Le plan des zautorités pour l'Euro2008 à Genève, plan subtilement nommé "Eurolex" (sed lex), et présenté par le Conseiller d'Etat Mark Muller, prévoyait des mesures indispensables (du genre gobelets en plastique obligatoires sur les terrasses -fallaiz se balancer directement les cannettes et les bouteilles à la gueule), la mobilisation des agents de sécurité municipaux pour la circulation routière, des ouvertures vespérales et dominicales de magasins (jusqu'à 20 heures en semaine, 19 heures les samedis, de 11 à 17 heures le dimanche) et cafés (dans lesquels on pourra fumer). Les chauffeurs de taxi, les hôteliers et les douaniers étaient invités à suivre gratuitement une formation pour apprendre à améliorer leur contact avec les touristes. Les prix des boissons étaient déplafonnés : une majoration était autorisée si elle est affichée. En tchèque, en portugais et en turc ?
Les syndicats UNIA et SIT estimaient que les patrons genevois du secteur du commerce de détail utilisaient le prétexte de l'Eurofoot pour " tenter de créer de nouvelles habitudes de consommation ", lancer "un ballon d'essai" (une baudruche de plus, quoi) en faveur de l'ouverture des commerces le dimanche. et que le Conseil d'Etat " sert les intérêts des commerçants du canton au détriment des employées et employés de la vente " en faisant "un pas supplémentaire en direction d'une libéralisation future des horaires des magasins". C'est bien vu. Et ça ne surprend pas : les zautorités genevoises s'étant mises à plat ventre devant l'UEFA, on ne voit pas pourquoi elles se seraient redressées devant les commerçants locaux. Le syndicat UNIA annonce "d'inévitables violations des droits des travailleurs". Le 15 juin, le syndicat organisait une action pour rappeler ce qu'est (ou ce qu'était) le repos dominical. On appelle les travailleurs à la messe et au culte ? UNIA et le SIT avertissaient : pour les employeurs de la vente, le " ballon d'essai à l'occasion de l'Euro 2008 risque bien de se transformer en auto-goal ". Ouais. En attendant, ce sont les travailleurs qui se sont pris un penalty. Justifiant l'ouverture prolongée des magasins pendant l'Euro, le porte-parole de la Fédération des artisans et commerçants genevois, Eric Markus, la minimisait : "Il s'agit d'un ballon d'essai"... Encore un ? Levez-vous, orages désirés...
En plus des travailleurs mobilisés pour l'ouverture vespérale et dominicale des magasins, l'Euro a mobilisé des bénévoles. Même pas payés, ceux là, pour assurer notamment l'accueil, la prise en charge, le transport des invités... Si on avait payé cette main d'oeuvre, on aurait du débourser une vingtaine de millions de francs, soit moins de 1,5 % des recettes estimées de l'Euro. Mais on allait tout de même pas écorner ces recettes pour payer des gens qu'on espère pouvoir employer à l'oeil...
Fin février, sur les 3000 bénévoles nécessaires en Suisse, il en manquait encore au moins 500, dont plus de 200 à Genève. Le coordinateur cantonal de l'Euro pour Genève expliquait que c'est la faute à l'air du temps (entendez : "la crise du bénévolat dont souffre notre pays"). Ben voyons. C'est sûrement aussi à cause de la "crise du bénévolat" que le nombre de chambres chez l'habitant proposées aux supporters étrangers restait maigre à Genève -et que celles qui sont proposées l'étaient à des tarifs défiant toute concurrence à la hausse (200 euros pour une chambre à Chancy, par exemple...) : pour 280 chambres proposées à Bâle et 261 à Berne, début janvier, on n'en recensait que 91 à Genève -et encore : la moitié provenant de Vaud, Fribourg ou de France... Finalement, à Genève, un peu moins de 400 bénévoles ont accompli plus de 15'000 heures de travail.
Quant au président de l'UEFA, Platoche, il invitait "ceux qui ne souhaitent pas faire du bénévolat" à "s'abstenir, ou demander à être salariés". C'est cela, demandez toujours, on vous écrira... Finalement, 500 "volontaires" de l'UEFA âgée de 18 à 81 ans ont pu être recrutés à Genève et ont été chaleureusement remerciés pour leur engagement par les organisateurs de l'Euro. Qui en effet peuvent les remercier -comme n'importe quel Marabout peut remercier l'andouille qu'il a escroqué.
Trois étudiantes engagées par une agence d'intérim (Top Conseil) comme barmaids intérimaires dans les Fan Zones de Plainpalais et du Bout du Monde ont été licenciées par téléphone après moins d'une semaine de travail. Elles avaient un contrat (on appelle ça comme ça) prévoyant deux jours de préavis de licenciement. Le contrat a donc été respecté. Au Bout-du-Monde, vu le résultat calamiteux de la fréquentation et du petit commerce, les intérimaires se sont fait licencier au fur et à mesure que les stands quittaient le "Fan village" déserté. La différence entre le salariat et le bénévolat, à l'Eurofoot, était assez ténue. La différence entre la sélection et la xénophobie aussi, d'ailleurs : huit jeunes noirs inscrits comme barmens intérimaires ont été recalés, et tout indique qu'ils l'ont été pour délit de couleur de peau. Dans le bureau de recrutement du personnel intérimaire, l'un d'eux a pu voir, placardée, une liste de personnel potentiel, sur laquelle tous les noms à consonnance africaine étaient tracés, sur instruction de la société "événementielle" APSA (le client du recruteur), pour qui il y avait "trop de blacks" dans le personnel potentiel. Un proche d'un candidat "black" recalé aurait en outre vu les photographies de 17 personnes non engagées : parmi elles, 13 "blacks".
Les commerçants locaux avaient trouvé dans l'Eurofoot le prétexte idéal pour étendre leurs horaires d'ouverture, le Centre commercial de la Praille, lui, s'est carrément mis au service de l'UEFA : il mettait à sa disposition l'ensemble de ses salles de conférences, son "Event Center", son parking et 500 mètres carrés de locaux. Mais le centre commercial a dû être fermé pour répondre à l'exigence de l'UEFA de ne pas concurrencer ses "marques officielles".
22 octobre 2008
11 octobre 2008
Roro, reviens !
Acharnement thérapeutique au chevet d'un club moribond :
Roro, reviens !
Le Président de l'association du FC Servette, Francisco Vinas, a démissionné de son poste après avoir été conspué par les ultimes supporters du club et menacé physiquement par les plus crétins d'entre eux. Il était à la tête du club depuis la faillite de 2005. Rampant à la dernière place du classement de la " Challenge league " (en anglo-zurichois dans le texte), menacé de se retrouver en Première Ligue (en français dans le texte, mais ça doit être une erreur), le FC Servette n'a plus de président. Et une foultitude de bonnes âmes (dont not'bon Maire et le commis de régie du Conseil d'Etat) qui, apparemment, n'ont rien d'autre à foutre, s'agitent pour lui en retrouver un. Ce qui, à défaut de signaler une urgence quelconque, indique au moins que ce club sans supporters, sans public, mais avec un stade trente fois trop grand pour lui, est incapable de se sortir tout seul du merdier où l'ont plongé les incomparables gestionnaires qui étaient à sa tête. Il n'est apparemment apparu à personne l'évidence qu'on pouvait laisser le Servette se démerder tout seul. On ne voit pas ce que les " politiques " ont à faire dans cette histoire, mais on se demande déjà combien, après les dizaines de millions balancés dans le trou du stade, puis dans l'Eurofoot, le fétichisme " sportif " va encore coûter à la République et à la Commune.
Faute de Balzac, du Labiche.
De Luscher à Vinas en passant par Roger, les présidents successifs du FC Servette nous ont dessiné un joli tableau, une sorte d'échantillonnage de la comédie humaine genevoise : un politicard démagogue, un batteur d'estrade, un brave homme dépassé par les événements. Un Balzac en aurait fait une fresque -mais il aura fallu se contenter d'un sous-Labiche, un scénariste de série télévisée de fin d'après-midi. Quand un feuilleton s'enlise, que les personnages deviennent pitoyables, que l'intrigue se désagrège, les producteurs de " soap operas " ont généralement recours à une recette éprouvée : faire ressusciter un personnage qui dans les épisodes précédents avaient disparu de la circulation. Et là, avec le feuilleton du Servette, on l'a, le personnage qui pourrait redonner du tonus à une série calamiteuse : Roro le Magnifique, Marc Roger soi-même, celui à qui les Luscher et autres Carrard avaient vendu le FC Servette pour un franc symbolique. Celui qu'on a coffré pendant deux ans pour le condamner ensuite aux deux ans qu'il avait déjà fait. Au moins, avec Roro, on se marrait. Et son passage aura eu le mérite de mettre en évidence ce que le sport d'élite est devenu. Des trois présidents successifs du FC Servette, le premier fait une carrière politique, le second a fini au tribunal, et le troisième, le plus honnête des trois, a démissionné. Et après lui, qui ? un ancien joueur professionnel français passé dans l'immobilier ? Une famille d'investisseurs iraniens ayant déjà réussi à couler un club autrichien ? un successeur d'Alain Morisod à la tête d'UGS ? On attend avec gourmandise…
Roro, reviens !
