de supporters arborait des accessoires portant le logo de marques qui n'étaient pas des sponsors officiels du tournoi, lesdits supporters pouvaient se voir confisquer ces accessoires. l'EUFA avait même prévu d'expédier des "contrôleurs" dans les "Fan zones" et les lieux de retransmission publique, pour y faire régner l'ordre des marques. Big Sponsor is watching you.
A Bâle, un petit brasseur local, Istvan Akos, avait décidé de distribuer des T-shirt à l'effigie de sa propre marque, "Unser Bier", pendant l'Euro, y compris dans les zones soumises au monopole visuel des sponsors (en l'occurrence, la bière Carlsberg). Intervention immédiate de l'UEFA : les gens qui porteront ces T-Shirts seront carrément interdits d'entrée dans les zones officielles. Istvan Akos a également sillonné le Rhin, sous les yeux du public (qui applaudissait) et des organisateurs, sur un rafiot aux couleurs de sa bière. On aurait aimé que le brasseur de la bière "Calvinus" en fasse autant à Genève mais bon... Toujours à Bâle, où trois restaurateurs ont été punis par la fermeture de leurs terrasses pour avoir refusé de vendre la bière-sponsor, de petites fêtes de "résistance" au diktat du sponsor ont été organisées, et une Conseillère nationale verte a ouvert un "jardin à bière" pour signifier que Bâle est "plus que seulement de la Carlsberg".
Même la police genevoise s'est fait engueuler par l'UEFA : elle avait fait confectionner (pour ses collaborateurs) des T-Shirts et des casquettes aux couleurs de l'Euro2008 par un fabriquant que l'UEFA n'avait pas autorisé à utiliser son logo. L'opération a coûté 10'000 balles, pour 500 T-Shirt et 300 casquettes. La police devra utiliser ses fanfreluches à d'autres occasions, ou les distribuer gratuitement.
L'UEFA ayant décidé de produire elle-même les images télé des matches, elle entendait se substituer à l'organisme suisse de défense des droits d'auteurs, la SUISA, et attribuer ses propres licences pour la retransmission des matches de l'Euro2008, parallèlement à la SUISA. Parallèlement, mais à un prix explosé : la SUISA accordait des licences à 160 francs pour l'ensemble des compétitions de l'Euro2008, l'UEFA voulait taxer jusqu'à 200 balles... mais par match. Las ! Elle a été déboutée par le Tribunal administratif fédéral.
Si l'UEFA n'a pas été autorisé à attribuer ses propres licences pour la retransmission des matches, elle a tout de même réussi à choisir ce qui sera retransmis. En clair : à sélectionner les "bonnes" images (celles qui lui servent" et les "mauvaises" (celles qui risquent de déplaire). Les télés nationales suisse et autrichienne ne pouvaient, éventuellement, transmettre leurs propres images que dans leur pays. Résultat : Des images de supporters croates allumant des feux de bengale pendant le match Allemagne-Croatie, ou d'un supporter croate pénétrant sur le terrain et oursuivi par des flics, ont été censurées. Et les télés nationales suisse et autrichienne ont râlé contre cette censure. Après en avoir accepté, sinon le principe, du moins l'éventualité. Cocus et faux derches, donc. De leurs molles protestations, l'UEFA n'avait de toute façon cure : son porte-parole expliquait suavement dans "Le Temps" du 17 juin que "le vrai débat est celui de ces petites télévisions publiques qui n'ont plus beaucoup de ressources et deviennent dépendantes des producteurs d'images sportives", comme l'est désormais l'UEFA. Le directeur de l'information à la télé publique autrichienne a déclaré que les télés publiques devaient "réfléchir si (elles allaient) continuer à accepter" cette situation...que personne ne doute que sa télé va, comme toutes les autres, continuer à accepter. Jusqu'en 2004, les images des Eurofoots étaient produites par l'Union européenne de radiodiffusion (UER). L'Euro2008 a été le premier où les images étaient produites directement par l'UEFA, qui a créé une filiale, UMET-UEFA, gérant les aspects techniques et mettant le matériel à disposition.
