06 juin 2009

Quand Zurich raisonne mieux que Genève

Abandon d'un projet de stade de 30'000 places au Hardturm

La nouvelle est passée presque inaperçue à Genève. Elle aurait pourtant du y résonner avec un écho tout particulier : le Crédit Suisse a annoncé l'abandon définitif de son projet de stade de foot de 30'000 places, couplé à un Centre commercial. La Ville reprend le flambeau, avec un projet " raisonnable " de stade de 20'000 places, sans centre commercial. Un stade de 30'000 places couplé à un centre commercial, ça ne vous dit rien ? C'est le boulet que Genève traîne depuis des années. Et un projet " raisonnable " de stade, ça ne vous dit rien non plus ? C'est celui que le Comité Praille opposait à ce qui a finalement été réalisé, et pour quoi les collectivités publiques paient, à fonds perdus, depuis huit ans. A Zurich, on a réfléchi. A Genève, on a tout fait, tout dit, tout promis, pour empêcher la réflexion. Et on se retrouve aujourd'hui à se demander ce qu'on va bien pouvoir faire du pachyderme de la Praille, et combien on va encore bien devoir payer, pour le nourrir, le vendre ou l'abattre.

Praille qui maille
Le Conseil d'Etat réclamait neuf millions de francs pendant quatre ans pour assurer le financement de la Fondation du stade de Genève. Le comique de répétition finissant par lasser même les spectateurs les plus dociles, et le dieu du sport sait s'ils ont été nombreux à participer, comme acteurs ou figurants, au feuilleton du stade de la Praille, les députés ont fini par se rendre compte que continuer à balancer des millions dans ces funestes abysses ne relevait plus que du réflexe pavlovien. Les deux commissions du Grand Conseil chargées d'examiner le projet du Conseil d'Etat le renvoient donc à ses auteurs avec prière d'en rabattre considérablement de ses prétentions. Parallèlement, des député-e-s de gauche et de droite ont déposé un projet de loi réduisant à un unique versement de 500'000 francs pour la seule année 2010 le soutien du canton au stade. Si le Grand Conseil s'en tient là, peut-être (mais seulement peut-être...) s'évitera-t-on (pour le moment) de lancer un référendum. Le Comité Praille interrogeait les Genevois en ces termes, en 2005 : " Avait-on réellement besoin à Genève d'un stade capable d'accueillir un habitant sur quinze, nouveaux-nés et grabataires compris ? "… et prévenait : " si un coup d'arrêt n'est pas donné au racket des finances publiques, on verra chaque anée les pèlerins de la Praille se présenter devant les collectivités publiques, sébile en main et pleurant famine, pour quémander quelques petits millions supplémentaires ". Car toute les mendicités ne sont pas interdites, à Genève : celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros l'est -pas celle de la fondation grabataire d'un stade vide qui pompe des millions chaque année dans les caisses publiques. C'est à cette mendicité là que le Grand Conseil pourrait finalement se résoudre à ne pas céder. Mais elle est bien tardive, cette prise de conscience, et bien trop empreinte de craintes électorales : quel temps perdu, quelles ressources gaspillées et quelle crédibilité politique envolée au fil décennal des épisode de cette triste farce.

30 mai 2009

L'aumône au stade

500'000 francs pour solde de tout compte ?

Le Conseil d'Etat voulait lui assurer une rente viagère de deux millions de francs par an jusqu'à ce que mort du stade s'ensuive ? La Fondation du Stade de Genève ne recevra probablement qu'une aumône de 500'000 balles pour survivre en 2010 : c'est en tout cas la proposition que feront le PS et les Verts, après que la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil ait, à l'unanimité, donné un préavis négatif à la dispendieuse stadolâtrie du gouvernement. Et la commission de stigmatiser la " légèreté " du Conseil d'Etat (à deux millions par an, c'était pourtant une légèreté lestée), et de déplorer l'absence de toute réflexion sur un financement privé de cet équipement sur lequel, rappelons-le au passage, les Genevois n'ont jamais pu se prononcer, tout ayant été fait, défait et surfait pour les en empêcher.

Une année de fourrage
La crainte du vote populaire étant le commencement de la sagesse politique, du moins en démocratie, cette ombre a obscurci les perspectives offertes par le gouvernement cantonal à la Fondation du Stade de Genève. Il est vrai qu'à six mois des élections cantonales, même les partis qui ont depuis dix ans, dans le dossier pourri du stade de la Praille, avalé toutes les couleuvres, ratifié tous les rackets, admis toutes les manœuvres, ont commencé à s'interroger -non en se posant les bonnes questions (Genève a-t-elle besoin d'un stade de foot de 30'000 places ? Un tel équipement doit-il être continuellement financé à perte par des fonds publics ?), mais en finissant par donner des réponses à peu près sensées, même à de mauvaises questions (est-ce qu'on ne va pas se faire claquer le beignet en votation populaire, puisqu'un référendum est garanti contre la proposition du Conseil d'Etat ?). D'où ce sursaut d'intelligence politique, à défaut de prise de conscience de la décennale imbécillité qui a accompagné la croisière du Titanic de la Praille : on offrirait à la Fondation du stade 500'000 francs pour 2010, à elle, et au Conseil d'Etat, de trouver le moyen de financer le stade sans puiser continuellement dans les fonds publics. Il est vrai que si le référendum était garanti contre une ponction annuelle de deux millions de fonds publics pendant un demi-siècle, la question de son opportunité se pose s'il ne s'agit plus que d'une aumône de 500'000 francs, pour un an seulement. Mais il est non moins vrai que le référendum s'imposerait à nouveau si d'aventure, l'année prochaine, les stadolâtres nous revenaient sébile en main, quémandant une nouvelle subvention sous quelque prétexte de circonstance. Ou si la proposition devait être faite de liquider la fondation privée du stade pour la remplacer par une fondation publique, histoire de pérenniser le racket des caisses cantonales (et municipales). On a installé un mammouth à la Praille ? Que les glorieux responsables de cette lumineuse initiative se débrouillent pour payer le fourrage de l'animal.

18 mai 2009

Fonds de tiroir 2008

EURONOTABLES
Les Conseillers fédéraux, les sept, se sont mobilisés pour l'Euro, et se sont tapés les matches. Le ministre des sports et réjouissances militaires, Samuel Schmid, s'en est farci neuf; le président de la Confe, Pascal Couchepin, cinq; le ministre des Finances, Hand-Rudolf Merz, la ministre de la Justice et de la police, Eveline Widmer-Schlumpf et la ministre de l'Economie, Doris Leuthard, quatre. Les deux socialistes ont traîné les pieds : Moritz Leuenberger ne s'est farci que Suisse-Portugal et un quart de finale, et Micheline Calmy-Rey Portugal-Turquie. Mais c'est uniquement parce qu'il n'y avait pas de Kosovo-Ossétie du Sud à l'affiche.

A Genève, le canton disposaitde 240 billets par match, pour les notables locaux. Mais seuls vingt billets sont offerts par l'UEFA. Les 220 autres, le canton a dû les payer. Pour pouvoir ensuite les offrir.

EUROBOF
En Autriche, l'Euro a laissé à peu près indifférent, quand il n'a pas énervé. On craignait une hausse des prix, la violence, le vandalisme, la congestion du trafic, la surconsommation d'alcool et de drogues, la surproduction de déchets, et on se contrefoutait de la "dimension festive et sportive" de l'événement, brandie par ses organisateurs. Un tiers des Autrichiens se désintéressaient complètement de l'événement, selon un sondage.

EUROBIGOTS
A défaut de sabre, le goupillon a jeté son dévolu sur le ballon rond : les Eglises catholiques et réformées de Suisse ont tenté de se greffer sur l'Euro2008 (mais surtout en Suisse alémanique), avec un projet oécuménique subtilement intitulé "Eglise 08-2008 ans et toujours de la partie". La Communauté de travail des églises chrétiennes de Suisse espérait voir se multiplier dans le public une écharpe de supporter rouge barrée de l'inscription "Eglise 08". A défaut de multiplier les pains ? Un accompagnement spirituel était offert aux joueurs (pour les inciter à tendre l'autre joue ?) et un encadrement pastoral proposé aux équipes (ça a sûrement enthousiasmé les Turcs). A Genève, les protestants expliquaient qu'ils ne feraient pas grand chose, leur énergie étant mobilisée pour la célébration du 500e anniversaire de la naissance de Jean Calvin. Et à Zurich, on s'est goinfré le 80 % du budget total (modeste : 750'000 francs) prévu pour toute la Suisse par les églises protestantes pour assurer leur présence à l'Euro2008.

EUROMOUTARDS
Le Conseiller fédéral Samuel Schmid, qui s'est dit convaincu "que l'Euro2008 aura des effets positifs à long terme sur la population, sur la société, sur l'économie et sur l'encouragement du sport", rien que ça, a présenté à la mi-février quatre projets de promotion du sport auprès des chtis nenfants : tournois de foot dans les écoles, pratique du sport en sus de l'éducation physique "normale", incitations particulières pour les plus petits, tout ça... La Ville de Genève avait embrayé, en organisant pour les djeuns de 15 à 18 ans un "Euro des quartiers" : un tournoi de "street foot" en avant-première du tournoi de flouze-foot. Et après l'Euro, la Ville nous organisera quoi ? un tournoi de gérontofoot entre pensionnaires des EMS ? des matches de nécrofoot entre carrés confessionnels du cimetière de Saint-Georges ?

12 mai 2009

Brèves

Présentant le projet de loi du Conseil d'Etat attribuant à la fondation du trou du stade de la Praille une subvention annuelle de deux millions et des poussières, le Conseiller d'Etat Mark Muller a expliqué qu'il fallait "maintenant achever le travail et assainir durablement la situation". Ce sont les mots justes : "achever" et "assainir durablement". Le coup de grâce et le bulldozer, quoi.

La facture (quelques centaines de milliers de francs) de la location de la Plaine de Plainpalais, envoyée par la Ville à l'organisateur des festivités de l'Euro 2008, Nepsa SA (la société du député radical Frédéric Hohl) n'a toujours pas été payée, dix mois après lesdites festivité, signale le directeur du département du Conseiller administratif (radical lui aussi) Pierre Maudet. On n'a plus qu'à espérer qu'il ne viendra à personne l'idée de proposer que le canton alloue une subvention à Nepsa pour lui permettre de payer sa facture à la Ville, comme on nous propose de verser une subvention à la fondation du stade de la Praille pour payer ses dettes…

" Siège de nombreuses organisations et sociétés internationales, Genève s'est dotée d'un stade d'une grande capacité, soit 30'000 places assises, de manière à pouvoir accueillir des événements dont la notoriété dépasse largement les frontières cantonales ", explique (benoîtement) le Conseil d'Etat, à l'appui de sa proposition de filer désormais chaque année deux millions de plus dans le trou du stade. Il a raison, le gouvernement : le stade accueille effectivement des " événements dont la notoriété dépasse largement les frontières nationales ". Son naufrage financier et son absence de public, par exemple.