Le Président de l'association du FC Servette, Francisco Vinas, a démissionné de son poste après avoir été conspué par les ultimes supporters du club et menacé physiquement par les plus crétins d'entre eux. Il était à la tête du club depuis la faillite de 2005. Rampant à la dernière place du classement de la " Challenge league " (en anglo-zurichois dans le texte), menacé de se retrouver en Première Ligue (en français dans le texte, mais ça doit être une erreur), le FC Servette n'a plus de président. Et une foultitude de bonnes âmes (dont not'bon Maire et le commis de régie du Conseil d'Etat) qui, apparemment, n'ont rien d'autre à foutre, s'agitent pour lui en retrouver un. Ce qui, à défaut de signaler une urgence quelconque, indique au moins que ce club sans supporters, sans public, mais avec un stade trente fois trop grand pour lui, est incapable de se sortir tout seul du merdier où l'ont plongé les incomparables gestionnaires qui étaient à sa tête. Il n'est apparemment apparu à personne l'évidence qu'on pouvait laisser le Servette se démerder tout seul. On ne voit pas ce que les " politiques " ont à faire dans cette histoire, mais on se demande déjà combien, après les dizaines de millions balancés dans le trou du stade, puis dans l'Eurofoot, le fétichisme " sportif " va encore coûter à la République et à la Commune.
Faute de Balzac, du Labiche.
De Luscher à Vinas en passant par Roger, les présidents successifs du FC Servette nous ont dessiné un joli tableau, une sorte d'échantillonnage de la comédie humaine genevoise : un politicard démagogue, un batteur d'estrade, un brave homme dépassé par les événements. Un Balzac en aurait fait une fresque -mais il aura fallu se contenter d'un sous-Labiche, un scénariste de série télévisée de fin d'après-midi. Quand un feuilleton s'enlise, que les personnages deviennent pitoyables, que l'intrigue se désagrège, les producteurs de " soap operas " ont généralement recours à une recette éprouvée : faire ressusciter un personnage qui dans les épisodes précédents avaient disparu de la circulation. Et là, avec le feuilleton du Servette, on l'a, le personnage qui pourrait redonner du tonus à une série calamiteuse : Roro le Magnifique, Marc Roger soi-même, celui à qui les Luscher et autres Carrard avaient vendu le FC Servette pour un franc symbolique. Celui qu'on a coffré pendant deux ans pour le condamner ensuite aux deux ans qu'il avait déjà fait. Au moins, avec Roro, on se marrait. Et son passage aura eu le mérite de mettre en évidence ce que le sport d'élite est devenu. Des trois présidents successifs du FC Servette, le premier fait une carrière politique, le second a fini au tribunal, et le troisième, le plus honnête des trois, a démissionné. Et après lui, qui ? un ancien joueur professionnel français passé dans l'immobilier ? Une famille d'investisseurs iraniens ayant déjà réussi à couler un club autrichien ? un successeur d'Alain Morisod à la tête d'UGS ? On attend avec gourmandise…
03 octobre 2008
26 septembre 2008
EUROT 2008 : BURP...
Le droit de manifester a été fortement restreint pendant l'Eurofoot : le Département des Institutions a édicté une directive stipulant que, sauf exception, aucune manifestation imprévue ne serait autorisée sur la voie publique en juin, compte tenu de la mobilisation des forces de police autour de l'Eurofoot et de ses à-côtés. En Ville, des manifestations régulières (la Fête de la Musique, les Promotions) ont certes été maintenues, mais toute nouvelle demande de manifestation d'importance allait être refusée, et des manifestations prévues (y compris des tournois de foot) ont été déplacées (Pro Velo), repoussées (Gena Festival à Avully) ou suspendues (la Ville est à vous). " Le droit constitutionnel de manifester sera maintenu ", assurait un porte-parole du département des institutions, qui ajoutait cependant que " chaque demande sera examinée attentivement ". la Ville a annoncé qu'elle donnerait son accord pour de telles manif's imprévues provoquées par les tumultes du monde, mais à la condition que le canton soit d'accord.
Etat de bain de siège
Engouement forcé, joie obligatoire, jubilation tarifée, pompe à fric aspirante mais pas refoulante… l'Euro2008 avait déjà tout pour plaire. Au cocktail de ramdam médiatique, de racket financier et de privatisation de l'espace public, il ne manquait que la petite touche finale de paranoïa politico-policière. Ce fut fait : pendant les festivités dictées par l'UEFA (et financées, sur ses instruction péremptoires, par les caisses publiques), les manifestations de rue ont été, sauf exceptions, purement et simplement interdites. Pendant l'Euro, la vie du monde est priée de s'arrêter, la solidarité internationale aussi, la défense des droits fondamentaux de même (qu'on se rassure cependant : si les manifestations politiques de rue étaient interdites à Genève pendant l'Eurofoot, Genève n'allait pas se priver d'en dénoncer l'interdiction à Pékin pendant les Jeux Olympiques). La grosse baudruche flottant (quand le vent ne souffle pas à plus de 30 km/h) au dessus du jet d'eau était décidément bien à l'imagede la " grande fête du foot " : gonflée, coûteuse, ridicule, tenant à de gros cordages mais défaillante au moindre souffle de vent. Cette baudruche était une lanterne éclairant Genève en état de siège -comme on le dit d'un bain.
Etat de bain de siège
Engouement forcé, joie obligatoire, jubilation tarifée, pompe à fric aspirante mais pas refoulante… l'Euro2008 avait déjà tout pour plaire. Au cocktail de ramdam médiatique, de racket financier et de privatisation de l'espace public, il ne manquait que la petite touche finale de paranoïa politico-policière. Ce fut fait : pendant les festivités dictées par l'UEFA (et financées, sur ses instruction péremptoires, par les caisses publiques), les manifestations de rue ont été, sauf exceptions, purement et simplement interdites. Pendant l'Euro, la vie du monde est priée de s'arrêter, la solidarité internationale aussi, la défense des droits fondamentaux de même (qu'on se rassure cependant : si les manifestations politiques de rue étaient interdites à Genève pendant l'Eurofoot, Genève n'allait pas se priver d'en dénoncer l'interdiction à Pékin pendant les Jeux Olympiques). La grosse baudruche flottant (quand le vent ne souffle pas à plus de 30 km/h) au dessus du jet d'eau était décidément bien à l'imagede la " grande fête du foot " : gonflée, coûteuse, ridicule, tenant à de gros cordages mais défaillante au moindre souffle de vent. Cette baudruche était une lanterne éclairant Genève en état de siège -comme on le dit d'un bain.
20 septembre 2008
Procès de Marc Roger : Le Bouc-émissaire en son enclos
Or donc, le procès du bouc-émissaire de la faillite du Servette, de celle de la société d'exploitation du stade, de la sous-occupation endémique dudit stade et de la relégation du Servette en ligue folklorique, s'est ouvert le 1er septembre devant le Correctionnelle. Outre le Parquet, pas moins de quinze avocats veulent la tête de Roro (et de Roro tout seul), au nom d'une vingtaine de joueurs qui, comme quelques notables locaux (Luscher, Carrard), jouent les andouilles et plaident la connerie : " on savait pas ", " on a été trompés ", " on n'a rien compris ".. Crédible ? Peu importe : quand on a un bouc-émissaire, on ne cherche plus de responsables..
Roro et les cloches
Selon ses accusateurs, Marc Roger aurait donc, tout seul avec ses petites mains, sa petite pelle et son petit seau, creusé dans le FC Servette un trou de 17 millions entre l'été 2004 et le début 2005. Il aurait fait preuve d'une " ambition démesurée et hasardeuse sur l'avenir du club " (il n'était pas le seul), se serait montré beaucoup trop optimiste sur le sponsoring et sur le nombre de spectateurs attirables dans le stade (est-ce qu'on pourrait nous rappeler le nom de tous les vendeurs de savonnettes qui nous assuraient qu'un stade de 30'000 places, c'était ce dont Genève avait besoin ?). Roro risque sept ans de gnouf (il en a déjà fait presque deux en préventive). Ceux qui lui ont refilé Servette, et ceux qui ont imposé à Genève un stade inutile et bouffeur de millions, ne risquent en revanche rien du tout. Sauf le ridicule, qui ne tue plus personne depuis longtemps. Surtout politiquement. Ce sont eux, pourtant, qui ont creusé l'essentiel du trou et laissé à Roger, pour un franc symbolique, un club en état de faillite. Mais ceux-là, les Luscher et les Carrard affirment hautement leur incompétence : " on s'est fait avoir par le Marseillais, putaing cong ! ". Une fois le procès terminé, et Roro condamné d'avance (on ne va jusqu'en Espagne rechercher un bouc-émissaire pour le relâcher ensuite dans la nature), il se passera quoi ? Rien que de très rituel. On ne prend pas forcément les mêmes, mais on recommence les mêmes conneries : main dans la main pour " sauver le Servette et le stade ", alors que c'est au Servette de se sauver tout seul et que le stade n'est pas sauvable, Manu et Mediamark sonnent le branle-bas. Mais quitte à donner dans la sonnerie, c'est le glas qui devrait s'imposer.
Roro et les cloches
Selon ses accusateurs, Marc Roger aurait donc, tout seul avec ses petites mains, sa petite pelle et son petit seau, creusé dans le FC Servette un trou de 17 millions entre l'été 2004 et le début 2005. Il aurait fait preuve d'une " ambition démesurée et hasardeuse sur l'avenir du club " (il n'était pas le seul), se serait montré beaucoup trop optimiste sur le sponsoring et sur le nombre de spectateurs attirables dans le stade (est-ce qu'on pourrait nous rappeler le nom de tous les vendeurs de savonnettes qui nous assuraient qu'un stade de 30'000 places, c'était ce dont Genève avait besoin ?). Roro risque sept ans de gnouf (il en a déjà fait presque deux en préventive). Ceux qui lui ont refilé Servette, et ceux qui ont imposé à Genève un stade inutile et bouffeur de millions, ne risquent en revanche rien du tout. Sauf le ridicule, qui ne tue plus personne depuis longtemps. Surtout politiquement. Ce sont eux, pourtant, qui ont creusé l'essentiel du trou et laissé à Roger, pour un franc symbolique, un club en état de faillite. Mais ceux-là, les Luscher et les Carrard affirment hautement leur incompétence : " on s'est fait avoir par le Marseillais, putaing cong ! ". Une fois le procès terminé, et Roro condamné d'avance (on ne va jusqu'en Espagne rechercher un bouc-émissaire pour le relâcher ensuite dans la nature), il se passera quoi ? Rien que de très rituel. On ne prend pas forcément les mêmes, mais on recommence les mêmes conneries : main dans la main pour " sauver le Servette et le stade ", alors que c'est au Servette de se sauver tout seul et que le stade n'est pas sauvable, Manu et Mediamark sonnent le branle-bas. Mais quitte à donner dans la sonnerie, c'est le glas qui devrait s'imposer.