Le premier test après l'Euro a été celui des JO de Pekin. Parce que là aussi, l'organisateur (le CIO, comme l'UEFA) se fait producteur d'images. Il a créé avec le comité d'organisation des jeux une organisation (le BOB, Beijing olympic broadcasting) qui va produire le signal télévisuel fourni aux chaînes qui détiennent les droits de diffuser.
Après plusieurs mois de bras de fer, la Confédération a réussi à imposer à l'UEFA le principe de la fiscalisation des primes reçues par les joueurs des équipes en lice en Suisse pendant l'Euro : elle les imposera à hauteur de 20 % sur les primes reçues au cours de la compétition. L'UEFA demandait à ce qu'ils soient carrément dispensés de taxation sur leurs primes. Or les montants en jeu méritent tout de même un minimum d'attention du fisc : chaque équipe qualifiée recevra de l'UEFA 7,5 millions d'euros pour sa participation au tournoi, plus un million par victoire, plus deux millions pour les quart de finales, trois millions pour les demi-finales et 7,5 millions pour le vainqueur...
Cela dit, c'est pas avec le produit de l'imposition des joueurs qu'on va remplir les caisses publiques : le montant total des recettes fiscales que pourraient toucher l'Autriche et la Suisse se situera, modestement, entre quatre et huit millions de francs. Même pas ce que coûte à la Confédération (dix millions) la campagne de marketing de "Suisse Tourisme"...
Les joueurs, pourtant, recevront (du moins certains d'entre eux) de jolies primes: les Turcs recevront chacun environ 725'000 francs pour avoir réussi à aller jusqu'aux demi-finales; les Russes, qui sont dans le même cas, recevront 195'000 francs. Eliminés en quart de finales, les Croates toucheront 486'000 francs. Les Espagnols, vainqueurs du tournoi, recevront, eux, 347'000 francs -et les Allemands, qu'ils ont battus, à peu près autant.
Quant à l'UEFA elle-même, rappelons qu'elle ne paie pas un sou d'impôt, en tant que "société d'utilité publique". Statut que l'administration fédérale des contributions semble vouloir lui contester, comme à d'autres fédérations du sport professionnel (la FIVB -Volleyball- ou la FIG -gymnastique) au prétexte mesquin que la moitié de son chiffre d'affaire 2008 (trois milliards de prévus) proviendra de la commercialisation de droits TV, qu'il s'agit donc d'une activité économique et que ça exclut l'exemption d'impôts. Du coup, mobilisation générale chez ces philanthropes : si vous nous imposez, on part ailleurs ousque y'aura pas d'impôts à payer. Une soixantaine de fédérations et associations sportives internationales ont leur siège en Suisse, dont une quarantaine dans le canton de Vaud, qui s'inquiète : les retombées économques de leur présence sont évaluées (à la louche) à 200 millions par an, et elles emploient un millier de personnes -qui sont imposées comme contribuables individuels quand elles habitent en Suisse. En mars 2006, la Conseillère nationale vaudoise Géraldine Savary (PS) déposait une initiative parlementaire demandant la publication des bilans annuels, des salaires des dirigeants et de l'échelle des salaires des organisations sportives internationales implantées en Suisse. En octobre 2007, cette proposition était rejetée par la Commission de l'économie du Conseil national, mais à une seule voix de majorité, ce qui laissait craindre au gouvernement vaudois une acceptation en plénière, d'où un lobbying insistant auprès des parlementaires fédéraux, sur le thème : "touchez pas aux vaches sacrées sportives".
Malgré ses déboires dans la crise des "subprimes", l'UBS avait encore du pognon à foutre en l'air, mais pas trop, tout de même : Elle sponsorisait les "amphithéâtres de l'Euro", dits "UBA Arena", installés dans seize villes suisses pendant un mois (en Romandie : à Bienne, la Chaux de Fonds, Lausanne, Nyon et Sion), mais les groupes qui y jouaient devant 5000 à 6000 personnes au maximum (dont 1200 places assises payantes, entre onze et seize balles) n'étaient pas payés, au motif que ces machins étaient "un tremplin pour se faire connaître"."Tout a été investi dans les infrastructures", y'a plus un rond pour payer les artistes, expliquait le porte-parole de l'organisateur. On pouvait pas demander un chti coup de main à "Chauffe Marcel" Ospel, l'ex-patron de l'UBS à plus de 20 millions annuels de salaires et gratifications diverses ?