Présentant le projet de loi du Conseil d'Etat attribuant à la fondation du trou du stade de la Praille une subvention annuelle de deux million s et des poussières, le Conseiller d'Etat Mark Muller a expliqué qu'il fallait "maintenant achever le travail et assainir durablement la situation". Ce sont les mots justes : "achever" et "assainir" durablement. Le coup de grâce et le bulldozer, quoi.

La mise en faillite de la fondation du stade de la Praille " comporte(rait) des incidences négatives en termes d'image pour le canton de Genève ", prévient le Conseil d'Etat dans l'exposé des motifs de son projet de loi accordant une subvention annuelle de plus de deux millions à la dite fondation. Au point où on est de ce feuilleton, on ne voit pas ce que Genève pourrait encore avoir à perdre " en termes d'image "... A moins qu'on évoque les jolies images qui ornent nos billets de banque. A raison de plus de deux mille billets de mille balles balancés chaque année dans le trou de la Praille pendant le restant de la vie du stade, ça aurait effectivement " une incidence négative en terme d'image ".

22 avril 2009

EURORAMDAM

La "Tribune de Genève" a été désignée début février 2008 "Journal exclusif de la ville hôte" de l'Eurofoot par MediaMark Muller, Conseiller d'Etat en charge des constructions de fêtabeaufs à la Praille et dans les quartiers circonvoisins. Vu la manière dont la Julie a couvert depuis des années le feuilleton de la Praille, puis les préparatifs de l'Euro, et a servi de relais aux appels désespérés à la mobilisation de l'enthousiasme populaire défaillant à l'égard de la Praille comme de l'Euro, cette désignation est plus un constat qu'une mission. En tous cas, ça nous présageait (et on n'a pas été déçus) une couverture médiatique à venir, à la hauteur de la couverture médiatique déjà assurée sur le stade et l'Euro : toute tissée d'indépendance et farcie d'esprit critique. D'ailleurs, c'est pour manifester cette indépendance et assurer cet esprit critique que la Julie, toute fiérote, annonçait qu'elle avait "engagé des moyens exceptionnels" (une trentaine de personnes) pour couvrir l'événement. Et que, princièrement, et avec l'Etat, elle mettait au concours cent places pour les matches joués à Genève.

La megasuperteuf du foot à Plainpalais et au Bout du Monde va coûter au moins 2,6 millions, dont un million à la charge du canton -mais sans tenir compte des frais qu'elle va entraîner pour la Ville.
C'est la société (privée) d'un député radical au Grand Conseil, Frédéric Hohl, qui a été mandatée pour organiser les diverses manifestations annexes à l'Eurofoot, à Genève : sur la plaine de Plainpalais (écran géant, stands, animations, quelques concerts), au Bout du Monde (écran géant, stands, animations, concerts, camping). Et comme ladite société privée dudit député radical a le sens des vraies valeurs, elle avait prévu d'installer à Plainpalais, pour dominer la plèbe, une tour de trois étages pour les VIP, à qui étaient proposés (contre rémunération de 170 à 550 balles par jour et par personne) repas gastronomiques, consommations à discrétion, salon (pardon : "lounge")... et plus (au "Club o8" des Vernets) si affinités.

A Plainpalais, la "Fan zone" (pour laquelle on a déboulonné les jeux pour enfants -pendant l'Euro, la vie s'arrête...) fermait à minuit. Autant dire que les nuisances se poursuivaient jusqu'à l'ouverture des premiers bistrots du quartier, à 4 ou 5 heures. "Il y aura du bruit, la fête est à ce prix", se défendaient les organisateurs. Et les dommages collatéraux (vols, dégradations), se demandaient les habitants, qui savent que les assurances ne remboursent pas les dégâts dus à des "événements exceptionnels" ? ben... euh... l'Etat n'engage pas sa responsabilité civile, la Ville non plus, démerdez vous, répondaient les zautorités...
On se demande par ailleurs pourquoi la "Fan Zone" a été installée à Plainpalais, en pleine ville, pendant trois semaines, alors qu'on aurait pu la coller au calme au Bout-du-Monde (ça aurait évité au "Fan Village" qu'on y a établi de se transformer en zone tout court), ou dans le stade les jours où il n'était pas utilisé pour des matches...

Pour nettoyer les parcs à bestiaux, la Ville a dû faire appel à des entreprises privées, la Voirie ne pouvant à elle seule débarrasser ces espaces privatisés des détritus que les joyeux supporters laissaient derrière eux. Elle avait d'ailleurs fort à faire, la Voirie, avec le reste de la Ville : au maximum de sa capacité, elle avait même interdit à ses hommes de prendre des vacances en juin, et les avait prévenus qu'ils auraient sans doute à faire des heures supplémentaires. En revanche, elle n'avait pas prévu de rendre obligatoire l'utilisation de vaisselle réutilisable avec consigne, et laissait utiliser de la vaisselle jetable qui est partie gonfler la montagne de déchets expédier aux Cheneviers, faut bien rentabiliser cette usine... Et alors, vous n'avez tout de même pas cru une seconde que les grands discours sur l'écologie, le développement durable et autres Agendas 21 étaient autre chose, précisément, que de grands discours ?

Pour faire chier encore plus de monde, et la nuit, le Conseil fédéral a autorisé pendant l'Euro les vols nocturnes (entre 22 heures et 6 heures) au départ des aéroports de Genève, Berne et Zurich, pour évacuer les supporters les soirs de matches. Et emmerder les riverains des aéroports les nuits qui suivent.

Pour ne pas laisser souffrir ceux de leurs habitants allergiques aux réjouissances de l'Eurofoot, mais voisins des zones de ces réjouissances, Bâle et Berne avaient décidé de les aider à prendre des vacances et avaient entamé des négociations avec des régions de montagne en Valais et dans les Grisons. Aucune négociation n'a cependant été prévue avec la Chine pour offrir aux riverains des parcs à blaireaux de jolies vacances au Tibet.
Plusieurs villes de Suisse ont en outre tenté de limiter les débordements tribaux d'avant et après-matches : Berne a rappelé qu'il était interdit de tenir un drapeau hors de sa voiture, Neuchâtel et Nyon ont interdit les défilés automobiles dans certains secteurs.

A Berne, on a mis sur pied une campagne de préparation de l'accueil des supporters des équipes qui jouaient sur place, campagne devant théoriquement comporter un volet de "sensibilisation aux langues" des pays concernés. Sensibilisation "aux langues" (au pluriel) qui s'est finlement réduite en la distribution d'une feuille résumant les principales phrases d'accueil ("Bonjour", "c'est par là", "veuillez déposer vos bombes à la consigne", etc...) en hollandais et en roumain, outre le français et l'italien dont on rappellera qu'il s'agit de langues nationales et officielles de la Suisse. Mais pour tout le reste, la "sensibilisation aux langues", ça c'est résumé en un usage systématique du pidgin touristique anglo-américain.
Vivement les Chinois, qu'on se marre.

L'organisateur des parcs à bestiaux de l'Eurofoot, le député radical Frédéric Hohl, s'est pris une bûche de 12'400 francs pour avoir laissé entrer des mineurs dans le "Fan Club 08", la disco éphémère installée aux Vernets. Et il s'est plaint, Hohl, d'avoir dû subir "une leçon de morale très politisée par un adversaire de gauche", l'ancien syndicaliste du SIT Ismaïl Türker, responsable du service des autorisations du Département de la Santé et de l'Economie. C'est vrai qu'entendre un discours de gauche pendant l'Eurofoot, ça avait de quoi surprendre. Mais qu'on s'est finalement assez peu plaints, de notre côté, d'avoir dû subir pendant un an des "leçons de sport très commercialisées par des fétichistes du foot".

En novembre, un sondage effectué pour "Coopération" indiquait que 54 % des 500 personnes interrogées déclaraient ne pas s'intéresser à l'Euro (22 % pas à l'Euro proprement dit, et 32 % pas au football en général). 7 % se disaient déjà "dans la fièvre de l'Euro", et 39 % attendaient le début de la compet' pour s'en réjouir. Les autres attendaient la fin pour être soulagés.

09 avril 2009

… et delendum stadium…

Un nouvel instrument financier : le trou rentier
Nème épisode d'un feuilleton répétitif, celui du stade de la Praille : Accroché au trou de la Praille comme une huître à son pieu, le Conseil d'Etat propose au Grand Conseil un projet de loi (PL 10433) attribuant à la fondation (privée) (1) du stade une subvention annuelle de l'ordre de plus de deux millions chaque année pendant quatre ans (2), subvention renouvelable mécaniquement pendant toute la durée de vide du stade, soit encore au moins quarante ans. On vous laisse faire vous même la multiplication (quarante fois deux millions, ou plus si entente) pour obtenir le total final de ce nouveau racket des fonds publics. En pleine crise économique et financière, le gouvernement genevois invente un nouvel instrument financier : le trou rentier. A deux millions par an pendant un demi-siècle. C'est beau comme du Madoff. Surtout quand on lit les " conditions " que le Conseil d'Etat fait mine de poser à la fondation :

- d'abord, " la fondation s'engage à restituer la part non utilisée de l'aide financière mise à disposition par l'Etat ", comme si, dans l'état financier où se trouve la fondation, une quelconque part de cette aide allait être " non-utilisée "… de toute façon, " la fondation conserve 25 % de son résultat annuel ", le solde revenant à l'Etat, comme si, à moins de tripatouiller les comptes, le résultat annuel allait être autre chose qu'un déficit;
- ensuite, " la fondation s'engage à ce que les objectifs qu'elle poursuit et les actions qu'elle entreprend s'inscrivent dans une perspective de développement durable " (art. 8 du projet de contrat de prestation ). Il faudra bien qu'on nous explique comment on peut inscrire " dans une perspective de développement durable " la gestion, l'exploitation et l'entretien d'un stade de 30'000 places pour 5000 spectateurs potentiels et 1500 spectateurs réels (dont au moins un quart ne paient pas leur place). Le seul " développement durable " dans lequel puisse s'inscrire le stade a été jusqu'à présent celui du racket des fonds publics.
- enfin, la fondation " s'engage à être le bénéficiaire direct de l'aide financière " de l'Etat (ce qui suggère, pour le moins, l'existence d'un doute à ce sujet ) et à signaler à l'Etat tout " événement exceptionnel et prétéritant la poursuite des objectifs de la fondation ou la réalisation " du contrat de prestation. Il va de soi que l'insolvabilité de la fondation, pas plus que le surdimensionnement du stade. ne peuvent être considérés comme des " événements exceptionnels ", puisqu'ils sont la norme de cet équipement et que, depuis plus de dix ans, ils rendent impossible la réalisation du moindre des objectifs de la fondation et la respect de la moindre des conditions que le Conseil d'Etat fait mine de poser à l'octroi d'une subvention pérenne à la fondation.