12 septembre 2008
Le stade de la Praille est au bord du gouffre ? Faisons lui faire un grand pas en avant !
La Fondation du Stade de Genève est en état d'insolvabilité : le gigantesque trou financier creusé à la Praille, et dans lequel les collectivités publiques (Confédération, canton, communes) ont déjà englouti 60 millions de francs, continue de s'approfondir. Et ceux qui l'ont creusé d'attendre qu'on y balance de nouveaux fonds publics. Il manque deux millions par an pour couvrir les coûts d'exploitation et les frais d'entretien du stade… et en gros 29'000 spectateurs chaque semaine pour le remplir. La " Tribune de Genève, fervente partisane du stade depuis des années, titre sur ses affichettes : " Le stade de Genève au bord du gouffre ". Et c'est une ânerie de plus. Le stade n'est pas au bord du gouffre -il est le gouffre.
Le mammouth et le Bouc-émissaire (fable genevoise)
Le mammouth de la Praille barrit après son fourrage : il a déjà coûté 140 millions (plus du double de ce qui était prévu), les collectivités publiques (Confédération canton, Ville, communes) y ont déjà déversé soixante millions, mais il lui manque deux millions pour boucler l'année, et il lui manquera toujours plusieurs millions pour boucler chacune des années que l'on consentira à lui laisser vivre. Et l'habitude en ayant été prise, ce sont vraisemblablement les fonds publics qui paieront le fourrage de la bête. Au nom de l'utilité publique. Mais il y a beau temps que les stades ne sont plus que les accessoires encombrants et coûteux de centres commerciaux superfétatoires mais, eux, rentables. Car aucun stade n'est rentable. Le football n'est une activité rentable que pour les margoulins qui s'y greffent comme des morpions sur les bas morceaux du bas clergé. Ce qui est rentable, c'est ce qu'on organise autour, et qu'on vend autour du foot et des stades : Pour Jelmoli, la construction du stade de la Praille a été le moyen de faire avaler celle de son centre commercial. Objectif atteint, et Jelmoli satisfaite : le stade est vide, mais le centre commercial est plein; le stade est un gouffre financier, mais le chiffre d'affaire du centre commercial devrait atteindre 190 millions de francs en 2008… Jelmoli encaisse, le stade coûte. Tout a été fait pour qu'on le construise, tout sera fait pour éviter qu'on abrège ses souffrances -et les nôtres, alors que l'acte le plus intelligent que l'on puisse commettre à son égard serait de le détruire. Il ne manque plus que quelques écrans de fumée médiatique pour voiler les responsabilités de la nomenklatura genevoise : Le 1er septembre s'ouvrait au Palais de Justice la cérémonie de sacrifice du bouc-émissaire officiel des turpitudes sportivo-financières de la République : Marc Roger passait en jugement. Marc Roger, et deux comparses, mais pas Christian Luscher, ni Alain Rolland, ni la palanquée de "responsables" politiques enrôlés dans la troupe des pom-pom girls du stade.
Le mammouth et le Bouc-émissaire (fable genevoise)
Le mammouth de la Praille barrit après son fourrage : il a déjà coûté 140 millions (plus du double de ce qui était prévu), les collectivités publiques (Confédération canton, Ville, communes) y ont déjà déversé soixante millions, mais il lui manque deux millions pour boucler l'année, et il lui manquera toujours plusieurs millions pour boucler chacune des années que l'on consentira à lui laisser vivre. Et l'habitude en ayant été prise, ce sont vraisemblablement les fonds publics qui paieront le fourrage de la bête. Au nom de l'utilité publique. Mais il y a beau temps que les stades ne sont plus que les accessoires encombrants et coûteux de centres commerciaux superfétatoires mais, eux, rentables. Car aucun stade n'est rentable. Le football n'est une activité rentable que pour les margoulins qui s'y greffent comme des morpions sur les bas morceaux du bas clergé. Ce qui est rentable, c'est ce qu'on organise autour, et qu'on vend autour du foot et des stades : Pour Jelmoli, la construction du stade de la Praille a été le moyen de faire avaler celle de son centre commercial. Objectif atteint, et Jelmoli satisfaite : le stade est vide, mais le centre commercial est plein; le stade est un gouffre financier, mais le chiffre d'affaire du centre commercial devrait atteindre 190 millions de francs en 2008… Jelmoli encaisse, le stade coûte. Tout a été fait pour qu'on le construise, tout sera fait pour éviter qu'on abrège ses souffrances -et les nôtres, alors que l'acte le plus intelligent que l'on puisse commettre à son égard serait de le détruire. Il ne manque plus que quelques écrans de fumée médiatique pour voiler les responsabilités de la nomenklatura genevoise : Le 1er septembre s'ouvrait au Palais de Justice la cérémonie de sacrifice du bouc-émissaire officiel des turpitudes sportivo-financières de la République : Marc Roger passait en jugement. Marc Roger, et deux comparses, mais pas Christian Luscher, ni Alain Rolland, ni la palanquée de "responsables" politiques enrôlés dans la troupe des pom-pom girls du stade.
09 septembre 2008
MAIN BASSE SUR LA VILLE PRIVATISEE
Les matches de l'Eurofoot se sont joués dans des villes " hôtes " de Suisse et d'Autriche que leurs autorités, les autorités de leurs cantons et provinces et les autorités de leurs deux pays ont littéralement " louées ", à défaut sans doute de pouvoir les vendre, à l'UEFA, à ses sponsors, et aux " mandataires " plus ou moins prébendiers choisis pour les " animer " (et animer toutes les autres villes du pays, grâce par exemple aux " UBS Arena " ayant métastasé un peu partout). Mais cette privatisation de l'espace public est particulière : alors qu'habituellement, on privatise pour en retirer de l'argent, pour l'Eurofoot ce sont les collectivités publiques qui ont payé pour brader leur propre espace public. Et payé cher. Le brave comte de Sacher-Masoch n'a pas fait à Genève des émules que chez les banquiers privés : chez les responsables politiques aussi. Mais eux survivront.
Hôte-toi de là que j'y mette mon sponsor
Ce que rendit visible l'Eurofoot à Genève (puisque nous y sommes), c'est la perfection d'un processus à l'œuvre depuis l'avènement du " sport-pognon " : ce règne du marketing, du petit et du gros commerce de tout ce qui peut se commercer (légalement ou non), aboutit logiquement à la privatisation de tous les espaces publics disponibles jusqu'à la ville elle-même, devenue marchandise. Dans les espaces publics gardés par des polices privées après avoir été vendus aux organisateurs des jeux du cirque et à leurs sponsors, on ne choisit pas la bière que l'on boit, on ne porte pas un vêtement à l'effigie d'une marque concurrente de celle du sponsor. Et pour que cette privatisation se fasse, se maintienne et puisse se répéter, pour que la ville puisse être vendue, il faut lui donner l'image que l'acheteur souhaite : on la purgera donc de ses mendiants, de ses marginaux, de ses dealers, de ses lieux culturels alternatifs. Ainsi se dessine des modèles de villes, d'habitants, d'activités. Le modèle de la ville, c'est Disneyland. Le modèle d'habitant, c'est le consommateur ne cherchant pas à consommer autre chose que ce qu'on lui offre. Le modèle d'activité, c'est le centre commercial. Et tout cela se fait avec au minimum l'accord, et souvent la participation active et revendicatrice, des autorités élues. " L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c'est ainsi qu'on grimpe dans la même posture que l'on rampe" disait Jonathan Swift. Rien n'a changé -sinon que l'on ne grimpe plus que dans les loges VIP, dans la même posture que l'on rampe devant l'UEFA.
Hôte-toi de là que j'y mette mon sponsor
Ce que rendit visible l'Eurofoot à Genève (puisque nous y sommes), c'est la perfection d'un processus à l'œuvre depuis l'avènement du " sport-pognon " : ce règne du marketing, du petit et du gros commerce de tout ce qui peut se commercer (légalement ou non), aboutit logiquement à la privatisation de tous les espaces publics disponibles jusqu'à la ville elle-même, devenue marchandise. Dans les espaces publics gardés par des polices privées après avoir été vendus aux organisateurs des jeux du cirque et à leurs sponsors, on ne choisit pas la bière que l'on boit, on ne porte pas un vêtement à l'effigie d'une marque concurrente de celle du sponsor. Et pour que cette privatisation se fasse, se maintienne et puisse se répéter, pour que la ville puisse être vendue, il faut lui donner l'image que l'acheteur souhaite : on la purgera donc de ses mendiants, de ses marginaux, de ses dealers, de ses lieux culturels alternatifs. Ainsi se dessine des modèles de villes, d'habitants, d'activités. Le modèle de la ville, c'est Disneyland. Le modèle d'habitant, c'est le consommateur ne cherchant pas à consommer autre chose que ce qu'on lui offre. Le modèle d'activité, c'est le centre commercial. Et tout cela se fait avec au minimum l'accord, et souvent la participation active et revendicatrice, des autorités élues. " L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c'est ainsi qu'on grimpe dans la même posture que l'on rampe" disait Jonathan Swift. Rien n'a changé -sinon que l'on ne grimpe plus que dans les loges VIP, dans la même posture que l'on rampe devant l'UEFA.