Les concerts des "UBS Arena" ont d'ailleurs été revus à la baisse, pour cause de nuisances sonores, et ne duraient plus qu'une demie-heure avant les matches, priorité étant donnée à un programme télé spécialement produit par la SSR, "Arena TV", qui, lui, durait 70 minutes.
Les UBS Arena ont produit un intéressant règlement pour leurs parcs à bestiaux : y étaient interdits les cloches, les mégaphones, les klaxons à gaz, les crécelles, les parapluies, les caméras vidéos, les boissons autres que celles des marques des sponsors. Il était également interdit de se tenir debout sur les places assises, de répandre des liquides, de faire ses besoins hors des toilettes (on pouvait chier dans son froc, quand même ?). Il était en revanche prescrit de trier ses déchets et de se soumettre à la fouille. Pas de doute, l'Eurofoot, ça va être une grande fête populaire.
Les retombées économiques de l'Eurofoot ne sont pas quantifiables, estiment l'institut zurichois BAK et le secrétariat autrichien à l'économie : l'événement ne devrait pas faire augmenter le produit intérieur brut de la Suisse et de l'Autriche, ni le PIB genevois, de plus de 0,1 % (un pour mille, donc, mais l'Union industrielle autrichienne espère que ça montera à 0,21 %, et le cabinet Rütter+Partner suggère une fourchette de 0,14 à 0,18 % duPIB, soit entre1,1 et 1,5 milliard), ce qui relativise beaucoup les promesses faites et les assurances données pour justifier l'organisation du machin en Suisse ("ça va doper l'économie !"). Et non seulement l'Eurofoot n'amènera, dans le mailleur des cas, que un pour mille de PIB de plus (un effet "quasiment invisible" et "à peine quantifiable" à l'échelle macroéconomique, selon Rütter+Partner), mais l'effet sera ponctuel : les emplois créés seront temporaires, comme les dépenses supplémentaires de consommation. Quant aux rentrées fiscales, l'Union industrielle autrichienne les estime à 25 millions, et Rütter+Partner entre 80 et 110 millions (entre Confédération, cantons et communes). Soit bien moins que le coût de l'Eurofoot pour les caisses publiques. A Genève, les retombées économiques mesurables et directes de l'Eurofoot, c'est-à-dire celles amenées par les "visiteurs" et les dépenses supplémentaires des indigènes, devraient se situer entre 22 et 40 millions. Soit de toutes façons moins que ce que l'"événement" aura coûté aux caisses publiques municipales et cantonales genevoises, entre subventions directes et indirectes, dépenses de sécurité et de voirie, heures supplémentaires du personnel public mobilisé, aménagement des parcs à bestiaux de Plainpalais et du Bout-du-Monde, adaptation du stade aux exigences de l'UEFA etc...
A Genève, le "laboratoire d'économie appliquée" de l'Université situe le chiffre d'affaire net, direct et indirect, de l'Euro dans une fourchette de 70 à 110 millions, la création de valeur ajoutée entre 40 et 60 millions, et les rentrées d'impôt direct(canton et commune) entre 2,1 et 3,1 millions. Une poussière, un vingtième, en gros, de ce que le machin aura coûté aux caisses publiques (16,6 millions sur le budget cantonal, huit millions pompés dans le fonds d'équipement communal, plus les coûts liés à la mobilisation des services publics...)