Des précautions rhétoriques
Au projet de loi est annexé un projet de contrat de prestation, qui prend quelques précautions au cas où la fondation bénéficiaire des largesses de l'Etat prendrait, elle, quelques libertés (3) avec les conditions qui lui sont posées pour qu'elle puisse en bénéficier. Une décennie d'expérience nous convainc cependant que ces précautions sont purement rhétoriques : quoi qu'ait fait la fondation jusqu'à présent (4), les collectivités publiques ont toujours casqué pour payer les pots cassés. Et ça n'a pas suffi : en juin 2008, un cabinet d'avocat (Mo Costabella Pirkl) mandaté par la fondation décrit en ces termes la situation d'une fondation en état " d'insolvabilité durable " :
- " le coût des travaux final du stade (...) a failli entraîner (la) faillite " de la fondation;
- " le paiement en avance des rentes dues par La Praille S.A. Centre commercial et de loisirs (pour le droit de superficie) a pour effet de priver la FSG d'une source de liquidités indispensable à son fonctionnement " ;
- " l'Event center a été loué à des conditions dictées par l'intérêt de son utilisateur actuel " (le centre commercial);
- les faillites du Servette et de la Société d'exploitation du stade ont eu " pour effet que les nouveaux engagements liés à l'exploitation du stade ont été conclus au nom " de la fondation, qui a également repris totalement ou partiellement certains engagements de la société d'exploitation, mais selon des critères " pas documentés ";
- les liens entre la fondation, les pouvoirs publics et le Crédit Suisse sont à l'origine d'une manière " peu claire de comptabiliser certaines écritures "; faute de documentation, on ne sait par exemple si l'apport, sans contrat, du Fonds d'équipement communal pour régler la dette à l'égard d'Implenia et satisfaire les exigences de l'UEFA doit être considéré comme un prêt, une avance ou une donation. Même remarque pour le paiement par les pouvoirs publics de dettes d'exploitation (droit de superficie aux CFF, taxe d'eau, etc.) ;
- la fondation est " vulnérable, n'a aucune autonomie financière et ne peut pas assurer le paiement de ses charges de base ";
- " il n'y a pas de perspective d'amélioration des revenus d'exploitation ";
- la référence dans la loi du 26 avril 1996 à des " engagements financiers de l'Etat " comme moyen d'assurer " au besoin " la couverture des frais financiers et d'exploitation du stade " ne constitue pas une garantie de passifs ou de subventionnement des pouvoirs publics claire et exécutable au profit de la fondation ";
- " la faillite de la Fondation pourrait être prononcée si d'aventure les dettes d'exploitation, même insignifiantes, ne pouvaient pas être acquittées ". Or on y est : à la date (24 juin 2008) du rapport du cabinet d'avocat, il était " indiscutable que (la) fondation (était) insolvable ". N'importe quelle entreprise privée se trouvant dans la situation actuelle de la fondation du stade serait mise en faillite. Mais on n'a pas affaire à n'importe quelle entreprise (privée ou publique) : on a affaire à un fétiche, à un totem, devant lequel on se prosterne et au pied duquel on dépose comme une offrande tous les fonds publics qu'on arrive à pomper.

Des promesses illusoires
Le prétexte du projet de loi présenté par le Conseil d'Etat, et contre lequel nous lancerons un référendum si, comme probable, il est accepté par un Grand Conseil dansant depuis dix ans autour du totem de la Praille la danse de la pluie de subventions publiques, est donné dans son article 5 : " permettre à la Fondation du stade de Genève de poursuivre l'exploitation du stade de Genève et de le maintenir dans un bon état d'entretien ". Prétexte formalisé dans un " contrat de prestation " par lequel la fondation s'engagerait, les belles promesses rendant les fous joyeux, à
- " optimiser l'utilisation du stade " par l'accueil d'un club résident (dont les matches n'attirent que 1500 personnes au plus, et généralement moins de mille), l'organisation d'autres matchs de football (qui ne remplissent pas plus le stade, sauf événements exceptionnels du genre Euro, qu'on ne reverra plus à Genève avant la disparition du stade, que celle-ci se fasse ou non au terme de sa durée de vie théorique de cinquante ans) et l'organisation d'événements (concerts et locations) qui dans le meilleur des cas ne rempliront le stade que deux ou trois fois par an;
F assurer un accueil optimal du public lors de manifestations - il est vrai que l'accueil sera d'autant plus " optimal " (et coûteux) que le public sera rare (et les rentrées financières congrues);
- améliorer le résultat d'exploitation de la FSG selon un plan financier quadriennal, que la FSG est hors d'état de tenir quel qu'en soit le contenu.

Ces engagements valent ceux, quasi identiques, pris par la fondation depuis bientôt une décennie, et qu'elle n'a jamais été capable de tenir.
Quant au cabinet d'avocat mandaté par la fondation pour lui formuler des propositions " visant à (son) assainissement ", il a en effet, en juin 2008, suggéré quelques mesures, en posant comme condition d'évidence (mais on a vu depuis dix ans que cette évidence a besoin d'être rappelée) le " respect des dispositions légales et statutaires ", dont le constat officiel de l'insolvabilité durable de la fondation, la production d'un bilan intermédiaire crédible (et donc sincère) (5) , et d'un rapport de révision. Les mesures proposées par le consultant sont, notamment, les suivantes :
- racheter (avec quel argent ?) le contrat Event center et les loges, constituer une nouvelle société d'exploitation, élaborer un plan d'exploitation du stade et s'assurer une disponibilité garantie de fond. On peut être certain que ni la fondation actuelle, ni une éventuelle fondation de droit public, ne soit en état de concrétiser de telles propositions sans une aide publique accrue, c'est-à-dire une ponction accrue, et durable, dans les caisses publiques ;
- vendre ou transférer le stade à un tiers ou à l'Etat, après liquidation de la fondation (6). Le transfert à un tiers suppose qu'on trouve ce tiers et la vente du stade qu'on lui trouve un acheteur (même au prix " cassé " de 17 millions, qui est celui que suggérait une étude de 2004 en cas de vente forcée, on ne voit pas le chaland se précipiter); le transfert à l'Etat n'aboutit qu'à faire reprendre le Titanic par un autre armateur : ça n'évite pas le naufrage, ça le fait seulement totalement assumer par la collectivité publique...
- assainir la situation en recomposant totalement les fonds propres afin de payer tous les créanciers (y compris l'Etat et les communes), ou en s'engageant dans une procédure concordataire aboutissant au paiement d'un dividende (soit une partie des dettes, ou encore mettre la fondation en faillite, ce qui ne serait que le constat de sa situation actuelle). Ces deux solutions impliquent la réalisation, plus ou moins forcée, des actifs de la fondation, la nomination d'un organe désigné par un tribunal et une publicité désagréable pour les responsables, privés ou publics, du désastre -on comprend donc qu'ils n'y tiennent guère ;
- conclure un concordat extrajudiciaire en négociant séparément chaque dette, tout en respectant un minimum d'égalité de traitement entre les créanciers.

Une fondation en état de cessation de paiement
La cause réelle du projet de loi est claire, et simple : le stade, et la fondation supposée l'exploiter et l'entretenir, sont en état de cessation de paiement (l'organe de révision a constaté en décembre 2008 que les dettes de la fondation ne sont pas couvertes par ses biens, que ceux-ci soient estimés à leur valeur d'exploitation ou à leur valeur de liquidation, et que la fondation est donc " manifestement surendettée "). Cette situation, dans laquelle la fondation se trouve depuis des années, et qui ironiquement ressemble beaucoup à celle dans laquelle se trouvait le FC Servette au moment de son rachat par Marc Roger, a été camouflée tant qu'on a pu, mais on ne peut plus : " C'est la faillite ou la subvention cantonale ", clament en chœur les stadolâtres, les zautorités et la Tribune de Genève. En réalité, on n'en est plus là : le stade n'est pas " menacé " de faillite, le stade est une faillite. Et on ne met pas une faillite en faillite, sinon pour la constater, et pemettre aux collectivités publiques de se débarrasser, aux enchères ou de gré à gré, du boulet qu'elles traînent à la Praille. Encore que plane une menace : que l'Etat mise lui-même et rachète le stade -acte contre lequel, toutefois, un référendum est possible, comme d'ailleurs contre la transformation de l'actuelle fondation de droit privé en fondation de droit publique, qui ne peut être créée que par une loi contre laquelle nous ne manquerions pas de lancer un référendum, cette substitution en apparence formelle d'un statut public à un statut privé (lui-même purement formel, dès lors que ne siègent plus au Conseil de fondation, en violation de ses statuts, que des représentants de pouvoir publics, et que la fondation ne surnage financièrement que grâce aux apports de fonds publics) ayant pour principal effet de rendre les collectivités publiques mécaniquement responsables des pertes de la fondation, et donc de faire payer, au sens le plus trivial du terme, par les contribuables l'irresponsabilités des scénaristes (privés et publics) de ce triste feuilleton.

Un stade qui vaut dix fois moins que ce qu'il a coûté
Le stade de la Praille a déjà coûté plus de 150 millions de francs; sa construction a coûté 121 millions, dont 102 pour le stade lui-même. En 2004, sa valeur en cas de vente forcée n'était évaluée qu'à 17 millions. En d'autres termes, aujourd'hui, le stade, qui a coûté plus de deux fois plus que prévu, vaut dix fois moins que ce qu'il a coûté. Et son seul maintien en l'état coûte déjà chaque année plus de deux millions de francs, et coûtera de plus en plus cher, au fur et à mesure que le temps fera son effet sur l'état de l'ouvrage, et le renchérissement sur les coûts de son entretien.

Qui a payé ?
Du côté des collectivités publiques :
- Le canton, la Ville de Genève et la Ville de Lancy ont doté ensemble la fondation d'un capital en espèces de 26 millions de francs (vingt millions par l'Etat, trois millions par la Ville de Genève, trois millions par celle de Lancy), plus cinq mille francs chacun ;
- La Confédération a contribué pour cinq millions à la construction du stade ;
- Le fonds d'équipement communal a assuré, pour onze millions, le paiement de la dette de la fondation à l'égard de Zschokke-Implenia, puis, pour neuf millions, la mise en conformité du stade aux exigences de l'UEFA ;
- L'Etat a en outre mis gratuitement à disposition de la fondation les terrains nécessaires à la construction du stade, et a pris à sa charge la rente de droit de superficie à verser aux CFF pour la parcelle mise à disposition du stade.
Au total, la majorité des fonds engloutis dans la construction, l'aménagement, l'équipement et l'adaptation du stade proviennent, à raison d'environ 80 millions de francs (sans compter les mises à disposition et prises en charge gratuites), des collectivités publiques, alors que le stade était supposé ne rien leur coûter.