30 août 2008
Bonnes pioches
"Le Stade de Genève (...) manque de couleurs. Il a besoin d'être rafraÎchi", déclarait ("Le Matin" du 5 octobre) le président de l'UEFA, Michel Platini.
Ce que Platoche voulait, Genève fit. Le stade a été rafraîchi. Mais au prix qu'il a coûté, qu'il continue de coûter, et qu'il va continuer de coûter aux caisses publiques, c'est pas un stade qu'on rafraîchit, c'est un diamant qu'on retaille.
Et de toute façon, c'est pas rafraîchir le stade qui s'impose, c'est le congeler. Définitivement.
Que restera-t-il du Tibet, des menaces de boycott, des problèmes de pollution, de la question des droits de l'homme et de la censure en Chine lorsque la vasque olympique s'embrasera dans le Stade national de Pékin ? Il y a fort à parier que toutes les polémiques s'effaceront au moment où le spectacle débutera", écrit Edouard Lin, dans le guide TV des JO, supplément à l'"Illustré"...
Il y a en effet des paris qu'il aurait été stupide de prendre : celui-là était perdu d'avance. Le rouleau compresseur médiatico-économico-sportif compresse les états d'âme. Autour des JO de Pekin comme autour de l'Eurofoot à Genève.
Le président du CIO, Jacques Rogge, s'était fait une raison : les mouvements de protestations des associations de défense des droits de l'homme à propos de la tenue des JO en Chine, "nous les subissons et nous les subirons jusqu'au jour de la cérémonie de clôture", déclarait-il au "Monde" (du 16 octobre)
C'est ça, la différence entre les pontes du sport-pognon et les Chinois de base : les premiers subissent les protestations des ONG pendant quelques mois, les autres subissent les violations de leurs droits fondamentaux pendant toute leur vie. Et ça doit être très, très dur, d'être président du CIO et d'être harcelé par Amnesty International...
L'Euro2008 à Genève "est aussi une opération de promotion économique", reconnaît Mark Muller ("Tribune de Genève" du 24 novembre)...
... on aime beaucoup le "aussi"... c'était autre chose ?
On a retrouvé dans nos vieux papiers le texte d'un appel pathétique, lancé par le comité de soutien à Daniel Zappelli lors de l'élection du Procureur général, en avril dernier. Titre de l'appel : "En finir avec les abuseurs et les squatters". Et parmi les signataires : Frédéric Hohl.
Voui, voui, le même abuseur de la naïveté des locataires de stands au Bout-du-Monde, et le même squatter de la Plaine de Plainpalais pendant trois semaines en juin... Pour "en finir avec les abuseurs et les sqatters", Zavatta pourrait commencer par la liste de ceux qui ont contribué à le maintenir sur son fauteuil...
Annonçant les mesures de sécurité à l'entrée de la "Fan Zone" de Plainpalais, "20 Minutes" du 30 mai titre : "Tous les visiteurs de la Fan Zone seront palpés".
... c'est même pas une info : ça fait des années que la Fondation du Stade et l'UEFA (en) palpent.
Quant à Frédéric Hohl, il s'est fait rassurant : "Aucune fouille n'est exigée sur le site ouvert du Bout-du-Monde". Ben non, y'avait personne à fouiller. Ce qui n'a d'ailleurs pas empêché Hohl, lui aussi, d'en palper.
L'Eurofoot, ça a vraiment été palpitant.
"On dit du football que les classes sociales s'y mélangent, que le médecin y côtoie l'ouvrier. Qu'en pensez-vous ?", demande "Le Courrier" (du 7 juin) au directeur du Musée du Jeu de la Tour de Peilz, Ulrich Schader, qui répond : "C'est une vision nostalgique. (...) Aujourd'hui, les pauvres sont debout -s'il y a encore des places debout- et les riches dans les zones VIP. (...) au football, des chômeurs regardent jouer des millionnaires"...
... oui, mais pour le profit de milliardaires.
"On ne peut pas mélanger foot et culture" : ainsi le "Monsieur Eurofoot" de la Confootération Helvétifoot, Benedikt Weibel, a-t-il expliqué le naufrage du "Fan Village" du Bout-du-Monde. Ben non, on ne peut pas mélanger foot et culture. On ne peut en 2008 mélanger le foot qu'au pognon. On peut même l'y mélanger au point de l'y dissoudre. Et de garder le pognon.
Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, qu'on attendait à Zurich pour le match France-Italie, ne s'y sont pas rendus. Au moins une des deux équipes en lice devant forcément être éliminée de l'Euro, aucun des deux guignols n'a voulu courir le risque d'être ridicule.
Finalement, un truc au moins a bien marché pendant cet Eurofoot : l'éloignement des supporters indésirables.
"Les grandes fédérations sportives tentent de plus en plus de s'assurer la maîtrise de l'image et du son avec leurs propres sociétés de production", sanglotait le directeur général de la SSR, Armin Walpen, après avoir dénoncé la censure exercée par l'UIEFA sur les images de retransmissions de l'Eurofoot...
... mais qui sont les crétins qui négocient avec les "grandes fédérations sportives" des contrats qui leur laissent le pouvoir de censurer les images, hein, Monsieur le directeur général de la SSR ?
Un footeux du "Temps", en l'ocurrence Daniel Jeandupeux, réclamait "une minute de silence" après l'élimination de l'équipe suisse de l'Eurofoot. "Une minute de silence en l'honneur de la mort d'une aventure exaltante".
Ouais, bon, d'accord, mais une minute, c'est pas beaucoup. Un mois de silence pendant tout le mois de juin, ça aurait été mieux.
Ayant pronostiqué une victoire de la Suisse sur la Turquie à l'Eurofoot, les "pipoles" interrogés par l'EuroJulie sont tout contrits au lendemain de la défaite. Et se débrouillent comme ils peuvent pour expliquer pourquoi ils se sont mis le crampon dans l'oeil : Manuel Tornare, légèrement faux-derche, nous dit qu'"en tant que ministre des Sports" il se devait d'être "encourageant". On ne voit pas à qui il le devait (à Spoky ?), mais peu importe, il le devait. De leur côté, carrément prétentieux, Alain Morisod et Loly Bolay nous expliquent que s'ils n'ont pas pronostiqué une victoire turque, c'est "pour ne pas décourager" la Suisse, suspendue à leurs pronostics, et pour qu'elle ait "une chance de rester dans la course"...
Est-ce que quelqu'un pourrait expliquer à tous ces braves gens, maintenant que le soufflé est retombé, que leurs pronostics n'avaient de toute façon aucune influence sur le match et qu'en plus tout le monde se contrefoutait de leur avis ?
Le footeux de service dans l'EuroJulie du 13 juin nous tartine de pathos une page entière sur les lendemains de la décoluttée suisse. Le match de foot perdu par l'équipe de Suisse face à l'équipe de Turquie, c'et quoi ? Allons, n'hésitons pas, c'est un "séisme", un *désastre", pas moins.
Un séisme, un désastre, il y s'en est produit un en Chine, un mois avant. Il a fait 100'000 morts. C'est le même mot que le journaleux utilise pour les 100'000 morts du Setchouan et les onze pingouins de l'Eurofoot.
Allez, on se cotise et on offre un dictionnaire au journaleux pour qu'il trouve ses mots, et une balance pour qu'il les pèse ? Il n'est jamais trop tard pour une campagne d'alphabétisation. Même en faveur des journalistes sportifs.
Le directeur du musée d'ethnographie de Genève, Jacques Hainard, croit pouvoir affirmer (dans "Le Temps" du 7 juin) que "tout le monde joue au foot, n'importe où sur la planète"...
... ben non...
Et Hainard d'ajouter que "la fascination du ballon rond, du dieu ballon, nous amène (...) à l'abdication de la faculté critique"...
... ben non...
Le président de la fédération internationale du foot-pognon, Sepp Blatter, se rengorge dans "Le Matin Dimanche" du 8 juin : "En dix ans, nous avons (...) adapté le marché du foot et de la télévision. Nous faisons davantage de marketing".
On avait remarqué.
Mais Blatter a aussi une âme : pour lui, "le football véhicule de vraies valeurs. Il donne du plaisir, de la joie, de l'espoir et au final de l'amour. Il peut permettre de créer un monde meilleur et plus juste".
Et là, par contre, on n'a rien remarqué.
Dans une lettre qu'il a envoyée début septembre aux Chefs d'Etat de l'Union Européenne, le président de l'UEFA, Platini, les supplie de l'aider à "protéger le football d'un mercantilisme qui l'assaille de toutes parts".
On attend la lettre d'Oussama Ben Laden suppliant les chefs d'Etat de l'aider à protéger l'islam du terrorisme.
"Les opposants au Stade de Genève n'ont jamais hésité à prétendre qu'il était surdimensionné. A plusieurs reprises pourtant, la Praille a affiché complet ou quasi", lit-on dans le supplément promotionnel de l'Eurofoot, encarté le 4 juin dans le quotidien genevois officiel de l'Eurofoot.
L'expression "*a plusieurs reprises pourtant" est particulièrement heureuse (surtout le "pourtant"). Parce que généralement, et sauf exceptions rarrissimes, le stade est vide ou quasi vide.
"Le foot est un sport riche, mais les clubs expliquent que leur rôle est de soigner les joueurs d'élite, pas d'investir dans le foot pour tous", regrette le Responsable des manifestations du Service culture de Lausanne, Nicola Di Pinto, par ailleurs entraîneur des débuts du club de foot Stade Lausanne-Ouchy.
Ben oui, c'est ce qu'on définit plus sobrement comme le "foot-pognon".