Sitôt l'Eurofoot terminé, on a commencé à faire les comptes dans les villes-hôt es. Et A Bâle, on s'est aperçu que si les fast-food et bistrots du centre-villes ont vu leur chiffre d'affaire augmenter, les restaurants ont vu le le leur baisser de 15 à 30 %, voire 50 %, et qu'au total, seul un établissement sur quatre a tiré profit de l'Eurofoot. Même constat à Zurich et à Berne. Et aussi à Genève (et dans la région), où l'on estime déjà que les hôtels n'ont pas vu leur chiffre d'affaire s'accroître : ils étaient déjà remplis par la conférence annuelle de l'OIT, et une bonne partie des supporters (ceux des pays d'où provient l'immigration genevoise, les Portugais et les Turcs, notamment) ont logé chez des parents ou des amis. En réalité, les résultats ont même été mauvais. Sauf à Bâle, le nombre de nuitées vendues en Suisse a diminué de 2,6 % en juin 2008 par rapport à juin 2007. A Genève, le recul a atteint 4 %, à Zurich 4,8 %, à$ Berne 12,7 %. A Bâle, elles ont certes augmenté de 3,6 %, mais uniquement grâce à celle passées dans les hôtels les plus bas de gamme (une étoile), qui sont aussi les seuls à avoir vu le nombre de leurs nuitées augmenter à Genève (de 1 % par rapport à juin 2007 pour les deu étoiles). Le président de la société des hôteliers genevois se dit très surpris, le directeur de Genève Tourisme pas vraiment déçu.
Par ailleurs, selon le Secrétariat d'Etat suisse à l'économie, l'Euro2008 aurait du faire monter le cours du franc suisse par rapport au dollar et à l'euro, du moins si les prévisions de 1,4 million de visiteurs étrangers, d'un milliard et demi de chiffre d'affaire et de 7300 emplois temporaires créés s'étaient réalisées.
Finalement, les organisateurs, forcément (auto)satisfaits, de l'Eurofoot helvéto-autrichien ont annoncé que la durée moyenne du séjour des visiteurs des stades a été de 3,4 nuits en Suisse et 3,6 en Autriche, et qu'ils ont dépensé chacun 2189 francs en Autriche et 1621 francs en Suisse.
Fin juillet, l'UEFA, elle, criait victoire. Elle pouvait : l'Eurofoot a généré des recettes records de 2,14 milliards de francs, soit 50 % de plus (ou près d'un milliard de plus) qu'au Portugal en 2004. Les seuls droits de retransmission télévisée ont amené 1,3 milliard (les marches ont été suivie en moyenne par 155 millions de téléspectateurs). Le sponsoring et le merchandising ont ramené 461 millions, le programme "VIP" our les enreprises 215 millions, la billetterie la plus petite part : 149 millions. Ce qui confirme que l'Eurofoot n'était pas une manifestation sportive, mais un bazar commercial (tant pis pour le pléonasme). Le bénéfice net atteint 412 millions. Quelle part pour la Suisse et l'Autriche ? Rien. Ou alors une "image positive" (qu'elle avait déjà) et les "retombées financières" de l'installation de l'UEFA sur son sol (Eurooot ou non). L'Eurofoot a coûté au moins 180 millions aux collectivités publiques suisses (Confédération, cantons, communes), dont au moins 72 millions à la Confédération. A Genève, les collectivités publiques y auront claqué une trentaine de millions.
Finalement, c'est Adidas qui a remporté la coupe : le fabriquant de cothurnes sportives sponsorisait cinq équipes (Allemagne, Espagne, France, Grèce, Roumanie), dont la tenante du titre (la Grèce) et les deux finalistes (l'Espagne et l'Allemagne). Nike en sponsorisait autant (la Croatie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie et la Turquie), comme Puma (l'Autriche, l'Italie, la Pologne, la Suisse et la République Tchèque), et Umbro sponsorisait la Suède). On croit que l'Eurofoot oppose des équipes nationales de foot ? Ben non : ça oppose des fabriquants de godasses. Nike a payé 69 millions pour pouvoir être le sponsor de l'équipe de France entre 2011 et 2018 (les Français étaient sous contrat avec Adidas), et Adidas espère en 2008 un chiffre d'affaire, pour ses seuls produits "foot", de près de deux milliards de francs.
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