Du côté des privés :
- le Crédit Suisse a accordé un prêt, sans intérêts mais remboursable en 80 ans à raison de 250'000 francs par an, de 20 millions. Ce prêt doit être remboursé par la Fondation (privée). Si celle-ci est transformée en fondation de droit public, ce sont les caisses publiques qui seront ponctionnées pour le remboursement du prêt. En novembre 2008, le Crédit Suisse s'est déclaré d'accord de " post poser " sa créance de vingt millions, à condition que le canton s'engage à contribuer aux frais de fonctionnement de la Fondation " à hauteur de 900'000 FS par an au moins et pour dix ans au moins ". Petit chantage entre amis, auquel le Conseil d'Etat propose donc que le canton se soumette, en y mettant même un peu du sien puisque le gouvernement propose que le canton s'engage non pour 900'000 francs par an pendant dix ans au moins, mais pour un peu plus de deux millions par an pendant quatre ans au moins -le terme de la proposition du Conseil d'Etat étant finalement le même que celui du chantage du Crédit Suisse : la durée de vie du stade, soit encore, en gros, un demi-siècle. ;
- une souscrpiton pulbique a apporté quatre millions ;
- la Fondation Hippomène (Hentsch) a fait " don à la collectivité ", par le biais de la société immobilière du Servette, des terrains du Stade des Charmilles pour qu'ils soient transformés en parc public (qu'on attend toujours), après un échange de bien-fonds entre l'Etat et la Ville, le premier devenant propriétaire des terrains de la Praille et la Ville des terrains des Charmilles.

L'amortissement du coût de la construction du stade se monte en gros, sur cinquante ans (la durée de vie du machin) à deux millions par an. Soit ce que le Conseil d'Etat propose sous forme de subvention cantonale, le stade étant incapable de payer lui-même l'amortissement de sa propre construction. La fondation se sait insolvable, et sait n'avoir échappé à la faillite que grâce à la complaisance des autorités. Au 31 décembre 2007, la Fondation était en découvert de plus de 5,6 millions de francs. L'organe de révision des comptes de la fondation du stade, la fiduciaire Gestoval, décrit assez clairement la situation dans son rapport de septembre 2008 sur les comptes 2007 (et la situation n'a pas changé, sauf à empirer, depuis) :
" La Fondation du stade de Genève reste confrontée à d'énormes difficultés de trésorerie et se considère comme insolvable (...); elle ne pourra satisfaire à ses engagements à court et moyen terme que si les fonds nécessaires notamment destinés au règlement de ses dettes à court terme sont effectivement mis à disposition et qu'à la condition que son exploitation génère des cash-flows suffisants pour faire face aux engagements de la Fondation. Ces conditions n'étant actuellement pas remplies, la poursuite de l'exploitation est dès lors très fortement menacée. S'il ne devait pas être possible de mettre en place un assainissement avec pour corollaire de nouvelles sources de financement, la continuation de l'exploitation de la Fondation deviendrait impossible et les comptes devraient être établis sur la base des valeurs de liquidation ". Valeurs non précisément estimées dans son rapport par la fiduciaire, puisque en septembre 2008, la Fondation n'avait pas encore, contrairement à ce qui lui impose le Code civil, établi un bilan intermédiaire fondé sur la valeur vénale des biens. Elle le fera quelque temps plus tard, mais en produisant un bilan intermédiaire que l'organe de révision des comptes se refusera à cautionner sans réserves (5) .

Trois piliers fragiles
L'exploitation du stade de Genève doit reposer sur trois piliers, rappelle le Conseil d'Etat. Or les trois piliers sont fragiles, sinon pourris :
- " la présence d'un club résident " ? Le FC Servette a plongé de l'élite du foot suisse en division inférieure, et est menacé de tomber encore plus bas. De toutes façons, le club n'a jamais eu plus de 5000 supporters à Genève depuis la fin des années soixante, même lorsqu'il était champion suisse : ça justifie un stade de 15'000 places, ça remplissait parfois les Charmilles, ça ne les laissait jamais vides, mais ça laisse en moyenne la Praille vide à 90 %:
- " des matchs de football supplémentaire " (équipe de Suisse, matches internationaux) : de toutes façons, ces matches sont en nombre largement insuffisant pour permettre autre chose qu'un " remplissage " exceptionnel, et aléatoire, du stade;
- " d'autres manifestations ", comme les concerts -mais il est parfaitement illusoire d'en attendre autre chose qu'un apport accessoire.
En clair, il est totalement exclu que l'exploitation du stade puisse être rentable, et qu'il finisse par se justifier un jour d'avoir planté à la Praille une enceinte de 30'000 places.

Tais-toi et paie ?
" Le canton a voulu ce stade et il faut le payer ", affirme le Conseiller d'Etat Mark Muller. Le canton a voulu ce stade, vraiment ? Le Conseil d'Etat peut-il nous dire quand les citoyennes et les citoyens du canton se sont-ils prononcés ? ils ne l'ont jamais pu, ni sur le déplacement du stade des Charmilles à la Praille, ni sur le volume du stade (30'000 places, quand la moitié suffisait), ni sur l'aplaventrissement des autorités devant les désirs d'une organisation privée, l'UEFA, qui a imposé des modifications au stade, pour un coût de plusieurs millions. Seules et seuls les citoyennes et citoyens de la Ville ont pu se prononcer. Et quand ils l'ont pu, ils ont dit clairement (à trois contre un...) qu'ils ne voulaient pas payer un machin qui a été posé à la Praille sans que jamais l'avis du "peuple souverain" ait été sollicité. Au point, d'ailleurs, que quand le "peuple souverain" aurait pu se prononcer, sur initiative ou par référendum populaires, tout a été fait, et réussi, pour l'en empêcher...

Nous sommes de ceux qui depuis dix ans annoncent que le stade, d'abord projeté, puis construit, inauguré, mis en service et, aujourd'hui, pratiquement déserté, ne serait jamais, ne pourrait jamais être rentable : un stade de 30'000 places pour un canton de 480'000 habitants, et pour 4500 supporters, relève de l'absurdité -et d'une absurdité durable. Là où un stade de 15'000 places suffisait largement, on en a construit un deux fois plus grand. Qui reste donc vide à 90 % lorsqu'il est utilisé, sauf événements exceptionnells (lesquels n'ont pas besoin du stade pour se dérouler). Le plan financier initial prévoyait un stade rentable à raison de 20 matches du club résident (Servette), vingt matches internationaux et vingt concerts à guichets fermés : du pur Madoff. Le club résident ne remplissait déjà par les Charmilles, il pouvait d'autant moins remplir la Praille qu'il est tombé en division plébéienne (et ne paie que 9000 francs au stade par match qu'il y joue, devant généralement moins d'un millier de spectateurs); les matches internationaux se comptent sur les doigts d'une main et les concerts sur les doigts de l'autre (7).

Financièrement, ce stade est un gouffre : il l'est dès sa création (ce que reconnaît le Conseil d'Etat, qui rappelle que "le coût des travaux du stade a failli entraîner sa faillite" -on ne l'a évitée qu'en ponctionnant le fonds d'équipement communal pour payer les factures), il l'est resté (malgré le paiement en avance des rentes de droit de superficie dues par le centre commercial) et le restera tant qu'on ne l'aura pas vendu ou détruit (ce que le Conseil d'Etat admet également, implicitement) : il a déjà coûté au moins 150 millions au lieu des 68 millions prévus; explication de la "Tribune" : c'est parce qu'il est plus grand que prévu (le seul fait de passer d'un stade de 25'000 places, tel qu'initialement prévu, et déjà surdimensionné, à un stade de 30'000 places, a alourdi l'ardoise de douze millions)... mais à qui la faute, sinon à ceux qui, comme la "Tribune", se sont acharnés à défendre l'idée, puis à soutenir la construction, d'un stade de 30'000 places là où 15'000 suffisaient ? Résultat : le mammouth, a englouti, outre les dizaines de millions de fonds publics qu'on y a balancé, la totalité du droit de superficie dû par Jelmoli (ce qui a pour effet, soupire le Conseil d'Etat, "de priver (la fondation) d'une source de liquidités indispensables à son fonctionnement") et du prix des concessions des stands et des buvettes. Financièrement, le stade est un gouffre, architecturalement, un étron; sportivement, un terrain vague. Le meilleur sort qu'on puisse le réserver serait de le vendre pour un fanc symbolique, à qui en voudra, Marc Roger ou Bernard Madoff, peu importe. Mais il vaudrait encore mieux pour tout le monde qu'il soit détruit (une "option trop absurde pour qu'on s'y arrête, selon la "Tribune", qui s'est arrêtée une fois pour toutes à une option encore plus absurde : l'acharnement thérapeuthique et financier). Sinon, qu'en faire ? Une friche post-industrielle ? Un musèe des imbécilités politiques ? Une annexe à Champ-Dollon ? Ou plus raisonnablement, en faire ce à quoi il sert présentement : rien.

Chronologie
Le 26 avril 1996, le Grand Conseil adopte une loi ouvrant un crédit de 20 millions FS pour la reconstruction ou la rénovation du Stade des Charmilles et du Centre sportif de Balexert. Un peu plus d'un an plus tard, le 19 juin 1997, le même Grand Conseil transfère le crédit (et le stade) des Charmilles à la Praille : c'est l'erreur initiale -tout le reste va suivre, de mal en pis.

En février 1998 est constituée la Fondation privée du Stade de Genève. Elle a pour but de " favoriser la pratique et le développement et général de tous les sports athlétiques dans le canton de Genève, et plus particulièrement ceux pratiqués par le Servette Football Club ", d'acquérir les biens et droits immobiliers nécessaires à la construction et à l'exploitation du stade de Genève et à la réhabilitation du Centre sportif de Balexert, d'assurer la construction, le financement, la gestion et l'exploitation du stade " dans l'intérêt général ", et à cet effet de rechercher le financement du projet et d'établir la couverture des frais financiers et d'exploitation " au besoin avec des engagements financiers éventuels de l'Etat ".

Le 27 mai 1999, le Grand Conseil adopte une loi créant une zone de développement 3 affectée à des activités commerciales et administratives, sur laquelle sera implanté le stade, le centre commerciual et le bâtiment de liaison. Le plan localisé de quartier est adopté par le Conseil d'Etat le 8 septembre 1999.

Le 13 mars 2000, nous lançons une initiative populaire cantonale (IN 118) " Pour un projet de stade raisonnable ". Elle aboutit avec 11'000 signatures et est déposée le 12 juillet.

Le 5 octobre 2000, trois mois après l'aboutissement de l'initiative, le DAEL autorise la construction du stade, du centre commercial et du bâtiment de liaison. Les travaux (de démolition) débutent le 20 novembre 2000.