"A bien des égards, les nouveaux stades (comme les nouvelles salles de concert) s'apparentent à des 'paquebots urbains', c'est-à-dire des ensemble construits de grande taille fonctionnant sur le mode autarcique vis-à-vis de leur environnement de proximité. La conception urbanistique des nouvelles enceintes sportives (...) se rapproche ainsi de celle des centres commerciaux (auxquels elles sont souvent adossées, comme à Genève et à Neuchâtel) (...) il s'agit d'objets largement déterritorialisés, dont l'accessibilité est assurée par des réseaux de transports rapides (autoroutes et rocades urbaines)."
(Valérie November, Vincent Kaufmann, "*Le Temps" du 27 mai)
Apportant sa contribution au commentaire du " Discours de la servitude volontaire " de la Boëtie, Mark Muller explique (dans " Le Temps " du 27 mai) comment les collectivités publiques se sont couchées devant l'UEFA : " Tous les pays qui ont fait acte de candidature se sont soumis volontairement aux contraintes édictées par l'UEFA. Dès le moment où la Suisse et l'Autriche ont été désignées, les carottes étaient cuites. Tout était verrouillé dans le dossier de candidature ". On ne saurait mieux résumer la situation -sauf à résumer ce résumé par une phrase encore plus sobre : " dans ''consentant'', il y a d'abord ''con'' ".
"J'espère surtout qu'îl fera beau, qu'il n'y aura pas trop de vent et que le ballon géant sera en lévitation sur le jet d'eau", répondait Mark Muller à la question du "Temps" (du 27 mai) : comment vous sentez-vous à onze jours du coup d'envoi de l'Eurofoot ?
Les espérances de Mark Muller sont à la hauteur des enjeux.
Justifiant l'ouverture prolongée des magasins pendant l'Euro, le porte-parole de la Fédération des artisans et commerçants genevois, Eric Markus, la minimisait : "Il s'agit d'un ballon d'essai"...
... Un de plus ? On n'allait tout de même pas devoir se spécialiser dans les appels (au vent, à la grêle, aux bonnes volontés) au dégonflage de ballons à la con...
Dans le discours qu'il a prononcé lors de sa prestation de serment comme Procureur général, Daniel Zappelli a annoncé avoir "demandé à la police" de lui présenter un "plan d'action" contre les dealers de rue, et que ce plan "sera mis en oeuvre dès la fin de l'Euro 2008".
Pourquoi "dès la fin de l'Euro 2008 ?" l'UEFA pouvait être visée si le plan était appliqué plus tôt ?
Fâché contre les "antifooteux", le professeur d'éthique (à Neuche) Denis Müller affirme (dans "Le Temps" du 15 mai) "Prétendre que football égale opium (du peuple) équivaut à postuler que ce jeu nous rends idiots, politiquement et socialement irresponsables"...
... on ne voit effectivement pas ce qui pourrait nous suggérer pareille hypothèse...
"Plus de 10 % des Genevois sont obèses et 60 % des hommes de 35 à 74 ans sont en surpoids", nous apprend la "Julie" du 15 mai...
... finalement, la baudruche planant au dessus de la rade pouv ait symboliser autre chose qu'un ballon de foot : la panse des supporters...
Toute fière d'avoir été retenue comme " Host City Supporter de la Fan Zone Genève " (on ne rigole pas, y'a quand même quelques mots français dans ce titre ronflant), la " Tribune of Geneva " du 14 mai nous a sorti un supplément people surtitré " Tribune Business Lounge " pour nous annoncer qu'elle " va s'impliquer colossalement avant et durant tout le mois de juin " autour de l'Eurofoot, qu'une équipe " Spécial Euro " composée de 20 journalistes a été mise en place pour " couvrir et faire vivre l'événement sous toutes ses facettes " et qu'une " gazette gratuite, la Tribune de Genève de l'UEFA Euro 2008TM " (des Izvestia en plus de la Pravda, donc) sera " distribuée en des points stratégiques du canton ".
Bref, on sentait déjà souffler sur la République l'air frais de l'information libre et objective dispensée par une presse indépendante cultivant l'esprit critique.
"Les clefs du stade de Genève ont été remises à l'UEFA" le 13 mai (date idéale pour les mauvais coups), titrait "Le Courrier" de du 14 mai...
... c'était la moindre des choses, on lui avait déjà donné les clefs de la caisse...
Présentant le dispositif d'accueil des supporters étrangers venant à Genève assister aux matches de l'Euro, le Conseiller d'Etat Mark Muller a déclaré le 18 mars : "Il faudra donner l'envie aux gens de revenir dans la région".
Pendant un mois, on a surtout donné aux habitants des quartiers sinistrés par les Fans Zones et autres parcs à beaufs l'envie de partir...
Organisant en avant-première de l'Euro2008 un "Euro des quartiers" (du street foot pour jeunes de 15 à 18 ans), la Ville de Genève expliquait dans son magazine ("Vivre à Genève") que son ambition est "d'utiliser le football pour stimuler la convivialité et les rencontres en jeunes de milieux différents. Et transmettre bien plus qu'un esprit de compétition, des valeurs sociales comme le travail en équipe, la ténacité, l'acceptation de l'échec"...
Toutes valeurs dont on s'aperçoit tous les jours qu'elles sont, à l'évidence, portées par le sport professionnel en général et le foot pognon en particulier...
"l'UEFA est une association a but non lucratif", a déclaré, sans rire, son président, Michel Platini dans "Le Matin bleu" du 30 avril...
... Il a raison Platoche, c'est pas le but qui est lucratif, c'est tout le chemin qu'on parcourt pour l'atteindre.
"On donne beaucoup d'argent aux villes-hôtes : Genève a reçu plus de 2 millions de francs", se justifiait Michel Platini : "beaucoup d'argent", c'est en réalité moins de la moitié de ce qu'allait coûter à Genève la seule sécurité. Et en tout, Genève allait claquer vingt fois plus pour l'Euro2008 que le "beaucoup d'argent" qu'elle aura reçu de la princière UEFA).
"On va vivre les trois semaines les plus extaordinaires que la Suisse ait jamais connues", annonçait, guilleret, le délégué du Conseil fédéral pour l'Euro 2008, l'ancien patron des CFF Benedikt Weibel ("Le Temps" du 14 janvier)...
C'est dire si on s'est fait chier dans ce pays depuis 1291... La révolution helvétique, celle de 1848, le Sonderbund, la Grève Générale de 18 ? de la gnognotte à côté de l'Eurofoot...
Aller aux JO "représente un objectif sportif monnayable, après beaucoup d'efforts, auprès de mes sponsors comme de ma fédération. Si je renonce, je perds de quoi gagner ma vie et m'entraîner à plein temps", répondait la triathlète suisse Magali Di Marco Messmer, à l'hypothèse d'un boycott des JO par les sportifs pour protester contre la répression au Tibet...
... où il se confirme que le sport professionnel élève la conscience politique et citoyenne...
"Il ne nous reste plus qu'à espérer qu'il n'y ait pas trop de tensions politiques en Turquie par rapport à la question kurde, qu'il fasse beau et que notre équipe nationale obtienne de bons résultats", déclarait, pas rassuré, le responsable de la sécurité pour l'Euro 2008, Martin Jäggi ("Le Temps" du 29 février).
... Il a plu, les Turcs ont bombardé les Kurdes et l'équipe de Suisse a été éliminée au tour préliminaire.
On pourra fumer dans les stades suisses et autrichiens pendant l'Euro, a annoncé la porte-parole d'Euro 2008. On peut d'ailleurs toujours fumer dans la stade de la Praille, même après l'adoption par le peuple de l'initiative antifumée.
De toutes façons, à la Praille, en dehors de l'Euro, on peut fumer tant qu'on veut et ce qu'on veut : vu la fréquentation des lieux on risque pas de gêner grand monde.
Proclamant que "l'Eurofoot sera, en termes de résonnance médiatique, le plus grand événement jamais organisé sur sol helvétique", "Le Temps" (du 3 janvier) en remettait une couche : "Ce sera dix milliards de gens sous nos fenêtres".
Ouais, c'est beaucoup. Surtout sur une planète dont la population totale est de l'ordre de sept milliards de "gens". Dont la majorité n'ont strictement rien à foutre de l'Euro2008, n'ont pas la télé ou sont trop occupés à survivre pour se préoccuper des fêtes à blaireaux organisées en Suisse et en Autriche.
Le Conseiller fédéral Samuel Schmid s'était dit convaincu "que l'Euro2008 aura des effets positifs à long terme sur la population, sur la société, sur l'économie et sur l'encouragement du sport" ("20 Minutes" du 19 février)
Et sur l'environnement, la diversité de la faune, le réchauffement du climat et l'âge du capitaine, rien ?
Le nouveau président de la Fondation du stade de la Praille, Michel Bonnefous, a annoncé qu'il voulait "faire du stade un lieu de rencontre beaucoup plus sexy et qui puisse faire rêver".
Transformer le trou de la Praille en Palais Mascotte, c'est ça ?
" L'Eurofoot devra se passer de stars de la musique ", annonce, consterné, " 20 minutes " (du 6 mars).
Ben alors, et Morisod ?
Le gadget distribué par l'UDC, après le bouc en peluche (fabriqué en Chine) a été un ballon de foot, censé célébrer les vertus du parti en même temps que ceux de l'Euro2008...
C'est pas un choix politique, c'est un constat zoologique : le ballon, c'est mieux que le bouc pour recruter des blaireaux...
Deux mois après l'annonce du "plan anti-mendiants", Pierre Maudet se rengorgeait, tout fier : "Il n'y a plus que trois mendiants à Genève" ("Le Matin-Dimanche" du 13 janvier)
... ouais : le Comité d'organisation de l'Euro2008, la fondation du stade de la Praille et l'UEFA...
"Il faut avoir le courage de sortir de prison même ceux contre qui, le jour venu, il faudra requérir une peine ferme", expliquait (dans "Le Temps" du 14 janvier) le candidat socialiste au poste de Procureur Général, François Paychère...
... Marc Roger est d'accord...
Titre de "20 Minutes" (du 11 mars) : "L'Eurofoot tuera les coeurs faibles".
Pour les cerveaux faibles, on n'a même pas attendu le début des compétitions.
Le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, a répondu à ceux qui demandaient au comité d'intervenir auprès de la Chine, avant les JO de Pekin, pour qu'elle piétine pas trop ouvertement les droits humains : "Nous ne sommes ni une organisation politique, ni un organisme militant"...
... ah ben ça alors, c'est une surprise...
Ce que Platoche voulait, Genève fit. Le stade a été rafraîchi. Mais au prix qu'il a coûté, qu'il continue de coûter, et qu'il va continuer de coûter aux caisses publiques, c'est pas un stade qu'on rafraîchit, c'est un diamant qu'on retaille.
Et de toute façon, c'est pas rafraîchir le stade qui s'impose, c'est le congeler. Définitivement.
Que restera-t-il du Tibet, des menaces de boycott, des problèmes de pollution, de la question des droits de l'homme et de la censure en Chine lorsque la vasque olympique s'embrasera dans le Stade national de Pékin ? Il y a fort à parier que toutes les polémiques s'effaceront au moment où le spectacle débutera", écrit Edouard Lin, dans le guide TV des JO, supplément à l'"Illustré"...
Il y a en effet des paris qu'il aurait été stupide de prendre : celui-là était perdu d'avance. Le rouleau compresseur médiatico-économico-sportif compresse les états d'âme. Autour des JO de Pekin comme autour de l'Eurofoot à Genève.
Le président du CIO, Jacques Rogge, s'était fait une raison : les mouvements de protestations des associations de défense des droits de l'homme à propos de la tenue des JO en Chine, "nous les subissons et nous les subirons jusqu'au jour de la cérémonie de clôture", déclarait-il au "Monde" (du 16 octobre)
C'est ça, la différence entre les pontes du sport-pognon et les Chinois de base : les premiers subissent les protestations des ONG pendant quelques mois, les autres subissent les violations de leurs droits fondamentaux pendant toute leur vie. Et ça doit être très, très dur, d'être président du CIO et d'être harcelé par Amnesty International...
L'Euro2008 à Genève "est aussi une opération de promotion économique", reconnaît Mark Muller ("Tribune de Genève" du 24 novembre)...
... on aime beaucoup le "aussi"... c'était autre chose ?
On a retrouvé dans nos vieux papiers le texte d'un appel pathétique, lancé par le comité de soutien à Daniel Zappelli lors de l'élection du Procureur général, en avril dernier. Titre de l'appel : "En finir avec les abuseurs et les squatters". Et parmi les signataires : Frédéric Hohl.
Voui, voui, le même abuseur de la naïveté des locataires de stands au Bout-du-Monde, et le même squatter de la Plaine de Plainpalais pendant trois semaines en juin... Pour "en finir avec les abuseurs et les sqatters", Zavatta pourrait commencer par la liste de ceux qui ont contribué à le maintenir sur son fauteuil...
Annonçant les mesures de sécurité à l'entrée de la "Fan Zone" de Plainpalais, "20 Minutes" du 30 mai titre : "Tous les visiteurs de la Fan Zone seront palpés".
... c'est même pas une info : ça fait des années que la Fondation du Stade et l'UEFA (en) palpent.
Quant à Frédéric Hohl, il s'est fait rassurant : "Aucune fouille n'est exigée sur le site ouvert du Bout-du-Monde". Ben non, y'avait personne à fouiller. Ce qui n'a d'ailleurs pas empêché Hohl, lui aussi, d'en palper.
L'Eurofoot, ça a vraiment été palpitant.
"On dit du football que les classes sociales s'y mélangent, que le médecin y côtoie l'ouvrier. Qu'en pensez-vous ?", demande "Le Courrier" (du 7 juin) au directeur du Musée du Jeu de la Tour de Peilz, Ulrich Schader, qui répond : "C'est une vision nostalgique. (...) Aujourd'hui, les pauvres sont debout -s'il y a encore des places debout- et les riches dans les zones VIP. (...) au football, des chômeurs regardent jouer des millionnaires"...
... oui, mais pour le profit de milliardaires.
"On ne peut pas mélanger foot et culture" : ainsi le "Monsieur Eurofoot" de la Confootération Helvétifoot, Benedikt Weibel, a-t-il expliqué le naufrage du "Fan Village" du Bout-du-Monde. Ben non, on ne peut pas mélanger foot et culture. On ne peut en 2008 mélanger le foot qu'au pognon. On peut même l'y mélanger au point de l'y dissoudre. Et de garder le pognon.
Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, qu'on attendait à Zurich pour le match France-Italie, ne s'y sont pas rendus. Au moins une des deux équipes en lice devant forcément être éliminée de l'Euro, aucun des deux guignols n'a voulu courir le risque d'être ridicule.
Finalement, un truc au moins a bien marché pendant cet Eurofoot : l'éloignement des supporters indésirables.
"Les grandes fédérations sportives tentent de plus en plus de s'assurer la maîtrise de l'image et du son avec leurs propres sociétés de production", sanglotait le directeur général de la SSR, Armin Walpen, après avoir dénoncé la censure exercée par l'UIEFA sur les images de retransmissions de l'Eurofoot...
... mais qui sont les crétins qui négocient avec les "grandes fédérations sportives" des contrats qui leur laissent le pouvoir de censurer les images, hein, Monsieur le directeur général de la SSR ?
Un footeux du "Temps", en l'ocurrence Daniel Jeandupeux, réclamait "une minute de silence" après l'élimination de l'équipe suisse de l'Eurofoot. "Une minute de silence en l'honneur de la mort d'une aventure exaltante".
Ouais, bon, d'accord, mais une minute, c'est pas beaucoup. Un mois de silence pendant tout le mois de juin, ça aurait été mieux.
Ayant pronostiqué une victoire de la Suisse sur la Turquie à l'Eurofoot, les "pipoles" interrogés par l'EuroJulie sont tout contrits au lendemain de la défaite. Et se débrouillent comme ils peuvent pour expliquer pourquoi ils se sont mis le crampon dans l'oeil : Manuel Tornare, légèrement faux-derche, nous dit qu'"en tant que ministre des Sports" il se devait d'être "encourageant". On ne voit pas à qui il le devait (à Spoky ?), mais peu importe, il le devait. De leur côté, carrément prétentieux, Alain Morisod et Loly Bolay nous expliquent que s'ils n'ont pas pronostiqué une victoire turque, c'est "pour ne pas décourager" la Suisse, suspendue à leurs pronostics, et pour qu'elle ait "une chance de rester dans la course"...
Est-ce que quelqu'un pourrait expliquer à tous ces braves gens, maintenant que le soufflé est retombé, que leurs pronostics n'avaient de toute façon aucune influence sur le match et qu'en plus tout le monde se contrefoutait de leur avis ?
Le footeux de service dans l'EuroJulie du 13 juin nous tartine de pathos une page entière sur les lendemains de la décoluttée suisse. Le match de foot perdu par l'équipe de Suisse face à l'équipe de Turquie, c'et quoi ? Allons, n'hésitons pas, c'est un "séisme", un *désastre", pas moins.
Un séisme, un désastre, il y s'en est produit un en Chine, un mois avant. Il a fait 100'000 morts. C'est le même mot que le journaleux utilise pour les 100'000 morts du Setchouan et les onze pingouins de l'Eurofoot.
Allez, on se cotise et on offre un dictionnaire au journaleux pour qu'il trouve ses mots, et une balance pour qu'il les pèse ? Il n'est jamais trop tard pour une campagne d'alphabétisation. Même en faveur des journalistes sportifs.
Le directeur du musée d'ethnographie de Genève, Jacques Hainard, croit pouvoir affirmer (dans "Le Temps" du 7 juin) que "tout le monde joue au foot, n'importe où sur la planète"...
... ben non...
Et Hainard d'ajouter que "la fascination du ballon rond, du dieu ballon, nous amène (...) à l'abdication de la faculté critique"...
... ben non...
Le président de la fédération internationale du foot-pognon, Sepp Blatter, se rengorge dans "Le Matin Dimanche" du 8 juin : "En dix ans, nous avons (...) adapté le marché du foot et de la télévision. Nous faisons davantage de marketing".
On avait remarqué.
Mais Blatter a aussi une âme : pour lui, "le football véhicule de vraies valeurs. Il donne du plaisir, de la joie, de l'espoir et au final de l'amour. Il peut permettre de créer un monde meilleur et plus juste".
Et là, par contre, on n'a rien remarqué.
Dans une lettre qu'il a envoyée début septembre aux Chefs d'Etat de l'Union Européenne, le président de l'UEFA, Platini, les supplie de l'aider à "protéger le football d'un mercantilisme qui l'assaille de toutes parts".
On attend la lettre d'Oussama Ben Laden suppliant les chefs d'Etat de l'aider à protéger l'islam du terrorisme.
"Les opposants au Stade de Genève n'ont jamais hésité à prétendre qu'il était surdimensionné. A plusieurs reprises pourtant, la Praille a affiché complet ou quasi", lit-on dans le supplément promotionnel de l'Eurofoot, encarté le 4 juin dans le quotidien genevois officiel de l'Eurofoot.
L'expression "*a plusieurs reprises pourtant" est particulièrement heureuse (surtout le "pourtant"). Parce que généralement, et sauf exceptions rarrissimes, le stade est vide ou quasi vide.