Le 29 mars 2001, la première pierre du stade est posée, six mois après l'aboutissement et le dépôt de l'initiative populaire " pour un stade raisonnable " (de 15'000 places). Mais il aura suffi aux promoteurs du stade et à leurs porte-valise de faire traîner l'examen parlementaire de l'initiative jusqu'au début des travaux, pour pouvoir dire ensuite que l'initiative n'avait plus d'objet et la faire annuler, le 17 avril 2002, par un TF aux ordres, alors que le Conseil d'Etat et le Grand Conseil l'avaient déclarée valide en avril et juin 2001.

En décembre 2002, le Groupe Canal+ se retire de la Société d'exploitation du stade (il en était l'actionnaire majoritaire) et cesse d'être l'opérateur de cette exploitation. La Fondation décide de reprendre le capital action et de prolonger l'existence de la Société d'exploitation.

Le 13 novembre 2003, le Centre commercial est ouvert, quatre mois avant le stade (premier match : le 16 mars 2003). Ce qui illustre l'importance respective du souk et des arènes : les secondes n'étaient qu'un adjuvant au premier.

Le 21 février 2004, la Fondation reprend à sa charge le passif de la Société d'exploitation et la vend à Marc Roger, pour un franc symbolique. A ce moment, le coût de la construction du stade a déjà atteint les 120 millions, mais sa valeur en cas de vente forcée ne dépasse pas les 17 millions de francs.

Le 28 février 2004, Marc Roger acquiert, pour un franc symbolique, 87 % des actions de la S.A. du Servette. Un mois plus tard, il entre au Conseil d'administration et, en juin, en devient le président. Christian Luscher, Alain Rolland et Olivier Carrard quittent le navire.

Le 25 octobre 2004, la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil rend un rapport constatant que la fondation a une dette de 10 millions de francs à l'égard de l'entreprise Zschokke, et qu'en octobre 2000 déjà, avant même que la construction du stade ait commencé, la fondation souffrait d'un manco de 2,7 millions de francs.

Le 1er février 2005, la Fondation prend directement en charge l'exploitation du stade, trois jours avant la dissolution par faillite de la Société d'exploitation.

Le 4 février 2005, la faillite du FC Servette est prononcée. Un mois plus tard, Marc Roger est arrêté.

Le 24 avril 2005, les électrices et électeurs de la Ville de Genève refusent (à trois contre un) une proposition de prêt de 2,5 millions de la Ville à la Fondation du stade.

Le 8 juin 2006, le Grand Conseil modifie les statuts du fonds d'équipement communal, pour permettre (mais apparemment sans le savoir) qu'il soit ponctionné pour payer les dettes de la fondation du stade.

Le 11 décembre 2006, le Fonds d'équipement communal verse, malgré l'opposition de la Ville de Genève, onze millions à la fondation pour lui permettre de régler sa dette à l'égard de Zschokke-Implenia. Une année plus tard, le même fonds est mêmement ponctionné, toujours malgré l'opposition de la Ville de Genève, de 8,8 millions de francs, pour payer à la place de la fondation la mise en conformité du stade aux " exigences " de l'UEFA, dont on apprend au passage qu'elles ont force de loi.

Le 22 décembre 2008, l'organe de révision des comptes constate, ou plutôt confirme, que la fondation est surendettée et, objectivement, en état de cessation de paiement. Un mois auparavant, le Crédit Suisse se déclarait d'accord de "post poser" sa créance de vingt millions, à condition que l'Etat casque au moins 900'000 francs par an pendant au moins dix ans.

" Jusqu'à présent, tout a été fait en sorte pour que l'on évite d'en arriver (...) à dire que les subventions sont nécessaires ", observe (dans la "Tribune" du 7 février) un courageux membre anonyme du Conseil de fondation du stade. Tout, en effet. Tout et n'importe quoi : des prêts qui finissent par devenir des dons, des droits de superficie sur cinquante ans dont on encaisse le loyer semi-séculaire en une seule fois, et l'utilisation à deux reprises en deux ans, pour vingt millions de francs au total) du fonds d'équipement communal pour balancer, en privant les citoyennes et citoyens du droit de lancer un référendum populaire, des millions supplémentaires dans le trou de la Praille : une première fois pour payer les factures de sa construction, une seconde fois pour le mettre " aux normes de l'UEFA ", comme si une collectivité publique était tenue de suivre les ordres d'une organisation privée (par ailleurs milliardaire, mais ne payant pas un sou d'impôt). " Si les synergies pouvant exister entre l'UEFA et le stade de Genève n'ont pas encore toutes été développées, il n'en demeure pas moins que ce potentiel existe ", plaide le Conseil d'Etat à l'appui de son projet de subvention annuelle de deux millions à la fondation du stade. Les " synergies " déjà " développées " entre l'UEFA et le stade ayant déjà coûté au moins onze millions aux collectivités publiques, leur développement ultérieur promet...

Un trou financier durable
Le stade de la Paille ne sera jamais, financièrement, qu'un trou : il est illusoire d'attendre qu'un stade de 30'000 places puisse être autre chose à Genève. Même si Servette redevenait champion suisse (mais l'équipe est plus proche de la chute en ligue inférieure que de l'ascension en ligue supérieure) les 5000 supporters locaux du club local, à supposer qu'il soit " résidant " du stade, ne pourraient peupler celui-ci qu'au sixième de sa capacité. Et on ne le remplira pas non plus en faisant venir Céline Dion une fois par mois. Même pour nous chanter la chanson du film " Titanic " dans un stade en naufrage.

Un stade deux fois trop grand, trois fois trop cher, aux trois quarts vide et ne valant plus que le dixième de ce qu'il a coûté
On se retrouve donc avec un stade deux fois trop grand, trois fois trop cher, vide à 80 % et ne valant que le dixième de ce qu'il a coûté, géré par une fondation surendettée, parfaitement incapable de remplir le rôle que ses statuts lui assignent :
- " favoriser la pratique et le développement en général de tous les sports athlétiques dans le canton de Genève, et plus particulièrement ceux pratiqués par le Servette Football Club ". En fait, les seuls sports athlétiques dont le stade de la Praille " favorise la pratique et le développement en général " sont le lancer de bouée de sauvetage financier, la course d'obstacles démocratiques (avec contournement des obstacles), le saut dans le vide budgétaire, la natation synchronisée en eaux troubles et la pêche aux subventions;
- " acquérir les biens et droits immobiliers nécessaires à la construction et à l'exploitation du stade de Genève et à la réhabilitation du Centre sportif de Balexert ". Dans la réalité, la fondation du stade n'a jamais pu acquérir quoi que ce soit par elle-même, et a toujours dû s'en remettre à la générosité intéressée d'investisseurs et prêteurs privés, et plus encore à la générosité aveugle des collectivités publiques;
- assurer " la construction, le financement, la gestion et l'exploitation (du stade) dans l'intérêt général ", en établissant " que la couverture des frais financiers et d'exploitation est assurée, au besoin avec des engagements financiers éventuels de l'Etat ". En fait, la fondation n'a jamais rien pu assurer de ce qu'elle devait assurer, les engagements financiers " éventuels " de l'Etat ont toujours été rituels, ceux des communes (non prévus aux statuts) s'y sont ajoutés, et la fondation s'est révélée dès le début de son existence parfaitement incapable d'établir la couverture des frais financiers et d'exploitation de son stade. Ce qui a conduit le Conseil de fondation à admettre non seulement l'évidence qu'un " assainissement " est nécessaire, mais qu'il ne pouvait prendre que deux formes : la faillite, ou le concordat. Pour éviter la faillite, et donc obtenir un concordat, le Conseil d'Etat propose de pérenniser, et de légitimer, l'intervention du canton. Parallèlement, le Crédit Suisse " postposerait " (en clair : reportait aux calendes grecques l'exigence de son remboursement) sa créance de 20 millions, la Ville de Lancy ferait une croix sur le remboursement de son prêt de 3 millions et la société Compass, propriétaire et exploitante des buvettes, accepterait le rachat de sa créance, moyennant un abattement. En revanche, il est peu vraisemblable que la fondation puisse bénéficier d'une remise d'impôt : en mai 2008, le Conseiller d'Etat David Niler l'informait en effet qu'elle ne remplissait pas les conditions légales pour pouvoir en bénéficier, compte tenu des actifs " disponibles et réalisables importants qui figurent dans ses états financiers " (une valeur de construction du stade de 55 millions, une valeur de vente forcée de 17 millions).

Fondation de droit privé ou de droit public, blanc bonnet (d'âne) et bonnet blanc
La Fondation du stade est actuellement insolvable, et ne pourra jamais par ses propres forces assumer les tâches que ses propres statuts lui assignent. Que cette fondation reste de droit privé ou devienne de droit public, en quoi certains rêvent de la transformer (le Conseil d'Etat l'avait d'ailleurs proposé en 2005), ne changera rien à cette situation. D'abord parce que même " de droit privé ", la fondation est à la fois totalement dépendante du financement public, et totalement dirigée par des représentants des collectivités publiques (le canton, la Ville de Genève et celle de Lancy) : les privés s'en sont courageusement retirés à temps, en 2003 déjà, contrairement d'ailleurs à ce que les statuts de la fondation prévoient -il devrait y avoir un représentant du Crédit Suisse, un représentant de Jelmoli et un représentant de la fondation Hippomène (Hentsch) au Conseil de fondation. La question se pose d'ailleurs de savoir si une fondation incapable de constituer ses organes conformément à ses statuts ne se trouve pas hors-la-loi et en situation objective de dissolution, et en tous cas hors d'état de recevoir une subvention, régulière ou unique de la part d'une collectivité publique.
En 2004, la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil, décrivant la situation calamiteuse de la Fondation du stade, recommandait sa réorganisation rapide, par exemple sous forme d'une société anonyme de droit public, comme si un changement de statut juridique allait changer les réalités. Surtout, et plus dangereusement, la commission recommandait de " formaliser le fait que le stade est une infrastructure en mains publiques " et d'assurer par les collectivités publiques " le contrôle effectif des opérations ". Or c'est la dernière chose à faire, à moins que l'on veuille (et c'est précisément ce que les partisans du stade veulent) enchaîner les collectivités publiques au béton du stade, comme les mafiosi lestent de béton les pieds de leurs ennemis avant de les balancer à la flotte.Dans tous les cas envisagés par la commission de contrôle de gestion en 2004, le préalable est le même : liquider la fondation de droit privé (avec ou sans faillite) pour la transformer soit en société anonyme de droit public, soit en fondation de droit public, à qui transférer le patrimoine transférable de l'actuelle fondation. Ce préalable est intéressant, parce qu'il suppose l'adoption d'une loi par le Grand Conseil (le Conseil d'Etat a d'ailleurs un projet sous le coude depuis 2005). Et donc la possibilité de lancer un référendum. Possibilité dont nous pouvons d'ores et déjà annoncer que nous ferons usage.

Il ne reste donc à notre sens que deux solutions acceptables : la vente du stade au plus offrant (si on trouve un offrant) et donc sa reprise par des privés, ou sa démolition pure et simple. A l'une ou l'autre de ces conditions, il y a une précondition : la mise en faillite de la Fondation actuelle, et sa dissolution (8), conformément à l'art. 19.g de ses statuts, qui donne au Conseil de fondation l'attribution de requérir " pour de justes motifs " cette dissolution (qui peut également être prononcée de plein droit par l'autorité de surveillance, c'est-à-dire le Conseil d'Etat, sur requête éventuelle " de toute personne intéressée "). Les statuts de la fondation précisent que celle-ci devrait être dissoute au cas où elle " ne pourrait plus continuer son activité et si les événements ou les circonstances le justifient " (on admettra qu'une faillite entre dans ce cadre). En cas de dissolution, l'actif de la fondation, si actif il y a, doit être affecté en premier lieu à la couverture du passif (c'est-à-dire essentiellement le remboursement des dettes) puis, s'il reste un reliquat, ce à quoi même les stadolâtres les plus optimistes ne s'attendent guère, celui-ci serait dévolu au canton.
On notera, incidemment, que le code civil stipule (art. 55 al.3) que les fautes éventuellement commises, dans l'exercice de leurs fonctions, par les responsables d'une personne morale (en l'occurrence, la fondation), engagent " la responsabilité personnelle de leurs auteurs ", et que les victimes d'un dommage peuvent s'en prendre directement à ceux qui les ont causé, si c'est de manière illicite (comme tel serait le cas, y compris pénalement, s'ils concluaient de nouveaux engagements financiers au nom de la fondation, en sachant qu'ils ne pourraient être honorés, ou qu'ils n'avaient pas la capacité de les prendre, ce qui pourrait être le cas d'une fondation dont le Conseil n'est pas constitué conformément à ses statuts). On comprend peut-être mieux certaines réticences, pour user d'un euphémisme, à accepter la mise en faillite de la fondation.

" Il est rapidement apparu aux membres du conseil de fondation (du stade de Genève) que les revenus propres de la fondation ne suffisaient pas à financer l'exploitation et les investissements relatifs à la gestion et à l'exploitation du stade de Genève ", écrit en février 2009 le Conseil d'Etat dans l'exposé des motifs du projet de loi pérennisant le racket des fonds publics à raison de plus de deux millions supplémentaires par an versés dans le trou du stade pendant un demi-siècle pour couvrir le déficit d'exploitation prévu... On aime beaucoup l'usage de l'adverbe " rapidement " pour qualifier une prise de conscience aussi tardive que celle-là : on savait avant même l'inauguration du stade que celui-ci serait incapable de payer ne serait-ce que son propre entretien... Et qu'on ne nous fasse pas croire, comme tente de le faire le Conseil d'Etat, que si le stade est, dans tous les sens du qualificatif, impayable, la faute en incomberait au Servette FC, coupable de n'être pas assez " performant " et d'être tombé en ligue inférieure : même avec un Servette en division d'élite (c'est l'objectif, illusoire, que la fondation et le Conseil d'Etat se donnent pour la saison 2010-11, alors que Servette se traîne encore dans les tréfonds d'une ligue inférieure et est menacé de tomber encore un peu plus bas), le stade de la Praille serait un gouffre. La bonne jauge, pour un stade de foot à Genève, c'était celle des Charmilles : " Avait-on réellement besoin à Genève d'un stade capable d'accueillir un habitant sur quinze, nouveaux-nés et grabataires compris ? ", interrogions nous les Genevois en 2005 ? La réponse officielle a toujours été " oui ". Et le reste. La nôtre a toujours été " non ". Et le reste, la situation actuelle nous donne amplement raison. Au printemps 2005, nous prévenions : " si un coup d'arrêt n'est pas donné au racket des finances publiques, on verra chaque anée les pèlerins de la Praille se présenter devant les collectivités publiques, sébile en main et pleurant famine, pour quémander quelques petits millions supplémentaires ". On croyait la majorité du Grand Conseil décidée à interdire la mendicité à Genève ? Celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros, peut-être; celle de la fondation d'un stade vide qui pompe des millions chaque année dans les caisses publiques, après y avoir pompé des dizaines de millions depuis dix ans, certainement pas. Nous ne demandons finalement que l'application à tous les mendiants de la loi contre la mendicité.

Malgré toutes les raisons objectives que le Grand Conseil aurait de refuser le projet de loi qui lui est soumis par le Conseil d'Etat, nous avons besoin qu'une majorité l'accepte. Parce que nous avons envie de lancer un référendum, donnant ainsi, pour la première fois, aux citoyennes et aux citoyens de tout le canton l'occasion de se prononcer sur le stade de la Praille, son présent, et son avenir -à supposer qu'il en ait un.

Notre démangeaison référendaire ne peut être satisfaite que si nous pouvons lancer un référendum ; et nous ne pouvons lancer un référendum que contre un projet de loi accepté par le Grand Conseil. Et nous souhaitons pouvoir lancer ce référendum le plus tôt possible. Une campagne référendaire avant les élections cantonales nous satisferait pleinement.

Delendum stadium !


Groupe Facebook "Stade de la Praille : Qu'on en finisse !" : http://www.facebook.com/group.php?gid=52474317486


(1) La Fondation du stade de Genève (FSG) a été créée par le Grand Conseil le 29 janvier 1998, en application d'une loi (N° 7263 du 26 avril 1996) ouvrant un crédit au titre de subvention cantonale pour la reconstruction d'un stade de football aux Charmilles, subvention transformée l'année suivante par une autre loi (7568) en subvention à la construction d'un stade à la Praille.
Le capital de la fondation comprend une dotation immobilière constituée par la cession en droit de superficie des parcelles sur lesquelles il est construit, ainsi que le centre commercial et le bâtiment de liaison, à Lancy, et par les parcelles formant le centre sportif de Balexert, à Vernier. La fondation a en outre bénéficié d'une rente de droit de superficie versée par le centre commercial (mais cette rente, qui aurait dû être versée année après année pendant cinquante ans, a déjà été entièrement versée).
Les buts statutaires de la fondation sont d' " assurer la construction, le financement, la gestion et l'exploitation dans l'intérêt général " du stade de Genève (seul le premier de ces buts, la construction, a été atteint) " et, à cet effet, de rechercher le financement du projet et d'établir que la couverture des frais financiers et d'exploitation est assurée, au besoin avec des engagements financiers de l'Etat ".
La fondation a été créée conjointement par le canton, la Ville, le Crédit Suisse et la fondation Hippomène, du banquier Hentsch. Selon ses statuts, le Conseil de fondaton était composé de dix membres : quatre représentants du canton, désignés par le Conseil d'Etat, un représentant de la Ville de Genève et un représentant de la Ville de Lancy, désignés par leurs Conseils administratifs, deux représentants de la fondation Hippomène, un représentants du Crédit Suisse et un représentant du groupe Jelmoli. Le premier Conseil de fondation a ainsi été composé du directeur financier du Département cantonal de l'Aménagement, nommé Secrétaire du Conseil, du directeur général des Finances du canton, du Conseiller administratif André Hediger, nommé président de la Fondation, d'un représentant du Crédit Suisse, nommé vice-président, et d'un représentant de la Fondation Hippomène, Eric Lehmann. Au moment où nous écrivons, et sauf erreur ou omission, le Conseil de fondation ne se compose plus, en violation de ses statuts, que de cinq personnes : Benoît Genecand (président), Serge Bednarczyk (vice-Président), Michel Bonnefous, Pascal Chobaz et Sami Kanaan. Son secrétaire est le directeur de la Fondation, non-membre du Conseil, Olivier Carnazzola.

(2) (2,360 millions en 2009, 2,330 millions en 2010, 2,180 millions en 2011 et 2,110 millions en 2012, dont chaque année 310'000 en part non monétaire. Cet apport financier de l'Etat correspond au déficit d'exploitation annuel maximum fixé comme objectif. Et si cet objectif n'est pas atteint, on fait quoi ? On tripatouille les comptes pour faire semblant de l'avoir atteint ? On commence en tous cas par des prévisions très optimistes : le produit de la location du stade à des tiers est ainsi supposé augmenter de 55 % en quatre ans...

(3) Le Conseil d'Etat peut, théoriquement, très théoriquement, résilier le contrat de prestation pour la fin d'un mois et exiger la restitution de tout ou partie de l'aide financière si celle-ci n'est pas utilisée " conformément à l'affectation prévue " ou versée " sur la base d'un état de fait inexact ou incomplet ".

(4) L'histoire se répète : "Le Temps" du 5 septembre 2008 écrivait, rendant compte du procès de Marc Roger et de la faillite du Servette : " L'expert judiciaire mandaté pour examiner les comptes du Servette et de la holding de Marc Roger a expliqué que tous les moyens comptables avaient été trouvés pour sortir du surendettement, et cela en violation des principes de périodicité et de prudence. Des principes qui ne semblent pas avoir été appliqués avec plus de rigueur sous l'ancienne administration (celle de Luscher, Carrard & Co, qui aurait du) déposer un avis de surendettement début 2003 déjà au lieu d'attendre la fin de cette même année "… Chacun pourra juger à quel point les pratiques du Servette de 2003 et 2004 ressemblent à celles de la Fondation du stade de Genève : " tous les moyens comptables " utilisés pour " sortir du surendettement ", " violation des principes de périodicité et de prudence ", surendettement et situation objective de faillite dont on reporte constamment la conclusion logique (la faillite, précisément)...comme si on n'avait rien appris, ou ne voulait rien apprendre…

(5) Un tel bilan, arrêté au 30 septembre, a été présenté, mais la fiduciaire agissant en tant qu'organe des comptes a estimé, le 22 décembre 2008, qu'elle n'était en mesure de se prononcer ni sur la valeur d'exploitation des immobilisations corporelles (elles se montent, au bilan, à près de 62 millions de francs -c'est la valeur théorique du stade), compte tenu de l'incapacité de la fondation à générer des " cash-flows suffisant pour faire face à ses engagements ", ni sur la valeur de liquidation de ces immobilisations (50 millions), cette valeur n'ayant pu être démontrée. La fiduciaire constate en outre que les dettes ne sont pas couvertes par les biens, que ceux-ci soient estimés à leur valeur d'exploitation ou à leur valeur de liquidation, et que la fondation est donc " manifestement surendettée ".

(6) Le Code civil (art. 8.a) indique la procédure : en cas de surendettement ou d'insolvabilité vraisemblables, le Conseil de fondation doit dresser un bilan intermédiaire (voir note précédente) fondé sur la valeur vénale des biens, le soumettre à l'organe de révision ou directement à l'autorité de surveillance, qui ordonne au Conseil de fondation de prendre les mesures nécessaires, ou les prend elle-même si le Conseil de fondation ne les prend pas. Au 30 septembre 2008, les valeurs d'exploitation de la fondation se montaient théoriquement à 67 millions de francs, les valeurs de liquidation à 55 millions.