"Le foot est un sport riche, mais les clubs expliquent que leur rôle est de soigner les joueurs d'élite, pas d'investir dans le foot pour tous", regrette le Responsable des manifestations du Service culture de Lausanne, Nicola Di Pinto, par ailleurs entraîneur des débuts du club de foot Stade Lausanne-Ouchy.
Ben oui, c'est ce qu'on définit plus sobrement comme le "foot-pognon".
"A bien des égards, les nouveaux stades (comme les nouvelles salles de concert) s'apparentent à des 'paquebots urbains', c'est-à-dire des ensemble construits de grande taille fonctionnant sur le mode autarcique vis-à-vis de leur environnement de proximité. La conception urbanistique des nouvelles enceintes sportives (...) se rapproche ainsi de celle des centres commerciaux (auxquels elles sont souvent adossées, comme à Genève et à Neuchâtel) (...) il s'agit d'objets largement déterritorialisés, dont l'accessibilité est assurée par des réseaux de transports rapides (autoroutes et rocades urbaines)."
(Valérie November, Vincent Kaufmann, "*Le Temps" du 27 mai)
Apportant sa contribution au commentaire du " Discours de la servitude volontaire " de la Boëtie, Mark Muller explique (dans " Le Temps " du 27 mai) comment les collectivités publiques se sont couchées devant l'UEFA : " Tous les pays qui ont fait acte de candidature se sont soumis volontairement aux contraintes édictées par l'UEFA. Dès le moment où la Suisse et l'Autriche ont été désignées, les carottes étaient cuites. Tout était verrouillé dans le dossier de candidature ". On ne saurait mieux résumer la situation -sauf à résumer ce résumé par une phrase encore plus sobre : " dans ''consentant'', il y a d'abord ''con'' ".
"J'espère surtout qu'îl fera beau, qu'il n'y aura pas trop de vent et que le ballon géant sera en lévitation sur le jet d'eau", répondait Mark Muller à la question du "Temps" (du 27 mai) : comment vous sentez-vous à onze jours du coup d'envoi de l'Eurofoot ?
Les espérances de Mark Muller sont à la hauteur des enjeux.
Justifiant l'ouverture prolongée des magasins pendant l'Euro, le porte-parole de la Fédération des artisans et commerçants genevois, Eric Markus, la minimisait : "Il s'agit d'un ballon d'essai"...
... Un de plus ? On n'allait tout de même pas devoir se spécialiser dans les appels (au vent, à la grêle, aux bonnes volontés) au dégonflage de ballons à la con...
Dans le discours qu'il a prononcé lors de sa prestation de serment comme Procureur général, Daniel Zappelli a annoncé avoir "demandé à la police" de lui présenter un "plan d'action" contre les dealers de rue, et que ce plan "sera mis en oeuvre dès la fin de l'Euro 2008".
Pourquoi "dès la fin de l'Euro 2008 ?" l'UEFA pouvait être visée si le plan était appliqué plus tôt ?
Fâché contre les "antifooteux", le professeur d'éthique (à Neuche) Denis Müller affirme (dans "Le Temps" du 15 mai) "Prétendre que football égale opium (du peuple) équivaut à postuler que ce jeu nous rends idiots, politiquement et socialement irresponsables"...
... on ne voit effectivement pas ce qui pourrait nous suggérer pareille hypothèse...
"Plus de 10 % des Genevois sont obèses et 60 % des hommes de 35 à 74 ans sont en surpoids", nous apprend la "Julie" du 15 mai...
... finalement, la baudruche planant au dessus de la rade pouv ait symboliser autre chose qu'un ballon de foot : la panse des supporters...
Toute fière d'avoir été retenue comme " Host City Supporter de la Fan Zone Genève " (on ne rigole pas, y'a quand même quelques mots français dans ce titre ronflant), la " Tribune of Geneva " du 14 mai nous a sorti un supplément people surtitré " Tribune Business Lounge " pour nous annoncer qu'elle " va s'impliquer colossalement avant et durant tout le mois de juin " autour de l'Eurofoot, qu'une équipe " Spécial Euro " composée de 20 journalistes a été mise en place pour " couvrir et faire vivre l'événement sous toutes ses facettes " et qu'une " gazette gratuite, la Tribune de Genève de l'UEFA Euro 2008TM " (des Izvestia en plus de la Pravda, donc) sera " distribuée en des points stratégiques du canton ".
Bref, on sentait déjà souffler sur la République l'air frais de l'information libre et objective dispensée par une presse indépendante cultivant l'esprit critique.
"Les clefs du stade de Genève ont été remises à l'UEFA" le 13 mai (date idéale pour les mauvais coups), titrait "Le Courrier" de du 14 mai...
... c'était la moindre des choses, on lui avait déjà donné les clefs de la caisse...
Présentant le dispositif d'accueil des supporters étrangers venant à Genève assister aux matches de l'Euro, le Conseiller d'Etat Mark Muller a déclaré le 18 mars : "Il faudra donner l'envie aux gens de revenir dans la région".
Pendant un mois, on a surtout donné aux habitants des quartiers sinistrés par les Fans Zones et autres parcs à beaufs l'envie de partir...
Organisant en avant-première de l'Euro2008 un "Euro des quartiers" (du street foot pour jeunes de 15 à 18 ans), la Ville de Genève expliquait dans son magazine ("Vivre à Genève") que son ambition est "d'utiliser le football pour stimuler la convivialité et les rencontres en jeunes de milieux différents. Et transmettre bien plus qu'un esprit de compétition, des valeurs sociales comme le travail en équipe, la ténacité, l'acceptation de l'échec"...
Toutes valeurs dont on s'aperçoit tous les jours qu'elles sont, à l'évidence, portées par le sport professionnel en général et le foot pognon en particulier...
"l'UEFA est une association a but non lucratif", a déclaré, sans rire, son président, Michel Platini dans "Le Matin bleu" du 30 avril...
... Il a raison Platoche, c'est pas le but qui est lucratif, c'est tout le chemin qu'on parcourt pour l'atteindre.
"On donne beaucoup d'argent aux villes-hôtes : Genève a reçu plus de 2 millions de francs", se justifiait Michel Platini : "beaucoup d'argent", c'est en réalité moins de la moitié de ce qu'allait coûter à Genève la seule sécurité. Et en tout, Genève allait claquer vingt fois plus pour l'Euro2008 que le "beaucoup d'argent" qu'elle aura reçu de la princière UEFA).
"On va vivre les trois semaines les plus extaordinaires que la Suisse ait jamais connues", annonçait, guilleret, le délégué du Conseil fédéral pour l'Euro 2008, l'ancien patron des CFF Benedikt Weibel ("Le Temps" du 14 janvier)...
C'est dire si on s'est fait chier dans ce pays depuis 1291... La révolution helvétique, celle de 1848, le Sonderbund, la Grève Générale de 18 ? de la gnognotte à côté de l'Eurofoot...
Aller aux JO "représente un objectif sportif monnayable, après beaucoup d'efforts, auprès de mes sponsors comme de ma fédération. Si je renonce, je perds de quoi gagner ma vie et m'entraîner à plein temps", répondait la triathlète suisse Magali Di Marco Messmer, à l'hypothèse d'un boycott des JO par les sportifs pour protester contre la répression au Tibet...
... où il se confirme que le sport professionnel élève la conscience politique et citoyenne...
"Il ne nous reste plus qu'à espérer qu'il n'y ait pas trop de tensions politiques en Turquie par rapport à la question kurde, qu'il fasse beau et que notre équipe nationale obtienne de bons résultats", déclarait, pas rassuré, le responsable de la sécurité pour l'Euro 2008, Martin Jäggi ("Le Temps" du 29 février).
... Il a plu, les Turcs ont bombardé les Kurdes et l'équipe de Suisse a été éliminée au tour préliminaire.
On pourra fumer dans les stades suisses et autrichiens pendant l'Euro, a annoncé la porte-parole d'Euro 2008. On peut d'ailleurs toujours fumer dans la stade de la Praille, même après l'adoption par le peuple de l'initiative antifumée.
De toutes façons, à la Praille, en dehors de l'Euro, on peut fumer tant qu'on veut et ce qu'on veut : vu la fréquentation des lieux on risque pas de gêner grand monde.
Proclamant que "l'Eurofoot sera, en termes de résonnance médiatique, le plus grand événement jamais organisé sur sol helvétique", "Le Temps" (du 3 janvier) en remettait une couche : "Ce sera dix milliards de gens sous nos fenêtres".
Ouais, c'est beaucoup. Surtout sur une planète dont la population totale est de l'ordre de sept milliards de "gens". Dont la majorité n'ont strictement rien à foutre de l'Euro2008, n'ont pas la télé ou sont trop occupés à survivre pour se préoccuper des fêtes à blaireaux organisées en Suisse et en Autriche.
Le Conseiller fédéral Samuel Schmid s'était dit convaincu "que l'Euro2008 aura des effets positifs à long terme sur la population, sur la société, sur l'économie et sur l'encouragement du sport" ("20 Minutes" du 19 février)
Et sur l'environnement, la diversité de la faune, le réchauffement du climat et l'âge du capitaine, rien ?
Le nouveau président de la Fondation du stade de la Praille, Michel Bonnefous, a annoncé qu'il voulait "faire du stade un lieu de rencontre beaucoup plus sexy et qui puisse faire rêver".
Transformer le trou de la Praille en Palais Mascotte, c'est ça ?
" L'Eurofoot devra se passer de stars de la musique ", annonce, consterné, " 20 minutes " (du 6 mars).
Ben alors, et Morisod ?
Le gadget distribué par l'UDC, après le bouc en peluche (fabriqué en Chine) a été un ballon de foot, censé célébrer les vertus du parti en même temps que ceux de l'Euro2008...