(7)"Lorsque les collectivités publiques subventionnent le Grand Théâtre, personne ne s'en offusque", croit intelligent de proférer un Conseiller d'Etat. Qui oublie que depuis des années, la gauche (une partie d'entre elle, du moins), "s'en offusque", et que le parti du Conseiller d'Etat en question est le premier à se battre pour que chaque demande de subvention, ordinaire, supplémentaire, extraordinaire ou masquée, pour le Grand Théâtre soit acceptée, et que jusqu'à présent, "la gauche" a été bien seule (mais pas très unie) à proposer que le financement du Grand Théâtre passe à la charge du canton. Le Conseiller d'Etat oublie d'ailleurs de préciser que la subvention cantonale pour le Grand Théâtre se monte, princièrement... à 50'000 francs par an. Il oublie surtout d'ajouter que le statut et le rôle du Grand Théâtre n'ont rien à voir avec ceux du stade, et que si dans le premier cas on paie pour une institution qui fonctionne à plein régime, même quand elle est en crise, dans le second on claque des dizaines de millions pour rien :
. Le GTG est propriété publique de la Ville, qui, quand elle paie pour son fonctionnement et son entretien, paie pour quelque chose qui lui appartient; le stade est propriété privée d'une fondation privée;
. Le GTG est une institution qui déploie une activité autonome, qui produit ses propres spectacles, et qui fonctionne en permanence; le stade est un lieu qui ne produit rien, qui ne fait qu'accueillir de temps à autre (une fois par semaine quand tout va bien) des spectacles ou des matches;
. Le GTG est rempli, en moyenne annuelle, à 80 %; le stade est vide, en moyenne annuelle, bisannuelle, quadriennale et bientôt décennale, à 80 %.
- Un spectacle donné au GTG y attire en moyenne 5'000 personnes s'il s'agit d'un ballet, 10'000 s'il s'agit d'un opéra. Un match à la Praille n'attire en moyenne que 1'000 à 1'500 personnes.
. Le GTG emploie 300 personnes à plein temps toute l'année (plus de 400 si on inclut les temporaires et les auxiliaires); le stade en emploie moins d'une dizaine;
. Pour un franc investi dans le GTG, deux reviennent dans les caisses publiques, directement ou indirectement; pour un franc balancé dans le trou de la Praille, les gestionnaires du trou en réclament un autre, à jeter dans le même trou.

(8) En cas de surendettement ou d'insolvabilité vraisemblables, le Conseil de fondation doit dresser un bilan intermédiaire (6) fondé sur la valeur vénale des biens, le soumettre à l'organe de révision ou directement à l'autorité de surveillance, qui ordonne au Conseil de fondation de prendre les mesures nécessaires, ou les prend elle-même si le Conseil de fondation ne les prend pas. Au 30 septembre 2008, les valeurs d'exploitation de la fondation se montaient théoriquement à 67 millions de francs, les valeurs de liquidation à 55 millions.

28 mars 2009

EUROSOUK

L'organisme faîtier du secteur touristique suisse, Suisse Tourisme, espèrait pour 2008 une croissance du chiffre d'affaire du secteur, et du nombre de nuitées, supérieures à celle enregistrée entre 2006 et 2007... grâce à l'Eurofoot, qui devait, selon Suisse Tourisme, générer 500'000 nuitées supplémentaires (ce qui ne fait toutefois que 1,5 % du total). Mais comme prudence est mère de sûreté, Suisse Tourisme voulait encore inciter les fans de foot à prolonger leur séjour en Suisse après les matches. C'est raté : la durée moyenne du séjour des visiteurs de l'Eurofoot a été en Suisse de 3,4 nuits (3,6 en Autriche), et ils n'ont dépensé sur sol helvétique que 1621 francs en moyenne (2189 francs en Autriche) Suisse Tourisme espèrait une croissance du nombre de nuitées supérieure en 2008, grâce à l'Euro, à celle observée en 2007. Quant aux hôteliers, ils font grise mine : des quatre villes hôtes de l'Eurofoot en Suisse, seule Bâle a vu le nombre des nuitées hotelières augmenter (de 3,6 % en comparant juin 2008 à juin 2007), mais uniquement grâce à l'augmentation de celles dans les puciers une étoile. A Genève, le recul des nuitées a atteint 4 %, à Zurich 4,8 %, à Berne 12,7 %.

Les commerçants de Nyon et de Genève ont fait suer le burnous de leurs employés en nocturne et le dimanche, pendant l'Eurofoot, les Nyonnais aux environs de l'écran géant du bord du lac, les Genevois un peu partout (aux abords du stade, aux abords des "fans zones", sur le parcours des troupeaux de supporters...). Du 7 au 28 juin à Genève, les magasins situés entre Cornavin et la vieille ville pouvaient rester ouverts en semaine jusqu'à 20 heures, les samedis 21 et 28 juin jusqu'à 18 heures, les samedis 7 et 14 juin jusqu'à 19 heures et le dimanche 15 juin de 11 à 17 heures. Les travailleuses et travailleurs pouvaient bosser jusqu'à 14 heures par jour, six jours de suite. Retour à la semaine de 84 heures. L'Eurofoot, c'est Germinal. Les syndicats ne sont pas contents : ils étaient opposés à ces prolongations, mais c'est la Confédération qui les a autorisées, le canton allant un peu moins loin que ce qui était autorisé (la Confédération autorisait les ouvertures jusqu'à minuit). Compensation salariale : un salaire doublé pour le travail dominical.
Les travailleurs des transports publics ont eux aussi été appelés à bosser plus -et eux non plus ne sont pas très heureux de cette pression supplémentaire. L'Euro2008 avait averti la direction des CFF (et celles des transports publics urbains) en requérant un "engagement maximal" de la part de l'ensemble du personnel des transports publics suisses pendant trois semaines. Les CFF ont fait circuler 2500 trains spéciaux (et les compagnies annexes, BLS et de Suisse orientale, 1300 autres) pendant ces trois semaines de juin, et offert deux millions de places supplémentaires (dont un million pour les voyageurs liés à l'Euro2008), sur les lignes desservant les quatre villes hôte et douze villes accueillant des "arènes" à écran géant. Le trafic régional autour des quatre villes hôtes a fonctionné les jours de matches, 24 heures sur 24. Au passage, les CFF avaient annoncé qu'ils ne prendraient pas de réservations les jours de matches, ce qui perturbait totalement la planification des courses d'école se déroulant dans toute la Suisse à cette période de l'année.
Cette mobilisation des CFF, qui va, concrètement, l'assumer ? Le personnel a dû renoncer à des jours de congé et effectuer des tours de service plus longs. Les contrôleurs se sont vu raboter des jours de congé, sans consultation des syndicats, on a pas de temps à perdre à un "dialogue social" archaïque quand sonne l'heure du foot.

Si les vendeuses et vendeurs, et contrôleurs des transports publics ont été appelés à bosser un peu plus, les maraîchers et puciers de Plainpalais, eux, ont été mis au régime : l'installation du parc à blaireaux de la "fans zone" à Plainpalais a bouffé une partie de l'espace du marché -d'où une solide rogne naissant entre le comité de l'association des marchés et le Conseiller administratif Maudet, qui promettait aux marchands que la "fan zone" n'aurait pas "d'incidence notable" sur les marchés, mais c'est plus d'un mois de perturbations et de réduction de l'espace qu'ils occupent habituellement que les marchands ont eu à subir, dans la meilleure période de l'année pour eux. Et comme ils n'avaient pas pu obtenir les précisions qu'ils demandaient sur ce qui les attendait, ils nourrissaient quelques doutes sur la crédibilité des assurances données en décembre dernier par les zautorités municipales et cantonales, leur promettant que la foire à blaireaux de Plainpalais n'entraînera pratiquement aucune nuisance pour eux. Finalement, un accord a été signé le 18 avril entre la Ville et les marchands de Plainpalais (puciers, maraîchers). La "Fan zone" a été entourée de palissades (c'était bien un parc à blaireaux).

L'installation de la Fan Zone à Plainpalais a eu quelques autres effets collatéraux : le glacier de la plaine a dû plier bagage pour libérer l'espace réservé aux éventuelles évacuations de la Fan Zone. L'indemnisation que lui a proposé la Ville ne couvre évidemment pas les pertes occasionnées, mais tant pis : faut faire de la place au corral.

Une bonne nouvelle, tout de même On a trouvé une utilité sociale à l'Euro 2008 : la décroissance. La perte de productivité du travail entraînée par les discussions, les nuits blanches, les beuveries et autres joyeusetés liées à l'Euro pourrait correspondre à 0,4 % du Produit intérieur brut de la Suisse (et de l'Autriche), soit, pour la Suisse, à environ 1,8 milliard de francs, c'est-à-dire deux ou trois fois plus que ce que les hypothèses les plus optimistes promettent de création de valeur ajoutée brute à l'économie suisse.Selon une étude d'une université allemande, les "bavardages" autour du Mondial de foot de 2006 ont fait perdre un quart d'heure de travail par jour et par travailleur à l'économie allemande. La réduction du temps de travail par le bavardage sur le foot, fallait y penser.

Et puis une autre bonne nouvelle, faut rester positifs : le trafic automobile privé a été limité autour du stade de la Praille. Bon, c'est pas par conviction écologiste, c'est parce que l'UEFA l'a exigé (et que quand l'UEFA exige, villes et cantons s'inclinent).

Travail des enfants, salaires de misères, absence de contrats ou contrats précaires : c'est le contexte de la fabrication des ballons de foot dans la région de Sialkot, au Pakistan, où 75 % des ballons vendus dans le monde sont fabriqués. Du coup, le réseau genevois du commerce équitable (Magasins du monde, Capi Indigo, le Balafon, Heartical, la Calebasse, Ayni) a proposé des ballons certifiés "équitables" et écolos. La matière première du ballon sera payée plus cher que le prix fixé par le "marché", les salaires seront supérieurs de 50 % aux salaires "normaux", le produit fini sera acheté 20 % plus cher que le prix "du marché".

11 mars 2009

Brèves

" Il est donc avéré que le stade de Genève est un formidable instrument susceptible d'assurer la promotion de Genève et de son image ", estime le Conseil d'Etat. Pour être avéré, c'est avéré : on est même passé de la promotion aux soldes…

Après le bouillon pris par la pseudo candidature de Genève à l'accueil des Jeux Olympiques d'hiver de 2018, le Conseil d'Etat (ou du moins Mark Muller) a annoncé qu'il s'engageait à " tout mettre en œuvre " pour faire de Genève la candidate idéale pour les JO suivants, ceux de 2022, en constituant à cet effet " un large front politique, national, régional et cantonal " (mais pas municipal ?) " Cela ferait progresser toute la région ", affirme Muller. Pour faire " progresser toute la région ", il y a une méthode encore plus sûre : soutenir la candidature d'Annecy. Parce que si Annecy obtient les jeux en 2018, il n'y a aucune chance pour que Genève, à 50 kilomètres de là, les obtienne quatre ans plus tard, compte tenu du principe d'alternance entre continents que le CIO essaie de respecter. Le CIO délibère sur une candidature sept ans à l'avance, et " Swiss Olympic " deux ans avant le CIO. La candidature de Genève devrait donc être déposée, avec le soutien de la Ville et du canton, en 2013. On a encore un peu de temps pour la saboter. En soutenant fermement celle d'Annecy. Vive la région, bordel !

10 mars 2009

Euromafias

EUROMAFIAS
On est rassurés : à coups de dizaines de millions, la paix a été conclue entre les familles de la mafia du foot pognon, l'UEFA (faîtière du foot européen), la FIFA (faîtière du foot international) et le G14 (lobby des clubs les plus riches, et donc les plus puissants, d'Europe). Le G14 va se dissoudre, et se transformer en une Association européenne des clubs (ECA), de droit suisse, qui se substituera au "Forum des clubs" de l'UEFA, s'ouvrira à une centaine de clubs européens de 53 pays, et enverra quatre représentants au Conseil stratégique de l'UEFA. Les bagarres entre le G14 et l'UEFA (ou la FIFA) étaient saignantes : le G14 réclamait pas moins d'un milliard de dollars d'indemnités rétroactives à la FIFA, pour les clubs ayant eu à déplorer en dix ans des blessures de joueurs lors de tournois internationaux organisés par la FIFA. Pour calmer le jeu, l'UEFA va claquer 157 millions de FS, et la FIFA 122 millions, ces modestes contributions étant allouées aux clubs qui "mettent à disposition" leurs joueurs pour les compétitions européennes et internationales, jusqu'en 2014. Ce sont donc les grands, gros et riches clubs, qui n'en auraient pas besoin qui vont en bénéficier. Comme disait l'autre, "l'argent va là où est déjà l'argent".

Faut dire que le foot professionnel, ça mobilise un paquet de pognon. Le foot professionnel est devenun une sorte d'archétype du libéralisme sauvage : la dérégulation règne, et la seule loi est celle du plus fort -c'est à dire celle du plus riche.
Lors de la saison 2006-7, vingt clubs ont généré des revenus de plus de 150 millions de francs suisses, dix des revenus de plus de 250 millions et deux de plus de 500 millions : en tête, le Real Madrid, avec 561,6 millions, et Manchester, avec 507,5 millions, suivis de près de Barcelone (467,1 millions), Chelseau (455,6 millions) et Arsenal (424,9 millions). Les clubs anglais croulent sous le pognon, et placent trois des leurs dans les cinq clubs les plus riches d'Europe -et donc du monde, et quatre autres dans les quinze suivants. Espagnols (deux clubs dans les cinq plus riches, trois dans les vingt plus riches) et Italiens suivent (quatre dans les vingt plus riches). Les vingt clubs les plus riches constituent ensemble une masse financière de 6 milliards de francs.
En France, l'attribution des droits de diffusion du Championnat de Ligue 1 avait vu, en 2004, Canal+ sortir 1,8 milliard d'euros sur trois ans pour s'adjuger ces droits, face à TPS. Mais ça ne suffisait pas à la Ligue de football professionnel, qui pour les droits 2008-2011 a organisé des enchères où on ne vend plus que des "lots" (il y en a douze : les dix meilleurs matches, les matches du samedi soir...), et où les enchère se poursuivent tant que la Ligue n'est pas satisfaite du montant atteint. Quant aux budgets des équipes de Ligue 1, ils vont de 25 (Auxerre) à 155 millions (Lyon) d'euros.
Par ailleurs, selon le magazine "Forbes", une dizaine de footballeurs ont engrangé des revenus supérieurs à 17 millions de dollars US en 2007. En tête du classement, David Beckham s'est fait plus de 50 millions de francs suisses, dont 38 en contrats publicitaires. Il est suivi, de loin, par Ronaldinho (34 millions FS), Michael Ballack (33,4 millions), Thierry Henry et Ronaldo (25 millions). Le joueur français le mieux payé est Djibril Cissé, qui se fait environ 6 millions brut par an. Une misère. Selon le journal sportif allemand "Sport Bild", les 26 joueurs allemands sélectionnés pour l'Eurofoot touchent ensemble 163 millions de francs de salaire et gratifications diverses par an. Le salaire global des joueurs de la seule équipe anglaise de Chelsea totalise 464 millions.
Au total, le "marché" du foot européen lors de la saison 2006-7 a pesé 22 milliards de francs, soit 1,6 milliard de plus que la saison précédente. Les cinq championnats nationaux les plus importants (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et France) pèsent 11,5 milliards, et la seule Bundesliga allemande a dégagé 340 millions de bénéfices.

L'Eurofoot a aussi été l'occasion pour les lobbies rôdant autour des parlementaires, et pour les grandes entreprises planant au-dessus des lobbies, de distribuer le genre de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les votes. Par exemple des billets pour les matches, dans des carrés VIP. Dans l'EuroJulie du 12 juin, on apprend ainsi que l'UDC Parmelin s'est fait inviter par EOS et le PDC Darbellay par le Crédit Suisse. Mais les grandes entreprises râlent quand même : les billets sont rtares, et s'il faut se les payer au marché noir, ils sont chers. Des dizaines de grandes entreprises désireuses de faire de petits cadeaux qui entretiennent l'amitié et les affaires, sous forme de billets de l'Eurofoot, sont démarchées par des "revendeurs non autorisés" qui essaient de leur fourguer des billets pour des prix allant jusqu'à 200'00 balles pour la finale viennoise, en passant par 60'000 balles pour un France-Italie, par exemple. Une multinationale américaine basées à Genève aurait ainsi payé 90'000 francs pour dix billets de demi-finale -des billets dont on n'est même pas sûr qu'ils seront valables, l'UEFA ayant annoncé qu'elle ne laissera pas entrer dans les stades de porteurs de billets qui n'auraient pas été vendus par les vendeurs quelle a autorisés. Quand on détient un monopole, on le défend...

L'Euro2008 n'était pas terminé que les pontes de l'UEFA començaient déjà à ouvrir les caisses de l'Euro2012, organisé par la Pologne et l'Ukraine (si Poutine n'envoie pas ses chars avant) : un chantier de 46 milliards d'euros, pour des travaux d'infrastructure (stades, aéroports, hôtel.s, routes etc...) , dont sept milliards pour les seules infrastructures de Kiev, 20 milliards avec celles des cinq autres villes ukrainiennes, plus 26 milliards pour les villes polonaises (l'Union européenne en financera la plus grande partie, sans avoir aucune capacité de régulation et de contrôle sur l'UEFA, grande organisatrice et grande bénéficiaire de manifestations payées par les collectivités publiques (locales, régionales, nationales, européenne). L'UEFA, organisation sans but lucratif (on ne ricane pas, dans le fond), et ne payant pas d'impôts (on ne pleure pas, devant), réalise un chiffre d'affaire de plus d'un milliard par an (plus de deux milliards les années d'Eurofoot, probablement plus de trois milliards en 2008). Surtout, elle entend maîtriser les droits de retransmission TV, sa principale source de revenus, dont le montant a littéralement explosé : l'équivalant de 6,9 millions d'euros en 1988, de 28,3 millions en 1992, de 80 millions en 1996, de 140 millions en 2000, de 560 millions d'euros en 2004 et de 1,3 milliard en 2008... En quatre ans, de 2004 à 2008, les droits commerciaux sont passée de 183 à 250 millions d'euros (461 millions de recettes de sponsoring et merchandising lors de l'Eurofoot 2008). Il n'y a guère que les entrées payantes dans les stades qui plafonnent (autour de 80 millions habituellement, 150 millions pour l'Euro) -c'est d'ailleurs normal, les matches et le jeu sont ce qui importe le moins dans l'Eurofoot. Mais l'opacité la plus totale règne sur le montant réel des contrats passés avec les sponsors et les partenaires privés. On ne sait qu'une chose : ils se chiffrent en dizaines de millions d'euros.
Or aucun organisme de surveillance n'encadre la bénéficiaire (l'UEFA) de cette masse financière.

21 février 2009

Delenda Stadium !

Stade de la Praille :
les mendiants reviennent et le Conseil d'Etat invente le trou rentier

Nème épisode d'un feuilleton répétitif, celui du stade de la Praille : Accroché au trou de la Praille comme une huître à son pieu, le Conseil d'Etat propose au Grand Conseil un projet de loi attribuant à la fondation (privée) du stade une subvention annuelle de l'ordre de plus de deux millions chaque année pendant quatre ans, subvention renouvelable mécaniquement pendant toute la durée de vide du stade, soit encore au moins quarante ans. On vous laisse faire vous même la multiplication (quarante fois deux millions, ou plus si entente) pour obtenir le total final de ce nouveau racket des fonds publics. Bref, le Conseil d'Etat, en pleine crise économique, invente un nouvel instrument financier : le trou rentier. A deux millions par an pendant un demi-siècle. C'est beau comme du Madoff.

Mendicité en bande organisée
On croyait la droite et le Conseil d'Etat décidés à interdire la mendicité à Genève ? Celle des Rroms qui quémandent une piécette devant la Migros, peut-être; celle des stadolâtres qui pompent des millions chaque année, après en avoir pompé des dizaines de millions depuis dix ans, certainement pas. La bande organisée de mendiants institutionnels qui campe à la Praille a donc convaincu le Conseil d'Etat de proposer que la République accorde à la Fondation des mendiants une subvention annuelle de plus de deux millions pendant quatre ans, renouvelables jusqu'à ce qu'après cinquante ans d'acharnement budgétaire et thérapeutique, le monstre consente finalement à disparaître du paysage qu'il sinistre. Le prétexte du projet de loi présenté par le gouvernement est donné dans son article 5 : " permettre à la Fondation du stade de Genève de poursuivre l'exploitation du stade de Genève et de le maintenir dans un bon état d'entretien ". Mais au-delà du prétexte, il y a la cause réelle : le stade, et la fondation supposée l'exploiter et l'entretenir, sont en état de cessation de paiement. Financièrment, ce stade est un gouffre. Il l'a toujours été et le restera pour les collectivités publiques tant qu'on ne l'aura pas vendu ou détruit. " C'est la faillite ou la subvention cantonale ", clament en chœur les stadolâtres, les zautorités et la Tribune de Genève. Chantage aussi imbécile que le projet sur lequel il porte : le stade de la Praille n'est pas menacé de faillite , il est une faillite. Et on ne met pas une faillite en faillite. En revanche, et aussi absurde qu'il y paraisse, on peut faire sombrer un trou dans un gouffre : il suffit que ce trou soit celui, financier, du stade de la Praille depuis dix ans, et que ce gouffre soit celui de l'incompétence des uns, et de la lâcheté des autres.
Delenda stadium !