C'est pas un choix politique, c'est un constat zoologique : le ballon, c'est mieux que le bouc pour recruter des blaireaux...
Deux mois après l'annonce du "plan anti-mendiants", Pierre Maudet se rengorgeait, tout fier : "Il n'y a plus que trois mendiants à Genève" ("Le Matin-Dimanche" du 13 janvier)
... ouais : le Comité d'organisation de l'Euro2008, la fondation du stade de la Praille et l'UEFA...
"Il faut avoir le courage de sortir de prison même ceux contre qui, le jour venu, il faudra requérir une peine ferme", expliquait (dans "Le Temps" du 14 janvier) le candidat socialiste au poste de Procureur Général, François Paychère...
... Marc Roger est d'accord...
Titre de "20 Minutes" (du 11 mars) : "L'Eurofoot tuera les coeurs faibles".
Pour les cerveaux faibles, on n'a même pas attendu le début des compétitions.
Le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, a répondu à ceux qui demandaient au comité d'intervenir auprès de la Chine, avant les JO de Pekin, pour qu'elle piétine pas trop ouvertement les droits humains : "Nous ne sommes ni une organisation politique, ni un organisme militant"...
... ah ben ça alors, c'est une surprise...
17 août 2008
PETITION A L'INTENTION DU CONSEIL MUNICIPAL DE LA VILLE DE GENEVE
PETITION A L'INTENTION DU CONSEIL MUNICIPAL DE LA VILLE DE GENEVE
A renvoyer au : Comité de citoyennes et de citoyens
Case postale 2003 - 1211 Genève 2
Pour la transparence des dépenses financières de la Ville occasionnées par les manifestations de l'UEFA
Les personnes soussignées, domiciliées sur la commune de la Ville, constatent que :
· les manifestations de l'UEFA ont occasionné d'importantes dépenses pour la Ville
· ces dépenses seront réparties dans différents postes des comptes de la Ville
· les citoyennes et les citoyens de la Ville ont intérêt à connaître le montant total des dépenses publiques induites par les manifestations de l'UEFA
Elles demandent donc au Conseil municipal de la Ville de bien vouloir fournir aux citoyennes et aux citoyens de la Ville un décompte détaillé des coûts occasionnés par les manifestations de l'UEFA, notamment celui :
· des heures de travail effectuées par les employées et les employés de la Ville en général
· des heures de travail effectuées par le personnel administratif
· des heures de travail effectuées par les ASM et les AM
· des heures de travail effectuées par le service du SIS
· des heures de travail effectuées par le service de la Protection civile
· des heures de travail effectuées par la Voirie (voire par les jeunes qui auraient collaboré)
· du total des heures supplémentaires accomplies
· des aménagements spécifiques mis en place sur la Plaine de Plainpalais et au Bout du Monde
· des aménagements pour l'accueil spécifique des visiteuses et visiteurs venus d'ailleurs
· de l'aménagement des sanitaires
· des installations de santé et du personnel social ou médical
· de toutes autres dépenses publiques liées à ces manifestations (cadeaux, frais de déplacement, frais administratifs, frais de publicité, etc).
NOM PRENOM ADRESSE SIGNATURE
A renvoyer au : Comité de citoyennes et de citoyens
Case postale 2003 - 1211 Genève 2
A renvoyer au : Comité de citoyennes et de citoyens
Case postale 2003 - 1211 Genève 2
Pour la transparence des dépenses financières de la Ville occasionnées par les manifestations de l'UEFA
Les personnes soussignées, domiciliées sur la commune de la Ville, constatent que :
· les manifestations de l'UEFA ont occasionné d'importantes dépenses pour la Ville
· ces dépenses seront réparties dans différents postes des comptes de la Ville
· les citoyennes et les citoyens de la Ville ont intérêt à connaître le montant total des dépenses publiques induites par les manifestations de l'UEFA
Elles demandent donc au Conseil municipal de la Ville de bien vouloir fournir aux citoyennes et aux citoyens de la Ville un décompte détaillé des coûts occasionnés par les manifestations de l'UEFA, notamment celui :
· des heures de travail effectuées par les employées et les employés de la Ville en général
· des heures de travail effectuées par le personnel administratif
· des heures de travail effectuées par les ASM et les AM
· des heures de travail effectuées par le service du SIS
· des heures de travail effectuées par le service de la Protection civile
· des heures de travail effectuées par la Voirie (voire par les jeunes qui auraient collaboré)
· du total des heures supplémentaires accomplies
· des aménagements spécifiques mis en place sur la Plaine de Plainpalais et au Bout du Monde
· des aménagements pour l'accueil spécifique des visiteuses et visiteurs venus d'ailleurs
· de l'aménagement des sanitaires
· des installations de santé et du personnel social ou médical
· de toutes autres dépenses publiques liées à ces manifestations (cadeaux, frais de déplacement, frais administratifs, frais de publicité, etc).
NOM PRENOM ADRESSE SIGNATURE
A renvoyer au : Comité de citoyennes et de citoyens
Case postale 2003 - 1211 Genève 2
08 juillet 2008
Fête de la musique et Eurofoot : Fête ce qu'il vous plaît
5000 personnes jouant, gratuitement ou presque, la musique qu'ils aiment pour 200'000 personnes passant d'une musique à une autre sans être fouillées à l'entrée d'un corral sponsorisé, sans être obligées de boire la bière d'un sponsor et pas une autre, de bouffer le hamburger du sponsor et pas un autre. Des gens qui font ce qu'ils aiment parce qu'ils aiment le faire, et pas pour être vainqueurs d'une compétition. Des gens qui font la fête sans drapeaux, sans chauvinisme, sans beuglements tribaux et sans cortèges klaxonnants. Une dépense sans attente de rentabilité ni calcul marchand. La Fête de la musique, c'est le contraire de l'Eurofoot. Parce que la fête, c'est le contraire du marché.
Après la fête, le désert ?
La fête de la musique investit une ville qu'une politique d'épuration désertifie culturellement : Artamis sera évacué en septembre; sur ses 15'000 m2 de friche industrielle travaillent et créent plus de 200 personnes -de quoi donner des boutons à tous ceux qui rêvent d'une Genève purifiée de ses squats et de ses lieux culturels alternatifs. Alternative ou non, la création a besoin d'espace. Et l'espace d'Artamis va se fermer, comme d'autres avant et après lui. La Ville cherche des lieux de substitution, mais ils sont rares, plus excentrés, plus petits, sont plus des lieux de travail que des lieux de représentation devant le public, et sont dispersés, alors que le rassemblement des membres du collectif Artamis créait une dynamique créatrice dont la perte serait, pour tout le " paysage culturel " genevois, une amputation. Quant au canton, nul ne s'étonnera qu'il ne bouge pas le petit doigt : on ne peut pas mobiliser toute la République pour l'Eurofoot et se préoccuper des pouilleux d'Artamis, ou de Mottattom, dont les artistes risquent de se retrouver eux aussi à la fin de l'année sans espace, leur halle devant être détruite pour laisser place à un immeuble de six étages. Une pétition revêtue de près de 19'000 signatures a été déposée auprès du Conseil d'Etat par l'Union des espaces culturels autogérés (UECA), qui demande que soit assurée " à long terme la diversité de l'offre socioculturelle ". Avec l'évacuation d'Artamis, à l'automne, celle de Mottatom, à l'hiver, l'évacuation l'année dernière de la Cave 12, les menaces planant sur l'Usine, l'offre culturelle alternative genevoise, qui était l'une des plus larges d'Europe il y a une dizaine d'années, s'est déjà considérablement raréfiée. Un week-end par année, la Fête de la Musique -de toutes les musiques- investit la ville. Le reste de l'année, place doit-elle être laissée à la fête de la spéculation immobilière et de l'épuration sociale, culturelle et politique ?
Après la fête, le désert ?
La fête de la musique investit une ville qu'une politique d'épuration désertifie culturellement : Artamis sera évacué en septembre; sur ses 15'000 m2 de friche industrielle travaillent et créent plus de 200 personnes -de quoi donner des boutons à tous ceux qui rêvent d'une Genève purifiée de ses squats et de ses lieux culturels alternatifs. Alternative ou non, la création a besoin d'espace. Et l'espace d'Artamis va se fermer, comme d'autres avant et après lui. La Ville cherche des lieux de substitution, mais ils sont rares, plus excentrés, plus petits, sont plus des lieux de travail que des lieux de représentation devant le public, et sont dispersés, alors que le rassemblement des membres du collectif Artamis créait une dynamique créatrice dont la perte serait, pour tout le " paysage culturel " genevois, une amputation. Quant au canton, nul ne s'étonnera qu'il ne bouge pas le petit doigt : on ne peut pas mobiliser toute la République pour l'Eurofoot et se préoccuper des pouilleux d'Artamis, ou de Mottattom, dont les artistes risquent de se retrouver eux aussi à la fin de l'année sans espace, leur halle devant être détruite pour laisser place à un immeuble de six étages. Une pétition revêtue de près de 19'000 signatures a été déposée auprès du Conseil d'Etat par l'Union des espaces culturels autogérés (UECA), qui demande que soit assurée " à long terme la diversité de l'offre socioculturelle ". Avec l'évacuation d'Artamis, à l'automne, celle de Mottatom, à l'hiver, l'évacuation l'année dernière de la Cave 12, les menaces planant sur l'Usine, l'offre culturelle alternative genevoise, qui était l'une des plus larges d'Europe il y a une dizaine d'années, s'est déjà considérablement raréfiée. Un week-end par année, la Fête de la Musique -de toutes les musiques- investit la ville. Le reste de l'année, place doit-elle être laissée à la fête de la spéculation immobilière et de l'épuration sociale, culturelle et politique ?
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